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Dimanche 10 décembre 2006

Par Jean-François Kahn


Pour imposer le pluralisme, réagissez (Et faites passer) !

ll y a les lecteurs qui nous intiment l’ordre, soit de ne plus parler de Nicolas Sarkozy, soit de ne plus parler de Ségolène Royal, soit encore de ne plus parler ni de l’un ni de l’autre. C’est évidemment stupide. C’est un peu comme s’il fallait s’interdire de parler de la guerre d’Irak parce que nous sommes contre, de Poutine ou de Bush parce qu’ils ne sont pas sympathiques, ou du réchauffement climatique parce que c’est désagréable… Au demeurant quand, ce qu’on est en droit de regretter, Sarko et Ségo font à eux deux, comme la semaine dernière, 90 % de l’actualité politique, occulter le sujet reviendrait à occulter l’actualité elle-même.

En revanche, ce qui est effectivement scandaleux, attentatoire au pluralisme, donc à la démocratie, ce qui, en conséquence, est de plus en plus insupportable, c’est la façon dont les grands médias, abolissant le premier tour des élections présidentielles, veulent les réduire à un affrontement bipolaire de deux candidats présélectionnés par eux. De la sorte, trois grands courants, tout aussi légitimes et représentatifs que les deux autres, le courant centriste et humaniste, le courant réellement gaulliste et les courants qui se situent à la gauche du PS, sont quasiment interdits d’existence et d’expression, rejetés hors du champ de la normalité démocratique. Ce n’est pas acceptable. Les grands médias n’ont pas à voter à notre place. Pourquoi, par exemple, la gauche antilibérale remplit-elle les salles, mais est systématiquement exclue des antennes et des écrans ? Pourquoi ce mépris médiatique envers la candidature de François Bayrou qui intéresse de plus en plus de gens ? Pourquoi ce boycottage de la candidature gaulliste de Nicolas Dupont-Aignan ? Marianne vous invite donc à réagir… à revendiquer le respect de toutes les sensibilités… à pétitionner, à harceler les médias, à écrire aux faiseurs d’opinion pour exiger une restauration du pluralisme. Qu’on cesse de nous imposer un candidat quasi-unique, omniprésent, promotionné obsessionnellement par les grands médias, et flanqué d’une « challenger » tout aussi officielle. A vous de vous faire entendre !

Marianne

par le Citoyen Thimèle publié dans : Elections 2007
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Jeudi 7 décembre 2006

En présentant mercredi sa « campagne militante » pour 2007, le député UMP Nicolas Dupont-Aignan a annoncé qu’il se présenterait en dehors de son parti à l’élection présidentielle : « Comment pourrais-je participer à des primaires de pacotille », organisées « entre Noël et le jour de l’An, à la va-vite ? », a-t-il déclaré. Lors de cette annonce, il s’est attaqué frontalement au projet de Nicolas Sarkozy. « Comment voulez-vous que les gaullistes se couchent face à cette dérive libérale, atlantiste, conservatrice, qui ne représente en rien l’électorat de notre pays ? », a-t-il lancé. Nicolas Sarkozy a « choisi d’imposer un projet politique qui écarte définitivement, sur des points clé, la vision gaulliste de la France », a poursuivi le président du mouvement Debout la République.

Nicolas Dupont-Aignan, qui se présente comme « le candidat gaulliste et républicain » de 2007, doit encore récolter les 500 parrainages d’élus nécessaires. « Nous en sommes à près de 300 », a-t-il précisé. Dans le cadre de sa « campagne militante », 400 000 nouveaux tracts de campagne vont être diffusés à partir des 9-10 décembre et plus de 50 000 affiches collées avant les fêtes. Nicolas Dupont-Aignan a aussi prévu un calendrier de déplacements, commençant par Caen le mardi 12 décembre.

Revue Républicaine

par le Citoyen Thimèle publié dans : Elections 2007
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Lundi 4 décembre 2006

Par Denis Collin


« Battre la droite ! », voilà le mot d’ordre des néo-royalistes d’hier matin. Les discours virulents contre la « dame aux caméras », les batailles de SMS, les réunions antiroyalistes, les tonnes de papier, les megaoctets de courriels envoyés, par exemple, par Gérard Filoche et ses amis, tout cela s’est envolé. Il faut maintenant faire bloc pour « battre la droite ».


À force de s’adapter aux discours et au lexique des classes dominantes, à force de baigner dans l’idéologie des médias qu’on courtise par tous les moyens, on finit par dire n’importe quoi. On croyait ruser avec l’adversaire, et c’est lui qui vous a emberlificoté. Car la « droite » et la « gauche » sont deux grands sacs vides dépourvus par eux-mêmes de contenu politique, pour ne pas parler de « contenu de classe ». Et continuer à raisonner dans ces termes, sans plus de précaution, c’est aller droit dans le mur.


