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Jeudi 9 novembre 2006

Par Claude Barratier

Jeunes ou vieux, dans les banlieues ou en Corse, ou dans les paradis fiscaux, les mafieux ont des points communs: ils agissent masqués, s'expriment par la violence physique ou financière, ils peuvent tuer.

Quelques jeunes cagoulés de certaines banlieues nous montrent à la loupe la situation de notre pays qui n'est pas le seul dans ce cas. Là où recule la République et ses exigences d'égalité, de solidarité(la fraternité) vient s'installer naturellement le fascisme. Il est urgent d'agir avec la plus grande fermeté pour rétablir la République laïque, non discriminatrice, sociale, pour que tous les délinquants soient recherchés, jugés et punis de la même manière, en évitant à la fois le laxisme compréhensif envers les puissants, et l'acharnement stupide envers les désespérés.

Les pauvres issus de l'imigration récente ou non, aspirent aux valeurs que nous partageons, nous avons besoin d'eux, les violents du jour leur font plus de mal à eux qu'à la majorité des Français. Rapprochons nous d'eux. Ils ont besoin de nous.

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par le Citoyen Thimèle publié dans : Economie et Social
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Mardi 24 octobre 2006

Par Pierre Larrouturou, économiste et porte-parole de «Nouvelle donne». Dernier ouvrage paru : «Urgence sociale», Ramsay

Jamais depuis 50 ans, nos pays n'ont vu des écarts aussi scandaleux se creuser entre l'évolution des bénéfices et le niveau de vie des gens normaux. Cette situation est explosive ! Face à une droite dure, il faut réveiller la gauche…



«Le PS est en état de mort cérébrale. Cela fait 4 ans que nous n'avons eu aucun débat de fond.» Cette analyse de Michel Rocard me revient à l'esprit à chaque fois qu'un ami me demande ce que j'ai pensé du débat entre les trois candidats socialistes.

La plupart des commentateurs ont analysé les différences entre candidats (« pas de différences fondamentales » de l'avis unanime). Ce qui m'a frappé, moi, c'est la différence (colossale) existante entre les trois discours, assez homogènes, et ce qui serait nécessaire pour sortir le pays de la crise… A aucun moment on n'a senti que nos trois héros parlaient d'un pays en situation d'urgence sociale.

Si l'on tient compte des chômeurs cherchant -ou acceptant- des emplois en CDD ou en intérim et des plus de 55 ans dispensés de recherche d'emplois, le total des inscrits à l'ANPE dépasse aujourd'hui les 3 870 000. Plus d'un million d'adultes et 1,5 million d'enfants survivent (sous-vivent ?) avec le RMI (+ 200.000 RMIstes en trois ans…). Des millions de salariés n'ont que des emplois précaires…

Selon l'Insee, 12% des salariés ont un salaire inférieur au SMIC. La multiplication de ces emplois précaires est humainement une catastrophe. Aujourd'hui, pour des millions d'hommes et surtout de femmes, la vie consiste en une alternance de périodes de chômage et de périodes de précarité : la galère à durée indéterminée…

A un tel niveau, chômage et précarité déséquilibrent complètement la négociation entre salariés et entreprises. Dit ou non dit, le "Si t'es pas content, tu peux aller voir ailleurs" remplace souvent toute vraie négociation. De ce fait, ce qui va aux salaires dans la richesse nationale a considérablement diminué.

En vingt ans, la part des salaires dans le PIB a chuté de 12 % ! 12 % de chute, ce sont cette année quelques 190 milliards d'euros qui vont rémunérer le capital alors qu'ils iraient aux salariés si le marché du travail retrouvait l'équilibre de 1980. 190 Milliards d'euros sur une année ! Il ne faut pas s'étonner que la bulle financière ait autant enflé et que le salaire moyen stagne…

Et la situation des paysans, que l'on présente parfois comme des privilégiés, n'est guère plus brillante : le revenu moyen des paysans a baissé de plus de 20% en sept ans, affirme l'Insee. Quant aux retraités, il vont bientôt subir l'application de la réforme Balladur : à partir de 2008, le niveau des retraites va baisser progressivement de 20% (30% pour les cadres).

Oui, il y a urgence sociale. Jamais depuis 50 ans, nos pays n'ont vu des écarts aussi scandaleux se creuser entre l'évolution des bénéfices et le niveau de vie des gens normaux. Cette situation est explosive. Il y a un an, les émeutes des banlieues auraient du réveiller nos dirigeants : 10.000 voitures brûlées, ce n'est pas rien. Et le rapport des Renseignements Généraux rédigé après ces émeutes expliquait clairement qu'il ne fallait voir derrière ces évènements la main d'aucune mafia, ni d'aucun Fous de Dieu mais seulement la preuve d'une « immense désespérance sociale». Oui, les RG, peu suspects d'angélisme, soulignaient surtout l'immense « désespérance sociale».

Une droite dure

Face à cette désespérance sociale, une droite plus libérale que jamais veut nous faire accepter ses potions radicales. Nicolas Sarkozy est toujours très flou quand il parle des questions sociales. Mais quelques maladresses de ses proches permettent de savoir ce qu'il fera s'il gagne les élections… Quand on lui demande « Allez-vous généraliser le CNE (2 ans de précarité avant un CDI) ? » Renaud Dutreil répond « Pas avant les élections de 2007 !» Et quand on demande à François Fillon si les problèmes de dépendance des personnes âgées ne devraient pas être mieux pris en compte la Sécurité Sociale, il explique que "la bonne piste est de compléter le système actuel avec des dispositifs d'assurance privée» (Les Echos, 4 septembre 2006). Tant pis pour tous ceux qui n'auront pas les moyens de s'assurer… Guillaume Sarkozy, le frère de Nicolas, ancien PDG du textile reconverti dans l'assurance privée santé-retraite, a du mal à cacher son impatience : «le secteur de la santé va bientôt connaître de vrais bouleversements » se réjouit-il. On aimerait qu'il nous en dise plus !

