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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 20:20

Entretien avec Michael Youlton, Coordinateur national du vote « non » au traité de Lisbonne en Irlande (CAEUC).


Le samedi 7 juin, Michael Youlton, coordinateur national du vote « non » au traité de Lisbonne, est venu spécialement d'Irlande pour participer au colloque En finir avec l'eurolibéralisme, organisé par Mémoire des luttes, Utopie critique et l'Institut d'études européennes de l'université Paris 8. Il répond ici aux questions de Mémoire des luttes sur le référendum du jeudi 12 juin.


Michael Youlton, pourquoi un référendum en Irlande, alors que les 26 autres membres de l'Union européenne, par crainte d'un rejet populaire, ont opté pour une ratification parlementaire du traité de Lisbonne ?
Croyez bien que ce n'est pas de gaieté de cœur que le gouvernement de la République d'Irlande organise cette consultation dont les 26 autres chefs d'État ou de gouvernement de l'UE ont privé leurs concitoyens. Mais il y est tenu par une disposition constitutionnelle datant de 1987. Un recours avait alors été formé devant la Cour suprême par Raymond Crotty pour s'opposer à la ratification de l'Acte unique européen par une majorité simple du Dail, le Parlement irlandais. La Cour statua que toute modification significative des traités européens nécessitait un amendement constitutionnel, donc, selon la Constitution, une consultation du peuple par référendum. C'est le cas pour le traité de Lisbonne.

Quelles sont les forces qui appellent à voter oui ?
Sur le papier, elles sont impressionnantes. On y trouve le parti au pouvoir, le Fianna Fail ; le principal parti d'opposition, le Fine Gael ; le Parti travailliste. S'y ajoutent les deux organisations patronales, les Chambres de commerce, les évêques et la quasi totalité des médias. Et bien entendu tout le gouvernement. Un récent article du Monde a qualifié les forces du « non » de rassemblement « hétéroclite ». Que dire alors des forces du « oui » ! Finalement, c'est une configuration qui rappelle celle des « ouistes » en France à l'occasion du référendum du 29 mai 2005.

Quels sont les arguments des partisans du oui ?
Le discours des partis est plus que sommaire. Les affiches du Fianna Fail disent simplement « C'est bon pour l'Irlande. C'est bon pour l'Europe. Votez oui ». L'IBEC, principale organisation patronale, exhorte à voter oui « pour les emplois, l'économie et l'avenir de l'Irlande ».
Quant aux évêques, qui se sont mobilisés plus récemment pour contrer les propos de prêtres qui, dans certaines paroisses, appelaient à voter non, ils mettent surtout en garde contre le vote-sanction contre le gouvernement : « Le référendum ne doit pas être utilisé pour émettre un vote de protestation. Il doit porter sur les valeurs. Il y a des valeurs humanistes chrétiennes dans le traité ». L'épiscopat regrette cependant qu'il n'y ait pas dans ce traité de « reconnaissance explicite de l'héritage chrétien de l'Europe »…
Sans doute instruit par l'expérience française, qui avait permis à tous les citoyens de décortiquer le traité constitutionnel européen qu'ils avaient reçu par la poste, le gouvernement a cru habile de ne pas diffuser le texte complet du traité de Lisbonne. Au motif qu'il était trop compliqué, que les citoyens ne le comprendraient pas et que cela coûterait trop cher, il s'est contenté d'en distribuer un résumé de 30 pages, rédigé par une commission prétendument « indépendante » : 15 en langue irlandaise et 15 en anglais.
Cela n'a fait qu'alimenter la suspicion et donner aux citoyens l'impression qu'on leur cachait des choses et que l'on leur réclamait simplement un chèque en blanc.

Quelles sont les forces qui appellent à voter non ?
Sur le papier, face aux puissantes organisations du « oui », elles sont très réduites, et le « non », au début de la campagne, ne recueillait que de faibles intentions de vote dans les sondages. Notre campagne pour le « non » est menée par un collectif de 14 organisations : Communist Party of Ireland, Community & Workers Action Group, Éirígí, Irish Anti-War Movement, Irish Republican Socialist Party, Irish Socialist Network, Peace & Neutrality Alliance, People Before Profit, People's Movement, Sinn Féin, Socialist Party, Socialist Workers Party, Workers Party. A l'exception du parti Sinn Fein (mais qui n'a que deux parlementaires), il s'agit de petites, voire très petites structures associatives et politiques nationales ou locales. Ces structures ont jusqu'ici maintenu une unité sans faille. Le site de notre campagne, www.sayno.ie, que je vous invite à visiter, est quotidiennement mis à jour par trois militants du CAEUC. Nos moyens financiers sont dérisoires. Notre budget prévisionnel était seulement de 10 000 euros, que nous espérons mobiliser. J'en profite pour remercier chaleureusement les participants à ce colloque, ainsi que Mémoire des luttes en tant que telle, pour leur généreuse contribution financière à notre campagne. Je remercie également Susan George qui est venue cet après-midi au colloque pour me remettre la contribution d'Attac France et la sienne propre.

