Ils ont dit...


"Il n'y a que la force de l'Etat qui fasse la liberté de ses membres." Jean-Jacques Rousseau

 
Culture et Mémoire Républicaine


Mémoire Nationale

Mouvements Républicains


L'Internet Républicain
undefined
 


Vous aussi...

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0

Photothèque

Jeudi 26 avril 2007

1. Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d'asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et libertés de l'homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République.

2. Il proclame, en outre, comme particulièrement nécessaires à notre temps, les principes politiques, économiques et sociaux ci-après :

3. La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme.

4. Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République.

5. Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances.

6. Tout homme peut défendre ses droits et ses intérêts par l'action syndicale et adhérer au syndicat de son choix.

7. Le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent.

8. Tout travailleur participe, par l'intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu'à la gestion des entreprises.

9. Tout bien, toute entreprise, dont l'exploitation a ou acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité.

10. La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.

11. Elle garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence.

12. La Nation proclame la solidarité et l'égalité de tous les Français devant les charges qui résultent des calamités nationales.

13. La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'Etat.

14. La République française, fidèle à ses traditions, se conforme aux règles du droit public international. Elle n'entreprendra aucune guerre dans des vues de conquête et n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple.

15. Sous réserve de réciprocité, la France consent aux limitations de souveraineté nécessaires à l'organisation et à la défense de la paix.

16. La France forme avec les peuples d'outre-mer une Union fondée sur l'égalité des droits et des devoirs, sans distinction de race ni de religion.

17. L'Union française est composée de nations et de peuples qui mettent en commun ou coordonnent leurs ressources et leurs efforts pour développer leurs civilisations respectives, accroître leur bien-être et assurer leur sécurité.

18. Fidèle à sa mission traditionnelle, la France entend conduire les peuples dont elle a pris la charge à la liberté de s'administrer eux-mêmes et de gérer démocratiquement leurs propres affaires ; écartant tout système de colonisation fondé sur l'arbitraire, elle garantit à tous l'égal accès aux fonctions publiques et l'exercice individuel ou collectif des droits et libertés proclamés ou confirmés ci-dessus.
par le Citoyen Thimèle publié dans : Culture et Mémoire Républicaine
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 26 avril 2007

Clemenceau_-_Manet.jpg

L'Histoire a donné de Georges Clemenceau une image exécrable, pour le moins caricatural : il n'aurait été ainsi rien d'autre qu'un homme dur, sans cœur, tueur d'ouvriers, réactionnaire, belliciste et aspirant dictateur. Après un honnête examen de l'homme, c’est un tout autre portrait qui se dessine de lui, celle d’un patriote éclairé, combattant sans faille en faveur d’une République sociale, démocratique et laïque.

 

Né le 28 septembre 1841 à Mouilleron-en-Pareds en Vendée, Clemenceau passe son enfance en Vendée. Son père, Benjamin Clemenceau, a une grande influence sur lui. C’est un républicain engagé qui s’est investit en 1830 dans la lutte contre Charles X et plus tard contre Louis-Philippe. Arrêté sous le Second Empire, il sera brièvement emprisonné.

 

Comme son père, il entreprend des études de médecine, à Nantes d'abord, puis, à partir de 1861, à Paris. Très vite, il fréquente les milieux républicains du Quartier Latin. Avec d’autres, il fonde en décembre de cette année un hebdomadaire, « Le Travail ». Le 23 février 1862, il est arrêté par la police pour avoir apposé des affiches appelant à une manifestation commémorant la naissance de la Seconde République. Il passera 73 jours à la prison de Mazas.

 

Après avoir obtenu sa thèse de doctorat en 1865, Clemenceau part pour les Etats-Unis, d’où il ne reviendra qu’en 1869. C’est là-bas qu’il rencontre Mary Plummer, qu’il épouse le 20 juin 1869.

 

Suite à la défaite de Napoléon III à Sedan le 2 septembre 1870, une révolte se déclenche à Paris. Pendant cette journée du « Quatre Septembre », Clemenceau prend une part active dans la manifestation réclamant la déchéance de l’empereur, et l’avènement de la République. Le nouveau gouvernement nomme des maires provisoires dans les différents arrondissements de Paris. Clemenceau est placé à la tête du XVIIIe arrondissement (quartier de Montmartre), poste qu’il conserve à la suite des élections du 5 novembre. Le 8 février 1871, il est élu député de la Seine au sein de la nouvelle Assemblée nationale.

 

Resté à Paris pendant la Commune, il démissionne de ses deux postes de maire et de député, et fait le pari, en vain, de la conciliation entre les insurgés et le gouvernement de Versailles, dans lequel il mit tout son poids. Dans le même temps, il exerce le métier de médecin dans un dispensaire qu’il a fondé à Montmartre. Il y soigne avec ardeur les plus déshérités.

 

Elu Président du Conseil de Paris en 1874, sa carrière politique nationale débute véritablement avec son élection, le 20 février 1876, comme député à la Chambre. D'abord proche de Gambetta, Clemenceau s’en écarte peu à peu et évolue vers l'extrême-gauche, refusant la politique « opportuniste », trop modéré et trop peu ambitieuse en matière de réformes selon lui. Il s’impose alors comme le chef incontesté des républicains « radicaux », militant en ces débuts de IIIe République pour la révision de la Constitution « monarchique » de 1875, la séparation des Eglises et de l’Etat, et l’amnistie des Communards.

 

Adversaire déterminé des cabinets « opportunistes », il entame une carrière de « tombeur de ministères » qui va durer près de dix ans. Surnommé « le Tigre », orateur hors norme, porté par une éthique intransigeante, sept gouvernements, dont ceux de Gambetta, Ferry et Freycinet, mordirent la poussière devant les assauts de Clemenceau.

 

En parallèle, pour exprimer ses idéaux, Clemenceau fonde aussi un journal, « La Justice », qui paraît pour la première fois le 13 janvier 1880. Le quotidien a un tirage relativement faible mais reçoit une audience non négligeable dans les milieux politiques.