Si la droite gagne les prochaines élections, on peut s'attendre au pire : l'Assemblée Nationale sera priée de donner au gouvernement le droit de « réformer par ordonnance » explique François Fillon. Nicolas Sarkozy a expliqué à des proches qu'il ne chercherait pas à être populaire : « tant pis s'il y a des manifs, tant pis s'il y a des bavures», il ne veut faire qu'un mandat et ira ensuite « dans le privé » pour toucher les bénéfices de son action réformatrice…

Les gaullistes sociaux qui cherchaient à combiner croissance économique et justice sociale doivent se retourner dans leurs tombes. C'est une droite archi-libérale qui veut prendre le pouvoir en mai prochain. Voilà pourquoi, il faut absolument que la gauche gagne.

Réveiller la gauche

A gauche aujourd'hui, beaucoup dépriment : « En 1997, en votant pour le PS, on avait les emplois-jeunes et les 35 heures. Au moins 700 000 emplois créés en quelques années. Mais en 2007, voter PS, ça donne quoi de concret ? s'interrogeait récemment une amie, avant de conclure : pour que la gauche gagne le deuxième tour, il faut qu'elle y soit présente. Moi, je vais voter PS dès le premier tour mais je vais voter avec une pince à linge.» Voter avec une pince à linge ? Ça n'est pas très excitant. Est-on sûr que nous ne pouvons rien faire pour réveiller la gauche ? Si nous sommes des millions à attendre mieux, nettement mieux, pourquoi rester chacun dans son coin à rentrer sa colère ? Il nous reste encore 6 mois. C'est suffisant sans doute pour lancer quelques débats de fond. Tel est l'objectif du collectif Nouvelle Donne, que nous venons de créer avec un certain nombre d'amis. Je vous en reparlerai bientôt.


par le Citoyen Thimèle publié dans : Economie et Social
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Samedi 21 octobre 2006



Par Frédéric Antoine


Et de trois ! Après les Mureaux et les Tarterêts, c'est la troisième agression que les policiers subissent en moins d'un mois. (...) Tout comme dans les deux autres quartiers, il y a fort à parier que Nicolas Sarkozy va envoyer des centaines de policiers accompagnés de milliers de journalistes., lit-on sur une dépêche au ton volontairement ironique, publiée le samedi 14 octobre après l'agression des policiers d'Epinay, et que l'on peut consulter sur le site paris-link-home.com. Ces affaires qui s'enchaînent prêtent cependant peu à sourire.

A Epinay, une dizaine de jours après l'émeute des Mureaux, le samedi 14 octobre, la police a été appelée dans un quartier pour une affaire de vol, et deux voitures ont bloqué celle de la BAC (Brigade Anti-Criminalité) avec à bord trois agents. Une trentaine de jeunes voire cinquante, avec cagoules et battes de baseball les ont attaqué violemment, selon des sources policières. Les policiers ont dû faire usage de flash-balls et ont sorti leur arme de service pour se dégager. C'est la seconde fois en un mois que des policiers en difficulté se saisissent de leur arme administrative pour se dégager, car aux Mureaux le 2 octobre un policier s'était saisi de son arme de poing dans des circonstances similaires.

Après les Tarterêts (où deux CRS, qui ont voulu contrôler les identités d'un groupe de jeune en train de grignoter des pizzas sur un talus, se sont fait massacrer) et Les Mureaux (où sept agents, qui avaient pris en chasse un conducteur sans ceinture de sécurité et qui roulait à très vive allure, ont violemment été pris à parti par plusieurs dizaines de jeunes), c'est la troisième affaire d'agression de policiers en un mois. Précisons qu'une autre affaire de passage à tabac d'un policier de la BAC de nuit de Mantes-la-Jolie, blessé au visage et avec une fracture au bras, avait été beaucoup moins médiatisée en septembre.

Une question se pose à l'observateur de ces incidents graves qui se concentrent dans un laps de temps très réduit, un mois. Y a-t-il vraiment une recrudescence des agressions de policiers en banlieue, ou sont-elles plus médiatisées, et comment analyser ce phénomène ?

Après les incidents du début du mois aux Mureaux, Nicolas Comte, policier anciennement en poste en Seine-Saint-Denis, secrétaire national général de SGP-FO (le troisième syndicat policier national) répondait, le 2 octobre dernier, aux questions du quotidien Le Monde, qui portaient justement sur l'accroissement des agressions à l'encontre de policiers en service.

Selon le syndicaliste qui s'appuie sur des chiffres de l'Observatoire national de la délinquance, un organisme dépendant du ministère de l'Intérieur, la violence contre les forces de l'ordre a augmenté de 103 % en dix ans.

Ce qui a changé, explique Nicolas Comte au quotidien du soir, c'est qu'il y a une volonté, ressentie réellement, depuis que Nicolas Sarkozy est devenu ministre de l'intérieur, d'aller au contact, d'aller à l'interpellation... Avant, il y avait plus de modération, voire de timidité. Cela arrivait que l'on quitte des lieux pour apaiser les tensions, éventuellement en laissant des coupables derrière nous. Cette volonté d'aller au contact augmente naturellement les risques de tensions. C'est un choix politique. Avec lequel je suis plutôt d'accord. Une position de SGP-FO qui a le mérite d'être claire.

Ces affaires qui s'enchaînent, et dont les médias ne manquent pas de mettre en relief la thématique commune, font couler beaucoup d'encre, avec une dimension (involontaire ?) d'effroi pour le lecteur-électeur, accablé par ces nouvelles terrifiantes, et qui se projette déjà dans l'isoloir. Mais faut-il taire pour autant ces évènements ?

Le triste anniversaire des émeutes de l'automne dernier arrive, et avec lui un regain de tension perceptible dans les banlieues. Le Pen espère engranger tous les bénéfices de cette actualité, et sur les multiples blogs néo-fascistes que l'on trouve sur le net, le discours d'appel au sauvetage de la patrie fait florès. Je ne parle même pas des rêves militaires de Ségolène Royal, tellement le sujet est dramatique.

