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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 19:36

securite-sociale.gif Par Jacques Etchéhéguy, sociologue.

Les mouvements sociaux qui s'organisent sont la preuve qu'il faut lutter contre les archaïsmes sociaux et réactiver pleinement le modèle social français.

Les différents mouvements sociaux qui s'enchaînent depuis la rentrée ne sont, aux yeux de la droite française, que crispations d' « assistés », de « nantis » accrochés à leurs « privilèges », ou, au mieux, la réaction de catégories sociales qui n'ont pas encore compris l'urgence et la nécessité des réformes sociales engagées contre les archaïsmes.
Des esprits un peu plus éclairés observeront, eux, que la plupart de ces mouvements, en apparence dispersés, et qui défendent souvent des avantages catégoriels, convergent, en fait, vers un enjeu de société essentiel : préserver notre « modèle social français » fortement sapé depuis une décennie.
Ce modèle social est la façon dont se manifeste, s'exerce dans la vie quotidienne, notre « pacte social républicain » ; c'est un assemblage singulier de règles autant tacites que contractuelles, un compromis sociétal, qui répartit droits et devoirs, avantages et sacrifices à chacun, selon son rôle économique et son appartenance sociale. Ainsi les très grandes inégalités de revenus constatées au bénéfice de minorités, sont-elles en partie compensées par une protection sociale efficace assurée pour le plus grand nombre, pour faire face aux aléas de la vie et par un accès aisé pour tous à des services publics de qualité.

D'un côté donc des fortunes colossales pour les actionnaires et leurs alliés, les hauts dirigeants d'entreprise, de l'autre un certain bien-être pour la majorité de la population, à travers des revenus différés, des sécurités et une relative qualité de vie. C'est cet équilibre fragile, compromis toujours précaire, fruit de luttes historiques, qui fait que la majorité des Français, parce qu'ils se sentent partie prenante de ce pacte, en acceptent les disciplines et contraintes ; et que notre pays connaît une relative paix sociale et un fonctionnement normal de la démocratie et des Institutions. Ce pacte est donc bien un enjeu politique en ce qu'il touche à la cohésion sociale et qu'il est au cœur de notre « identité nationale »

C'est ce modèle social et à travers lui le pacte sur lequel il repose que, depuis une décennie, les gouvernements successifs vident de leur contenu et de leurs finalités de justice, protection, solidarité, dignité … Ceci pendant que croît de façon insolente et dans des proportions jamais connues dans notre Histoire récente, la richesse des actionnaires. Et laisser croire que « travailler plus pour gagner plus » ou que le modèle social importé des USA pourrait être la clé de voûte d'un nouveau pacte social est illusoire. Ce n'est pas en affaiblissant nos protections sociales et en limitant l'accès et la qualité des services publics que l'on va dynamiser notre économie et mobiliser les forces du pays ; on ne fera jamais qu'élargir la fracture sociale et accroître les divisions.
Croire aujourd'hui que c'est en réduisant les acquis sociaux que notre pays retrouvera sa compétitivité face aux pays émergents est proprement réactionnaire ; c'est nous engager dans une spirale de baisse, une fuite en avant exigeant toujours plus de réduction des coûts sociaux.

L'idée en revanche qu'il faille adapter notre modèle social aux données nouvelles : démographie, mondialisation de l'économie, Europe ; ainsi qu'aux mœurs du temps et à la nécessité de responsabiliser davantage les bénéficiaires, est certainement fondée ; en outre, l'usage de notre modèle actuel a révélé des dérives justement critiquées : lourdeur, protection excessive des statuts au détriment des plus démunis...
Pour mener à bien cette adaptation, il faudra veiller à ce que :
- le débat s'engage sur un diagnostic partagé, de bonne foi, excluant les positions par trop idéologiques ; notamment celles qui ne veulent pas reconnaître que les systèmes de protection sociale et les services publics sont la plupart du temps plus efficaces et coûtent moins cher à la collectivité lorsqu'ils sont gérés par les partenaires sociaux et/ou l'Etat que lorsque leur gestion est assurée par des opérateurs privés ;
- si les stratégies par lesquelles s'exerce notre pacte social peuvent être réévaluées et modifiées, les besoins sociaux auxquels il doit répondre restent, eux, assez pérennes : sécurité, solidarité, dignité … mais aussi équité : efforts et renoncements attendus de la majorité des travailleurs doivent être équitablement répartis et les sacrifices des uns ne pas conduire à enrichir toujours plus une minorité ; sinon le pacte devient illégitime et le pays perd sa cohésion sociale.

Aujourd'hui existe un consensus du public et des organisations syndicales sur la nécessité d'améliorer le pouvoir d'achat des Français. Cette revendication, justifiée par le retour de l'inflation, ne doit pas faire oublier que la priorité reste la restauration de notre modèle social ; outre que seul, il garantit des protections et un bien-être durables, il conditionne largement la cohésion et la paix sociales ; les augmentations de salaire seront, elles, vite absorbées par l'inflation.

Point n'est besoin d'être grand clerc pour prévoir que faute d'une réactivation de notre modèle social dans un réel souci d'équité et de solidarité, notre pays va connaître tensions, violences, rancœurs, aggravation des inégalités, défiance pour la chose publique ….
Nul n'a intérêt à l'affrontement qui s'annonce, qui ne profitera qu'aux extrêmes ; et les partis politiques de Gauche, mieux que les Organisations syndicales dont ce n'est pas la mission, seraient bien avisés d'animer la mise en convergence de tous les mouvements sociaux actuels autour de la restauration du pacte social républicain. Ils trouveraient certainement là l'occasion de jouer leur rôle sur un thème largement fédérateur.

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Economie & Social
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commentaires

Citoyen r j 23/11/2007 02:58

Evidemment à mon humble avixs, la question des régimes spéciaux n'est l'arbre qui cache la retraite des réformes globales sur la retraite à venir, avec in fine un allongement considérable des parcours de travail, sous peine de, pardonnez-moi l'expression, "crever de faim avant que de crever de vieillesse", ce qui est proprement barbare. Quant à la brèche pour l'instant subtilement ouverte dans le principe de la santé solidaire, il est annonciateur d'une évolution vers la privatisation -pour aller vite- de la Santé. Alors gare à l'habileté du nouveau pouvoir à justifier ces mesures par des incantations sur l'équité, sur la compassion envers la malades d'Alzheimer et j'en passe! Cf. si intéressés: http://sarkonorepublic1.canalblog.com/archives/republique_et_solidarite/index.htmlCordialement et avec mes fidèles encouragements!

le Citoyen Thimèle 25/11/2007 15:22

Merci, et à vous également ! Et encore une nouvelle fois pour vos articles qui sont pleins de lucidité par rapport à la situation actuelle !

Instit 22/11/2007 17:03

Le site " Comité National pour un Référendum " vient d'ouvrir ! Vous pouvez signer leur pétition ! Faites passer l'info ! http://www.nousvoulonsunreferendum.eu/index.php