Jeudi dernier, dans le cadre de la « révision constitutionnelle », les députés ont voté à la quasi unanimité un amendement à
l'article premier de notre Constitution, précisant que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la Nation ».
Les langues régionales font évidemment partie du patrimoine de la Nation. Mais leur inscription dans la Constitution ne relève pas d’une intention de pure bonté désintéressée. Il relève d'une
stratégie visant à remettre en cause cet élément fondamental de cohésion nationale qu'est la prédominance exclusive de la langue française dans la vie publique. Si cette intrusion des langues
régionales dans la Constitution est confirmée, il s'agirait là d'un rude coup porté à l'unité de la République, déjà mise à mal par une décentralisation ratée, par les communautarismes de tout
ordre et par la déliquescence du lien social.
Les langues régionales reconnues - au nombre de 77 pour la métropole et l'outre-mer - pourront ainsi être évidemment aidées, soutenues et enseignées dans les écoles, collèges et lycées publics,
le tout au détriment du français. Mais ce n'est pas tout. De l'avis de plusieurs professeurs de droit constitutionnel, cette intrusion dans la Constitution de cet amendement pourra servir de base
légale - et ainsi mettre à mal les dernières résistances - à la ratification par la France de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. Cette Charte, signée par la France en
1998, n'avait jamais été ratifiée, Jacques Chirac ayant toujours refusé de réviser la Constitution à cet effet. Celui qui l’a succédé à l’Elysée, Nicolas Sarkozy, avait promis durant la campagne,
contrairement à Ségolène Royal et François Bayrou, de rester sur cette position raisonnable. Hélas, son silence consentant depuis jeudi ne laisse rien présager de bon.
Si cette Charte, soutenue par l'Europe de Bruxelles, est tant controversée, c'est qu'elle porte un projet de société en totale contradiction avec les valeurs républicaines hérités de la
Révolution, proclamant l'égalité absolue de tous les citoyens devant la loi, quelque soit leurs origines, et le refus de tout différentialisme ethnique et régional.
Cette Charte oblige en effet les Etats qui l'ont ratifiés à donner, pour les « minorités » considérées, le droit à utiliser leur « langue minoritaire » dans leurs relations
avec l'administration et l'Etat. En clair, elle prévoit la possibilité pour tout citoyen de présenter devant l'administration, et d'exiger d'elle, des documents rédigés dans une langue régionale
(alsacien, breton, basque, corse, etc.). On imagine aisément les dérives d'un tel système, et jusqu'à quelles folies l'ouverture d'une telle boîte de Pandore pourrait nous mener. En y adhérant,
il en sera fini de la Nation française. Il en sera fini de notre idéal républicain laïque, proclamant que, pour vivre ensemble, ce qui nous unit doit prédominer sur ce qui nous différencie… En
lieu et place, nous ne trouverons plus qu'une mosaïque de minorités, chacune parlant sa langue ou son dialecte dans son coin, en se refermant sur elle-même. De la France des citoyens, nous
passerons à la France des ethnies. De la France unie, nous passerons à une France en proie aux séparatismes.
Liban, Irak, Rwanda, etc. Le communautarisme ne fait donc apparemment pas assez de dégâts dans le monde. Certains ont décidé qu’il était temps de mettre les Français à contribution.
Est-ce donc cela la modernité ? Est-ce donc cela la liberté ? Est-ce donc cela que veulent ces prétendus députés progressistes, cherchant à en finir avec cette
« horrible » et « liberticide » République jacobine ?
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