Depuis quinze ans, et les émeutes de Mantes-la-Jolie ou de Vaux-en-Velin, alors que les signes d'alertes n'ont pas manqué par la suite, les gouvernements socialistes et de la droite gaullistelibérale, qui d'autre en réalité, plus que Nicolas Sarkozy, s'accomode volontiers de ces décennies de laisser-faire social accouchant de cette jungle, Le Pen peut-être ou De Villiers.

Un ministre de l'Intérieur de la République a certes raison d'exiger que la police reprenne pied dans des cités, où les gouvernements successifs n'ont pas fait grand chose pour empêcher de se développer les petites mafias qui pourrissent la vie des habitants. Mais en matière de sécurité publique, Sarkozy préfère l'assaut permament de la troupe plutôt que le maintien d'une force de paix, représentée hier par la police de proximité. Il est aussi coupable de jouer une surenchère dangereuse, dans un contexte de précampagne électorale qui refait de l'insécurité son propos capital, où l'on ne sait plus si c'est le candidat à l'Elysée qui manoeuvre la police, avec tous les dérapages qui peuvent se produire, ou si c'est le ministre qui agit dans la seule perspective de son élection. Grisés par la logique de kärcherisation des quartiers criminogènes, certains de ses émules, apprentis nettoyeurs, prennent aussi moins de précautions qu'avant pour éviter d'enflammer un terrain où le feu couve depuis longtemps.

Un après les émeutes de novembre 2005, aucun bilan n'a été tiré, ni aucun progrès réel n'a été constaté sur le terrain. Quelques barres d'immeubles supplémentaires sont tombées dans quelques cités inscrites au plan Borloo de rénovation urbaine. Les différentes expériences de la restructuration urbaine des banlieues (on casse des barres, on ouvre des rues, on enferme des résidences et on pose des interphones) n'ont pas été vraiment concluantes en terme de baisse de la délinquance et de mieux vivre des habitants.

A Mantes-la-Jolie, ville voisine des Mureaux dans les Yvelines, vantée par son ancien maire Pierre Bédier comme une réussite en terme d'urbanisme et de mieux vivre justement, un jeune de 22 ans est mort tué par balles il y a quinze jours, au cours d'un probable règlement de comptes. Du jamais vu dans ce quartier.

Et quelle imposture sociale, dans le cités où les rénovations urbaines ont abouties, lorsque les mêmes pauvres restent confinés entre eux, avec un peu de ciel en plus au-dessus du béton. Et si la pacification avance, croient certains, c'est en fait l'intégrisme religieux qui progresse. Un résumé de la jungle libérale voulue par Sarkozy.


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Mercredi 20 septembre 2006
Par Marie-George Buffet, Secrétaire nationale du PCF
Ancienne ministre de la jeunesse et des sports


 La spécificité de l'activité sportive est inscrite comme un principe dans le Traité de Nice, toujours en vigueur aujourd'hui. De nombreux ministres des sports de tous les pays d'Europe l'avaient alors défendu. Ce principe permet au sport de ne pas être considéré comme n'importe quel autre marché, et de ne pas tomber pas sous le joug de la libre circulation des capitaux.

Il y a aujourd'hui, en Europe, une minorité de club côtés en bourse. De plus, là où c'est la cas, l'expérience est, selon l'avis de tous, particulièrement mitigée, puisque les résultats dépendent par nature des aléas de la vie sportive. C'est par exemple le cas en Italie.

Que penser du fait que les grands clubs professionnels manquent d'argent quand les droits de retransmission télévisée atteignent des records, et que le montant des transferts explosent ? A ce rythme, on peut se demander jusqu'où va aller cette surenchère ?

La cotation en bourse des clubs sportifs va amener une véritable bulle financière qui va fragiliser l'ensemble du système.

Les fédérations sportives bénéficient d'une délégation de service public, cela est impossible à conjuguer avec une cotation en bourse. La proposition de Jean-François Lamour de modifier la loi pour permettra la cotation en bourse est la porte ouverte pour une sorte d'O.P.A. du monde de la finance sur le sport.

Plutôt que de céder à la loi de l'argent, il faut réaffirmer l'unicité, la péréquation et la solidarité entre sport professionnel et amateur. Le sport professionnel doit rester sous l'égide du mouvement sportif, il est absolument inacceptable que l'argent dicte sa loi aux sports.



par le Citoyen Thimèle publié dans : Economie et Social
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Mardi 19 septembre 2006
Par Jean-Jacques Chavigné

Querelle tactique et accord sur le fond

L’opposition entre Fillon et de Villepin relève de la tactique politicienne. Fillon veut embarrasser de Villepin au moment du débat sur la fusion Suez-GDF. De Villepin ne veut surtout pas que de l’huile soit jetée sur le feu.

Mais, sur le fond, il n’y a aucune illusion à se faire : si la droite gagne les élections en 2007 (quel que soit son candidat à la présidentielle), elle cherchera à réformer les régimes spéciaux de retraites et cela ne sera que l’une des multiples régressions sociales que nous aurons alors à subir.

Horace et les Curiaces

Jean-Louis Debré (président UMP de l’Assemblée Nationale) pose une question intéressante à François Fillon : « Pourquoi lorsqu’il était ministre, n’a-t-il pas fait une réforme des régimes spéciaux ? » La réponse est simple : il fallait diviser le salariat pour pouvoir l’affronter sur un sujet aussi sensible que les retraites. Horace choisissait d’attaquer l’un après l’autre chacun des trois Curiaces : le secteur privé, la fonction publique, les régimes spéciaux.

En 1993, Balladur avait commencé à la besogne en s’attaquant aux retraites des salariés du secteur privé (40 ans de cotisations, retraite calculée sur les 25 meilleurs années et non sur les 10...)

