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"Le patriotisme c'est l'amour des siens, le nationalisme c'est la haine  des autres." Romain Gary

"La République n'est pas enfermée dans un texte sacré déposé dans le saint des saints ou au pavillon de Breteuil. Elle est vivante. Elle est mouvement. Elle est devenir. Elle est le miroir des hommes agissants."
Patrick Kessel


"La République est une idée, la République est un principe, la République est un droit. La République est l'incarnation même du progrès." Victor Hugo
 
"Je n'ai jamais cru qu'aimer sa patrie empêchât d'aimer ses enfants. Je n'aperçois point davantage que l'internationalisme de l'esprit ou de la classe soit irréconciliable avec le culte de la patrie. Ou plutôt, je sens bien, en interrogeant ma propre conscience, que cette antinomie n'existe pas. C'est un pauvre coeur que celui auquel il est interdit de renfermer plus d'une tendresse." Marc Bloch

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Mercredi 28 février 2007

"La République Française reconnaît le génocide vendéen de 1793-1794". C'est l'article unique d'une ahurissante proposition de loi déposée par le député UMP Lionnel Luca. Il est évident que ce député n'a pas dû comprendre l'objet d'une loi. Une loi fixe des règles communes, qui s’appliquent à tous. Dans cet esprit, faire une loi qui a comme ambition de refaire l'Histoire au bénéfice de quelques organisations victimaires et revanchardes est un déni de République !

Cette loi refait en effet l'Histoire. Si l'ensemble des historiens sont d'accord pour reconnaître l'étendue de la répression au moment des guerres de Vendée, qui se sont produites pendant la Révolution Française, ils sont très partagés quant à savoir s'il faut lui donner le titre de "génocide".
Concentrons-nous d’abord sur le terme de génocide lui-même. Génocide est une notion du XXe siècle, née à la fin de la deuxième Guerre mondiale. Le dictionnaire Larousse en fait la définition suivante : "Extermination systématique d’un groupe humain, national, ethnique ou religieux". C'est aussi la définition juridique du terme qu'a adopté l'Assemblée générale des Nations-Unies en 1948.

La guerre féroce menée par les rebelles contre la République a conduit de part et d'autres à des massacres contre l'ennemi. La politique de répression mené par la Convention a amplifié les massacres. Mais ces massacres n'ont jamais été organisés dans l'optique d'anéantir un soi-disant peuple vendéen, ce qu'entend le terme de "génocide", mais de mater la révolte. Il ne s'agit pas ici de savoir si cela est bien ou pas, mais de rendre à chaque mot sa signification. De plus, on peut constater que toutes les "preuves" de génocide apportés par ses "partisans" ne sont que de l'ordre de l'anecdote et du particulier. Il est bien évident que l’on ne peut pas faire d'un cas particulier un cas général.

A titre de comparaison, regardons un peu les événements qui ont entourés la guerre de Sécession aux États-Unis qui eut lieu entre 1861 et 1865. Je prend ce conflit en exemple car il s’agit d’un conflit qui oppose des Américains à d’autres Américains, comme s’opposaient des Français à d’autres Français en Vendée, et parce que les méthodes utilisées par le Nord pour oppresser le Sud étaient relativement semblables à celles imaginées par la République. En effet, dans cette guerre qui coûta le plus d’hommes aux État-Unis, une politique de la terre brûlée fut aussi instituée par Lincoln pour soumettre le Sud. Mais malgré tout, le terme de génocide ne sera jamais utilisé pour décrire ces événements !


On peut à vrai dire faire ce que l'on veut de l'Histoire si on ne s'en tient pas à la rigueur. Bien sûr que l'on ne peut pas tous avoir la même vision d'un fait historique. Mais on ne peut pas guider ses travaux historiques par l'idéologie ! Elle est aujourd'hui devenue un instrument de lutte. Puisqu'on ne peut plus changer le présent, changeons le passé ont convenus certains ! A ce jeu là, nous serons tous prisonniers de notre passé, et nous n'aurons plus aucun avenir. L'histoire est un message pour le présent. Mais l'histoire n'a pas à être instrumentalisée. On ne peut pas juger un fait passé avec nos considérations d'aujourd'hui !

Dans son Histoire socialiste de la Révolution Française, Jean Jaurès, moins connu pour avoir été historien, évoque la période troublée de la Terreur. Il en tient une lecture à contre-courant de la bien-pensance actuelle : "Quand un grand pays révolutionnaire lutte à la fois contre les factions intérieures armées, contre le monde, quand la moindre hésitation ou la moindre faute peuvent compromettre pour des siècles peut-être le destin de l'ordre nouveau, ceux qui dirigent cette entreprise immense n'ont pas le temps de rallier les dissidents, de convaincre leurs adversaires... ils demandent à la mort de faire autour d'eux l'unanimité  immédiate dont ils ont besoin." Cette lecture peut choquer quand on connaît les aspirations du grand Jaurès. Mais il ne fait en réalité que vivre l'événement avec les yeux du contemporain. On ne peut pas comprendre l'Histoire si, pour la construire, on lui porte un jugement anachronique. L'interprétation peut être différente selon les uns et les autres, mais l'analyse ne peut être faussée dès le départ.