Mais vous avez été rejoints par une organisation, Libertas, qui, elle, ne semble pas manquer de moyens…
Effectivement, une organisation de ce nom, animée par un multi-milliardaire, M. Richard Ganley, est apparue sur la scène du « non » il y a quelques semaines. Elle mène sa campagne sans aucun lien avec nous, et sur des thèmes qui ne sont pas les nôtres, en particulier sur le fait que, avec le traité de Lisbonne, l'Irlande n'aura pas de commissaire cinq ans sur quinze.
Libertas a publié et distribue gratuitement le traité de Lisbonne dans sa version intégrale, un véritable pied de nez au gouvernement. M. Ganley invoque des « raisons personnelles » pour son initiative, dans laquelle il a investi un demi-million d'euros. Notre attitude est simple : bien qu'il nous y ait conviés, nous ne travaillons pas avec lui, mais nous ne l'attaquons pas non plus. Ce n'est pas à nous qu'il pose un problème, mais aux « élites » irlandaises. Comme me le disait mon épouse : « He sounds yes, but he speaks no ».

Quels sont vos thèmes de campagne ?
Ils sont au nombre de six, chacun méthodiquement argumenté : la militarisation impulsée par le traité ; le travail de sape de la démocratie ; la priorité au « big business » contre le peuple ; les dangers de la Charte des droits fondamentaux ; le commerce juste ; les relations de l'UE avec les pays sous-développés ; la protection de l'environnement. Le thème de la militarisation est particulièrement sensible en Irlande, pays traditionnellement neutre et n'appartenant pas à l'OTAN. Nous rappelons constamment que ni le gouvernement précédent de Bertie Ahern (démissionnaire depuis trois semaines pour cause d'accusations de corruption) ni l'actuel, celui de Brian Cowen, n'ont été neutres par rapport aux États-Unis.
La neutralité aurait impliqué que notre territoire ne soit pas utilisé par des belligérants. Bafouant ce principe fondamental et les dispositions de la Convention de La Haye de 1907, nos « élites » politiques ont autorisé plus d'un million de soldats américains à faire escale à l'aéroport de Shannon en route pour l'Irak et l'Afghanistan, ou en revenant. Elles ont autorisé, entre autres, sans les fouiller, le transit d'avions transportant des détenus destinés à des centres de torture en Pologne, en Roumanie et en Égypte.

Vous êtes confiants dans le résultat du 12 juin ?

Tout est possible, car le nombre d'indécis est encore très important. Nous faisons une campagne de fond, pas de slogans. Quoi qu'il arrive, elle laissera son empreinte sur la société irlandaise.


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Published by le Citoyen Thimèle - dans Traité de Lisbonne
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commentaires

Instit 13/06/2008 13:44

Aujourd’hui, vendredi 13 juin 2008, nous savons donc ce qui va se passer en Europe, notamment en France.
La guerre.
La guerre entre la démocratie (= ce que veut le peuple) et l’aristocratie (= ce que veulent les élites politiques et médiatiques).
Le 13 février 2008, au Parlement européen, le député européen Francis Wurtz et d’autres députés européens de la Gauche Unitaire Européenne déposent un amendement.
Cet amendement demande que le Parlement européen « s’engage à respecter le résultat du référendum irlandais » sur le traité de Lisbonne le 12 juin.
Le 21 février 2008, les députés européens votent pour adopter ou rejeter cet amendement.
499 députés européens ont osé voter CONTRE cet amendement.
Les 46 députés européens de nationalité française qui ont osé voter CONTRE cet amendement sont :
- Centristes (MoDem et Nouveau Centre) : Beaupuy, Cornillet, Fourtou, Gibault, Griesbeck, Laperrouze, Lehideux, Morillon- UMP et Divers Droite : Audy, Daul, Descamps, Fontaine, Fouré, Gaubert, Gauzès, Grossetête, Lamassoure, Mathieu, Morin, Sudre, Toubon- Ecologistes (Les Verts) : Aubert, Bennahmias, Libietz- Parti Socialiste : Arif, Berès, Bourzai, Carlotti, Désir, Douay,Guy-Quint, Hazan, Le Foll, Lefrançois, Navarro, Neris, Patrie, Peillon, Poignant, Pribetich, Savary, Schapira, Vaugrenard, Vergnaud, Trautmann, Weber.
Aujourd’hui, ces 46 députés européens ARISTOCRATES vont devoir répondre de nouveau à cette question essentielle : est-ce que le Parlement européen « s’engage à respecter le résultat du référendum irlandais » ?
Aujourd’hui, les 27 ARISTOCRATES de la Commission européenne vont devoir répondre de nouveau à cette question essentielle : est-ce que la Commission européenne « s’engage à respecter le résultat du référendum irlandais » ?
Aujourd’hui, les ARISTOCRATES qui sont au pouvoir en France vont devoir répondre de nouveau à cette question essentielle : est-ce que les ARISTOCRATES qui sont au pouvoir en France « s’engagent à respecter le résultat du référendum irlandais » ?