En 1995, Juppé, s’appuyant sur l’inégalité créée par Balladur entre salarié du privé et du public s’attaquait, au nom de l’égalité, à la retraite des fonctionnaires et aux régimes spéciaux. L’énorme mobilisation de novembre-décembre 1995 l’obligeait à reculer. Fillon en a tiré les leçons : en 2003, il ne s’est attaqué qu’aux seuls fonctionnaires.

Il estime maintenant qu’il est temps d’en finir avec les régimes spéciaux, toujours au nom de sa conception de l’ « égalité », celle du nivellement par le bas.

En 1995 les salariés du public ont défendu les intérêts de tous les salariés

En 1995, les salariés de la fonction publique, ceux de la SNCF, d’EDF-GDF, de la Ratp ont été accusés de défendre des « intérêts corporatistes ».

En réalité, en défendant leurs propres retraites, ils ont défendu les retraites de tous les salariés, du privé comme du public. Pendant 8 ans, aucun gouvernement n’a osé remettre en cause les retraites dans le public mais aussi dans le privé. Il n’était pas possible, en effet, d’exiger des salariés du privé une augmentation de leur durée de cotisation tant que les salariés du public bénéficiaient de 37,5 années et demie.

Mais en 2003, Fillon ne s’est pas contenté d’obliger les salariés du public à cotiser 40 annuités. Dès 2008, la loi qu’il a fait voter, augmentera d’un trimestre par an ans la durée de cotisation dans le privé et dans le public. Les 45 annuités préconisées par le Medef sont en bonne voie.

Pourquoi les salariés sont-ils les seuls visés ?

Curieusement, le tir de barrages contre les régimes spéciaux de retraites ne vise que les salariés. Pourtant, au nom de l’ « égalité », il existerait d’autres cibles.

Les « retraites chapeaux », tout d’abord. Elles sont financées à grands frais par les entreprises et permettent à bien des dirigeants d’entreprise de bénéficier d’une retraite approchant souvent de très près leur salaire d’activité. Ce sont autant de sommes qui sont détournés de l’augmentation des cotisations retraites patronales et qui nuisent à l’équilibre des régimes de retraite des salariés du secteur privé.

Ensuite, les transferts entre régimes de retraite, ce qu’on appelle la « compensation ». Ils se font au détriment des régimes de salariés et au profit des régimes de non-salariés (agriculteurs, professions indépendantes, commerçants, professions libérales...). En quoi est-ce acceptable alors que ces professions paient des cotisations nettement inférieures à celle des salariés (cotisations salariés + cotisations employeurs) et ont toujours refusé un alignement de leurs cotisations sur celles des salariés ?

Un enjeu financier au total peu important

Il s’opère, tout d’abord,une confusion entre les régimes spéciaux de retraite des trois Fonctions publique (Etat, collectivités territoriales, hôpitaux) et les régimes spéciaux de la SNCF, de la RATP, d’EDF-GDF, des mines. Or, seuls ces derniers sont concernés puisque les trois fonctions publiques ont été au nombre des victimes de la loi Fillon de 2003. L’enjeu est donc beaucoup moins important que ce qui est suggéré.

La Cour des comptes précise, ensuite, qu’il faut réformer ces régimes « en raison des perspectives démographiques » : le nombre de retraités augmente et le nombre de cotisants diminue. C’est un argument un peu court car il ne prend pas en compte les causes de cette évolution démographique. La cause fondamentale de cette évolution est pourtant évidente : la dégradation du service public et le fait que depuis plus de 20 ans, les embauches nécessaires à un fonction correct du service public n’ont pas été effectuées. Il est donc normal que la solidarité nationale intervienne pour financer les retraites de ces régimes. Si tel n’était pas le cas, quel serait le sort des mineurs retraités ?

Enfin, lorsque l’on analyse la question des retraites, il est nécessaire d’envisager l’avenir, de faire un peu de prospective. En effet, si la situation démographique des régimes spéciaux n’est pas très favorable aujourd’hui il n’en sera pas de même dans 20 ans. A condition, toutefois que cesse la dégradation du service public. Car la diminution des embauches depuis plus de 20 ans se traduira par une diminution des départs en retraite en 2025. Aujourd’hui, il y a environ 500 000 retraités (certains ne bénéficiant, d’ailleurs, que de pensions de réversion) relevant des régimes spéciaux pour un total de 12 millions de retraités, soit 4,2 %. En 2025 les chiffres seront tout à fait différents : environ 300 000 pour environ 18 millions de retraités, soit 1,6 % du total.

Alors pourquoi tant de bruit pour si peu ?

Parce que la droite veut briser les reins de ceux qui ont été le fer de lance des mobilisations de salariés en 1995 et en 2006. C’est aussi l’un des buts des privatisations, même si ce n’est pas le plus important.

Parce que la droite veut aller au-delà de l’allongement d’un trimestre par an de la durée de cotisation et aller le plus rapidement possible vers une retraite à taux plein pour 45 années de cotisation. L’article 5 de la loi Fillon lui permet très clairement d’agir ainsi. Mais, sans augmenter les cotisations (ce que le Medef lui interdit) il ne sera pas possible d’équilibrer le financement des régimes de retraite par répartition.. Cela ne sera possible politiquement que quand aura sauté l’ultime verrou symbolique des 37,5 années de cotisation dans les régimes spéciaux.

Pourquoi pas un seul régime de retraite ?

La question est judicieuse.

Mais il faudrait d’abord la poser au gouvernement qui, avec la loi Fillon, a fait le lit des fonds de pension et mis à mal la possibilité d’un seul régime unifié de retraite par répartition.

Il faudrait ensuite la poser à tous les non-salariés qui ont toujours refusé l’intégration à un régime qui les obligerait à aligner leurs cotisations sur celle du salariat.

Il faudrait, enfin, prendre en compte le fait que EDF-GDF et la RATP ont commencé à intégrer (adosser) les retraites de leurs salariés au régime général. Cette intégration a amené le versement d’une soulte par les entreprises concernées, afin de compenser le transfert de charges.