 

Farouchement anticolonialiste, il s'opposa à Jules Ferry, pour qui il y aurait « pour les races supérieures un droit parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le droit de civiliser les races inférieures». (Discours devant la Chambre des députés, 29 juillet 1885)

 

« Races supérieures ! Races inférieures ! C'est bientôt dit » lui répondit Clemenceau. « Pour ma part, j'en rabats singulièrement depuis que j'ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d'une race inférieure à l'Allemand. Depuis ce temps, je l'avoue, j'y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure ! ... Je ne veux pas juger au fond la thèse qui a été apportée ici et qui n'est autre chose que la proclamation de la puissance de la force sur le Droit. » (Discours devant la Chambre des Députés, 30 juillet 1885.) Il l’accula finalement à la démission après l'affaire du Tonkin en 1885.

 

En 1892, dans le cadre de l’affaire de Panama, Clemenceau est mis en cause pour ses relations avec un homme, Cornelius Herz, qui achetait les votes de certains députés. On intente un procès contre lui, de fausses preuves sont produites mais Clemenceau est finalement blanchi. Néanmoins, le mal est fait, sa réputation est tachée, et la revanche de ses nombreux adversaires est en marche. Ainsi, en 1893, lors de la campagne électorale des législatives dans le Var, l’opposition utilise abondamment la rhétorique de l’homme vendu aux puissances étrangères, de l’escroc, du parvenu sans pour autant étayer ces accusations de la moindre preuve concrète. Le 3 septembre 1893, au second tour des élections, Clemenceau est battu.

 

C’est l’Affaire Dreyfus qui le remettra sur le devant de la scène politique. Convaincu de l’iniquité du jugement proféré à l’encontre du capitaine Dreyfus par son frère Matthieu Dreyfus, défenseur imperturbable du droit et de la justice, il publie tout au long de l’Affaire 665 articles pour sa défense, et invente le titre choc « J’accuse… » pour l’article d’Emile Zola publié dans « L’Aurore » - dont il est l’un des rédacteurs depuis peu - en 1898.

 

Sorti grandi de cette Affaire aux yeux de l’opinion, nombreux furent ceux qui, lorsqu’une place de sénateur se libéra dans le Var, l’incitèrent à poser sa candidature et se déclarèrent prêts à la soutenir. Le 4 avril 1902, il est élu triomphalement.

 

Plus « assagi » qu’à la Chambre, Clemenceau ne renoncent pas pour autant à ses convictions républicaines. Il participe ainsi ardemment au débat sur la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, loi qu’il a tant attendu.

 

En mars 1906, après la victoire des radicaux aux élections législatives, il est pour la première fois appelé à un poste ministériel. Il devint ministre de l’Intérieur du cabinet Sarrien. Ce dernier, tombé peu après malade, le recommande pour lui succéder au Président Fallières. 

 

Il accède ainsi le 25 octobre 1906 à la Présidence du Conseil. Animé par un « esprit socialiste », Clemenceau entendit placer son ministère sous le sceau de la réforme sociale. La création d’un Ministère du Travail en était l’outil. Son programme, Jaurès le jugeait « excellent et hardi ». Mais la réalité fut tout autre. Il arriva au pouvoir au moment où le pays était en proie à un mouvement social d’une vaste ampleur, appuyé par les révolutionnaires du Parti Socialiste et de la CGT. S’il comprenait les attentes des travailleurs, Clemenceau ne pouvait accepter les débordements, et dû souvent utiliser la force, ce qui lui valut le surnom de « premier flic de France ». Il s’en expliqua auprès des socialistes, qui en firent inévitablement l’adversaire désigné de la classe ouvrière : « Voilà pourquoi nous luttons contre vous : c’est parce que nous voulons d’abord assurer ce qui doit être permanent, et qu’en sauvegardant cette société contre vos efforts, nous rendons service même aux idées que vous défendez. »

 

Le souci de l’ordre, mais aussi le retard des procédures et les résistances du Sénat eurent ainsi raison du réformisme de Clemenceau. Ministre de l’Intérieur, ses réformes en matière de police furent quant à elles plus convaincantes : il la dota d’une organisation et de moyens modernes, qui seront plus tard popularisés par un feuilleton télévisé : « Les brigades du Tigre ».

 

Le 20 juillet 1909 marque la fin, brutale, du ministère Clemenceau. A la suite d’un ordre du jour favorable au gouvernement rejeté, Clemenceau présenta sa démission.

 

Les années qui suivirent constituèrent dans sa carrière une période d'accalmie. Il consacre son temps à des voyages (notamment en Amérique du Sud en 1910) et à des conférences où il s’explique sur ses convictions. « Soldat de la démocratie », il y insista sur la nécessaire alliance de l’idéalisme et du pragmatisme, et fit l’apologie du régime parlementaire.

 

De surcroît, il n’en arrête pas pour autant ses activités journalistiques. Le 6 mai 1913 paraît le premier numéro de « L’Homme libre », journal qu’il a créé, dans lequel il publie quotidiennement son éditorial. En cette période de vives tensions internationales, Clemenceau y condamne le pacifisme socialiste, qu’il juge irresponsable.

 

Pendant la Première Guerre mondiale, son journal est l’un des premiers à connaître la censure du gouvernement. Il voit ainsi son article, dénonçant les insuffisances du service sanitaire aux armées à partir d’un fait divers, censuré par le gouvernement. Le journal est suspendu du 29 septembre au 7 octobre 1914. Il change alors le titre de son quotidien en « L’Homme enchaîné ».


Adversaire résolu des pacifistes et des défaitistes, il adopte pendant toute la guerre une irréprochable attitude de patriote, attaché plus que jamais à la survie morale et physique de son pays. Le Président de la République, Raymond Poincaré, qui pourtant ne l'apprécie guère, l'appelle en novembre 1917 à la tête du gouvernement, conscient qu’il est alors l’homme de la situation. Il restaure la confiance, mettant tout en œuvre pour que la Nation soutienne le choc de cette guerre. «Ni trahison, ni demi-trahison : la guerre ! » proclame-t-il. Il fait arrêter Malvy et Caillaux, pour compromissions. Il effectue par ailleurs de nombreuses visites au front. 