Pourquoi de larges pans de la classe ouvrière se désintéressent-ils de la politique ? Pourquoi vont-ils parfois jusqu’à voter Le Pen en sachant que ça n’engage à rien ? Tout simplement parce qu’ils savent très bien que « battre la droite », ça ne veut rien dire. Pendant longtemps, disons jusqu’en 1981, la gauche s’est plus ou moins identifiée avec la lutte pour le socialisme (un socialisme fort modéré, mais un socialisme tout de même) et avec la défense des intérêts des salariés. La décennie 80, « le grand cauchemar » dit François Cusset , a tout chamboulé. On a vu une gauche qui faisait de l’entreprise le véritable lieu de l’émancipation, glorifiait « la France qui gagne » comme un vulgaire Guizot et mettait en place les « réformes de structures » dont la droite et le patronat rêvaient depuis si longtemps. De la destruction de la sidérurgie à la flexibilité du travail, du ralliement aux desseins impérialistes (de Pershing à la guerre du Golfe première version), la gauche au pouvoir a brouillé tous les repères, piétiné ses propres valeurs, brûlé ce qu’elle avait adoré avec une fureur incroyable. Écrasée en 1993 comme elle ne l’avait jamais été depuis 1962, la gauche n’est revenue au pouvoir en 1997 qu’à la suite des trop habiles manœuvres de M. Chirac et grâce à la complicité de M. Le Pen qui maintenait ses candidats partout où cela était possible a permis à la gauche de l’emporter dans plusieurs dizaines de triangulaires...


On rappellera également qu’une partie non négligeable de la gauche, la fameuse « seconde gauche », celle-là même qui a pris le contrôle du PS aujourd’hui, a soutenu le plan Juppé en 1995 contre le plus gigantesque mouvement social que ce pays ait connu depuis 1968. Les chefs de la CFDT et une large part du PS approuvaient cette « réforme des retraites ». Du reste, au sommet de Barcelone, quelques années plus tard, Jospin s’est engagé à réformer les retraites selon les vœux de la Commission de Bruxelles, c’est-à-dire à reprendre la tâche là où Juppé avait dû la laisser... On rappellera aussi qu’en 2003, à nouveau sur la question des retraites, le PS tout en faisant mine de soutenir les manifestants se refusait catégoriquement a exiger le retour au 37,5 annuités pour tous ; il ne s’agissait pour son porte-parole de l’époque, Julien Dray, que de mieux négocier les 40 annuités... Toujours en 2003, les manifestants protestaient aussi contre la décentralisation des personnels de l’Éducation Nationale et le transfert des TOSS aux régions.


Aujourd’hui, Mme Royal ne propose pas de revenir sur cette réforme de Raffarin, mais, conformément à ce qu’elle a toujours voulu, et conformément à ce qu’elle avait commencé à mettre en œuvre en collaboration avec Allègre, elle veut au contraire aller plus loin, aller jusqu’au bout en décentralisant le recrutement des professeurs et en cassant leur statut, dans la droite ligne de ce que le ministre de droite Robien a engagé.


Et on peut égrener encore longtemps cette litanie. Tous ceux pour qui la politique n’est pas plan de carrière savent cela et s’ils votent c’est essentiellement « contre » ceux qui sont en place et non parce qu’ils croient encore que les luttes sociales et l’émancipation des citoyens peuvent s’avancer derrière les bannières défraîchies de la droite et de la gauche. S’il faut « battre la droite » pour mettre à la place une droite rebaptisée « gauche », à quoi bon ?


Tout le monde le sait : Mme Royal est incapable de remobiliser cette partie du peuple et notamment du fameux « peuple de gauche » qui a voté « non » le 29 mai. Et pour cause : ce peuple de gauche, Mme Royal, représentante de la « gauche », l’a insulté et, comme ses collègues de la « majorité » ( ?) du PS elle s’est toujours refusée à tirer les conséquences de ce vote. Cela ne veut pas dire qu’elle perdra nécessairement les élections présidentielles. Une partie de la droite qui n’a aucune confiance dans l’agitation sarkozienne pourrait fort bien opter pour Mme Royal, exactement comme le capital financier anglais et une partie de la presse a fait bloc en son temps derrière Tony Blair.


