
Le centre de Mexico était pratiquement paralysé lundi par des milliers de militants de gauche, qui bloquaient les principales artères de la mégapole de 22 millions d'habitants pour dénoncer la fraude électorale qui s'est déroulé lors de la présidentielle du 2 juillet. L'avenue Reforma, colonne vertébrale de la circulation automobile à Mexico, a été transformée en rue piétonne sur huit kilomètres. Devant le bâtiment moderne de la Bourse de Mexico, les passants zigzaguent entre les tentes dressées par les manifestants et les banderoles disant "non à la fraude électorale" et réclamant un nouveau décompte "bulletin par bulletin".
Le candidat de la gauche, Andrés Manuel Lopez Obrador, a averti dimanche devant des centaines de milliers de ses partisans que les 47 "campements" dressés à travers la ville ne seraient pas levés tant que le Tribunal électoral n'aura pas ordonné un nouveau décompte des bulletins de vote.
Un portrait du conservateur Felipe Calderon, donné vainqueur du scrutin par l'Institut fédéral électoral (IFE), est barré d'un "no pasaras (tu ne passera pas)".
Jesus Mendoza, un chauffeur de taxi de 38 ans, supporte sans se plaindre la gêne occasionnée. Sympathisant du Parti de la révolution démocratique (PRD) de M. Lopez Obrador, il craint que le gouvernement n'envoie les forces de l'ordre pour dégager la voie publique. "Ca va se terminer par des affrontements", prédit-il.
Les télévisions mexicaines passent en boucle les images des embouteillages monstres provoqués par le mouvement de "résistance civile pacifique". Les blocages du centre se répercutent jusque sur les deux anneaux périphériques et d'autres artères. M. Lopez Obrador a passé la nuit de dimanche à lundi sous une tente jaune (la couleur de son parti) sur la place du Zocalo, au centre-ville, entouré de son équipe de campagne.
Devant la cathédrale, 31 campements représentant les 31 Etats de la fédération mexicaine ont été installés. Dans l'avenue Juarez, les tentes où des manifestants dorment sur des couvertures pliées contrastent avec le luxe de l'hôtel Sheraton.
Des militants du Parti du travail, allié du PRD, se relaient pour bloquer l'accès à Reforma. Ils ont garé un autobus en travers de la rue. "On restera le temps qu'il faudra, un jour, deux jours, une semaine, un mois", affirme l'un d'eux, Lauro Martinez. Patricia Rodriguez, une mère de famille de 45 ans, fait remarquer que les blocages gênent surtout l'élite économique du pays et les classes moyennes supérieures qui possèdent une voiture, alors que la majorité des gens pauvres, base électorale de M. Lopez Obrador, "n'en ont pas et prennent le métro ou les transports en commun". "Le trafic est paralysé par les blocages, il y a des embouteillages dans toute la ville", explique Fernando Puga, du service municipal d'aide à la circulation dans Mexico. "Heureusement, ce sont les vacances scolaires, le trafic n'est pas à son maximum, si ça continue jusqu'au 21 août".
Le Parti d'action nationale (PAN) de M. Calderon a condamné les occupations du centre-ville, tandis que la présidence mexicaine estimait que l'économie ne serait pas affectée.
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