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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 22:00

Le renversement de l'UMP-PS, parti unique de la résignation, est chaque jour davantage à l'ordre du jour des républicains. Mais pour réussir dans cette entreprise, les opposants devraient commencer par accomplir le rassemblement des sensibilités susceptibles de composer une force politique idoine. Si la chose n'est pas encore faite, c'est qu'elle présente en effet des difficultés. Par cet article, en tant que républicains, nous souhaitons relancer le débat avec les citoyens du courant souverainiste.


Une condition indispensable à une percée dans le débat politique sera satisfaite lorsqu'auront réussi à se rassembler des représentants sérieux des sensibilités républicaines, ouvriéristes, écologistes et gaullistes-souverainistes afin que soit synthétisé un ensemble complet de problématiques de fond actuellement en dissidences avec la pensée unique qui accompagne la globalisation et se soumet à elle.
En tant que derniers gaullistes fidèles à l'esprit des politiques de Charles de Gaulle, les souverainistes font partie des «dissidents» avec lesquels il faudrait réussir à s'entendre. Néanmoins ils campent sur une position par laquelle ils rendent tout vrai rapprochement avec les républicains quasiment impossible.

Deux positions, deux arguments
L'argument central qui fonde le positionnement souverainiste est le suivant : les Français devraient dans un premier temps reconquérir leur indépendance et ne pas se disperser en entrant dans les détails de politiques diverses, car cela ne conduirait qu'à les diviser. Ce n'est que lorsque notre indépendance serait retrouvée, que nous pourrions élargir notre débat à ces autres politiques, car les Français pourraient alors choisir en toute liberté.
La réponse des républicains : nous considérons aussi que la souveraineté est une condition nécessaire à toute politique. Ni «délire d'autarcie», ni «délire de toute puissance», comme les caricatures usuelles le voudraient, elle est l'indépendance, la liberté de décision d'une nation qui veut et se doit d'agir et d'être responsable de son avenir (en coopération avec les Etats qui partagent ses valeurs, pour les questions qui relèvent des relations internationales). Sans souveraineté, c'est-à-dire sans indépendance, il n'y a pas de démocratie. Mais si la souveraineté est une condition nécessaire de la politique de la France, elle n'est pas une condition suffisante. Les citoyens français demandent à savoir pour quoi, pour quelles politiques, pour quels buts, ils devront consentir des efforts.

Un encrage historique
Si notre pays était occupé militairement, si les résistants étaient pourchassés et assassinés, on pourrait imaginer que dans ce cas en effet, la reconquête de la souveraineté pourrait servir de base à elle seule au rassemblement des différentes formations de la résistance. Or, cette situation a déjà existé et les choix qui furent arrêtés sont clairs et sans appels. L'expérience historique nous éclaire.
En effet, l'histoire nous apprend que les résistants de 1940-1945 n'ont pas pu se contenter de réclamer la seule indépendance de la France, bien au contraire, ils ont dû s'avancer plus, ils ont dû préparer les politiques qui seraient mises en œuvre le jour de l'indépendance retrouvée, les citoyens ont demandé à connaître les «buts de guerre» politiques de leur résistance. Précisément, ils ont rédigé le programme du Conseil national de la résistance. Ce texte transposé est devenu le Préambule de la constitution de la IVème République, il occupe plus que jamais cette même place dans la Vème. Il définit toujours, et pour un nombre certain de générations à venir le contour de l'Etat républicain -- n'en doutons pas une seconde, quoi qu'en pensent les sarkozystes. L'Etat républicain n'est pas seulement l'Etat régalien, il est prolongé par l'Etat social, l'Etat dans lequel la solidarité, sa mise en œuvre, la mise en place de ses conditions, sont une mission sacrée du gouvernement, une ambition inaliénable, au final, une nouvelle espèce de mission régalienne.

De Gaulle, suspecté d'aspirer à la dictature
L'histoire de cet avènement est d'ailleurs d'un intérêt de toute première importance, car jusqu'au début de 1942 de Gaulle a campé sur des positions que l'on pourrait qualifier aujourd'hui de souverainistes : tout faire pour libérer la France et en dire le moins possible pour tout ce qui relevait de la politique, car cela faisait courir, croyait-on, le risque de la division, comme dans l'avant-guerre. Mais jusqu'au début 1942, la Résistance intérieure et celle de Londres, la France Libre, s'ignoraient largement, ce qui affaiblissait les deux parties. Pire, une partie de la Résistance intérieure suspectait de Gaulle d'aspirer à la dictature, de chercher à devenir un Franco à la française. Il était devenu plus qu'évident que ces suspicions nuisaient à la libération de la France elle-même et que la posture minimaliste consistant à ne parler que de la libération du territoire national était devenue contre-productive. Il a impérativement fallu a de Gaulle dépasser les politicailleries qui divisent et la stratégie d'évitement.
De Gaulle a alors rédigé, en mars-avril 1942, la Déclaration aux mouvements de résistance en menant de nombreuses discussions avec des résistants venus de France, notamment Christian Pineau qui ramènera le document en France. Ce texte capital est peu connu, mais d'une importance prodigieuse, il jalonne le chemin qui mène au Programme du CNR, il faut le lire attentivement, chaque mot, chaque virgule sont pesés. De Gaulle n'a ni cédé aux politicailleries, ni à l'évitement des questions politiques, il est entré au cœur du sujet, de pieds en cap. Il a fait de la politique telle que la France républicaine le demandait, tels que les Français le réclamaient.

La situation actuelle, dans ce qu'elle a de différent, ne se distingue pas de celle d'alors pour ce qui est de l'exigence politique que nous avons à satisfaire. D'autant que les Français d'aujourd'hui, tout égarés qu'ils soient, sont encore plus regardants quand au respect de l'Etat républicain qu'ils ne l'étaient alors, parce qu'il en ont connu les vertus.
Citoyens souverainistes, nous ne pouvons faire l'économie de déclarer clairement nos intentions politiques pour l'après-libération de l'UMP-PS si nous voulons vraiment les vaincre un jour prochain. Imaginer réussir là où de Gaulle lui-même a infléchi sa trajectoire, ce serait vouloir être «plus royaliste que le roi», c'est-à-dire «plus gaulliste que de Gaulle», orgueil dont nous ne saurions vous imaginer victimes.

Nous réussirons !

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Combat Républicain
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