Si on veut garder les vieux mots « droite » et « gauche » comme emblèmes politiques, ce n’est pas soutenant cette disciple de la doctrine sociale de l’Église qu’est Mme Royal qu’on y parviendra. Si on veut « battre la droite », ce n’est pas pour y mettre une droite repeinte en rose mais pour transformer les conditions de la lutte sociale dans ce pays. Battre la droite, cela pourrait alors bien vouloir dire : battre aussi bien Royal que Sarkozy, deux représentants de la classe dominante, deux défenseurs de l’exploitation capitaliste. Ce qui implique aussi qu’émerge une « vraie gauche », c’est-à-dire un rassemblement pluraliste de tous ces courants et mouvements qui veulent placer leur action dans la ligne du « non » au référendum sur le TCE, dans la lignée des mouvements de grève et des manifestations pour les services publics, contre les privatisations, mais aussi dans la perspective d’en finir avec la Ve République et e bonapartisme moribond dont Royal et Sarkozy sont, chacun à sa manière, les représentants les plus caricaturaux.


par le Citoyen Thimèle publié dans : Elections 2007
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Dimanche 3 décembre 2006

Par Stéphane Arlen


Nicolas Sarkozy ne reculera devant aucun mensonge dans sa marche vers l’Élysée. Il nous avait déjà juré que Gaz de France ne serait pas privatisée, juste avant de retourner une énième fois sa veste et de soutenir la privatisation. Hier, afin de récupérer quelques voix parmi les enseignants que Ségolène Royal aurait refroidis, il a osé parler de l’école comme d’un rempart contre le communautarisme. On croit rêver. Lui qui a passé toutes ces dernières années, et notamment ces derniers mois (publication du livre « La République, les religions, l’espérance », mise en place de la commission Machelon pour liquider la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État, etc.) à saper la laïcité afin de flatter tous les communautarismes religieux, voilà qu’il découvre les bienfaits de l’école prétendument pour lutter contre les communautarismes qu’il aura lui-même contribué à développer (comme avec la création de l’insensé CFCM dans une République laïque ne reconnaissant aucun culte) !

Nicolas Sarkozy a toujours vu l’école de la République comme une entrave au libéralisme, comme un poids pour le budget de l’État, et non comme un lieu où se forment l’intelligence et la citoyenneté. C’est ainsi qu’il a toujours préféré la religion à l’école pour fabriquer de bons petits incultes capables de voter pour un menteur : « Il y avait des instits et aussi des curés. La religion a contribué à créer des citoyens » ou « Je n’ai fait que constater que, lorsqu’il y a un prêtre ou un pasteur, dans un village ou un quartier, pour s’occuper des jeunes, il y a moins de laisser-aller, de désespérance, et finalement moins de délinquance. »

Avec Nicolas Sarkozy, qu’on ne s’y trompe, ce sera la fin de l’Éducation Nationale telle qu’on la connaît. En effet, pourquoi continuer de payer cher pour une école qui fait moins bien que le rabbin, le curé ou l’imam du quartier ?

Monsieur Sarkozy, vous êtes un menteur. Les Français s’en souviendront le moment venu.


Faire le jour

par le Citoyen Thimèle publié dans : Elections 2007
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Vendredi 1 décembre 2006

Si le candidat du Parti Socialiste était Laurent Fabius "on aurait une campagne violente, parce que c'est un homme violent, le risque pour moi est beaucoup plus grand qu'avec une campagne apaisée." "Si c'est Ségolène Royal, c'est tout bénéfice." "Elle est en total décalage avec son électorat et elle aura beaucoup de mal à assurer un rassemblement des voix à gauche."

Nicolas Sarkozy, le 13 novembre 2006
par le Citoyen Thimèle publié dans : Elections 2007
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Mardi 28 novembre 2006

Par Georges Sarre

« Oyez, braves gens » : François Bayrou a une surprise à révéler au monde impatient de la connaître. François Bayrou va communiquer une grande nouvelle aux Français, qui en seront ébaubis. Pour ménager ses futurs auditeurs déjà en transe, François Bayrou prend grand soin de les avertir avant qu’il va annoncer ce qu’il va annoncer. Bref, François Bayrou va, à la stupéfaction générale, se déclarer candidat à la Présidence de la République française. Soyons en sûr, les foules soulagées seront en liesse en apprenant cet évènement inouï qu’elles n’osaient plus espérer.