Pour conclure cette affaire de génocide, nous devrions reprendre cette citation de l'historien Lebrun qui a étudié les guerres de Vendée : "Il vaut mieux reconnaître plus simplement que toute l’histoire de l’humanité est jalonnée de massacres, d’exterminations, de déportations, chacun des ces tragiques épisodes étant objet d’histoire, c’est-à-dire capable d’analyse et d’explication..."

 

Qualifier alors la politique de répression en Vendée mené pendant cette période de "génocide" est donc un parti pris évident. Soit on respecte scrupuleusement la définition du terme de "génocide", et on se rend compte que cela ne colle véritablement pas à ces événements. Soit on ne respecte pas cette définition, et on donne celle qui nous plaît, et là on va forcément arriver à ses fins.

 

La même offensive manipulatrice et culpabilisatrice s'était développée il y a quelques années avec la volonté de quelques organisations victimaires "noires" de faire reconnaître la traite des noirs comme un génocide. Seulement ils ont butés sur la vérité historique. L'extermination des noirs n'étant pas le but de la traite, mais l'une de ses conséquences, cela ne pouvait être considéré comme un génocide. Il ne s'agissait pas là de nier des faits, de nier des atrocités, mais de laisser à chaque mot sa véritable signification. La vérité historique ne peut souffrir d'aucune émotion.

Les partisans du "génocide vendéen" n'ont pas comme ambition d'établir, ou plutôt de rétablir une vérité historique. Non, leur ambition est d'obtenir de l'odieuse, de la haineuse République, des excuses. Qu'elle s'agenouille ! Qu'elle reconnaisse qu'elle est intrinsèquement meurtrière, génocidaire ! Que les républicains avouent que leurs idéaux sont morbides !

Reconnaître un fantaisiste "génocide vendéen", c'est faire le procès de la Révolution Française, des Lumières, de la République. Derrière cette volonté se cache des contre-révolutionnaires impulsifs, des royalistes nostalgiques qui ont trouvés là la seule manière de remettre en cause les idéaux républicains. Pour eux, c'est simple: la République, c'est la Révolution, et la Révolution, c'est la Terreur, c'est le sang, c'est le génocide !

Leurs principes nauséabonds sont tombés dans les poubelles de l'Histoire. Plus personne n'en veut ! Qui voudrait encore aujourd'hui d'un retour à l'Ancien Régime ?! Qui voudrait encore de cette puante théocratie féodale ?!  Tout cela ressemble un peu au néo-libéralisme communautariste. Personne n'en veut, mais à force de faire croire que les principes républicains sont abjects, cruels et inefficaces, on lui a laissé la porte ouverte !

Si à l'association des néo-libéraux, des communautaristes, des islamo-gauchistes et des libéro-libertaires se joint les réactionnaires locaux les plus fripons, les plus sales, la République sera à nouveau assiégée, victime de la calomnie éternelle des puissances obscurantistes.

Séparons l'Histoire de la politique, comme nous avons séparé cette dernière de la religion !  Notre passé sera enfin bien gardé !

par le Citoyen Thimèle publié dans : EDITORIAUX
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Mercredi 28 février 2007

Par Caroline Fourest


Bien plus grave que sa gaffe sur les sous-marins nucléaires, Nicolas Sarkozy a visiblement séché lorsque Jean-Jacques Bourdin (RMC) lui a demandé avec insistance si Al-Qaïda — et le GSPC algérien qui leur a fait allégeance — étaient un mouvement "sunnite ou chiite" ?

"Il est impossible d'y répondre (…) Parce que Al-Qaïda c'est une nébuleuse... " a-t-il expliqué, avant de nier que les combattants d’Al-Qaïda et leurs chefs étaient sunnites quand Bourdin lui a donné la réponse. De plus en plus confus, visiblement mal à l'aise d'avoir été pris en flagrant délit d'imprécision sur un sujet aussi important, le ministre de l'intérieur s’est lancé dans une explication embrouillée : « Il y a par exemple un certain nombre de Français qui vont se faire mourir en Irak (…) est-ce qu’on peut les réduire, alors qu’ils sont Français et qu’ils vont faire les kamikazes là-bas, à une appartenance ethnique (…) on ne peut pas réduire cela à un seul problème sunnite ».

Ce savonnage est gravissime. Visiblement, Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, ne sait pas qu'Al-Qaïda est un mouvement sunnite.Il méconnaît la compétition à l’œuvre au sein des djihadistes entre sunnites et chiites, lesquels se livrent à une guerre fratricide en Irak à l'heure actuelle.

Visiblement, il ne comprend toujours pas non plus la différence entre "nationalité", "ethnie" et "religion". Il l'avait déjà prouvé en déclarant à l'émission 100 minutes pour convaincre en 2003 : "être musulman, cela se voir sur la figure"...

Est-il vraiment l'homme de la situation alors que la France est sérieusement menacée par le GSPC (algérien et sunnite) d'attentats avant les élections ? Sa double casquette, de candidat et de ministre de l'intérieur, était déjà un handicap pour le bon fonctionnement des institutions démocratiques. Elle devient chaque jour plus lourde à porter. Nicolas Sarkozy devrait démissionner pour prendre le temps de réviser certaines fiches avant de se présenter comme candidat de la politique sécuritaire devant les Français.

