Culture et mémoire républicaine

 

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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 23:41
220px-Gambetta.jpg* Discours de Saint Quentin, 16 novembre 1871 :

(Extraits)

« Dans le programme républicain, comme première réforme, j’ai toujours placé l’enseignement du peuple : mais cet enseignement a besoin d’être, avant tout, imbu de l’esprit moderne civil, et maintenu conforme aux lois et aux droits de notre société.

Là–dessus je voudrais vous dire toute ma pensée. Eh bien ! je désire de toute la puissance de mon âme qu’on sépare non seulement les églises de l’Etat, mais qu’on sépare les écoles de l’Eglise ( Vifs applaudissements ). C’est pour moi une nécessité d’ordre politique, j’ajoute d’ordre social.

D’abord je repousse complètement l’objection apparente opposée à ceux qui sont partisans de l’enseignement laïque. On leur dit : « vous voulez faire des athées, et vous voulez installer dans les écoles un enseignement antireligieux ».

Messieurs, ma conviction est qu’il n’y a rien de plus respectable dans la personne humaine que la liberté de conscience, et je considère que c’est à la fois le plus odieux et le plus impuissant des attentats que d’opprimer les consciences. Non, je ne suis pas hostile à la religion : c’est même pour cela que je demande la séparation de l’Eglise et des écoles […]

Est-ce à dire que le clergé sera destitué de toute influence sociale ?Est-ce à dire que la religion sera sacrifiée ?Nullement, messieurs ; mais chacun restera dans son rôle, chacun sera maintenu dans ses attributions ; la morale sera enseignée laïquement et la religion sera enseignée dans des endroits consacrés à le religion, et chaque père de famille choisira pour son enfant le culte qui lui conviendra, chrétien, juif ou protestant. Mais renonçons à confier aux divers clergés l’éducation des enfants, si nous voulons en faire des citoyens français, si nous voulons en faire des hommes chez lesquels l’idée de justice et de patrie domine. A l’église, ils recevront l’enseignement des dogmes et apprendront tout ce qui est du domaine de la foi. A l’école, on leur enseignera les vérités de la science, dans leur rigueur et leur simplicité majestueuse ; et ainsi vous aurez concilié le respect de la liberté de conscience avec le devoir, qui est imposé à l’Etat, de préparer des citoyens dont l’éducation, dont les principes ne soient pas renfermés dans des dogmes théologiques, mais tiennent des bases sur lesquelles repose notre société tout entière.

Rappelez- vous qu’il y a déjà sept ans, à la suite de grands efforts de la libre pensée française, le pape a jugé opportun de passer en revue tous les principes modernes d’où découlent nos lois civiles et politiques : la constitution de notre famille, de notre propriété, de notre Etat, les grandes séries de droits qui font l’indépendance de chacun de nous, la liberté d’examen, la liberté de la presse, le droit de réunion, d’association. Eh bien !, sur chacun de ces droits, le pape a crié anathème. Est-il concevable, quand le pouvoir religieux s’exprime avec cette franchise, avec cette loyauté, qu’on abandonne l’éducation des générations futures à des hommes qui, par leur conscience, sont engagés à se faire les propagateurs de semblables doctrines( Bravo ! bravo ! ) Si vous leur confiez l’éducation, quand vous aurez à faire appel à l’énergie d’hommes élevés par de tels maîtres, quand vous voudrez mettre en mouvement ce peuple tout entier, quand vous lui parlerez de ses devoirs de citoyens, quand vous voudrez exciter en lui des idées de sacrifice, de dévouement à la patrie, vous vous trouverez en présence d’une espèce humaine amollie, débilitée, résignée à subir toutes les infortunes comme des décrets de la Providence ( Profonde sensation).