En réalité, l’étonnant dans cette déclaration « historique », aussi prévisible qu’attendue, n’est pas tant son objet que la date choisie pour la faire. L’étonnant est précisément la référence historique à laquelle renvoie cette date. François Bayrou se déclarera le 2 décembre prochain. Or, dans l’histoire de la République, le 2 décembre est un triste anniversaire. Par un coup d’Etat, le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte, qui avait été élu Président de la République trois ans auparavant, mettait fin à la République, la Seconde du nom. Certes, pendant un an, il portera encore le titre ambigu de Prince-Président. Mais, le 2 décembre 1852, les derniers masques tomberont et le Second Empire sera proclamé. Et, la République sera alors définitivement morte pour dix-huit ans. Dans les jours suivants, quelque soixante-dix députés républicains furent proscrits, dont Victor Hugo, Victor Schœlcher, Edgard Quinet et François Raspail.

Car, dès cette journée du 2 décembre 1851, des républicains essayèrent de résister à ce coup de force, perpétré par une armée et une police, depuis longtemps noyautées par Badinguet. Le 3 décembre, deux députés de l’Assemblée législative dissoute, Victor Schœlcher et Alphonse Baudin, étaient sur une barricade du Faubourg Saint-Antoine, dans l’actuel Onzième Arrondissement de Paris. Ils essayaient de mobiliser des ouvriers souvent réticents pour défendre un régime, qui les avait mitraillés en juin 1848. Montrant l’exemple, Baudin monta sur la barricade et s’écria : « Vous verrez comment on meurt pour vingt-cinq francs par jour. » Il ne tarda pas à être abattu par la soldatesque. Son souvenir fut immortalisé en 1868 par Gambetta dans une plaidoirie en défense des républicains, poursuivis pour avoir lancé une souscription afin de lui élever une statue. Cette statue fut effectivement érigée, sur les lieux mêmes de sa mort, dans les premières années de la Troisième République. Elle fut abattue sur l’ordre de Vichy. Elle n’a toujours pas été remplacée.

Il est vrai que cette date du Deux-Décembre n’avait pas été choisie par hasard. Napoléon le Petit voulait ainsi se hausser à la dimension de son Oncle. Celui-ci avait été couronné, ou plutôt s’était couronné lui-même, empereur des Français, le 2 décembre 1804. Il avait remporté, sur les Russes et les Autrichiens coalisés, la victoire d’Austerlitz, le 2 décembre 1805. Mais, comment oublier que, l’année dernière, le gouvernement de la France s’abstint de commémorer cette batailles des Trois Empereurs, alors que quelques semaines auparavant il n’avait pas hésité à ordonner à la Marine nationale de participer à la célébration britannique de notre défaite de Trafalgar ?

Voilà où conduit l’amnésie de l’histoire, remplacée par le devoir de mémoire. Tout ce qui unit la nation dans le souvenir commun des pages glorieuses, comme Austerlitz, ou des jours de deuil, comme le coup d’Etat de Badinguet, est condamné à l’oubli, quand ce n’est pas à l’opprobre. Tout ce qui divise le peuple, le confine en communautés séparées, et bientôt hostiles, est au contraire mis en avant.

Nul ne doute que François Bayrou soit un républicain sincère, sinon cohérent. Nul ne doute que François Bayrou soit un homme de culture. Mais François Bayrou est un européiste militant et convaincu. Il connaît l’histoire de France et les grands moments de la République. Il en ignore, ou il veut en ignorer, leur actualité symbolique. L’Europe fédérale est son rêve utopique. Comme tous les rêveurs utopistes, du passé il veut faire table rase. Il croit que la France est une page blanche sur laquelle on peut écrire seul le mot Europe. Comme tant d’autres, François Bayrou n’a pas tiré les leçons du 29 mai 2005. Comme tant d’autres, il préfère évacuer de sa mémoire son échec référendaire.

Voilà pourquoi, monsieur Bayrou peut, en toute inconscience, avoir l‘idée saugrenue d’annoncer un Deux-Décembre sa candidature à la Présidence de la République française.

 

Mouvement Républicain et Citoyen

par le Citoyen Thimèle publié dans : Elections 2007
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Samedi 25 novembre 2006
Pour Emmanuel Todd, démographe et sociologue, l'étude du vote des militants PS lors de la primaire ne donne aucun signal d'une reconquête de l'électorat populaire.

Défricheur de la lutte contre la «fracture sociale» à l'aube des années 90, Emmanuel Todd juge que Ségolène Royal séduit «une France paisible et semi-rurale», mais pas les classes populaires.