L’égalité des droits : oui, mais comment ?

Il reste cependant une question de fond : pourquoi les salariés d’EDF, la SNCF, la RATP pourraient-ils profiter de conditions de départ en retraite qui seraient plus avantageuses que celles des salariés du privé ou des trois fonctions publiques ?

Les salariés des entreprises visées ont la possibilité de partir en retraite à 55 ans, voire à 50 ans. Ils cotisent 37,5 années contre 40 dans les autres secteurs. Leurs retraites sont calculées sur le dernier salaire. Est-ce acceptable au regard du sort imposé aux salariés du privé ou de la Fonction publique ?

Que 18 000 agents de conduite de la Sncf (10 % des agents de la Sncf) puissent prendre leur retraite à 50 ans ne paraît pas scandaleux au regard de la nature de leur métier et de la sécurité des usagers. D’ailleurs, les militaires peuvent la prendre bien avant cet âge mais ne font pas l’objet d’une attention aussi soutenue. Ce qui est regrettable, par contre, c’est que la pénibilité du travail et la sécurité (des usagers de la route par exemple) ne soient pas prise en compte dans le secteur privé.

Que les 160 000 autres agents de la Sncf puissent partir à 55 ans correspond au versement de cotisations retraites beaucoup plus élevées que dans le secteur privé. En 2000, ces cotisations s’élevaient à 26 % de son salaire pour un salarié du privé (régime général et ARCCO) mais à 36 % de son salaire pour un salarié de la Sncf. Une partie de ces 36 % est certes payés par l’Etat mais c’est aux dépens d’un salaire direct plus élevé. Il faut savoir également que le départ en retraite à 55 ans n’est pas du tout synonyme de retraite à taux plein. En effet, l’âge d’embauche a continuellement reculé : de 18 ans il y a 40 ans à 24/25 ans en moyenne aujourd’hui. Très peu de cheminots bénéficieront donc, dans ces conditions d’un nombre d’annuités suffisantes pour bénéficier d’une retraite à taux plein à l’âge de 55 ans.

Leur retraite est calculée sur leur dernier salaire. Mais ce ne serait certainement pas une bonne solution pour les salariés du privé : à la différence du public, un salaire peut considérablement régresser au cours de cette dernière année. La vraie égalité avec les salariés du public serait de revenir au calcul de la retraite sur la base des 10 meilleures années.

Les salariés relevant des régimes spéciaux peuvent bénéficier d’une retraite à taux plein au bout de 37,5 années de cotisation. Alors qu’il faut 40 annuités pour les salariés du privé. Alors qu’il faudra (dans le meilleur des cas) ajouter un trimestre par an à ces 40 annuités à partir de 2008 aussi bien pour les salariés du privé que pour ceux des trois fonctions publiques. Il n’y a donc pas égalité. Mais tout le problème est de savoir comment établir cette égalité.

L’espérance de vie après 60 ans augmente (même si elle le fait beaucoup moins rapidement que ne l’affirme la loi Fillon). Il pourrait, donc, être possible de discuter d’un allongement de la durée de cotisation.

Mais cela n’aura aucun sens tant que sévira le chômage de masse et que différer le départ à la retraite obligera des centaines de milliers de jeunes à rester au chômage.

Cela n’aura aucun sens, non plus, tant que la durée moyenne d’une carrière dans le secteur privé sera, comme aujourd’hui, égale à 37 ans. Dans les conditions actuelles, en effet, obliger les salariés du privé à cotiser au-delà de 37,5 ans pour bénéficier d’une retraite à taux plein relève d’un déni de réalité, d’une volonté de faire chuter dramatiquement le niveau des retraites sans oser l’avouer. Le patronat licencie à tour de bras les salariés de plus de 50 ans et le gouvernement vient de supprimer le seul frein à cette frénésie : la contribution Delalande qui obligeait à verser entre 8 et 12 mois de salaire pour le licenciement d’un salarié âgé. De plus en plus de salariés du privé (notamment les femmes) partent avec des retraites amputée, de plus en plus proches du minimum vieillesse. Ils seront sans doute la majorité dans 30 ans. Certes, l’égalité est nécessaire. Mais la seule égalité possible, aujourd’hui, si l’on ne veut pas baisser le niveau des retraites, c’est les 37,5 annuités, dans le privé comme dans le public (fonction publique et régimes spéciaux).

Comment financer les retraites ?

L’alignement des régimes spéciaux de retraites sur les autres régimes de retraite des salariés ne concernerait que 1,6 % des retraités en 2025. Il serait donc, de toute façon, parfaitement vain d’attendre de cette réforme une solution au financement des retraites.

C’est pourquoi il est nécessaire de revenir sur la question du financement des retraites. C’est là que se situe la clé du problème. La réforme Fillon ne crée pas de nouvelles ressources pour les retraites. Pour cette loi, l’équilibre financier sera le produit de l’allongement de la durée de cotisation et de la baisse du montant des retraites. Ce qui signifie que dans 30 ans, vieillesse et pauvreté redeviendront synonymes pour la majorité des salariés en retraite, comme il y a 40 ans !

Pourtant, selon le Conseil d’Orientation des Retraites et le rapport Charpin avait calculé qu’il était possible de maintenir le niveau des retraites à condition d’augmenter les cotisations retraites de 15 poins en 40 ans. Cela représente une augmentation de 0,38 point par an. A part le Medef, qui peut prétendre qu’une augmentation de 0,25 point pour les cotisations patronales et de 0,13 points pour les cotisations salariales serait insupportable ? C’est, au contraire, non seulement possible mais souhaitable. Cela serait possible car cela n’empêcherait ni les profits ni les salaires directs d’augmenter. Cela permettrait de financer des retraites égales à 75 % du salaire et (en augmentant plus rapidement le taux des cotisations patronales) de commencer à répartir autrement les richesses. Cela permettrait de commencer à reprendre au capital les 160 milliards d’euros annuels gagnés par les profits au détriment des salaires au cours des 25 dernières années.