C’est là, messieurs, le plus grand péril que puisse courir la société de 89, dont nous sommes les héritiers et les représentants. La société de 89 a pour principal objectif de faire dépendre le système politique et social de l’idée de suprématie de la raison sur la grâce, de l’idée de la supériorité de l’état de citoyen sur l’état d’esclave. Au lieu de la doctrine romaine, qui habitue l’esprit à l’idée d’une Providence mystérieuse qui a seule le secret de ses faveurs et des ses disgrâces, qui enseigne que l’homme n’est dans la main de Dieu qu’un jouet, la Révolution enseigne la souveraineté de la Raison, l’autorité et la responsabilité des volontés humaines, la liberté de l’action, et trouve la cause des souffrances, des malheurs de l’humanité dans l’ignorance ou les fautes des hommes.

Depuis quatre vingt ans, ces deux systèmes sont en présence ; ils se sont partagé les esprits et ont entretenu au cœur même de la société, un antagonisme, une guerre acharnée qui explique pourquoi, faute d’unité dans l’enseignement, nous roulons, sans pouvoir jamais nous fixer, de la révolte à la compression, de l’anarchie à la dictature. IL faut effacer cette contradiction, dissiper ce trouble des intelligences ; et il n’a qu’un moyen, c’est de se désintéresser dans l’éducation publique, d’une façon absolument impartiale, de toutes les doctrines, de tous les systèmes, de toutes les sectes, de toutes les communion ; c’est de laisser au libre choix ou même au caprice l’enseignement des doctrines religieuses ; c’est de réaliser la séparation de ces deux mondes, le monde civil et politique et le monde religieux, pour lequel je conçois d’ailleurs qu’on ait infiniment de respect. Celui pour lequel nous sommes faits, pour lequel nous devons tout donner, nos facultés, nos efforts, notre vie, c’est le monde moderne ; le monde qui repousse la domination théocratique, le monde qui entend, non pas satisfaire seulement les intérêts matériels, mais les intérêts politiques, c’est-à-dire ne relever que d’une autorité de droit humain ; le monde qui a soif de science, de vérité, de libre arbitre, d’égalité, et qui arrive à la déclaration et à la pratique des devoirs sociaux par l’émancipation et la glorification de la personne humaine considérée dans le plus humble comme dans le plus élevé ( Applaudissements ). Mais cette réforme dans l’éducation et cette distinction à apporter entre l’enseignement religieux et l’enseignement laïque se relient elles-mêmes à la solution d’un autre problème depuis longtemps posé : la séparation de l’Eglise et de l’Etat[…]

Je reprends et je dis que l’avenir dépend chez nous du nombre des écoles, de la qualité des maîtres, de la fréquentation obligatoire des écoles, d’un programme étendu et varié ; de telle sorte que, au lieu d’une science tronquée, on dispense à l’homme toute la vérité, et rien de ce qui peut entrer dans l’esprit humain ne lui soit caché. Mais cette tâche réclame beaucoup d’efforts, du travail et de la persévérance ; le travail, c’est la loi même de l a démocratie, et c’est de substituer le règne du travail au règne de l’oisiveté ruineuse que consiste tout l’effort du parti républicain… »


gambetta.jpg* Discours du 4 mai 1877 à la Chambre des députés :

« On peut, Messieurs, envisager ce grand débat sous bien des aspects ; on peut rechercher dans nos traditions nationales quels ont été les rapports de l’Eglise et de l’Etat, du sacerdoce et de l’Empire.

Je dis qu’autrefois une foi religieuse ardente, des convictions dogmatiques étaient au fond de ces querelles, tandis que, aujourd’hui, il n’y a qu’un calcul politique, qu’une combinaison de partis déçus dans leurs espérances, une coalition de convoitises dynastiques.

Est-ce que vous n’êtes pas frappés de cette circonstance que les hommes politiques qui s’étaient donnés à eux-mêmes, qui s’étaient décernés, à une époque tout à fait triste et troublée, le nom d’hommes du gouvernement de combat, sont les mêmes qui, à l’heure actuelle, se trouvent à la tête de cette agitation, signent des pétitions, prononcent des discours qui n’ont d’autre but que de pousser à une levée de boucliers dans ce pays ?