Etes-vous surpris par la désignation de Ségolène Royal ?
Non. Dans l'univers politique, encore plus que dans l'univers social, il y a des lois de symétrie, et il aurait été étonnant que, au moment où le grand parti de droite abandonne le gaullisme pour le sarkozysme, le PS, son double à gauche, garde sa forme traditionnelle ­ que la tradition ait été sociale-démocrate avec Dominique Strauss-Kahn ou socialiste avec Laurent Fabius. Le résultat est cohérent avec l'univers mental défini par la couverture de Paris-Match du printemps 2005, où l'on voyait Nicolas Sarkozy et François Hollande poser ensemble.
Le scrutin a été analysé comme l'amorce de la reconquête de l'électorat populaire par le PS.
Il y a quelque chose d'un peu irréel dans le ton d'évidence avec lequel cette conclusion a été tirée. Le divorce du PS d'avec les catégories populaires est un phénomène progressif et de très longue durée, qui commence au milieu des années 60 et qui est arrivé à son stade terminal le 21 avril 2002. La carte du vote Jospin ce jour-là (voir ci-dessous) montre que le taux de survie du Parti socialiste a été plus élevé dans les régions les moins ouvrières et les moins industrielles de l'ouest et du sud-ouest de la France. Il serait historiquement et sociologiquement surprenant qu'une tendance aussi ancienne s'inverse en quelques mois.
Tout de même, Royal ne vient-elle pas de faire la preuve de la profondeur de son implantation ?
Le PS vote, et les commentateurs en parlent comme si c'était un scrutin au suffrage universel. Or il n'y a pas de rapport mécanique entre les deux. Le Parti socialiste est une organisation à l'intérieur de laquelle, jusqu'à l'arrivée des nouveaux adhérents par Internet, 40 % des adhérents étaient des élus, et une proportion considérable des employés municipaux, départementaux ou régionaux. En fait, pour les trois quarts des votants de jeudi dernier, la première préoccupation n'était pas de refléter les tendances profondes de la société, mais d'assurer la victoire électorale de leur employeur en obéissant aux injonctions des instituts de sondage qui leur ont promis la victoire inéluctable de Ségolène Royal. D'autant que les nouveaux adhérents viennent souvent des classes supérieures ­ tendance bobo ou non ­ et reflètent faiblement la réalité sociologique du pays.
C'est donc un parti largement décroché de la société qui a désigné Ségolène Royal, et la signification des résultats département par département est dès lors limitée. Néanmoins, si l'on met de côté les jeux d'appareils propres à chaque fédération, on voit que, comme Jospin en 2002, le vote Royal est surreprésenté dans ce que j'appelle la France paisible : une France semi-rurale, où les vieilles industries sont absentes et qui ne compte pas beaucoup d'immigrés (voir ci-dessous). N'oublions pas que Ségolène Royal est, comme Jean-Pierre Raffarin, l'élue de la région Poitou-Charentes, qui n'est certainement pas la région où les problèmes de la société française se posent avec le plus d'acuité.
N'y a-t-il donc aucun enseignement à tirer de ce vote sur le jugement que portent les classes populaires sur Ségolène Royal ?
Pour moi qui fais de la cartographie électorale depuis 1981, mon principal étonnement est de voir dans la carte du vote Fabius (voir ci-dessous) des «traces» de ce que vit réellement la société française. Les départements où l'ancien Premier ministre obtient plus de 20 % des voix ­ une bande allant de la Normandie à l'Alsace en passant par la Somme, les Ardennes et la Lorraine, ainsi qu'une flaque autour de l'Auvergne et du Limousin ­ regroupent une France d'industries anciennes frappées par la globalisation, une France dépourvue de grandes villes universitaires, une France où la question du Smic a un sens et où le blocage des salaires mène au surendettement, une France qui échappe à la «pesée culturelle» des dominants de la société. Dans ces régions, le système conciliaire socialiste semble être resté perméable à l'influence du monde populaire et à ses difficultés économiques. Je suis d'autant plus surpris que, lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, j'avais été très sceptique sur la capacité de Fabius à devenir le représentant des milieux populaires.
Ségolène Royal peut-elle malgré tout finir par attirer vers elle l'électorat populaire ?
Le vote du 21 avril 2002, le non à la Constitution européenne, les émeutes ou les manifestations contre le CPE, montrent que seul un projet économique se saisissant du libre-échange, des délocalisations, du niveau des salaires, pourra lui permettre d'aller vers cet électorat. Mais je ne vois rien de tel dans son image ou dans ses discours. La décentralisation parle à un parti d'élus ou d'employés municipaux. Le débat sur la carte scolaire exprime surtout l'inquiétude des classes moyennes face au risque de déplacement de leurs enfants. Le féminisme satisfait les classes supérieures, qui conçoivent le couple comme l'union de deux individus libres sans enjeu économique réel. Mais, dans les milieux populaires, le couple mélange inextricablement choix sentimentaux et survie économique, et il est possible que la thématique, sans déclencher d'hostilité, soit perçue comme dénuée de pertinence politique. En réalité, qui veut fuir la réalité économique en activant les valeurs sociétales, la sécurité et les questions d'identité, finit toujours, s'il veut être efficace, par désigner un bouc émissaire ­ c'est-à-dire par renforcer Jean-Marie Le Pen.
Ainsi la gauche serait vouée une nouvelle fois à échouer ?
On ne peut exclure que, tirant les leçons de sa désignation, Ségolène Royal comprenne le phénomène de résistance que traduit le vote Fabius et adopte un programme en conséquence. Qu'elle accepte, en somme, le non-sens de sa victoire. Au fond, toute la question est de savoir si elle saura s'émanciper de ceux qui l'ont faite reine.


