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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 22:00

Par Daniel Ducarme, ministre d’État belge, député de Bruxelles


Près de la moitié des Wallons 49 % sont favorables à une association avec la France. 60 % de Français sont ouverts au rattachement francophone belge. Ces chiffres d’un sondage Ipsos claquent comme un coup de tonnerre estival. C’est une tendance lourde dans l’opinion. Elle oblige à la réponse politique.

Personne se sait exactement de quoi demain sera fait. Mais une certitude s’impose : rien ne sera plus comme avant.

L’opinion francophone vient en boomerang aux excès flamands. Une année s’est écoulée depuis les dernières élections fédérales belges. Au Parlement, la Flandre a usé de la loi du nombre contre les francophones. Refusant la nomination de maires démocratiquement élus, elle bafoue les règles du droit électoral. Les exigences linguistiques en périphérie bruxelloise sont des intransigeances sectaires. Dans tous les dossiers, la Flandre jette aux orties la « loyauté fédérale ». Les francophones prennent acte du rejet flamand. Ils refusent de se laisser gifler plus encore. Avec sérénité, ils décident de dépasser les interdits, les a priori, les tabous. Décomplexés, ils relèvent le gant pour prendre leur destin à bras le cœur.

Une page est tournée. La feuille blanche est à écrire. Quatre devoirs attendent les francophones de Belgique : la clarté, la solidarité, l’effort, l’anticipation.

La clarté est un impératif pour affirmer notre identité, en utilisant les mots justes. Prénom : Belgique. Nous sommes de Belgique comme d’autres sont de Normandie, d’Avignon, de Picardie, de Provence, de Bretagne ou de Polynésie.

Nom : française. Mieux que d’expression francophone, nous sommes de culture française, avec nos valeurs, la primauté du droit des personnes, une certaine idée du rôle et des missions de l’État. Nous sommes la Belgique française, que ce soit dans une confédération « à la belge », en entité institutionnelle indépendante ou en association avec la France.

La solidarité est un devoir pour tous les francophones de Belgique. Elle concerne les Wallons et les Bruxellois, a fortiori les francophones de la périphérie bruxelloise. L’identité de Belgique française vaut pour tous les francophones. Peu importe les oukases flamands, l’absolue fermeté est nécessaire. C’est un choix éthique, avec le grand Bruxelles en métropole.

Avec dynamisme collectif et responsabilité individuelle, l’effort s’impose pour assumer les politiques à mettre en œuvre ; tant pour l’économie, la solidarité sociale, l’enseignement et la culture que les dépenses publiques, la justice ou l’ordre public. La liberté vient toujours en lettres d’efforts. L’émancipation a ses parts de joies et de contraintes, de plaisirs et de douleurs. Une loi organique instituant la Belgique française ne suffira pas. Des réformes radicales sont incontournables pour conduire une politique réformatrice.

Le devoir d’anticipation est le plus délicat. L’accueil des Français est de plus en plus ouvert. Il accrédite le partage d’une citoyenneté commune dans l’espace de francophonie internationale. Il vient en prolongement d’une vie quotidienne déjà bien semblable, avec un même organisme bancaire pour les villes et les communes, un même outil industriel de politique énergétique, un même espace audiovisuel, des enseignes commerciales aux mêmes couleurs…

Nous savons que la construction européenne se poursuivra avec un rôle renouvelé et renforcé des grandes nations. Les grands pays fixeront la place de l’Europe dans la mondialisation. J’ai la conviction que la Belgique française doit anticiper son avenir, celui de ses jeunes générations, en association avec la France. Je souhaite ardemment que la Belgique française aille au bout de sa logique. Il serait bien que la France nous reste attentive et que la Belgique française prenne la voie la plus directe en évitant les chemins sans issue. Et à l’intelligence populaire de faire les choix. Par voie référendaire.