 

Plus résolu et plus intransigeant que jamais, il conduit une politique de salut public qui porte ses fruits l'année suivante. « Je fais la guerre, je fais toujours la guerre », dit-il le 8 mars 1918 à la tribune de l'Assemblée, pour résumer sa détermination à conduire son pays à la victoire. Il ne sera pas pour autant un jusqu’au-boutiste. Lorsque l’Allemagne acceptera les conditions d’armistice fixé par le président américain Wilson, Clemenceau s’y rangera, refusant de poursuivre une guerre atroce.

 

Il sortit de l'épreuve nanti d'une grande popularité, tant chez les civils que parmi les Poilus. Plus que jamais, son surnom de « Tigre » fut mérité. A celui-ci vient s'ajouter celui de « Père la Victoire », qui résume à lui seul la part prise par lui au redressement de 1918.


Donnant lecture le 11 novembre des conditions d’armistice à la Chambre et au Sénat, il aura cette phrase: « La France, hier soldat de Dieu, aujourd'hui soldat de l'Humanité, sera toujours celui de l'idéal ». Rappelant ainsi que son amour de la patrie était avant tout l’amour d’un idéal, celui des Lumières et de la Grande Révolution, celui du droit et de la liberté.

 

Chargé de négocier pour la France le traité de paix, il réclame la possibilité d’assurer la sécurité de la frontière franco-allemande, ainsi que, poussé par une opinion publique traumatisée, de lourdes indemnités matérielles et financières à l’Allemagne, dernières exigences qui seront reconnu plus tard comme responsable de l’échec à long terme du Traité de Versailles.  

 

Le matin du 19 février 1919, l'anarchiste Emile Cottin lui tira dessus à trois reprises. Il s’en sortit finalement sans trop de dommage et intervient même pour que l’auteur de l’attentat soit gracié. Six jours plus tard, il reprit déjà ses activités, faisant preuve d’une santé remarquablement vigoureuse pour son âge.

 

Président du Conseil jusqu’en 1920, il accepte que des amis soumettent sa candidature à la Présidence de la République. Bien que l’opinion soit persuadée de son élection, tellement sa popularité est grande, c’est Deschanel qui est finalement élu, dû aux connivences de ses très nombreux ennemis politiques au sein des deux chambres. A l’annonce de cette nouvelle, Lloyd George, le premier ministre britannique, eut un mot qui courut les salles de rédaction : « Cette fois ce sont les Français qui ont brûlé Jeanne d’Arc ! »

 

Clemenceau se retire alors définitivement de la politique et voyage, notamment en Inde et aux Etats-Unis. Homme cultivé, féru d’arts, de lettres et de sciences, ne se reposera jamais l’esprit. En 1926, il publia un essai sur Démosthène, puis, en 1927, deux volumes de réflexion « Au soir de la pensée ». Il rédigea enfin « Grandeurs et misères d'une victoire », ouvrage dans lequel il défend contre Poincaré et le Maréchal Foch son action politique de 1917 à 1919. Il y évoqua également le risque du réarmement allemand en raison de l'abandon des garanties du traité de Versailles et des complaisances de Briand.

 

Il s’éteint à Paris, dans son appartement de la rue Franklin, le 24 novembre 1929, à l'âge de 88 ans.

 

Si l’âge a modéré son intransigeance, il faut reconnaître chez Clemenceau une fidélité à des principes et à des convictions. Toute sa vie il fut un républicain laïque, défenseur infatigable du droit et de la justice. Patriote, il restera à jamais le sauveur légendaire de la patrie acculée à l’abîme, à l’instar du général de Gaulle. D’« esprit socialiste », il aura toujours refusé les débordements révolutionnaires et le collectivisme, cet « idéal de caserne » auquel il préfère le réformisme, cette « révolution par la loi », qui triomphera finalement au lendemain de la Seconde guerre mondiale.


__________


Bibliographie suggestive :

- Michel Winock, Clemenceau, Perrin, 2007 (voir la fiche)


par le Citoyen Thimèle publié dans : Culture et Mémoire Républicaine
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 26 avril 2007

Charles André Joseph Marie de Gaulle naît à Lille le 22 novembre 1890 dans une famille de la bourgeoisie flamande. Son père est professeur de littérature dans un collège religieux et affiche volontiers des opinions monarchistes. Il faut noter en outre que le futur général n'est pas d'ascendance noble.

Sorti de Saint-Cyr en 1912, le jeune officier entre dans le régiment du colonel Philippe Pétain, avec lequel il se lie d'amitié. Blessé à Verdun, le 2 mars 1916, d'un coup de baïonnette, de Gaulle est fait prisonnier et doit attendre l'armistice pour être libéré en dépit de cinq tentatives d'évasion. Après l'École de Guerre, il poursuit une brillante carrière sous la protection du prestigieux Philippe Pétain, colonel puis général et enfin maréchal.

Passionné d'écriture et de stratégie militaire, Charles de Gaulle enseigne l'Histoire à l'école d'officiers de Saint-Cyr et écrit de nombreux ouvrages où il affiche ses convictions nationalistes et un tantinet monarchistes. Dans Vers l'Armée de métier (Berger-Levrault, 1934), il préconise de rassembler les engins motorisés dans des divisions blindées au lieu de les disperser dans les différents corps de l'infanterie. Il plaide pour une stratégie offensive dont le fer de lance seraient ces corps blindés appuyés par l'aviation. Ces corps d'élite devraient naturellement être constitués de soldats professionnels, dûment formés, et non de conscrits.

Ces idées puisent leurs racines dans les rapports du général Estienne (1917) et de quelques autres pionniers anglais et allemands comme le général von Seeckt (1929). Mais elles sont contestées par le maréchal Pétain et vont à l'encontre des théories défensives qui ont cours à l'état-major. L'état-major français fait en effet confiance à la ligne Maginot pour protéger le pays de toute invasion... cependant qu'en Allemagne, dès novembre 1934, sont créées trois Panzerdivisions (ou divisions blindées) conformes aux principes de De Gaulle ! Seul parmi les leaders politiques, Paul Reynaud se laisse convaincre par l'argumentation du colonel de Gaulle.

Sa dernière publication, La France et son armée (1938), lui vaut une brouille définitive avec son ancien mentor, le maréchal Pétain, qui devait signer l'ouvrage. De Gaulle, refusant de jouer le nègre du maréchal, préfère le publier sous son seul nom. Déjà s'opposent les deux hommes. Il est vrai que Pétain, issu d'une famille de paysans du nord, agnostique et volontiers anticlérical, ne ressemble en rien à de Gaulle, bourgeois catholique et volontiers monarchiste.