L’égalisation des retraites se ferait alors par le haut et non par le bas comme le veulent le gouvernement et le Medef.


Démocratie & Socialisme

par le Citoyen Thimèle publié dans : Economie et Social
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Lundi 11 septembre 2006

Par Naomi Klein



La Croix Rouge vient d’annoncer un nouveau partenariat en réponse aux catastrophes avec la société Wal-Mart. Lorsque le prochain cyclone s’abattra, ce sera une coproduction entre Grande Aide et Grande Distribution. C’est la leçon que le gouvernement étatsunien aurait apparemment apprise après le cyclone Katrina : les situations de catastrophe sont mieux gérées par le business.

"Tout sera entre les mains du privé, tôt ou tard," a dit au mois d’avril Billy Wagner, chef de la gestion des catastrophes naturelles du sud de la Floride, tandis qu’il suivait la progression de la tempête tropicale Ernesto. "Ils ont le savoir-faire. Ils ont les moyens." Mais avant qu’un tel consensus ne se développe, il serait peut-être temps d’examiner comment la privatisation des catastrophes a commencé, et où elle ménera inévitablement.

La première étape fut la démission du gouvernement devant sa responsabilité de protéger la population des catastrophes. Sous l’administration Bush, des secteurs entiers du gouvernement, notemment le Département de la Sécurité Intérieure (Department of Homeland Security) ont été transformés en glorieuses agences de travail temporaire où les fonctions essentielles sont sous-traitées à des entreprises privées. La théorie dit que les chefs d’entreprises, allechés par le profit, sont toujours plus efficaces (prière de ne pas exploser de rire).

On a vu le résultat à la Nouvelle Orléans, il y a un an : Washington était déséspéremment faible et inepte, en partie parce que ses experts en gestion des catastrophes sont partis travailler dans le privé et sa technologie et infrastructure étaient définitivement dépassées. En comparaison, le secteur privé avait l’air plus moderne et compétent.

Mais la lune de miel ne dura pas longtemps. "Où est parti tout l’argent ?" demandent les gens déséspérés de Bagdad à la Nouvelle Orléans, de Kaboul au Sri-Lanka. Une bonne partie de cet argent est parti dans le capital des sociétés sous-traitants privées. Généralement au vu et au su de tous, des milliards de dollars de nos impôts ont été investis dans la création d’infrastructures privées : le nouveau siége social ultra-moderne du Groupe Shaw à Baton Rouge, les bataillons entiers d’engins de terrassement de Bechtel, le campus de 2400 hectares de Blackwater USA dans la Caroline du Nord (avec son camp d’entrainement paramilitaire et une piste d’atterrissage de 1800 mètres).

J’appelle ça le Complexe du Capitalisme de Catastrophe. Quoique vous puissiez avoir besoin dans un moment d’urgence, ces sous-traitants pourront vous le fournir : générateurs, citernes, lits de camps, maisons préfabriquées, systèmes de communications, hélicoptères, médicaments, et des hommes armés.

Cet état-dans-l’état a été construit presque exclusivement avec l’argent des contrats publics, dont la formation du personnel (en très grande majorité ce sont d’anciens fonctionnaires, élus et militaires). Et pourtant, ce secteur est totalement privatisé. Les contribuables n’ont aucun droit de regard. Jusqu’à présent, cette réalité n’est pas encore entrée dans les esprits parce que les factures de ces sociétés sont payées par le gouvernement. Le Complexe du Capitalisme de Catastrophe offre ses services gratuitement au public.

Mais voici le problème : le gouvernement des Etats-Unis va être fauché, en partie à cause de ce genre de dépenses débiles. Le dette du pays s’élève à 8 000 milliards de dollars ; le déficit du budget fédéral s’élève au moins à 260 milliards de dollars. Ce qui signifie que tot ou tard le gouvernement ne paiera plus ses sous-traitants. Chez les initiés, on appelle ça la "Bulle de la Sécurité Intérieure"

Lorsque cette bulle éclatera, les entreprises telles que Bechtel, Fluor et Blackwater perdront leur principale source de revenus. Elles auront toujours tout leur matériel high-tech pour répondre aux catastrophes, tandis que le gouvernement aura perdu peu à peu sa propre expertise. Il faudra alors louer leur matériel et leurs structures, et leur prix sera le notre.

Voici un exemple de ce qui pourrait nous attendre dans un avenir pas si lointain : l’hélicoptère décollera d’un toit dans une ville inondée pour 5.000 dollars par tête (7.000 dollars pour une famille entière, animaux domestiques inclus), de l’eau en bouteille et des "repas précuisinés" pour 50 dollars par personne (c’est cher, mais c’est la loi de l’offre et de la demande), et un lit de camp dans un abri avec une douche portable (présentez votre identification biométrique, qui aura elle-même été développée dans le cadre d’une sous-traitance de la Sécurité Intérieure, et nous vous enverrons la facture).

Ce modèle, bien sûr, est celui du système de santé des Etats-Unis, où les riches ont accès aux meilleurs traitements dans le meilleur confort alors que 46 millions des Américains n’ont pas d’assurance maladie. En tant que réponse à une catastrophe, le modèle est déjà en application pour la pandémie du Sida : le secteur privé a réussi à fabriquer des médicaments (grâce aux grosses subventions de l’état), qui sont facturés si chers que la vaste majorité des malades touchés par le virus ne peuvent se payer le traitement.

Si c’est ça la réactivité du privé devant une catastrophe annoncée, que pouvons nous espérer dans le cas de catastrophes soudaines, telles que des cyclones ou des attaques terroristes ? Il faut rappeler que pendant le bombardement récent du Liban par Israel, le gouvernement US avait d’abord tenté de facturer aux citoyens US leur propre évacuation. Et, évidemment, tous ceux au Liban qui n’avaient pas un passport occidental n’avaient aucun espoir d’être évacués.