Instit 12/06/2008 22:18


Un article écoeurant de cynisme : en cas de NON, le résultat du référendum irlandais sera contourné fin 2009, début 2010, à l’occasion de l’entrée de la Croatie dans l’Union Européenne. L’aristocratie européenne profitera de cette occasion pour rajouter quelques protocoles au traité d’adhésion de la Croatie. Lisez cet article insupportable de cynisme :






 




« De hauts responsables à Bruxelles préparent des plans pour s'assurer que le traité de Lisbonne sera bien appliqué ailleurs au cas où l'Irlande le rejetterait par référendum. Des mesures comme la création d'un président de l'Union européenne (UE), d'un ministre des Affaires étrangères et de services diplomatiques seront peut-être retardées, mais elles devraient malgré tout finir par être mises en place. A en croire un diplomate, un "mécanisme de soudure" serait en discussion. Si l'Irlande rejette le traité, peut-être sera-t-elle simplement retirée de la liste des signataires. Elle ne serait ainsi pas légalement contrainte d'en respecter les clauses. D'ici à la fin de 2009 ou au début de 2010, quand la Croatie entrera dans l'UE, un "traité d'adhésion" ayant valeur d'amendement sera voté par tous les membres, y compris Dublin. Il comprendrait une série de protocoles prévoyant sur le papier des "issues" aux problèmes que l'Irlande peut avoir avec l'UE, comme les pouvoirs fiscaux ou une plus grande coopération militaire. Ces textes ne seraient pas sans rappeler les clauses d'exemption dont dispose le Royaume-Uni sur la Charte des droits fondamentaux et les questions sociales dans le traité de Lisbonne actuellement ratifié à Westminster. Comme le reste de l'Europe, l'Irlande n'organise pas de référendums sur les traités d'élargissement de l'UE. Avec les nouveaux protocoles, Dublin pourrait faire passer un traité d'adhésion au Parlement irlandais sans avoir recours à une consultation du peuple. "Ce mécanisme ne serait pas plus incompréhensible ou légaliste que le traité lui-même", déclare-t-on de source officielle. "Il n'est probablement pas plus compliqué que les allées et venues qui ont été nécessaires pour transformer le Traité constitutionnel en traité de Lisbonne après son rejet par les Français et les Néerlandais. Tout est une question de temps."




Instit 11/06/2008 10:08


Le journal Le Figaro n’écrit pas le plus important de ce qu’a révélé Bernard Kouchner.
 
Le journal Le Figaro n’écrit pas l’expression la plus importante de l’interview de Bernard Kouchner.
 
Cette expression, la voici :
 
« il faut que l'Europe se développe, qu'elle aille dans le sens du traité de Lisbonne", a-t-il fait valoir, assurant que "l'espoir" à propos de ce référendum pourrait faire place à "une gigantesque incompréhension" si le " NON " l'emportait. Dans ce cas, le traité ne pourrait "théoriquement" pas être appliqué. La France, à la présidence de l'Union Européenne de juillet à décembre, devrait "continuer, s'acharner" sur les "priorités" définies dans ce cadre, et la France devrait "tenter de convaincre les Irlandais" de "remettre ce traité sur le métier", a expliqué le ministre. »
 
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/international/20080609.OBS7711/ue__bernard_kouchner_met_en_garde_les_irlandais.html
 
« Remettre ce traité sur le métier. »
 
Qu’est-ce que ça veut dire ?
 
En clair, ça veut dire qu’en cas de victoire du NON, on demandera aux Irlandais d’organiser un autre référendum, jusqu’à ce que le peuple irlandais vote OUI.
 