En 1940, pendant les jours cruciaux de mai et juin qui voient l'invasion de la France par les troupes de Hitler, les destins de Charles de Gaulle et Philippe Pétain vont se séparer à jamais. Tandis que le vieux maréchal, de nature défaitiste, envisage très tôt l'armistice et la paix avec le vainqueur, le jeune de Gaulle, désormais général, ne voit d'autre avenir que dans la résistance à tout prix, avec la perspective d'une victoire dans le cadre d'une mondialisation du conflit. Il lance de Londres un Appel mémorable à la résistance. L'Histoire consacrera la justesse de ce choix.

À la veille du débarquement de Normandie, le général de Gaulle a un entretien orageux avec le Premier ministre Winston Churchill. Il apprend en effet à de Gaulle que les Alliés comptent établir en France une administration militaire à leurs ordres en attendant que les Français veuillent bien se choisir un nouveau régime. Ce projet prend le contrepied de l'action du général depuis l'Appel du 18 juin 1940. De Gaulle estime qu'il assure depuis cette date la continuité de l'État français et qu'il n'y a pas lieu de se demander à qui reviendra après la Libération le soin de diriger le pays. Le général lance dès le 6 juin, jour du débarquement, un discours aux Français où il appelle ceux-ci à le suivre. Enfin, avec une énergie peu commune, il obtient de Roosevelt, qui ne l'aime pas, qu'il revienne sur son projet.

Après un retour triomphal à Paris le 26 août 1944, le général de Gaulle met toute son énergie dans le redressement du pays. Il obtient en particulier la collaboration des communistes, faisant fi de la désertion de leur chef, Maurice Thorez lors de l'attaque allemande et de leurs compromissions avec l'occupant en 1940.

De Gaulle restaure la position internationale du pays en le faisant admettre aux alliés parmi les vainqueurs de la guerre et en lui obtenant un siège permanent au conseil de sécurité de l'ONU. En matière économique, le général tourne le dos au libéralisme et affiche des idéaux que n'auraient pas reniés les gouvernants précédents. C'est ainsi que, dans un discours prononcé à Lille le 1er octobre 1944, il proclame : «Nous voulons la mise en commun de tout ce que nous possédons sur cette terre et, pour y réussir, il n'y a pas d'autres moyens que ce que l'on appelle l'économie dirigée. Nous voulons que ce soit l'État qui conduise, au profit de tous, l'effort économique de la nation tout entière et fasse en sorte que devienne meilleure la vie de chaque Français et de chaque Française (...). Il faut que la collectivité, c'est-à-dire l'État, prenne la direction des grandes sources de la richesse commune et qu'il contrôle certaines des autres activités, sans bien entendu exclure les grands leviers que sont, dans l'activité des hommes, l'initiative et le juste profit». Ce discours et les premiers actes du gouvernement provisoire séduisent les communistes ainsi que la bourgeoisie intellectuelle, pleine de méfiance à l'égard du capitalisme anglo-saxon et de sympathie pour le dirigisme.

Bientôt désavoué par les électeurs et la classe politique, le Général est évincé du pouvoir en janvier 1946. Son gouvernement provisoire est remplacé par une IVe République, conduite par des dirigeants modérés, essentiellement MRP (chrétiens-démocrates), socialistes et radicaux. Pourtant, le 16 juin 1946, le général Charles de Gaulle (55 ans), figure charismatique de la France Libre pendant la Seconde Guerre mondiale, quitte sa retraite de Colombey-les-deux-Églises (Haute-Marne) et rentre brutalement dans l'arène politique. A Bayeux, en Normandie, devant une foule nombreuse de sympathisants, il formule une critique en règle des institutions de la IVe République et exprime sa propre vision du partage des pouvoirs entre législatif (Parlement) et exécutif (chef de l'État et gouvernement). Sa critique laisse la classe politique indifférente mais le vieux résistant ne supporte pas de rester dans l'inaction. L'année d'après, il fonde son propre parti, le Rassemblement du Peuple Français (RPF). De nature protestataire, celui-ci joint les voix de ses élus à celles des communistes pour entraver un peu plus l'action du gouvernement. Il s'oppose à l'abandon de l'Indochine et des autres colonies ainsi qu'au projet de Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA) et fait capoter le projet de Communauté Européenne de Défense (CED).

En 1953, prenant acte de l'inanité de son action, le Général se met en retrait du RPF et se retire dans sa résidence de Colombey-les-deux-Églises. Vieilli et quelque peu aigri, il se met à l'écriture de ses Mémoires de guerre et daube avec ses visiteurs et ses rares fidèles (Jacques Chaban-Delmas, Jacques Soustelle, Michel Debré, Olivier Guichard, Georges Pompidou, André Malraux,...), sur les aléas de la IVe République. Il a aussi la douleur d'enterrer sa fille Anne (20 ans), handicapée mentale. C'est la «traversée du désert».

Une opportunité quelque peu inattendue s'ouvre en 1958. La IVe République, confrontée à un soulèvement indépendantiste en Algérie, réprime brutalement celui-ci et, désormais en position de force, se dispose à négocier avec ses meneurs, les chefs du FLN. C'est plus que n'en peut supporter les colons d'Algérie. Poussés par des hommes du général de Gaulle, ils se laissent convaincre de faire appel à celui-ci pour sauver l'«Algérie française».
A la suite du vrai-faux coup d'État du 13 mai 1958, le général Raoul Salan, commandant en chef des armées en Algérie, prononce publiquement le nom de De Gaulle. Celui-ci, à 68 ans, n'était déjà plus pour la plupart des Français, qu'une figure du passé. Son retour est spectaculaire. Il répond immédiatement à l'appel venu d'Alger en se disant «prêt à assumer les pouvoirs de la République». Par crainte d'une subversion militaire, la classe politique lui fait presque aussitôt allégeance et le président René Coty demande le 29 juin au «plus illustre des Français» de former le gouvernement. Aussitôt après, le général de Gaulle obtient les pouvoirs spéciaux en Algérie, les pleins pouvoirs en métropole et le droit de procéder à une révision constitutionnelle.