ProChoix

par le Citoyen Thimèle publié dans : Elections 2007
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Lundi 26 février 2007


"Dans notre France moderne, qu'est-ce donc que la République? C'est un grand acte de confiance. Instituer la République, c'est proclamer que des millions d hommes sauront tracer eux-mêmes la règle commune de leur action; qu'ils sauront concilier la liberté et la loi, le mouvement et l'ordre; qu'ils sauront se combattre sans se déchirer; que leurs divisions n'iront pas jusqu'à une fureur chronique de guerre civile, et qu'ils ne chercheront jamais dans une dictature passagère une trêve funeste et un lâche repos. Instituer la République, c'est proclamer que les citoyens des grandes nations modernes, obligés de suffire par un travail constant aux nécessités de la vie privée et domestique, auront cependant assez de temps et de liberté d'esprit pour s'occuper de la chose commune. Et si cette République surgit dans un monde monarchique encore, c'est assurer qu'elle s'adaptera aux conditions compliquées de la vie internationale, sans entreprendre sur l'évolution plus lente des autres peuples, mais sans rien abandonner de sa fierté juste et, sans atténuer l'éclat de son principe.

Oui, la République est un grand acte de confiance et un grand acte d'audace. L'invention en était si audacieuse, si paradoxale, que même les hommes hardis qui, il y a cent dix ans, ont révolutionné le monde, en écartèrent d'abord l'idée. Les constituants de 1789 et de 1791, même les législateurs de 1792 croyaient que la monarchie traditionnelle était l'enveloppe nécessaire de la société nouvelle. Ils ne renoncèrent à cet abri que sous les coups répétés de la trahison royale. Et quand enfin ils eurent déraciné la royauté, la République leur apparut moins comme un système prédestiné que comme le seul moyen de combler le vide laissé par la monarchie. Bientôt cependant, et après quelques heures d'étonnement et presque d'inquiétude, ils l'adoptèrent de toute leur pensée et de tout leur coeur. Ils résumèrent, ils confondirent en elle toute la Révolution. Et ils ne cherchèrent point à se donner le change. Ils ne cherchèrent point à se rassurer par l'exemple des républiques antiques ou des républiques helvétiques et italiennes. Ils virent bien qu'ils créaient une oeuvre, nouvelle, audacieuse et sans précédent. Ce n'était point l'oligarchique liberté des républiques de la Grèce, morcelées, minuscules et appuyées sur le travail servile. Ce n'était point le privilège superbe de servir la république romaine, haute citadelle d'où une aristocratie conquérante dominait le monde, communiquant avec lui par une hiérarchie de droits incomplets et décroissants qui descendait jusqu'au néant du droit, par un escalier aux marches toujours plus dégradées et plus sombres, qui se perdait enfin dans l'abjection de l'esclavage, limite obscure de la vie touchant à la nuit souterraine. Ce n'était pas le patriciat marchand de Venise et de Gênes. Non c'était la République d'un grand peuple où il n'y avait que des citoyens et où tous les citoyens étaient égaux. C'était la République de la démocratie et du suffrage universel. C'était une nouveauté magnifique et émouvante.

Les hommes de la Révolution en avaient conscience. Et lorsque dans la fête du 10 août 1793, ils célébrèrent cette Constitution, qui pour la première fois depuis l'origine de l'histoire organisait la souveraineté nationale et la souveraineté de tous, lorsque artisans et ouvriers, forgerons, menuisiers, travailleurs des champs défilèrent dans le cortège, mêlés aux magistrats du peuple et ayant pour enseignes leurs outils, le président de la Convention put dire que c'était un jour qui ne ressemblait à aucun autre jour, le plus beau depuis que le soleil était suspendu dans l'immensité de l'espace Toutes les volontés se haussaient pour être à la mesure de cette nouveauté héroïque. C'est pour elle que ces hommes combattirent et moururent. C'est en son nom qu'ils refoulèrent les rois de l'Europe. C'est en son nom qu'ils se décimèrent. Et ils concentrèrent en elle une vie si ardente et si terrible, ils produisirent par elle tant d'actes et tant de pensées, qu'on put croire que cette République toute neuve, sans modèle comme sans traditions, avait acquis en quelques années la force et la substance des siècles. Et pourtant que de vicissitudes et d'épreuves avant que cette République que les hommes de la Révolution avaient crue impérissable soit fondée enfin sur notre sol. Non seulement après quelques années d'orage elle est vaincue, mais il semble qu'elle s'efface à jamais et de l'histoire et de la mémoire même des hommes. Elle est bafouée, outragée; plus que cela, elle est oubliée. Pendant un demi-siècle, sauf quelques coeurs profonds qui gardaient le souvenir et l'espérance , les hommes, la renient ou même l'ignorent. Les tenants de l'ancien régime ne parlent d'elle que pour en faire honte à la Révolution : "Voilà où a conduit le délire révolutionnaire". Et parmi ceux qui font profession de défendre le monde moderne, de continuer la tradition de la Révolution, la plupart désavouent la République et la démocratie. On dirait qu'ils ne se souviennent même plus. Guizot s'écrie : "Le suffrage universel n'aura jamais son jour". Comme s'il n'avait pas eu déjà ses grands jours d'histoire, comme si la Convention n'était pas sortie de lui. Thiers, quand il raconte la révolution du 10 août , néglige de dire qu'elle proclama le suffrage universel, comme si c'était là un accident sans importance et une bizarrerie d'un jour. République, suffrage universel, démocratie, ce fut, à en croire les sages, le songe fiévreux des hommes de la Révolution. Leur oeuvre est restée, mais leur fièvre est éteinte et le monde moderne qu'ils ont fondé, s'il est tenu de continuer leur oeuvre, n'est pas tenu de continuer leur délire. Et la brusque résurrection de la République, reparaissant en 1848 pour s'évanouir en 1851, semblait en effet la brève rechute dans un cauchemar bientôt dissipé.