« Remettre ce traité sur le métier. »
Lisez cet article du Figaro, vous ne trouverez pas cette expression très importante prononcée par Bernard Kouchner :
 
« Bernard Kouchner est-il devenu le meilleur allié des « nonistes » irlandais malgré lui ? Le chef du quai d'Orsay concentrait mardi toutes les critiques de la classe politique irlandaise après ses déclarations menaçantes lundi en cas de victoire du NON au référendum qu'organise jeudi le gouvernement de Dublin sur le mini-traité européen.
 
« Les premières victimes seraient les Irlandais. Ils en ont profité [des subventions européennes, ndlr] plus que les autres », avançait Bernard Kouchner au micro de RTL lundi. « Tout le monde va le ratifier. Ce serait très, très gênant qu'on ne puisse pas compter sur les Irlandais qui, eux, ont beaucoup compté sur l'Europe. Un non provoquerait une gigantesque incompréhension », soulignait le ministre des Affaires étrangères. « C'est pas en étant seul qu'on va faire face. Au contraire les Irlandais se pénaliseraient. Pour développer leurs industries florissantes depuis qu'ils sont au cœur de l'Europe, il faut que l'Europe se développe», concluait-il.
 
Un avertissement qui a franchement déplu à Dublin, alors que les derniers sondages donnent le « OUI » et le « NON » au coude à coude. « Les propos de Bernard Kouchner sont contre-productifs. Il aurait dû se mêler de ses propres affaires. En Irlande, nous avons prouvé que nous savons prendre nos décisions tout seuls », a vitupéré Mary Harney, ministre de la Santé, sur les ondes de RTE.
 
« Les déclarations de M. Kouchner sont mesquines et arrogantes », a renchéri Shane Ross un député indépendant de l'Assemblée nationale irlandaise et un (rare) opposant parlementaire au traité, qui participait lundi soir au dernier débat télévisuel. « S'il nous annonce que nous allons être punis alors que rien n'est décidé, qu'y a-t-il en réserve pour nous lorsque les Français assumeront la présidence de l'Europe le 1er juillet ? » a-t-il poursuivi.
 
Les autres partisans du « NON » à cet ultime face-à-face télévisuel ont constamment accusé la France de conspirer pour obtenir une harmonisation des impôts sur les sociétés en Europe. Une réforme qui mettrait fin au très faible régime de taxations en vigueur en Irlande, qui a permis de rendre l'île si attractive aux investisseurs, et qui a nourri la vigueur du « Tigre Celtique ».
 
La sortie de Bernard Kouchner clôt une campagne que le gouvernement irlandais avait voulu libre de toute pression et apport extérieurs. Dublin s'était bien gardé de demander à ses voisins européens de l'aider à promouvoir le « OUI ». Seules figures européennes à avoir été autorisées à promouvoir le traité, José Manuel Barroso , président de la Commission Européenne et la chancelière allemande Angela Merkel, qui a tenu une conférence dans la capitale irlandaise en avril.
 
Sur le web, on trouvaient plusieurs commentaires d'électeurs courroucés, qui se disaient déterminés (ou du moins confirmés dans leur décision) à voter non après l' « intervention » de Bernard Kouchner. « Je dois admettre que les propos du type français m'ennuient vraiment, j'étais hésitant avant mais maintenant c'est NON », proclame Petey sur le site de l'Irish Independent. « Tout ce que nous voyons maintenant ce sont des tactiques d'intimidation, désolé cher ministre, je ne cède pas aux petites brutes, pour ça je voterai NON », embraye Jeff Rudd.
 
Les propos de Bernard Kouchner arrivent dans un climat très tendu. Un sondage publié vendredi a provoqué un vent de panique en Irlande et dans le reste de l'Union européenne, en donnant pour la première fois le « NON » en tête, 35 % contre 30 % au « OUI ». Un ultime sondage publié dimanche donnait une courte avance au « OUI », mais le grand nombre d'indécis, un Irlandais sur cinq, et la volatilité de l'électorat rendent tout pronostic hasardeux. Signe d'une nervosité croissante du gouvernement irlandais, les trois principaux partis politiques irlandais s'étaient assis autour de la même table lundi pour plaider ensemble en faveur du « OUI ». L'Irlande, par sa constitution, est le seul pays de l'UE obligé d'approuver le traité par un référendum.
 
http://www.lefigaro.fr/international/2008/06/10/01003-20080610ARTFIG00612-referendum-quand-kouchner-agace-les-irlandais.php