Il y a un an, les travailleurs et les pauvres de la Nouvelle Orléans se réfugièrent sur les toits pour attendre des secours qui ne sont jamais venus, alors que ceux qui avaient les moyens de payer ont réussi à s’enfuir. Les dirigeants du pays affirment que ce fut le résultat d’une erreur lamentable, une faille dans la communication qui est en train d’être corrigée. Et leur seule réponse est d’accentuer encore plus la "privatisation des solutions".

A moins d’un changement radical de politique, la Nouvelle Orleans aura été un avant-gout d’un futur sombre, un futur de l’apartheid dans la catastrophe où les riches seront sauvés et tous les autres seront abandonnés à leur sort.

Bellaciao

par le Citoyen Thimèle publié dans : Economie et Social
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Vendredi 8 septembre 2006

 Par Pascal Dronne et Yves Housson


Scandale! Alors que Villepin se vantait d’augmenter le pouvoir d’achat des smicards, les impôts réclame un "trop-perçu" à 250 000 foyers défavorisés bénéficiaires de la prime pour l’emploi.

C’était il y a tout juste une semaine. Le chef du gouvernement, faisant sa rentrée sur TF1, fanfaronnait, et la presse faisait caisse de résonance, proclamant en gros titres : "Villepin soutient les bas salaires", "Pouvoir d’achat : Villepin multiplie les signaux concrets", etc., etc. Motif de cet enthousiasme : le gouvernement avait décidé d’augmenter la "prime pour l’emploi", en portant à 940 euros en 2007 son montant annuel pour un célibataire au smic.

Il n’y avait pas meilleur signe de la préoccupation du gouvernement pour le pouvoir d’achat des Français, nous signifiait-on. Hier matin, patatras : on apprend, de la source la plus officielle, le ministère des Finances, confirmant - bien obligé - une information du Figaro, que ce même gouvernement, soit-disant si sensible aux soucis financiers de ses concitoyens les plus défavorisés, va faire les poches de 250 000 d’entre eux. Vous avez bien lu : le fisc réclame un prétendu trop-perçu à 250 000 foyers classés dans la catégorie des pauvres, pour qui cette rentrée, avec son cortège de hausses de prix, est synonyme de dramatique casse-tête budgétaire.

Comment le « père Noël » Villepin s’est-il transformé en « père Fouettard » ? Versée aux travailleurs à bas salaires (entre 0,3 et 1,4 SMIC), afin d’inciter « au retour en emploi et au maintien dans l’emploi », la prime pour l’emploi (PPE) est versée à 9,2 millions de personnes, soit sous forme d’un chèque si elles ne paient pas d’impôt sur le revenu, soit sous forme de baisse de cet impôt. Conçue pour faire accepter les jobs mal payés (voir article page suivante), les gouvernements successifs l’ont utilisée pour afficher leur souci du pouvoir d’achat. C’est justement afin de renforcer cette image que l’équipe Villepin a décidé, l’an dernier, d’offrir la possibilité de la toucher chaque mois. Jusqu’alors, la PPE était perçue en une seule fois, à la fin de l’été, sur la base des revenus de l’année précédente. En 2006, 1,5 million de bénéficiaires ont opté pour la mensualisation : de janvier à juin, ils ont donc touché un douzième de la prime reçue l’année dernière. Une sorte d’anticipation, dans l’attente d’un éventuel ajustement au vu de leurs droits réels calculés sur les revenus de 2005. Et ce qui était dès lors à craindre est arrivé : considérant les changements de situation survenus l’an passé, les services de Bercy ont constaté que 250 000 personnes ainsi mensualisées ont trop perçu.

Explication : pour la moitié d’entre eux, leurs revenus ont augmenté. Peu importe si, avec ces revenus accrus, ils restent, comme c’est probable, dans la catégorie des travailleurs pauvres, le seuil à ne pas dépasser pour avoir droit à la PPE est de 12 606 euros par an pour une personne seule, 25 211 euros pour un couple. Pour l’autre moitié, la raison est à la fois plus simple et plus scandaleuse : ils ont perdu leur emploi, or, pour être éligible à la PPE, il faut en avoir un. À tous, le Trésor public demande donc aujourd’hui de rembourser tout ou partie des sommes qu’ils ont encaissées depuis le début de l’année... Et qu’ils ont bien évidemment très vite dépensées, ces foyers modestes n’ayant en général guère le loisir de spéculer en Bourse...

Visiblement pas choqué par cette décision, le ministère des Finances a fait savoir hier qu’« il y aura un étalement des remboursements, la situation de chacun sera prise en compte ». Pour en minimiser l’impact, il fait valoir que le remboursement portera parfois sur « des montants qui peuvent être très faibles ». Et, cherchant, piteusement, à se dédouaner et à culpabiliser les victimes de ce sale coup, Bercy assure que les bénéficiaires ayant choisi la mensualisation n’ont pas été pris par surprise, puisqu’ils ont été prévenus au moment de passer à ce mode de paiement qu’ils risquaient d’avoir des sommes à rembourser.

Il n’en reste pas moins que la mesure « sonne comme une punition des chômeurs », dénonce le comité national CGT des privés d’emplois, parlant même d’une « double peine » pour ceux qui ont perdu leur job. La CGT demande au gouvernement, à l’instar de l’association AC !, de renoncer au remboursement. Le Parti communiste dénonce avec vigueur une décision « inique, s’agissant de gens qui se retrouvent au chômage et qui devraient, au contraire, bénéficier d’un soutien accru, y compris pour pouvoir rechercher un emploi ». Une décision « perverse » aussi, ajoute le PCF, « s’agissant de ceux qui se retrouvent en quelque sorte sanctionnés de connaître une amélioration de leur salaire » : la PPE mensualisée « fonctionne comme une incitation à refuser une augmentation ». Au-delà, cette douloureuse mésaventure souligne la perversité de ce « système de subventionnement d’emplois à très bas salaires ». Enfin, elle apparaît d’autant plus injuste que, dans le même temps, le gouvernement va faire entrer en application, en 2007, une réforme fiscale qui va valoir quelque 6 milliards d’euros « d’économies d’impôts », pour l’essentiel aux foyers les plus fortunés. Cette affaire dévoile ainsi le vrai visage de l’équipe Villepin : celui d’un Robin des Bois inversé, tapant dans le portefeuille des pauvres pour redistribuer aux privilégiés.