Charles de Gaulle fait appel au fidèle Michel Debré pour écrire une nouvelle Constitution selon ses voeux. Celle-ci établit un régime présidentiel, avec un Président élu pour sept ans par un collège électoral relativement large et qui n'est pas responsable devant le Parlement. Approuvé par référendum le 28 septembre 1958, le nouveau texte marque la fin de la IVe République et le début de la Ve. Le premier Président est, cela va de soi, le général de Gaulle lui-même. Sa légitimité est renforcée après le référendum du 28 octobre 1962 qui introduit l'élection au suffrage universel du Président de la République.

Entre temps, le nouveau chef de l'État use de son autorité pour opérer les grandes réformes qu'attend le pays. Il met en application le plan de Jacques Rueff pour relancer l'économie. Le populaire ministre de l'Économie Antoine Pinay réussit à convaincre l'opinion publique des bienfaits de ce plan de rigueur qui passe notamment par la création d'une nouvelle monnaie (1 nouveau franc = 100 anciens francs).

Les colonies d'Afrique noire reçoivent une indépendance formelle au cours de l'année 1960 (mise à part la Guinée, dont le principal leader, Sékou Touré, a revendiqué et obtenu l'indépendance dès 1958). Plus difficile est le règlement de l'affaire algérienne. Le général de Gaulle doit longtemps louvoyer pour faire admettre aux colons le lâchage des trois départements. Le cessez-le-feu du 19 mars 1962, l'indépendance de l'Algérie et le départ précipité des «pieds-noirs» (les Français d'Algérie) vont laisser beaucoup de rancoeurs. Il devient ainsi la cible de l'OAS et échappe miraculeusement à plusieurs attentats comme celui du Petit Clamart.

Après cela, la France va jouir enfin de quelques belles années de paix et de prospérité, favorisée par une natalité élevée, une jeunesse nombreuse et une communauté «pied-noir» dynamique. Le général de Gaulle, lui, se cantonne plus ou moins dans le «domaine réservé» de la politique étrangère qui lui tient à coeur. Il tient à l'indépendance nationale et à la grandeur du pays. Il retire lainsi 'armée française du cadre opérationnel de l'OTAN. Il développe une force nucléaire de dissuasion (l'armement nucléaire, sans rivaliser avec celui des Américains ou des Soviétiques, se veut assez dissuasif pour faire à un ennemi potentiel autant de mal qu'il pourrait en faire à la France). Il lance enfin quelques retentissantes proclamations, à Phnom-Penh (Cambodge) en septembre 1966 contre l'intervention américaine au Viet-Nam, à Québec en juillet 1967 («Vive le Québec libre !»).

Réélu au deuxième tour de scrutin "seulement" en 1965, le général de Gaulle est secoué par la révolte étudiante de mai 1968 et l'année suivante, le 28 avril 1969, prenant prétexte d'un référendum raté, il démissionne avec panache, sans attendre d'être rattrappé par l'âge. Il mourra l'année suivante, à Colombey, à 80 ans et sera selon son désir inhumé en toute simplicité dans son village d'adoption aux côtés de sa fille Anne.
par le Citoyen Thimèle publié dans : Culture et Mémoire Républicaine
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 28 mars 2007
Jean Jaurès naît le 3 septembre 1859 à Castres. Il est issu d'une famille de modeste bourgeoisie provinciale, avec quelques brillantes carrières (deux cousins amiraux dont l'un deviendra ministre de la marine en 1888). Le père de Jean, Jules Jaurès, est un petit paysan ; son épouse Adélaïde Barbaza, élève avec beaucoup de conscience leurs deux enfants : Jean, l'aîné, et Louis qui deviendra amiral et député républicain-socialiste.

Brillant élève, Jean bénéficie des chances de promotion sociale qu'offre la République : il est reçu premier au concours d'entrée à l'école normale supérieure de la rue d'Ulm, dont il sort agrégé de philosophie et bon républicain.

Jaurès devenu maître de conférence à la faculté de Toulouse, ne conçoit pas alors d'autre rassemblement que celui des républicains. Tenté par la carrière politique, il est élu député du Tarn aux élections de 1885 qui se déroulent dans le cadre du scrutin majoritaire. Non inscrit, il siège au centre gauche et soutient le plus souvent Jules Ferry, même si son " grand homme " demeure Gambetta. Ses propositions de réforme sociales sont remarquées et lui valent les félicitations de la revue socialiste.

Battu en 1889 dans le cadre du scrutin d'arrondissement, Jaurès reprend son enseignement à la faculté de Toulouse. Il est reçu docteur en philosophie en 1892 avec sa thèse principale De la réalité du monde sensible et sa thèse secondaire en latin, Des origines du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte, et Hegel.

Il continue également son activité politique ; depuis 1887, il collabore à la radicale " Dépêche ", et il devient conseiller municipal, puis maire adjoint à l'instruction publique de Toulouse (1890-1893). Son expérience, sa connaissance des milieux ouvriers et des militants socialistes, ses travaux et ses recherches l'orientent vers le socialisme. Cette évolution s'achève avec la grève des mineurs de Carmaux.

La compagnie des mines, dirigée par le baron Reille, l'homme fort de la droite Tarnaise, et son gendre le marquis Ludovic de Solages, député de la circonscription, venait de licencier un de ses ouvriers, Jean Baptiste Calvignac, leader syndical et nouveau maire de Carmaux depuis le 15 mai 1892. C'était remettre en cause le suffrage universel et les droits réels de la classe ouvrière à s'exprimer en politique. Dans ses articles à la Dépêche, Jaurès soutient cette grève qui se termine par la réintégration de Calvignac et la démission du marquis de Solages. Les ouvriers de Carmaux demandent alors à Jaurès d'être leur candidat à l'élection partielle. Jaurès devint le député socialiste de Carmaux le 8 janvier 1893.

Proche des guesdistes, Jaurès milite avec ardeur contre " les lois scélérates " ou en faveur des verriers de Carmaux, renvoyés par leur patron Rességuier.