par le Citoyen Thimèle publié dans : Elections 2007
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Vendredi 24 novembre 2006

Victoire de Ségolène Royal au PS, difficultés des collectifs antilibéraux à produire un candidat commun, hésitation du PCF à entrer vraiment dans la campagne présidentielle : le mois de décembre sera-t-il celui de la candidature de Jean-Luc Mélenchon ?

Le meeting tenu à Montpellier samedi 18 novembre a démontré l'incontestable attente qui demeure chez un grand nombre de militants du non au référendum de 2005. Quatre mille personnes rassemblées à six mois d'une échéance électorale en dépit de l'état de désorganisation des collectifs antilibéraux : voilà un fait politique qui n'est pas passé inaperçu. Un espace politique et une capacité militante semblent exister pour ceux qui font le pari que le clivage du « non » au Traité constitutionnel européen demeurera structurant pour 2007. Mais comme le reconnaissent beaucoup de militants des collectifs antilibéraux, la désignation d'un candidat commun va relever du défi bien difficile à surmonter. Yves Salesse est reconnu pour sa force de travail mais reste presque totalement inconnu des Français. José Bové a beaucoup d'adversaires, en particulier au Parti communiste avec lequel il ne partage aucune histoire militante solide. Clémentine Autain plaît aux médias et aux bloggeurs bobos parisiens, mais son inexpérience et sa distance avec la France ouvrière sautent aux yeux. Patrick Braouzec n'a aucun atout politique permettant de l'emporter. Reste Marie-George Buffet, l'ancienne ministre de la Jeunesse et des sports, mais sa candidature estampillée PCF fait grincer les dents des autres « candidats à la candidature » et son potentiel électoral semble limité. L'équation semble insoluble.

Même en dehors des collectifs, le PCF hésite à se lancer vraiment dans la bataille. La faiblesse du score de Robert Hue en 2002 a marqué les esprits (3,37% des voix, à peine 960 000 voix !). Un tel résultat rendrait difficile de solides négociations avec le PS pour les législatives, sans compter le non remboursement des frais de campagne. Et surtout, Marie-George Buffet manque de ce grain de folie qui fait un bon candidat à l'élection présidentielle : si son dévouement et la sincérité de ses convictions font consensus, il plane un doute sur sa capacité à mener campagne.

La clé est encore au PS
Depuis le référendum de 2005, les militants communistes ont eu l'occasion de cotoyer des camarades d'un genre nouveau : mi-rouges, mi-roses. Regroupés autour de Jean-Luc Mélenchon, les partisans de l'association Pour la république sociale (PRS) ont marqué les esprits par leur capacité militante et leur visibilité pendant la campagne référendaire. La célèbre affiche « Pour moi, c'est non », c'était eux. Avant le vote de la CGT, avant les grosses machines militantes, ils ont silloné le pays pour s'opposer au traité constitutionnel européen. Pendant la campagne et après, ils ont noué de solides liens avec les antilibéraux et avec les communistes. Le ballon de leur stand à la dernière Fête de l'Humanité était si visible qu'on leur demanda de bien vouloir être un peu plus… discret ! La culture des militants de PRS (deux ou trois milles membres) est très proche de celle des communistes : le peuple n'est pas un gros mot pour eux, pas plus que la France, et ils préfèrent au charme discret des centre-ville les odeurs des marchés et du terrain.

Mélenchon l'a dit à Montpellier : on ne fera pas de lui un Ségoliste. Le PS sait qu'il lui sera difficile de le faire plier. Sénateur jusqu'en 2011, son calendrier est libre de tout point de pression. Ses choix politiques sont ses médailles : opposant à la première guerre du Golfe, adversaire résolu de la dérive libérale en Europe, tribun vengeur lors de la campagne référendaire sur l'Europe. Lors de ses longues envolées oratoires, il renoue avec la tradition du populisme socialiste, éduquant le Peuple et les militants, parlant aux tripes et aux cœurs. A bien des égards, il est le seul à gauche à contester à Le Pen le statut de tribun des prolos. Il fallait le lire évoquant les poings serrés et la dignité retrouvée des petits et des humbles pour comprendre la réalité charnelle du 29 mai 2005.