Et voici maintenant que cette République qui dépassait de si haut l'expérience séculaire des hommes et le niveau commun de la pensée que quand elle tomba ses ruines mêmes périrent et son souvenir s'effrita, voici que cette République de démocratie, de suffrage universel et d'universelle dignité humaine, qui n'avait pas eu de modèle et qui semblait destinée à n'avoir pas de lendemain, est devenu la loi durable de la nation, la forme définitive de la vie française, le type vers lequel évoluent lentement toutes les démocraties du monde.

Or, et c'est là surtout ce que je signale à vos esprits, l'audace même de la tentative a contribué au succès. L'idée d'un grand peuple se gouvernant lui-même était si noble qu'aux heures de difficulté et de crise elle s'offrait à la conscience de la nation. Une première fois en 1793 le peuple de France avait gravi cette cime, et il y avait goûté un si haut orgueil, que toujours sous l'apparent oubli et l'apparente indifférence, le besoin subsistait de retrouver cette émotion extraordinaire. Ce qui faisait la force invincible de la République, c'est qu'elle n'apparaissait pas seulement de période en période, dans le désastre ou le désarroi des autres régimes, comme l'expédient nécessaire et la solution forcée. Elle était une consolation et une fierté. Elle seule avait assez de noblesse morale pour donner à la nation la force d'oublier les mécomptes et de dominer les désastres. C'est pourquoi elle devait avoir le dernier mot. Nombreux sont les glissements et nombreuses les chutes sur les escarpements qui mènent aux cimes; mais les sommets ont une force attirante. La République a vaincu parce qu'elle est dans la direction des hauteurs, et que l'homme ne peut s'élever sans monter vers elle. La loi de la pesanteur n'agit pas souverainement sur les sociétés humaines; et ce n'est pas dans les lieux bas qu'elles trouvent leur équilibre. Ceux qui, depuis un siècle, ont mis très haut leur idéal ont été justifiés par l'histoire.

Et ceux-là aussi seront justifiés qui le placent plus haut encore. Car le prolétariat dans son ensemble commence à affirmer que ce n'est pas seulement dans les relations politiques des hommes, c'est aussi dans leurs relations économiques et sociales qu'il faut faire entrer la liberté vraie, l'égalité, la justice. Ce n'est pas seulement la cité, c'est l'atelier, c'est le travail, c'est la production, c'est la propriété qu'il veut organiser selon le type républicain. A un système qui divise et qui opprime, il entend substituer une vaste coopération sociale où tous les travailleurs de tout ordre, travailleurs de la main et travailleurs du cerveau, sous la direction de chefs librement élus par eux, administreront la production enfin organisée."


Extrait du Discours à la Jeunesse prononcé par Jean Jaurès au lycée d'Albi en 1903
par le Citoyen Thimèle publié dans : Culture et Mémoire Républicaine
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Lundi 26 février 2007
La lutte contre les discriminations et pour une véritable égalité suppose des actions vigoureuses. Celles-ci consistent notamment à soutenir les efforts du système éducatif, à moderniser profondément les processus de recrutement et de déroulement de carrière, à ouvrir et garantir l'accès de tous aux biens et services. Nous, signataires de cet engagement, partageons la conviction de l'importance de cet enjeu, le diagnostic des efforts qu'a encore à effectuer la France en ce domaine, et avons un objectif commun d'égalité.

Pour évaluer les discriminations en raison des origines et pour mesurer les progrès réalisés, il faut disposer de données statistiques. Les informations actuellement disponibles permettent de constituer de telles données. Des enquêtes par tests, consacrées par la loi en 2005, permettent de mesurer les discriminations par exemple dans l'accès au logement, à l'emploi ou encore aux boîtes de nuit. Dans les entreprises et dans les enquêtes nationales, nous disposons d'informations comme la nationalité ou le pays de naissance du répondant (ou de ses parents, parfois). Le prénom des individus est également disponible et suffisamment corrélé aux origines. Il est donc parfaitement possible en l'état actuel de mesurer les phénomènes discriminatoires, c'est-à-dire l'inégalité des chances d'accès à un emploi, au logement ou à certaines formes de consommation. Les discriminations en raison des origines, du handicap, du sexe, de l'âge, de l'apparence physique ou encore du lieu de résidence font déjà l'objet de mesures précises.

Vouloir aller plus loin en sollicitant des individus qu'ils déclarent leur ethnie, leur «race», leur religion ou encore leur orientation sexuelle est inutile dans le cadre de la lutte contre les discriminations et pour l'égalité des chances.