Toutefois, c'est avec l'affaire Dreyfus que Jaurès rentre pleinement dans l'histoire. Convaincu par ses amis normaliens et en particulier Lucie Herr, par les militants allemanistes, par le " J'accuse " de Zola, il s'engage avec passion. L'affaire met en jeu non seulement une injustice individuelle, mais le respect de l'humanité elle même. Elle pose le problème du mensonge et de l'arbitraire des grandes institutions bourgeoises, notamment de l'armée.

Battu aux élections de 1898 (l'installation de la Verrerie Ouvrière à Albi et son ardente défense de Dreyfus ont provoqué sa défaite), Jaurès devient directeur de "La petite république". C'est dans les colonnes de ce journal qu'il publie Les preuves relatives à l'affaire Dreyfus. Il dirige une Histoire socialiste de la France contemporaine pour laquelle il rédige les volumes consacrés à la Révolution française (1901-1903).

Jaurès a pris conscience des résistances de la société capitaliste et des dangers révélés par la montée du nationalisme et de l'antisémitisme. La défense de la république devient son objectif primordial : il soutient donc le gouvernement Waldeck Rousseau qui associe à son action, pour la première fois, dans l'histoire de la République, le socialiste Alexandre Millerand, nommé au commerce et à l'industrie.

Jaurès et son Parti Socialiste Français s'engage nettement en faveur du bloc des gauches et du gouvernement Combes (1902-1905) qui prépare le vote de la séparation des églises et de l'Etat (Décembre 1905).Cependant, les réformes sociales attendues marquent le pas. Le dynamisme du bloc s'épuise. Jaurès, vice-président de la chambre en 1902, n'est pas réélu à cette fonction en 1904.

Jaurès réélu député du Tarn en 1902, fonde le quotidien "L'Humanité" en 1904. Il infléchit ses choix stratégiques et donne la priorité à l'unité socialiste. Celle ci se réalise au Congrès du Globe (Avril 1905) avec la création de la S.F.I.O. Unité fragile : Jaurès est critiqué, mais il parvient souvent à convaincre ses camarades. Dirigeant politique important, il engage le dialogue avec les syndicalistes révolutionnaires de la C.G.T. et lutte contre l'expédition coloniale au Maroc.

Jaurès qui a depuis longtemps une dimension internationale va, les dix dernières années de sa vie, lutter contre la guerre. Il est obsédé par les menaces contre la paix, surtout pendant les guerres Balkaniques en 1912-1913. Il a rédigé en 1910 une importante proposition de loi consacrée à l'armée nouvelle dans laquelle il préconise une organisation de la Défense Nationale fondée sur la préparation militaire de l'ensemble de la Nation. Il mène une vigoureuse campagne contre la loi des Trois Ans de service militaire, votée en 1913 : c'est le magnifique rassemblement du Prés Saint Gervais le 25 mai 1913, qui réunit 150 000 personnes.

1914 semble apporter de nouvelles raisons d'espérer : la guerre dans les Balkans est finie, les élections en France sont un succès pour les socialistes. Mais les événements se précipitent. L'assassinat de l'Archiduc François Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914 n'est ressenti comme un événement dramatique qu'avec l'ultimatum autrichien à la Serbie du 23 juillet 1914. Jaurès tente d'infléchir dans un sens favorable à la paix, la politique gouvernementale. Il se prépare à écrire un article " décisif " sur ce sujet quand il est assassiné à Paris par Raoul Villain, nationaliste exalté, au café du croissant, le 31 juillet 1914.

Gilles Candar
par le Citoyen Thimèle publié dans : Culture et Mémoire Républicaine
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 15 mars 2007
Héroïne de la Résistance, Lucie Aubrac, qui s'est éteinte mercredi soir 14 mars à l'âge de 94 ans, était restée une militante inlassable de la mémoire de cette époque.
Vivant à Paris avec son mari Raymond Aubrac, 92 ans, l'une des dernières personnalités de la Résistance à avoir connu Jean Moulin, Lucie Aubrac se rendait fréquemment jusqu'à ces dernières années dans les collèges et les lycées pour témoigner.
En décembre 2004, son nom avait été donné à un collège de Villetaneuse (Seine-Saint-Denis) pour "associer son nom à la liberté et à l'audace", deux qualités dont elle aura fait preuve toute sa vie.
Née le 29 juin 1912, dans une famille de vignerons bourguignons, Lucie Bernard, agrégée d'histoire et militante aux Jeunesses communistes, est professeur à Strasbourg où elle rencontre Raymond Samuel - qui deviendra Raymond Aubrac dans la clandestinité - qu'elle épouse le 14 décembre 1939.
En août 1940, elle organise une première fois son évasion d'une prison de Sarrebourg (Moselle).
A l'automne 1940 en zone libre, elle rencontre à Clermont-Ferrand, le journaliste Emmanuel d'Astier de la Vigerie qui organise un petit groupe clandestin "La dernière colonne" et fait paraître un journal clandestin Libération, noyau de Libération-sud, un des premiers mouvements de résistance.
Lucie Aubrac enseigne au lycée de jeunes filles Edgard-Quinet de Lyon jusqu'en novembre 1943, date de sa révocation pour ses convictions gaullistes.

Evasions

A partir de novembre 1942, elle dirige dans la région lyonnaise un corps franc qui organise des évasions. Par un judicieux stratagème, elle parvient en mai 1943, à faire libérer son mari, emprisonné depuis mars. Le 21 juin 1943, Raymond Aubrac est arrêté par Klaus Barbie avec Jean Moulin, chef du Conseil national de la Résistance (CNR) et une dizaine de résistants à Caluire, près de de Lyon.
Quatre mois plus tard, avec ingéniosité et sang-froid, les armes à la main, Lucie Aubrac réussit à libérer son mari et treize autres résistants lors d'un audacieux coup de main durant leur transfert.
Recherchée par la Gestapo, elle gagne Londres le 8 février 1944, avec son petit garçon Jean-Pierre, et accouche quatre jours plus tard d'une fille Catherine.
A la Libération, Lucie Aubrac rejoint son mari, nommé commissaire de la République (préfet) à Marseille, puis représente le Mouvement de libération nationale à l'Assemblée consultative à Paris. Celle qu'Emmanuel d'Astier de la Vigerie avait surnommée "Madame conscience" est également membre du jury de la Haute Cour de justice du procès Pétain.

