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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 15:14
undefined Par Gilbert Legay

Certains commentateurs ont estimé que le terme de Nation était le maître mot de la Révolution de 1789 ; c’est en effet un mot qui évoque le souffle de la liberté et l’élan des soldats de l’an II, qui montaient au combat au cri de « vive la Nation ! ». Sieyès dans sa brochure Qu’est ce que le Tiers État ? en avait précisé le sens : « Qu’est ce qu’une Nation ? C’est un corps d’associés vivant sous une loi commune et représenté par la même législation ».

En d’autres termes, la Nation c’est l’ensemble des citoyens. Pas des zozos, pas des zombies : des citoyens, c’est-à-dire des femmes et des hommes, libres, sans distinction de croyance ou de couleur de peau, unis par la loi, dans un but commun de Liberté, d’Égalité, de Fraternité, et aussi de Justice, de Bonheur et de Paix.
Le mot Nation est cité comme principe de toute souveraineté dans l’article 3 de la Constitution de la Ve République et dans l’article 3 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789, laquelle déclaration a édicté des principes universels, inspirés par le Siècle des Lumières, toujours valables, pour tous les humains de tous les continents. Il n’empêche qu’un jour, surpris par votre fidélité à cette idée de Nation, il se trouvera un quidam pour vous interpeller et vous demander avec étonnement : « … alors vous êtes nationaliste ? ».

Alors vous aurez le devoir de lui expliquer, et les encyclopédies le confirment, que le mot Nation désigne aussi des communautés humaines fidèles à un même territoire ou possédant une unité historique, linguistique, religieuse ou culturelle. Ceux-là peuvent avoir le réflexe de dresser des murs à leurs frontières, s’imaginant à tort, être différents des autres et avoir tout à redouter de leurs entreprises. Leur idée de la Nation les incite au repli sur eux-mêmes, sans rapport avec l’universalisme des Lumières, qui caractérise la Nation des citoyens… Les uns (on les baptise nationalistes) se méfient de leurs semblables, les autres veulent les connaître et partager leurs utopies.

Pourquoi cette confusion dans le sens des mots ? Pourquoi l’opprobre dont on couvre certains mots sans justifier leur mise à l’écart ? Pourquoi, si ce n’est pour nous égarer et nous amener à perdre nos repères ?
Ainsi, alors que l’on tente de nous persuader qu’il existe un citoyen européen (… qui n’existe pas !), ce mot « citoyen », qui désigne un humain conscient de ses droits et de ses devoirs, un être qui se préoccupe de la vie de la cité, une femme ou un homme politisé donc responsable, ce mot citoyen semble être tombé en désuétude dans le langage de nos politiques. Au nom d’un pouvoir démocratique dans sa forme, mais générateur d’un despotisme bienveillant (comme le prévoyait Alexis de Tocqueville), d’un despotisme sournois et liberticide, nous sommes devenus suivant les circonstances, chômeurs, salariés, privilégiés, assujettis, abonnés, bénéficiaires, contribuables, SDF, électeurs, consommateurs, et traités à chaque fois et uniquement comme tels !

Ainsi, ne rappelez pas que la souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum (article 3 de la Constitution, déjà cité), vous serez traités de « souverainiste », pour faire oublier que la Nation a largement voté contre un projet de constitution européenne en 2005 et justifier qu’on nous impose un autre projet, à nous citoyens, sans nous demander notre avis ! Ainsi, n’invoquez pas le peuple et ses attentes, le tiers-monde et ses espoirs ! Vous serez qualifiés de « populistes » ou de « tiers-mondistes », avec la petite touche de mépris condescendant que cela implique !

En 1651, dans son œuvre intitulée Leviathan, Thomas Hobbes (qui n’était pourtant pas un franc démocrate), s’attardait néanmoins longuement sur l’importance et la signification des mots : « Les humains formulent incorrectement leurs pensées à cause de la signification inconstante des mots qu’ils utilisent ». Sachons bien ce que nous voulons dire, et faire respecter, quand nous disons Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité, Démocratie… et quelques autres mots essentiels de notre vocabulaire républicain. Ne tombons pas non plus dans le piège des mots fourre-tout (réforme, modernité, …) qu’il faut juger à la lumière des mesures dont ils sont les prétextes. Au risque, si nous n’y prenons garde, d’accréditer les initiatives et interprétations de ceux qui portent atteinte à la République et à ses principes ! Cela étant dit… « Vive la Nation ! »


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Published by le Citoyen Thimèle - dans République & Nation
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