-Au Liban (Beyrouth):

par Marie-Anne Müller
Stocks de nourriture, de fuel, de médicaments. Exode vers les maisons dans la montagne… les habitants de la capitale montrent une certaine organisation et des automatismes qui revoient le jour dans cette période de guerre.
Les 15 années de guerre civile ont marqué les Libanais. Dès le premier jour de l’offensive israélienne, les réflexes induits par la guerre ont rejailli. Stocker des aliments d’abord. Les supermarchés et épiceries ont littéralement été pris d’assaut. Pain, sucre, eau, café, farine, thon, huile… Toutes les denrées non-périssables s’entassent dans les chariots, laissant des rayons vides. Roula, une habitante du quartier chrétien d’Achrafieh, a fait un stock de provision : « J’ai une famille à nourrir, si le blocus maritime, aérien et terrestre imposé par Israël perdure, nous commencerons à manquer de nourriture ». En attendant, son employée de maison, une thaïlandaise pousse à ses côtés un lourd chariot débordant de victuailles. Les conducteurs ont également assailli les stations d’essence, remplissant leurs jerricans.
Dans le quartier musulman de Hamra, dans la banlieue de Beyrouth, les habitants font aussi des provisions de médicaments. « Certains médicaments courants commencent à manquer », explique un pharmacien, « surtout ceux pour le diabète et la tension ».
Les coupures d’électricité sont de plus en plus fréquentes. Pour y parer, certains beyrouthins disposent de générateurs. Mais avec la guerre le prix a augmenté, allant jusqu’à tripler selon les quartiers. Etienne a un cyber café. Il va être contraint de le fermer, le générateur lui coûtant 120 dollars US par mois, une somme qu’il ne peut plus débourser. Les coupures d’électricité entraînent en effet des coupures d’Internet et les clients sont de moins en moins nombreux. Pour les autres, sans générateur, l’unique solution est de s’éclairer à la lumière… des bougies. Saadieh, propriétaire d’un immeuble à Hamra, fait bénéficier de son générateur à ses voisins, contre un petit pécule.
La guerre crée un nouveau système de business. Les commerçants ont commencé à augmenter légèrement leurs prix. Les cigarettes ont ainsi subi une hausse de 50 % dans certains points de vente. Et dans le Mont-Liban, le kilo de citrons est passé de 500 livres libanaises (environ 25 centimes d’euros) à 6 000 LL (3 euros). Les cartes de téléphone portable sont également plus chères de quelques milliers de livres libanaises.
Dès que les déflagrations de bombes se font entendre, un seul mot d’ordre : rentrer chez soi et se barricader. Zeina, a déjà vécu la guerre civile libanaise, elle laisse ses fenêtres ouvertes et les recouvre de couvertures. « Comme ça, si les vitres explosent, les éclats ne sont pas projetés ». Un autre conseil qui circule toujours, devenu une sorte de mythe est de laisser ses pantoufles à l’envers la nuit. De cette manière, en cas d’explosions des vitres, il n’y a aucun débris dans les chaussures, et donc aucune blessure, il suffit de les retourner. Grâce au téléphone portable, les Libanais restent en contact et se transmettent les dernières nouvelles. Ils évitent de circuler en voiture ou à pieds près des ponts et des grands axes routiers.
Les artères commerçantes de Beyrouth, sont désertées, tout comme la rue Monot, centre névralgique de sorties des jeunes le week-end. Les Beyrouthins restent chez eux, devant le poste de télévision pour être au courant des dernières nouvelles de la guerre. Ceux qui ont des maisons dans la montagne, dans le Nord, sont déjà partis, fuyant le bruit des bombes de plus en plus violentes, de plus en plus proches. Khalil y a amené sa compagne française, les nerfs à vif d’entendre chaque jour et chaque nuit les déflagrations. « Ici, on peut aller se promener en pleine nature, et se destresser », explique-t-il. Ces villégiatures deviennent de véritables refuges pour les beyrouthins. Depuis le week-end dernier, les maisons et hôtels y sont pleins à craquer. Alors que les habitants du Sud et de la banlieue sud essaient eux de regagner la capitale, plus sûre que leur région, constamment bombardée et dont certains faubourgs ne ressemblent plus qu’à de véritables champs de ruines. Mais la guerre risque aussi de s’accompagner d’autres réflexes : ceux des tensions communautaires. (Marianne)
Les bombardements israëliens ont à l'heure actuelle provoqués la mort de plus de 350 civils libanais.