Amnesty international

Elle poursuit son engagement militant, pour Amnesty international, puis dans les rangs du Réseau Femmes pour la parité et s'était récemment mobilisée pour les sans-papiers.
En 1997, le réalisateur Claude Berri lui avait rendu hommage avec son film "Lucie Aubrac", dans lequel elle était incarnée par Carole Bouquet.
En avril 1998, les époux Aubrac obtiennent que l'historien Gérard Chauvy et son éditeur Albin Michel soient condamnés pour "diffamation publique" à propos du livre "Aubrac, Lyon 1943" qui mettait en doute leur rôle dans la Résistance.
En mars 2004, avec plusieurs figures de la Résistance, comme l'ancien dirigeant communiste Maurice Kriegel-Valrimont ou l'ethnologue Germaine Tillion, elle avait signé un appel aux jeunes générations à réagir devant la remise en cause du "socle des conquêtes sociales de la Libération".
Grand officier de la Légion d'honneur, elle était l'auteur de "Ils partiront dans l'ivresse" (1984), et de "Cette exigeante liberté" (1997).

AFP
par le Citoyen Thimèle publié dans : Culture et Mémoire Républicaine
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 15 mars 2007

Programme adopté le 15 mars 1944 à l'unanimité des membres du CNR.



Née de la volonté ardente des Français de refuser la défaite, la Résistance n'a pas d'autre raison d'être que la lutte quotidienne sans cesse intensifiée.

Cette mission de combat ne doit pas prendre fin à la Libération. Ce n'est, en effet, qu'en regroupant toutes ses forces autour des aspirations quasi unanimes de la Nation, que la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l'image de sa grandeur et la preuve de son unité.

Aussi les représentants des organisations de la Résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du CNR, délibérant en assemblée plénière le 15 mars 1944, ont-ils décidé de s'unir sur le programme suivant, qui comporte à la fois un plan d'action immédiate contre l'oppresseur et les mesures destinées à instaurer, dès la Libération du territoire, un ordre social plus juste.


I. Plan d'action immédiate

Les représentants des organisations de résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du CNR.

Expriment leur angoisse devant la destruction physique de la Nation que l'oppresseur hitlérien poursuit avec l'aide des hommes de Vichy, par le pillage, par la suppression de toute production utile aux Français, par la famine organisée, par le maintien dans les camps d'un million de prisonniers, par la déportation d'ouvriers au nombre de plusieurs centaines de milliers, par l'emprisonnement de 300.000 Français et par l'exécution des patriotes les plus valeureux, dont déjà plus de 50.000 sont tombés pour la France.

Ils proclament leur volonté de délivrer la patrie en collaborant étroitement aux opérations militaires que l'armée française et les armées alliées entreprendront sur le continent, mais aussi de hâter cette libération, d'abréger les souffrances de notre peuple, de sauver l'avenir de la France en intensifiant sans cesse et par tous les moyens la lutte contre l'envahisseur et ses agents, commencée dès 1940.

Ils adjurent les gouvernements anglais et américain de ne pas décevoir plus longtemps l'espoir et la confiance que la France, comme tous les peuples opprimés de l'Europe, a placés dans leur volonté d'abattre l'Allemagne nazie, par le déclenchement d'opérations militaires de grande envergure qui assureront, aussi vite que possible, la libération des territoires envahis et permettront ainsi aux Français qui sont sur notre sol de se joindre aux armées alliées pour l'épreuve décisive.

Ils insistent auprès du Comité Français de la Libération Nationale (CFLN) pour qu'il mette tout en oeuvre afin d'obtenir les armes nécessaires et de les mettre à la disposition des patriotes. Ils constatent que les Français qui ont su organiser la résistance ne veulent pas et d'ailleurs ne peuvent pas se contenter d'une attitude passive dans l'attente d'une aide extérieure, mais qu'ils veulent faire la guerre, qu'ils veulent et qu'ils doivent développer leur résistance armée contre l'envahisseur et contre l'oppresseur.

Ils constatent, en outre, que la Résistance Française doit ou se battre ou disparaître; qu'après avoir agi de façon défensive, elle a pris maintenant un caractère offensif et que seuls le développement et la généralisation de l'offensive des Français contre l'ennemi lui permettront de subsister et de vaincre.

Ils constatent enfin que la multiplication des grèves, l'ampleur des arrêts de travail le 11 Novembre qui, dans beaucoup de cas, ont été réalisés dans l'union des patrons et des ouvriers, l'échec infligé au plan de déportation des jeunes français en Allemagne, le magnifique combat que mènent tous les jours, avec l'appui des populations, dans les Alpes, dans le Massif Central, dans les Pyrénées et dans les Cévennes, les jeunes Français des maquis, avant garde de l'armée de la Libération, démontrent avec éclat que notre peuple est tout entier engagé dans la lutte et qu'il doit poursuivre et accroître cette lutte.

En conséquence, les représentants des organisations de résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du CNR.

Déclarent que c'est seulement par l'organisation, l'intensification de la lutte menée par les forces armées, par les organisations constituées, par les masses, que pourra être réalisée l'union véritable de toutes les forces patriotiques pour la réalisation de la libération nationale inséparable, comme l'a dit le général de Gaulle, de l'insurrection nationale qui, ainsi préparée, sera dirigée par le CNR, sous l'autorité du CFLN, dès que les circonstances politiques et militaires permettront d'assurer, même au prix de lourds sacrifices, son succès.

Ils ont l'espoir que les opérations de la Libération du pays, prévues par le plan de l'état major interallié, pourront ainsi être, le cas échéant, avancées grâce à l'aide apportée par les Français dans la lutte engagée contre l'ennemi commun, ainsi que l'a démontré l'exemple glorieux des patriotes corses.

Ils affirment solennellement que la France qui, malgré l'armistice, a poursuivi sans trêve la guerre, entend plus que jamais développer la lutte pour participer à la libération et à la victoire.


Pour mobiliser les ressources immenses d'énergie du peuple français, pour les diriger vers l'action salvatrice dans l'union de toutes les volontés, le CNR décide :

D'inviter les responsables des organisations déjà existantes à former des comités de villes et de villages, d'entreprises, par la coordination des formations qui existent actuellement, par la formation de comités là où rien n'existe encore et à enrôler les patriotes non organisés.