Sa conviction est simple : la clé de 2007, comme 2005, se trouve au PS. Une candidature Mélenchon, soutenue par le PCF et par une bonne partie des collectifs antilibéraux, donnerait une suite politique logique au 29 mai, en même temps qu'une solution politique aux hésitations des communistes et à l'immaturité organisationnelle des antilibéraux. Avec les troupes communistes et celle de PRS, il pourra mener campagne en profondeur, sur l'ensemble du territoire, et avec une capacité de commando que les grands partis ne peuvent plus se permettre, fussent-ils les maîtres de la « blogosphère ».

Les communistes sauront-ils saisir et mettre à profit cette « fenêtre d'opportunité » comme le disent les experts en stratégie ? Le mois de décembre le dira.

par le Citoyen Thimèle publié dans : Elections 2007
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Jeudi 23 novembre 2006

Par Michel Pillier


J'aime beaucoup Respublica pour son combat laïque et sa promotion des valeurs républicaines. C'est pourquoi je trouvais bizarre sa fascination pour les débats internes d'un PS fort éloigné de ce type de combat. Merci donc à Evariste d'avoir observé que la vie à gauche ne se limite pas au PS.

C'est en effet le moins qu'on puisse dire quand toutes les élections démontrent qu'il en représente moins de la moitié (et même beaucoup moins lors du dernier référendum)

Reste que la vie à gauche en dehors du PS est très éclatée et que la vraie question est de savoir comment recomposer la famille sur autre chose qu'une protestation sans lendemain.

Hélas, il faut bien observer, avec tristesse, qu'il n'y a rien à attendre du côté de "la gauche antibérale". Aux questions que tu poses, cher Evariste (sera-t-elle unitaire ? sera-t-elle laïque ?), on peut déjà répondre par un double NON. Olivier Besancenot est parti défendre ses tropismes gauchistes; Marie-Georges Buffet est déjà désignée par un PCF auquel quelques militants groupusculaires de la "gauche républicaine" fourvoyés dans cette affaire vont servir de jambe de bois, et Mélenchon, quoi qu'il lui en coûte, est rentré sagement au PS. Les militants sincères d'une impossible candidature unitaire, que José Bové n'est pas non plus en mesure d'incarner, n'ont donc plus que leurs yeux pour pleurer.

Reste la candidature de Jean-Pierre Chevènement. Seul à gauche à articuler la réorientation de la construction européenne, la relance de la France et la remise en marche du modèle républicain (les trois priorités de sa campagne), il est aussi le seul à traduire ces orientations en propositions applicables en cas d'accès au pouvoir. Les bases possibles d'un rassemblement de la gauche républicaine, laïque et sociale sont là ! Y parvenir sera très difficile, mais ce devrait être l'objectif de tout militant antilibéral sérieux.

La question - un tantinet perverse - de la pérennité de sa candidature est donc un contresens. Non seulement sa candidature est légitime, mais elle est surtout nécessaire et utile pour mettre la gauche à la hauteur de ses responsabilités. Certes, Ségolène Royal lui a fait quelques appels du pied et lui-même a eu des propos aimables à son égard. Certes, Arnaud Montebourg lui a lancé un hommage appuyé. Quoi de plus naturel ? Il faudra bien que la gauche se rassemble au second tour, si elle figure. Mais le programme du PS (catalogue de La Redoute qui ne tranche aucun débat) est trop éloigné des attentes des citoyens pour que Jean-Pierre Chevènement renonce à lui proposer d'autres choix. Il n'y a là rien à voir avec un éventuel accord électoral. Ce serait méconnaître l'homme que de penser qu'il pourrait vendre son âme pour un plat de lentilles.

Ségolène et Jean-Pierre ne se détestent pas ? Tant mieux, car il devront s'entendre pour que la France change de cap. Autour d'elle ? Autour de lui ?

L'histoire n'est pas encore écrite. En tous cas, sur une plate-forme que seuls les résultats du premier tour permettront d'infléchir. C'est pourquoi la voix et les voix de Jean-Pierre Chevènement sont absolument indispensables et qu'il doit continuer.

A mon modeste niveau, j'ai bien l'intention de l'aider.