L'Humanité

par le Citoyen Thimèle publié dans : Economie et Social
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Dimanche 20 août 2006

Par Antoine Krempf


Selon la Fondation Abbé Pierre, 3,5 millions de personnes sont concernées en France. Les plus précaires passent de squats en chambres insalubres.


"Une nouvelle fois, l’année qui vient de s’écouler aura vu la situation se dégrader sur le front du mal-logement", affirme Raymond Étienne, président de la Fondation Abbé Pierre, dans la préface de son rapport 2006. En août 2005, 17 personnes, dont 14 enfants, périssaient dans l’incendie d’un immeuble vétuste à Paris. En l’espace de cinq mois, le feu fera 43 autres victimes dans les mêmes conditions. Toutes les familles touchées attendaient un relogement, certaines depuis plus de deux ans. Cet hiver, les tentes de Médecins du monde fleurissaient dans les rues de la capitale pour alerter les pouvoirs publics sur la situation de l’hébergement des sans-abri. Aujourd’hui, l’évacuation de Cachan. Autant d’évènements qui révèlent la situation dramatique du logement en France.

Selon les estimations de la Fondation Abbé Pierre, le mal-logement concerne aujourd’hui 3,5 millions de personnes en France. Il englobe l’absence de logement, les difficultés d’accès à l’habitat, le manque de confort et l’insalubrité, une mobilité difficile ou une assignation à résidence. Les 1 000 de Cachan font partis de la première catégorie, celle des 700 000 à 800 000 personnes qui se trouvent « aux portes du logement ». Parmi eux, on compte aussi bien les sans-domicile que les personnes hébergées dans les centres d’accueil.

« Dans les squats, ce sont des familles africaines immigrées, pour la plupart, qui n’ont pas d’autres choix. Pour des raisons d’argent, administrative ou pratique, elles ne peuvent pas accéder aux foyers », note Joachim Soares, directeur de l’espace Solidarité Habitat à la Fondation Abbé Pierre. Tous espèrent accéder au logement mais sont confrontés à la crise qui touche ce secteur. En 2004, seul le tiers des 1 300 000 demandeurs de logement social ont vu leur requête aboutir.

Alors que les besoins sont estimés à plus de 900 000 logements sociaux, le plan de cohésion social ne prévoit d’en créer que 500 000 nouveaux d’ici à cinq ans. « Au rythme de construction actuel, il va falloir quinze à vingt ans pour arriver à un parc satisfaisant », déplore Joachim Soares. D’autant que le boom des loyers dans le parc privé ces dernières années ne permet pas au plus démunis d’aller frapper à la porte des propriétaires. « Sur ce point, il n’y a aucune perspective d’amélioration », poursuit Joachim Soares. La solution à court terme pour ces derniers ? Les chambres d’hôtels ou les occupations d’appartements, insalubres pour la plupart, en espérant qu’ils ne prennent pas feu. (L'Humanité)


Un toit pour tous, ce serai trop demander?

par le Citoyen Thimèle publié dans : Economie et Social
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Samedi 19 août 2006

La Commission européenne ne voit pas de raison de s'opposer à ce qu'une entreprise refuse d'embaucher quelqu'un au motif qu'il est fumeur.

Une représentante de la Commission européenne, Katharina von Schnurbein, porte-parole du commissaire européen à l'Emploi et aux Affaires sociales a affirmé qu'une entreprise peut tout à fait refuser d'employer une personne parce qu'elle fume sans s'exposer à des poursuites pour discrimination. Selon cette source officielle, ce motif de refus d'emploi "n'est pas couvert par la législation européenne contre les discriminations".

Cette clarification intervient à la suite d'une question soulevée par le Parlement européen au sujet d'une offre d'emploi émise par une entreprise irlandaise qui précisait que les candidats fumeurs n'avaient "pas besoin de postuler".

"La législation anti-discrimination européenne interdit la discrimination sur la base d'origines raciale, ethnique, d'un handicap, de l'âge, de l'orientation sexuelle, de la religion et des croyances"
a répondu le commissaire européen concerné en précisant qu'une"annonce d'emploi disant que les fumeurs n'ont pas besoin de postuler ne semble tomber dans aucune des justifications d'interdiction mentionnées".

On savait déjà que le corpus de règles dites "anti-discrimination" importées en Europe en se fondant sur le modèle américain reposait sur une logique absurde de tri de la population en fonction d'un drôle de mélange entre caractéristiques ethniques, convictions religieuses et pratiques sexuelles. Et voici qu'elles sont désormais invoquées pour justifier des mesures d'ostracisme en fonction de la vie privée. En France, même l'Alliance contre le tabac s'est insurgée contre la position de la Commission européenne : "Nous n'avons jamais demandé ça, c'est aberrant, tout à fait inutile dans la lutte contre le tabagisme. Les fumeurs sont victimes d'une dépendance et ils faut les aider. (...) Cela n'a jamais été proposé par aucune organisation sérieuse même au niveau international. (...) C'est la porte ouverte à d'autres discriminations - obésité, diabète, hypertension artérielle etc. - et pourquoi pas la (sélection) génétique" a ainsi déclaré son président, le professeur Dubois.

Un fumeur maltraité par une entreprise avec la bénédiction de la Commission européenne aura peut-être une chance de voir sa situation reconsidérée s'il est par ailleurs noir, musulman ou homosexuel. Pour les autres... C'est le patch ou la porte !
 

par le Citoyen Thimèle publié dans : Economie et Social
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