-En Israël (Haïfa):
par Sonia Chironi
Depuis une semaine, les habitants d’Haïfa vivent au rythme des tirs de roquette du Hezbollah en provenance de leur frontière nord. Les attaques ont fait près d'une vingtaine de morts civils dont huit morts et plusieurs blessés lors des bombardements de dimanche et lundi.
Dimanche matin, 6 heures. Les habitants de Haïfa sont réveillés par le bruit des sirènes. Quelques minutes plus tard, une série d’explosions retentit. Le scénario que tous les habitants craignaient depuis une première alerte, 48 heures auparavant, vient de se réaliser : la grande ville du Nord d’Israël, symbole de la bonne coexistence entre les communautés juive et arabe, est attaquée par le Hezbollah.
Un mouvement de panique traverse aussitôt la cité. Des automobilistes qui se rendaient au travail abandonnent leur véhicule en plein milieu de la chaussée et courent se réfugier dans les abris. Des centaines de personnes envahissent en quelques minutes les bouches de métro, l’endroit réputé le plus sûr. « J’habite au dernier étage d’un immeuble ancien. Je ne me sentais absolument pas protégée, et j’ai eu très peur », raconte Ady, une jeune fille d’une vingtaine d’années, qui s’est précipité dans la station qui est en bas de chez elle. C’est là qu’elle a passé la matinée, à suivre les dernières nouvelles diffusées par la radio locale.
En tout, une quinzaine de roquettes au moins se sont abattues dimanche matin sur le centre-ville et la banlieue de la troisième ville d’Israël, située à une quarantaine de kilomètres de la frontière libanaise. L’une d’elle a percé le toit du hangar de la gare centrale, tuant huit employés, et en blessant une vingtaine d’autres. Le bilan le plus lourd pour une attaque du Hezbollah depuis plus de dix ans.
Lundi, après une accalmie dans la matinée, les sirènes ont de nouveau retentit dans la ville. Plusieurs salves ont été tirées dans l’après-midi et dans la soirée, l’une d’elles atteignant de plein fouet un immeuble d’habitations près du port. Six personnes ont été blessées, dont une gravement.
Calfeutrés chez eux ou dans des abris, les 275 000 habitants de Haïfa vivent depuis trois jours au rythme des alertes et des tirs de roquettes. La ville s’est figée : les rues et les trottoirs sont vides, les commerces presque tous fermés.
A Carmel, un quartier aisé situé dans les hauteurs, il n’y a qu’un seul bar ouvert. C’est celui de Kobi, un jeune trentenaire qui a passé trois ans dans les forces spéciales de l’armée israélienne au Liban. « Je ne pense pas qu’Hassan Nasrallah (le chef du Hezbollah, ndlr) réussira à tuer la vie sociale d’Israël. Je veux que les gens puissent continuer à pouvoir sortir, s’ils le veulent. Et tant qu’une roquette ne se sera pas abattue sur le bar, je resterais ouvert, même si personne ne vient. C’est une question de principe ».
Kobi avoue qu’il ne comprend pas l’attaque du Hezbollah qui a tout déclenché, il y a une semaine. Il y a quelques années, avant le retrait israélien du Sud-Liban, il a passé un mois à surveiller la frontière, à l’endroit précis de l’offensive lancée par les miliciens chiites. « A l’époque, c’était très calme. Avec les gars du Hezbollah, postés à quelques centaines de mètres de nous à peine, on se regardait, et on se faisait parfois un petit signe de la main, en riant ».
Aujourd’hui, Kobi s’apprête à rejoindre son unité près de la frontière. « Mon commandant m’a appelé, il a besoin de moi. Je n’ai pas hésité. Même si j’ai peur, évidemment, c’est mon devoir de répondre présent quand il s’agit de défendre mon pays ». Pendant que Kobi obéira aux ordres de son commandement militaire, « quels qu’ils soient, et sans états d’âme, parce qu’ils savent ce qu’ils font », c’est son associé, Kamal, un Arabe israélien, qui tiendra le bar des collines de Carmel.(RFI)
A vous la parole