Le Figaro

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Published by le Citoyen Thimèle - dans La France dans le monde
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commentaires

Torsade de Pointes 15/08/2008 21:41

Très intéressant monsieur BA, mais tout cela n’a rien à voir avec le sujet du billet, qui est la situation belge. Or il n’était pas trop tôt que le citoyen Thimèle consacrât enfin un billet sur ce thème, qui est d’une importance capitale et d’une portée considérable. En effet, il n’est pas impossible que la République française un jour proche augmente son territoire de 17.000 km2 et sa population de 4 millions d’individus. En même temps qu’une cuisante défaite pour l’Europe-Brussels, ce serait un triomphe pour l’idée de nation, pas seulement de «grandes nations», comme dans le commentaire précédent, mais aussi de petites nations, telle la Flandre, dont il est impensable qu’ayant de haute lutte arraché son indépendance elle se satisfasse ensuite du statut croupion de province européenne. Il y a deux constructions bancales dont on pourrait assister prochainement à la dislocation: la Belgium (ainsi qu’on l’appelle de plus en plus souvent) et la European Union (même remarque).

BA 14/08/2008 15:27

Un article d’une très grande importance, dans Marianne.fr du 14 août :
 
Le Figaro se faisait ce 13 août dithyrambique pour saluer l'action de Nicolas Sarkozy dans la résolution du conflit ossoto-géorgien en titrant « Sarkozy obtient un accord entre Russes et Géorgiens ». L'article de compte rendu du Figaro saluait même « une opération de sauvetage diplomatique dont il a le secret » ! La phrase a néanmoins été supprimée de l'édition internet, ce qui peut se comprendre tant l'apport concret du président français dans l'avancée des négociations reste mystérieuse.
Les images diffusées de la conférence de presse avec le président Medvedev étaient claires. Quand Sarkozy insistait sur la souveraineté de la Géorgie, Medvedev en appelait à l'auto-détermination des républiques séparatistes, faisant explicitement référence au précédent du Kossovo.
 