Non, je ne veux pas dire ici les noms de ces hommes ; mais vous savez bien qui ils sont tous, puisqu’ils appartiennent à la haute Assemblée. Ils s’y sont réfugiés comme dans une citadelle, et, toutes les fois qu’on y fait une élection, c’est une élection qui a pour but d’y introduire une haute individualité du personnel des comités catholiques. (Rumeurs à droite).

La France ne peut s’y tromper, quand elle voit que ce sont les mêmes hommes, qui, au 24 mai, se déclaraient, dans leur conduite politique et privée, soumis au Syllabus le prenant pour règle de leurs actions, (...) et qui poursuivent, au dehors leur campagne contre nos institutions au nom du cléricalisme ; qui ont considéré que le Sénat devait être le refuge, le réduit pour exercer sur le gouvernement, sur le pouvoir exécutif une pression incessante.

Et ce n’est pas seulement en France qu’on fait appel à toutes les populations catholiques ; dans toute l’Europe, dans tout l’univers, on voit des pasteurs se lever, prononcer les mêmes discours, écrire les mêmes lettres, se livrer à la même ardente propagande.

Si au dehors, les catholiques anglais, en face d’une Eglise établie et d’un pouvoir non contesté, peuvent se permettre de tenir le langage que tenait le cardinal Manning, si en Allemagne, les évêques ultramontains des bords du Rhin peuvent tenir le même langage, en France, nous sommes dans une situation spéciale : le clergé catholique est un clergé lié à l’Etat, ses évêques sont des fonctionnaires de l’Etat, ils engagent la politique du pays quand ils engagent leurs personnes dans ces querelles et dans ces aventures, et la responsabilité de leur conduite pèse sur le gouvernement. Depuis tantôt trente ans, dans ce pays, on s’est habitué sous l’influence de doctrines lâches et molles, sous l’influence de sophismes, contre la puissance de l’Etat, contre le rôle de l’Etat, à prêter la main à tous les envahissements, à toutes les usurpations de l’esprit clérical.

L’Eglise est arrivée à supprimer dans tous les séminaires, même à Saint-Sulpice, l’enseignement des libertés gallicanes et à proscrire comme une hérésie tout ce qui rappelait la vieille Eglise de France, les libertés traditionnelles de cette Eglise qui avait été constituée sous le double empire de la protection nationale et de la dignité même de l’Eglise.

On a demandé à enseigner, d’abord les petits, les humbles, puis on s’est élevé, on est passé à l’enseignement secondaire, et aujourd’hui nous voici à l’enseignement supérieur, à la collation de grades par les universités catholiques au détriment de l’Etat. On pense à l’effrayante multiplication dont les ordres religieux, les congrégations de toute sorte, hommes et femmes, offrent le spectacle depuis le dernier recensement.

Nous en sommes arrivés à nous demander si l’Etat n’est pas maintenant dans l’Eglise, à l’encontre de la vérité des principes qui veut que l’Eglise soit dans l’Etat.

Quant à moi, je suis partisan du système qui rattache l’Eglise à l’Etat (Mouvements) . Oui ! j’en suis partisan, parce que je tiens compte de l’état moral et social de mon pays, mais je veux, entendez-le, je ne veux défendre le Concordat et rester fidèle à cette politique que tout autant que le Concordat sera interprété comme un contrat bilatéral qui vous oblige et vous tient, comme il m’oblige et comme il me tient ! (Vifs applaudissements à gauche et au centre) .

Je ne fais que traduire les sentiments intimes du peuple de France en disant ce qu’en disait un jour mon ami Peyrat : le cléricalisme ? Voilà l’ennemi ! »

 

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Published by le Citoyen Thimèle - dans CULTURE & MEMOIRE REPUBLICAINE
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