 

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par le Citoyen Thimèle publié dans : Elections 2007
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Mercredi 22 novembre 2006

Par Mireille Popelin


Oui, je vais faire ma "people": il paraît que Dame Ségolène n'aime pas qu'on lui dise "camarade", ça ferait trop "parti communiste" (entendu sur une radio ce matin 18/11/2006).

Mais, comme dit Laurent Fabius,"veut-on une modernisation socialiste ou social-libérale"? Il me semble que Ségolène Royal a déjà répondu à la question au cours de sa campagne?

Dans un article du Monde (le 6/11/2006), chronique d'un économiste bien connu, chantre de l'économie libérale, il fait le résumé d'un livre écrit par le "Cercle des économistes"... que je ne vous recommande pas ! Sous prétexte de vous donner les moyens de comprendre l'économie, ils présentent les deux versions "droite " et "gauche" mais on voit vite, à la lecture, que selon eux, il faut sortir du "consensus mou" (le ni-ni) ni libéralisme, ni socialisme .

Et de conclure: il s'agit de démontrer que le choix n'est pas d'aller à droite ou à gauche mais d'aller vers le haut. C'est à dire :

-Plus de formation (là on est d'accord )

-mais aussi plus de productivité, plus de travail (la France travaille moins que les autres pays, ces fainéants des 35 h)

Et l'on arrive au constat (je résume)

-la mondialisation : AUCUN pays européen ne peut RIEN changer.

-On ne peut pas changer les règles ANGLO-SAXONNES du capitalisme

-" les riches paieront"-" les entreprises paieront " Ce sont des mensonges !

-le vieillissement ? tout programme qui n'accroîtra pas le temps de travail ..ne pourra pas être PRIS AU SERIEUX

-le mandat de la BCE NE SERA PAS MODIFIE, pas plus que le traité de MAASTRICHT

Vous remarquerez qu'il n'est nullement question de la question des actionnaires, qu'il faut grassement rétribuer .. au mépris de l'emploi et des salariés...

Arrivent ensuite quelques propositions qui vont dans le même sens : augmenter le temps de travail (Tiens , c'est comme dit Ségolène?)

défiscalisation et prime à l'emploi (qui pèsent sur les salaires ) et enfin :

" la sécurisation du parcours professionnel " qui fait ( dit l'auteur de l'article ) l'UNANIMITE pour la CGT et ..l'UMP..

Alors là, c'est louche. Pour la CGT, nous savons que c'est une revendication constante, depuis longtemps de ce syndicat ,mais l'UMP ?

C'est un peu le coup de la" fracture sociale", de Chirac . L'UMP , qui prône les délocalisations , la libéralisation totale du marché de l'emploi , qui casse tous les droits du travail , toute la protection sociale , avec le CPE , le CNE etc .. et qui nous fait le coup de la sécurisation de l'emploi ? Il n'y a que les gogos-Sarko pour gober ça ! Pour croire à ces promesses de campagne, qui sont déjà mensonges dans la réalité que vivent les salariés, les délocalisés , les chômeurs , les précaires ! Et cela depuis des années !

En fait, on veut nous faire avaler que " ON NE PEUT PAS FAIRE AUTREMENT "

que le modèle social français est périmé , et qu'il faut le supprimer - Et le remplacer par un modèle libéral , basé sur l'ouverture généralisée à la concurrence , entre public -privé , avec flexibilité du travail , REDUCTION des dépenses publiques ..Vous connaissez ce programme? C'est le TCE . Et les Français ont dit NON au TCE ?

Et qui va représenter le PS pour le vote des Français en 2007 ? Ségolène Royal , une socialiste qui a dit OUI au TCE !

Et qui, comme on l'a vu et entendu, dans ses discours n'est pas franchement la gauche du PS. Pas LAIQUE non plus d'ailleurs.

Dans Marianne ( 18/24 Novembre ) une journaliste parle du "cri étouffé des petits Blancs " , qui n'ont pas voté PS en 2002, qui ont voté NON massivement au TCE , que Ségolène ne représente pas vraiment !

C'est pourtant ce peuple de gauche qui s'estime cocu, battu et pas content. Tant que l'on n'écoutera pas cette voix du peuple, tant que subsistera cette coupure entre le peuple et les élites , on aura le risque d'avoir le même scénario qu'en 2002.

Quand on voit que l'Europe continue, avec le retour de la directive Bolkestein, quand les délocalisations s'accélèrent, où est la "sécurisation du parcours professionnel "?

C'est la mondialisation qui continue, avec ses ravages, avec son bras armé L'EUROPE LIBERALE.

Madame Ségolène Royal ne souhaite pas qu'on l'appelle "camarade" ? Pour moi, et beaucoup d'autres, il n'y a aucun risque.

 

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