Tous ces comités seront placés sous la direction des comités départementaux de la libération (CDL). Ils seront soumis à l'autorité des CDL qui leur transmettront, comme directives, la plate-forme d'action et la ligne politique déterminée par le CNR.

Le but des ces comités sera, à l'échelon communal, local et d'entreprise, de faire participer de façon effective tous les Français à la lutte contre l'ennemi et contre ses agents de Vichy, aussi bien par la solidarité et l'assistance active à l'égard des patriotes sous l'impulsion et le soutien donnés aux revendications vitales de notre peuple. Par dessus tout, leur tâche essentielle sera de mobiliser et d'entraîner les Français qu'ils auront su grouper à l'action armée pour la Libération.

Ces comités devront, selon les circonstances et en se conformant aux instructions données par les CDL, appuyer et guider toutes les actions menées par les Français contre toutes les formes d'oppression et d'exploitation imposées par l'ennemi, de l'extérieur et de l'intérieur.

Ces comités devront :
1) Développer la lutte contre la déportation et aider les réfractaires à se cacher, à se nourrir, à se vêtir et à se défendre, enlevant ainsi des forces à l'ennemi et augmentant le potentiel humain de la résistance ;

2) Traquer et punir les agents de la Gestapo et de la Milice de Darnand ainsi que les mouchards et les traîtres ;

3) Développer l'esprit de lutte effective en vue de la répression des nazis et des fascistes français ;

4) Développer, d'une part, la solidarité envers les emprisonnés et déportés; d'autre part, la solidarité envers les familles de toutes les victimes de la terreur hitlérienne et vichyssoise ;

5) En accord avec les organisations syndicales résistantes, combattre pour la vie et la santé des Français pour une lutte quotidienne et incessante, par des pétitions, des manifestations et des grèves, afin d'obtenir l'augmentation des salaires et traitements, bloqués par Vichy et les Allemands, et des rations alimentaires et attributions de produits de première qualité, réduites par la réglementation de Vichy et les réquisitions de l'ennemi, de façon à rendre à la population un minimum de vital en matière d'alimentation, de chauffage et d'habillement ;

6) Défendre les conditions de vie des anciens combattants, des prisonniers, des femmes de prisonniers, en organisant la lutte pour toutes les revendications particulières ;

7) Mener la lutte contre les réquisitions de produits agricoles, de matières premières et d'installations industrielles pour le compte de l'ennemi ; saboter et paralyser la production destinée à l'ennemi et ses transports par routes, par fer et par eau ;

8) Défendre à l'intérieur de la corporation agricole les producteurs contre les prélèvements excessifs, contre les taxes insuffisantes, et lutter pour le remplacement des syndicats à la solde de Vichy et de l'Allemagne par des paysans dévoués à la cause de la paysannerie française.
Tout en luttant de cette façon et grâce à l'appui de solidarité et de combativité que développe cette lutte, les comités de villes, de villages et d'entreprises devront en outre :
a) Renforcer les organisations armées des Forces Françaises de l'Intérieur par l'accroissement des groupes de patriotes : groupes francs, francs-tireurs et partisans, recrutés en particulier parmi les réfractaires ;

b) En accord avec les états majors nationaux, régionaux et départementaux des FFI, organisées milices patriotiques dans les villes, les campagnes et les entreprises, dont l'encadrement sera facilité par des ingénieurs, techniciens, instituteurs, fonctionnaires et cadres de réserve, et qui sont destinés à défendre l'ordre public, la vie et les biens des Français contre la terreur et la provocation, assurer et maintenir l'établissement effectif de l'autorité des Comités départementaux de la Libération sur tout ce qui aura été ou sera créé dans ce domaine pour le strict rattachement aux FFI dont l'autorité et la discipline doivent être respectées par tous.

Pour assurer la pleine efficacité des mesures énoncées ci-dessus, le CNR prescrit de l'état major national des Forces Françaises de l'Intérieur, tout en préparant minutieusement la coopération avec les Alliés en cas de débarquement, doit :

1) Donner ordre à toutes les formations des FFI de combattre dès maintenant l'ennemi en harcelant ses troupes, en paralysant ses transports, ses communications et ses productions de guerre, en capturant ses dépôts d'armes et de munitions afin d'en pourvoir les patriotes encore désarmés ;

2) Faire distribuer les dépôts d'armes encore inutilisés aux formations jugées par lui les plus aptes à se battre utilement dès à présent et dans l'avenir immédiat ;

3) Organiser de façon rationnelle la lutte suivant un plan établi avec les autorités compétentes à l'échelon régional, départemental ou local, pour obtenir le maximum d'efficacité ;

4) Coordonner l'action militaire avec l'action de résistance de la masse de la nation en proposant pour but aux organisations régionales paramilitaires d'appuyer et de protéger les manifestations patriotiques, les mouvements revendicatifs des femmes de prisonniers, des paysans et des ouvriers contre la police hitlérienne, d'empêcher les réquisitions de vivres et d'installations industrielles, les rafles organisées contre les réfractaires et les ouvriers en grève et défendre la vie et la liberté de tous les Français contre la barbare oppression de l'occupant provisoire.


Ainsi, par l'application des décisions du présent programme d'action commune, se fera, dans l'action, l'union étroite de tous les patriotes, sans distinction d'opinions politiques, philosophiques ou religieuses. Ainsi se constituera dans la lutte une armée expérimentée, rompue au combat, dirigée par des cadres éprouvés devant le danger, une armée capable de jouer son rôle lorsque les conditions de l'insurrection nationale seront réalisées, armée qui élargira progressivement ses objectifs et son armement.

Ainsi, par l'effort et les sacrifices de tous, sera avancée l'heure de la libération du territoire national ; ainsi la vie de milliers de Français pourra être sauvée et d'immenses richesses pourront être préservées.

Ainsi dans le combat se forgera une France plus pure et plus forte capable d'entreprendre au lendemain de la libération la plus grande oeuvre de reconstruction et de rénovation de la patrie.

 


II. Mesures à appliquer dès la Libération du territoire

Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ce but qui est la libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques groupés au sein du C