Inutiles, les statistiques ethniques sont également dangereuses. Loin de donner une image de la diversité, elles reviendraient à la simplifier outrageusement. Il est impossible de classer une population d'origines multiples en représentant cette diversité. Une classification unique serait forcément réductrice et inappropriée. Elle inventerait des groupes qui n'existent pas, créerait des divisions là où il y a rapprochement, suggérerait homogénéité là où il y a diversité, mettrait des frontières là où il y a continuité. Les statistiques ethniques auraient pour effet de faire droit à la notion de «race» ­ dont chacun reconnaît le caractère non-scientifique et le danger ­ et de développer les affrontements communautaires
.
L'établissement de telles statistiques n'aurait de sens que dans le cadre de politiques de discrimination positive : refuser l'accès au logement en raison d'une certaine appartenance raciale, donner une priorité en fonction de la couleur de peau dans l'accès à l'emploi, réserver des marchés publics selon la composition des effectifs d'une entreprise ou la «race» de son dirigeant, faire correspondre la composition des effectifs d'une entreprise à son bassin d'emploi, limiter la surreprésentation d'une religion au sein d'une profession ou ajuster la composition des équipes de sport nationales aux caractéristiques ethniques ou raciales de la nation, qui seraient inventées pour l'occasion.

Nous rejetons ce type de discours et de politiques discriminatoires parés des vertus de l'égalité réelle mais qui portent en elles les germes du racisme et de l'antisémitisme. Les statistiques ethniques ne sont donc pas un outil de lutte contre les discriminations, mais risquent d'être l'instrument de certaines formes de discrimination.

Nous nous engageons à poursuivre notre combat contre les discriminations et pour l'égalité et à utiliser les informations actuellement disponibles pour étudier ces réalités et mesurer les progrès accomplis.

Nous refusons que soient collectées des informations sur l'ethnie ou la «race» des individus, leurs appartenances religieuses, leurs engagements philosophiques, politiques et syndicaux ou encore leurs orientations sexuelles dans l'objectif de connaître la composition précise d'une école, d'une entreprise, d'une profession, d'un quartier ou d'un immeuble, des populations délinquantes ou carcérales.

Nous invitons chacun à préserver, pour lui-même et pour les autres, le principe d'égalité comme celui de liberté, lequel commence par le droit à ne pas devoir choisir de révéler son appartenance ethnoraciale, sa religion, ses opinions ou son orientation sexuelle.

Nous affirmons notre attachement au principe d'égalité, fondateur de notre République, qui interdit que l'accès à un emploi, une formation, un bien ou un service puisse dépendre, même provisoirement et partiellement, de l'appartenance ou de la non-appartenance à une ethnie, une race, une religion.


Signer l'appel


 

Premiers signataires :Jean-François AMADIEU, Patrick WEIL, Dominique SOPO, Samuel THOMAS, Mouloud AOUNIT

par le Citoyen Thimèle publié dans : Combat Républicain
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Dimanche 25 février 2007

les abandonnés des décrets de 2000 et 2004

 

« Vous faites les frais d’une manipulation…. »

 

Ne vous réjouissez pas des propositions de loi déposées, trop tardivement par l’UMP (3213 et 157), l’UDF (3300) et le PC (3623).

De plus n’écoutez pas ceux qui se réjouissent de cette « avancée » qui n’est qu’un artifice électoral.

Cela ne veut nullement dire que le problème de la discrimination qui vous touche va être réglé. Loin s’en faut et surtout pas dans les 5 ans à venir (voir le «
contrat de législature 2005 – 2012  » de l’UMP pour vous en convaincre).
Une proposition de loi déposée n’est pas une loi et encore moins un décret d’application.
Posez vous ces simples questions :

•    « pourquoi un dépôt maintenant et pas depuis Août 2004 ? »,
•    « croyez vous que s’il n’y avait pas les élections vous assisteriez à cette course au dépôt ? »

Si vous vous laissez endormir maintenant, il vous faudra attendre après 2012 pour pouvoir, peut-être, à nouveau espérer ! Et serez vous encore parmi nous.

Nous affirmons que ces propositions de loi sont des « propositions – scélérates » qui n’aboutiront jamais, exceptées dans un cul-de-basse-fosse de la République, après les élections de 2007 et avec vos espoirs déçus.

Les raisons et arguments vous seront communiquées par mail ou par courrier postal (et non par téléphone). Pour ceux qui ont internet, vous pouvez déjà avoir une idée : www.pupilles-homega.org

Il est encore temps de pouvoir agir, avant les élections, mais pas au niveau d’une proposition de loi. Après vous n’aurez plus que des regrets de n’avoir pas voulu savoir la vérité, non la notre mais celle du bon sens.


Contactez:

guilke@wanadoo.fr

ou Marie Jo (04.75.43.75.15)
par le Citoyen Thimèle publié dans : Actions et Soutiens
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Dimanche 25 février 2007


"Voilà ce qu’a vu le soleil d’hier, citoyens ! Et que verrait le soleil d’aujourd’hui ? Il verrait un autre peuple, d’autant plus furieux qu’il a moins d’ennemis à combattre, se défier des mêmes hommes qu’il a élevés hier au-dessus de lui, les contraindre dans leur liberté, les avilir dans leur dignité, les méconnaître dans leur autorité, qui n’est que la votre ; substituer une révolution de vengeance et de supplices à une révolution d’unanimité et de fraternité, et commander à son gouvernement d’arborer, en signe de concorde, l’étendard de combat à mort entre les citoyens d’une même patrie !

Ce drapeau rouge, qu’on a pu élever quelquefois quand le sang coulait comme un épouvantail contre des ennemis, qu’on doit abattre aussitôt après le combat en signification de réconciliation et de paix. J’aimerais mieux le drapeau noir qu’on fait flotter quelquefois dans une ville assiégée, comme un linceul, pour désigner à la bombe les édifices neutres consacrés à l’humanité et dont le boulet et la bombe mêmes des ennemis doivent s’écarter. Voulez-vous donc que le drapeau de votre République soit plus menaçant et plus sinistre que celui d’une ville bombardée ? 

Citoyens, vous pouvez faire violence au gouvernement vous pouvez lui commander de changer le drapeau de la nation et le nom de la France.. Si vous êtes assez mal inspirés pour imposer une république de partis et un pavillon de terreur, le gouvernement est aussi décidé que moi-même à mourir plutôt qu'à se déshonorer en vous obéissant. Quant à moi, jamais ma main ne signera ce décret. Je repousserai jusqu'à la mort ce drapeau de sang et vous devriez le répudier plus que moi : car le drapeau rouge, que vous-mêmes rapportez, n'a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple en 1791 et 1793, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie."


Alphonse de Lamartine (1790-1869), Discours prononcé à l’Hôtel de Ville de Paris le 25 février 1848
par le Citoyen Thimèle publié dans : Culture et Mémoire Républicaine
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Dimanche 25 février 2007


Par Pascal Bruckner


Les ennemis de la liberté se recrutent d’abord dans les sociétés libres, chez une partie des élites éclairées qui dénient le bénéfice des droits démocratiques au reste de l’humanité, voire à leurs compatriotes, si ceux-ci ont le malheur d’appartenir à une autre religion, à une autre ethnie. Il suffit pour s’en convaincre de lire deux écrits récents, le livre d’Ian Buruma On a tué Theo Van Gogh
(Flammarion, 2006) et la critique de ce même livre par le journaliste et universitaire anglais Timothy Garton Ash parue dans le dans le New York Review of Books.

Ian Buruma cache mal son agacement pour l’engagement de la députée néerlandaise d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali, amie de Theo Van Gogh, elle-même condamnée à mort et dont la critique du Coran l’embarrasse. Timothy Garton Ash est plus brutal encore : pour lui, apôtre du multiculturalisme, l’attitude d’Ayaan Hirsi Ali est à la fois irresponsable et contre-productive. Son verdict est implacable : « Ayaan Hirsi Ali est aujourd’hui une courageuse et légèrement simpliste fondamentaliste des Lumières. »

Dans le cas précis d’Ayaan Hirsi Ali, elle-même excisée, vouée à un mariage forcé et qui s’est échappée d’Afrique pour trouver asile aux Pays-Bas, l’accusation est d’abord fausse : la différence entre elle et Mohammed Bouyeri, le meurtrier de Theo Van Gogh, c’est qu’elle n’a jamais préconisé le meurtre pour faire triompher ses idées. Les seules armes dont elle use sont la persuasion, la réfutation, le discours. On reste là dans le cercle de la raison raisonnable et non dans la pathologie du prosélytisme. L’espérance de faire reculer la tyrannie et la superstition ne semble pas relever d’une exaltation malsaine. Mais Ayaan Hirsi Ali a commis, aux yeux de nos gentils professeurs, un crime impardonnable : elle prend au sérieux les principes démocratiques. Ian Buruma, non sans perfidie, dénie à Ayaan Hirsi Ali le droit de se référer à Voltaire : celui-ci aurait affronté l’une des institutions les plus puissantes de son temps, l’Eglise catholique, quand elle se contente d’offenser « une minorité vulnérable au cœur de l’Europe ». C’est oublier que l’islam n’a pas de frontières : les communautés musulmanes du Vieux Monde qui s’adossent sur plus d’un milliard de croyants, traversés de courants divers, peuvent devenir l’aile avancée d’une offensive intégriste ou donner au contraire l’exemple d’une religiosité plus conforme à la mesure. Ce n’est pas une mince affaire, c’est même l’un des enjeux majeurs du XXIe siècle !

Isolée, promise à l’égorgement par les radicaux, contrainte de vivre entourée de gardes du corps, Ayaan Hirsi Ali doit en plus subir, comme Robert Redeker, ce professeur de philosophie français menacé de mort par des sites islamistes, les sarcasmes des grands esprits et des donneurs de leçon. Les défenseurs de la liberté seraient donc des fascistes, tandis que les fanatiques sont dépeints comme des victimes ! On oublie qu’il existe un despotisme des minorités rétives à l’assimilation si elle ne s’accompagne pas d’un statut d’extraterritorialité, de dérogations spéciales. On leur refuse ce qui a été notre privilège : le passage d’un monde à un autre, de la tradition à la modernité, de l’obéissance aveugle à la décision raisonnée. La protection des minorités implique aussi le droit pour les individus qui en font partie de s’en retirer sans dommage, par l’indifférence, l’athéisme, le mariage mixte, l’oubli des solidarités claniques ou familiales, de se forger un destin qui leur soit propre sans reproduire ce que leurs parents leur avaient légué.

La minorité ethnique, sexuelle, religieuse, régionale n’est souvent rien d’autre, en raison des offenses subies, qu’une petite nation rendue à son angélisme, chez qui le chauvinisme le plus outrancier n’est que l’expression d’un légitime amour-propre. Le chantage à la solidarité ethnique, religieuse, raciale, la dénonciation des apostats, des félons, des « bougnoules de service », des « Oncle Tom » et autres « Bounty » servent de rappel à l’ordre pour les récalcitrants éventuels et brisent leur aspiration à l’autonomie.

Il n’est donc pas surprenant que la réprimande de nos intellectuels s’exerce à l’endroit d’une Ayaan Hirsi Ali. Rien ne manque au tableau que Timothy Garton Ash dresse de la jeune femme, pas même un machisme suranné : seule la beauté de la parlementaire hollandaise, son côté glamour expliqueraient, selon lui, son succès médiatique et non la justesse de ses attaques. Timothy Garton Ash ne se demande pas si l’islamologue Tarik Ramadan auquel il adresse des dithyrambes enflammés ne doit pas lui aussi sa renommée à son physique de play-boy. Ayaan Hirsi Ali, il est vrai, déjoue les stéréotypes du politiquement correct en cours : Somalienne, elle proclame la supériorité de l’Europe sur cette région de l’Afrique ; femme, elle échappe au destin d’épouse et de mère ; musulmane, elle dénonce ouvertement l’arriération du Coran. Autant de clichés bafoués qui font d’elle une insoumise et non une de ces insurgées en toc comme nos sociétés en produisent à la pelle.

Les Lumières appartiennent au genre humain tout entier et non à quelques privilégiés nés en Europe ou en Amérique du Nord, qui se permettent en plus de les piétiner comme des enfants gâtés, d’en refuser la jouissance aux autres. S’il est un multiculturalisme légitime tant qu’il reste modéré, sa version anglo-saxonne n’est peut-être rien d’autre qu’un apartheid légal où l’on retrouve les accents attendris des riches expliquant aux pauvres que l’argent ne fait pas le bonheur : à nous les fardeaux de la liberté, de l’invention de soi, de l’égalité entre les sexes, à vous les joies de l’archaïsme, des abus reconvertis sous le beau nom de coutumes ancestrales, le mariage forcé, le voile, la polygamie. Et si la dissidence des musulmans britanniques venait non seulement du rigorisme de leurs leaders, mais aussi de la perception confuse que les égards dont ils bénéficient de la part des autorités manifestent une forme subtile de dédain, comme si on les jugeait trop arriérés pour accéder aux bienfaits de la civilisation ?

Il existe enfin un argument qui milite contre le multiculturalisme pur et dur à la britannique : de l’aveu même des gouvernants, il ne marche pas. Non content d’avoir été pendant des années la terre d’asile du djihad, avec les conséquences dramatiques que l’on sait, le Royaume-Uni doit admettre, aujourd’hui, que son modèle social, fondé sur le communautarisme et le séparatisme, ne fonctionne plus. On a beaucoup raillé l’autoritarisme français lors du vote sur le voile islamique qui interdisait aux femmes et aux jeunes filles de le porter à l’école et dans les locaux administratifs.

Comment expliquer alors que, en Grande-Bretagne, en Hollande, en Allemagne, des responsables politiques, choqués par la généralisation de la burka ou du hidjab soient tentés à leur tour de légiférer sur ce sujet ? Les faits sont cruels pour les temporisateurs qui enjoignent l’Europe de se plier à l’islam plutôt que l’islam à la civilisation européenne : plus on cède au radicalisme des barbus, plus ils durcissent le ton.

A dire vrai, les positions d’Ian Buruma et de Timothy Garton Ash sont dans la droite ligne de leurs gouvernements américain et britannique (même s’ils les désapprouvent politiquement) : la faillite de George W. Bush et de Tony Blair dans leurs guerres contre la terreur vient aussi de ce qu’ils ont privilégié le terrain militaire au détriment du débat d’idées. Or la mobilisation en faveur d’un islam européen éclairé est capitale : l’Europe peut devenir un modèle, un foyer de rayonnement pour la réforme de ce monothéisme dont on espère qu’il sera gagné un jour, à l’exemple de Vatican II pour les catholiques, par l’autocritique et l’examen de conscience. Encore faut-il ne pas se tromper d’interlocuteurs, ériger en amis de la tolérance des fondamentalistes qui usent de la dissimulation, investissent la gauche et l’intelligentsia pour avancer leurs pions et s’épargner l’épreuve de la laïcité.

 

Le Monde

par le Citoyen Thimèle publié dans : Combat Républicain
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Dimanche 25 février 2007

Par François Devoucoux du Buysson

La récente condamnation d'un employeur pour une discrimination à l'embauche fondée sur l'âge montre que l'émergence de la thématique des discriminations n'est en fait qu'une conséquence de la persistance d'un chômage massif qui favorise la mise à l'écart de certaines catégories au sein de la population.

Le 13 février, le tribunal de grande instance (TGI) de Lyon a condamné un cabinet de recrutement pour discrimination à l'embauche à raison de l'âge au motif qu'il avait publié une offre d'emploi demandant "un chasseur de têtes de 28 à 35 ans".

Dans la liste de plus en plus longue des délits répréhensibles, l'âgisme s'ajoute ainsi au racisme et au sexisme. Ce jugement est sans doute une bonne nouvelle pour les chômeurs d'âge mûr quand on connaît le nombre d'annonces destinées à des candidats relativement jeunes. Mais il pose un problème de taille aux entreprises. Il semble en effet avoir échappé aux fonctionnaires du TGI de Lyon que ce n'est pas uniquement pour pénaliser les vieux que les entreprises embauchent surtout des jeunes, mais peut-être aussi -et surtout- pour des motifs liés au coût du travail. Une entreprise sait qu'elle paiera moins cher un candidat ayant cinq ans d'expérience qu'un autre plus chevronné. Aussi peut-on se demander si la mention de l'âge du candidat recherché n'est pas avant tout une indication du budget consacré par l'employeur au poste à pourvoir.

La condamnation inédite rendue par le TGI de Lyon montre aussi que, derrière la mousse médiatique actuelle autour du thème des discriminations, c'est la persistance du chômage en France qui demeure la vraie question. En effet, tant que la France se satisfait d'un déséquilibre de son marché du travail avec une demande structurellement supérieure à l'offre, il est hypocrite de reprocher aux employeurs de faire le tri parmi la masse des CV qu'ils reçoivent. Il est économiquement rationnel que les employeurs choisissent le candidat présentant non seulement le niveau de qualification requis mais aussi le profil de risque (quant à son intégration dans la société ou son acceptation par les clients) et le coût financier le plus réduit possible. Dans le contexte de sélection impitoyable qu'implique le chômage, on préfèrera souvent un homme à une femme (risque de grossesse non maîtrisé par l'entreprise), grand et bien de sa personne si possible (question de présentation, recherche du candidat "qui en impose"), s'exprimant bien (qui rêve sérieusement d'un employé parlant le sabir que les médias présentent comme la langue des banlieues ?) et souvent blanc (avec tout ce qu'on lit sur le "racisme des Français" -donc, des clients- ou les populations d'origine immigrée -excision, tournantes, islamistes-, "c'est plus prudent ", se disent de nombreux employeurs).

On voit bien que, dans les secteurs de l'économie où il y a une pénurie de main-d'oeuvre (métiers du bâtiment, emplois saisonniers, services de nettoyage, restauration, médecine), on parle moins de discriminations que pour les postes les plus courus et que la question de la "diversité" n'est soulevée que dans les secteurs où les places sont chères. D'ailleurs, le thème des discriminations fondées sur les "différences" n'est-il pas né historiquement au moment où la France s'inscrivait de façon durable dans une situation de crise du marché de l'emploi ?

Agir sur la cause plutôt que sur l'une des conséquences

Le chômage permet à l'employeur de choisir, et il ne s'en prive pas. C'est pourquoi les discriminations ne doivent pas être traitées comme un problème en soi mais comme une conséquence néfaste -une de plus- du chômage dans lequel la France se complaît depuis plus de trente ans. Sinon, la justice s'invitera de plus en plus dans les dossiers des entreprises non plus seulement pour réprimer le sexisme ou le racisme mais aussi pour enquêter sur les choix discriminants en faveur des plus jeunes ou des plus beaux (la discrimination sur le physique qui caractérise les présentatrices de télévision ou, sur une échelle plus vaste, les hôtesses d'accueil et les serveuses, promet de ce point de vue de magnifiques contentieux...).

On peut même d'ailleurs se demander si l'intensification de la répression judiciaire en matière de discriminations ne va pas jouer un rôle négatif dans l'évolution du chômage en ajoutant une contrainte supplémentaire aux tracas administratifs pesant sur l'embauche. Si un employeur est placé dans une situation où son choix est guidé par des considérations pénales au risque de poursuites judiciaires, il y a fort à parier qu'il y réfléchira à deux fois avant de publier une offre d'emploi et qu'il préfèrera attendre d'avoir la possibilité de solliciter discrètement un candidat via son réseau de relations ou de promouvoir quelqu'un en interne. Et tout le monde y perdra. De même, les slogans féministes réclamant une égalisation des salaires entre les hommes et les femmes en faisant abstraction de l'impact de la fécondité sur les carrières féminines conduisent à rendre la main-d'oeuvre féminine théoriquement plus chère. C'est pourquoi les surenchères en faveur du "travail des femmes" risquent fort de renvoyer la population féminine à la maison.

Il est temps de réfléchir à cette logique qui, pour satisfaire les revendications de quelques-uns, aboutit à pénaliser tout le monde. Il est temps de mettre un terme à une spirale dingue qui oppose tout le monde à tout le monde au nom d'une "égalité réelle" absurde. Se borner à combattre les discriminations à l'embauche, c'est introduire des quotas imbéciles dès lors qu'il n'est pas possible d'établir de nomenclature précise des "handicaps" de chacun (un noir grand et beau est-il vraiment plus mal barré qu'un blanc malingre et repoussant ?) et mettre des flics et des juges derrière chaque porte. C'est le chômage qu'il faut combattre car la réduction du déséquilibre existant sur le marché du travail entraînera de facto la réduction des discriminations en limitant les effets d'une hypersélection dévastatrice. Mais c'est plus difficile car, contrairement à la lutte contre les discriminations, il ne suffit pas de décréter une batterie de mesures répressives pour agir de façon efficace et durable. Aussi doit-on malheureusement s'attendre à la multiplication des infractions définies dans le code pénal et donc à une recrudescence des procès ubuesques comme celui de Lyon.



par le Citoyen Thimèle publié dans : Economie et Cohésion Sociale
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Samedi 24 février 2007