A Tbilissi, Saakachvili tenait à ôter du texte de l'accord toute ambiguïté quant à l'intégrité territoriale de la Géorgie. La négociation du plan de paix n'a donc pas fait avancer d'un iota le dossier sur le plan politique. Le conflit territorial reste donc entier, aussi compliqué et aussi insoluble qu'il y a 15 ans lors de sa première manifestation.
Sarkozy a-t-il donc au moins obtenu un cessez le feu, comme on serait tenté de le croire à la lecture des titres des journaux ? Pas davantage.
Medevdev a annoncé dès lundi après midi la fin « des opérations visant à contraindre la Géorgie à la Paix ». Les russes n'étaient en tout état de cause pas en état de négocier quoi que ce soit. Leur suprématie militaire était telle qu'ils ne pouvaient pas ne pas aller jusqu'au bout de leur contre-offensive pour mettre à genou leur turbulent voisin et le priver de tout moyen de négocier.
Moscou n'a rien concédé, ni rien obtenu. Tbilissi non plus. Pas plus que la communauté internationale, qui semble définitivement dessaisie de ce conflit territorial. Alors, quel était donc l'objet de cette mise en scène ?
Pour la Russie, l'intérêt est évident. Il s'agissait d'adoucir l'image de l'ours russe en colère qui piétine un caniche un peu trop pénible. En faisant mine de s'asseoir à une table de négociation – même si c'est pour ne rien négocier du tout – la Russie s'achète une conduite en apparaissant comme une nation, sûre de sa puissance ( terrifiante ajouteraient certains ) mais raisonnable.
Mais pourquoi choisir Sarkozy, plutôt que Javier Solana, qui est pourtant officiellement « le chef de la diplomatie européenne » et à qui Medvedev avait réservé la primeur de son annonce de fin des hostilités ? Pourquoi le président du conseil européen plutôt que l'ambassadeur de l'OSCE ou tout autre émissaire envoyé par un pays amis ou neutre, ukrainien, allemand ou arménien ?
Certains mauvais esprit contaminés par l'anti-Sarkozysme ambiant n'hésiteraient pas à affirmer que Sarkozy n'a pas pu résister à l'appel des caméras et qu'il a fait des pieds et des mains pour être sur la photo au moment du cessez le feu. Ça fait toujours bien sur un CV… Il avait pourtant plus à perdre qu'à y gagner. Il risquait de se fâcher avec son ami Georges Bush qui lui a formellement déconseillé de se rendre à Moscou, comme de perdre la face, si d'aventure la Russie, emmenée par ses ultras, décidait de pousser l'offensive jusqu'à Tbillissi pour se débarrasser du « criminel de guerre » géorgien.
 L'hypothèse qui vient alors à l'esprit, est que le Kremlin a fait une fleur à Sarkozy en lui offrant sur un plateau, une belle « victoire diplomatique » : un geste lourd de signification géopolitique. En choisissant le président du conseil européen plutôt que le ministre des affaires étrangères, la Russie privilégie ainsi l'Europe des nations, celle qui a eu son heure de gloire en 2003 avec l'axe Poutine – Schröder – Chirac au moment de la guerre d'Irak, plutôt que l'Europe communautaire avec laquelle elle n'a jamais réussi à s'entendre pour faire quoique ce soit.
En invitant le plus américanophile des chefs d'Etat à conclure avec elle un accord, contre l'avis du maître de la Maison Blanche, la Russie renvoie un peu plus les Etats-Unis de l'autre coté de l'Atlantique, laissant Bush et Condoleeza Rice se ridiculiser en parlant dans le vide sans que personne ne prenne attention à leurs menaces.
En choisissant Sarkozy, connu pour son goût du rapport de force, son franc-parler (et ses mauvaises manières), la Russie favorise l'émergence d'une diplomatie de la puissance, entre grandes nations, et entre « grandes gueules ». Cet accord ouvre en fait la voie à une résolution du conflit territoriale « à la Kossovarde », avec une reconnaissance des nouveaux États par seulement quelques grands pays européens, sans procédure internationale.
En optant pour l'union européenne, la Russie humilie « les atlantistes de la baltique » (Pologne, Lituanie, Lettonie, Estonie) réduits à manifester piteusement leur soutien à Saakachvili en défilant sur une tribune lors d'un meeting de soutien. La Russie leur rappelle que leur rêve occidental d'Europe et d'Otan n'est pas ce qu'ils croyaient.
Cette guerre et sa conclusion diplomatique risquent de changer profondément la donne géopolitique en Europe. Le mythe de la politique « occidentaliste » poussée par les américains avec l'aide de quelques satellites d'Europe orientale qui recherchait un « containment » de la Russie, s'est évanoui avec l'absence totale de soutien dont la Géorgie a pu bénéficier de la part de ses prétendus alliés « occidentaux ».
Le mirage de l'Europe politique à 27 s'est dissipé par la même occasion, car c'est bien le Président de la République française qui négociait à Moscou, pas le Président de l'Europe. Imaginait-on la Russie négocier avec le Président lituanien ?
Les nations européennes se sont d'un coup libérées des tutelles américaines et bruxelloises, comme des institutions internationales multilatérales et des jeux d'alliance classiques, ouvrant ainsi une nouvelle ère de la diplomatie : la diplomatie des « grandes nations ».
 
http://www.marianne2.fr/Medvedev-offre-une-victoire-diplomatique-au-president-de-l-Europe-_a90245.html
 

BA 13/08/2008 10:26

Le 28 juillet 2008, l'Union Européenne s'est divisée lors des négociations de l'OMC. A l'intérieur de l'Union Européenne, des camps inconciliables sont apparus :
 
http://www.lesechos.fr/info/inter/300283207-omc-nouvel-echec-des-negociations.htm
 
Le 13 août 2008, l'Union Européenne se divise encore une fois. Cette fois-ci, les divisions apparaissent lors d'une affaire de politique étrangère. L'Union Européenne se divise à propos de la guerre en Ossétie du Sud.
 
Décidément, l'Union Européenne est incapable d'exister. Il ne peut y avoir d'Union Européenne. Il ne peut y avoir de position commune aux 27 pays membres. L'Union Européenne est vouée à l'éclatement.
 
Voici un article du Monde.fr :
 
Les Européens partagés entre fermeté et modération envers Moscou.
 
Les ministres européens des affaires étrangères se réuniront, mercredi 13 août, à Bruxelles pour tenter de trouver une position commune face à la crise en Géorgie. Les Vingt-Sept devront, une fois de plus, surmonter leurs divisions sur la nature de leurs relations avec Moscou.
 
Plusieurs pays de l'Union européenne (UE), notamment ceux qui ont subi la domination soviétique, appellent à la fermeté, tandis que d'autres sont partisans d'une attitude plus modérée.
 
La Commission européenne s'est placée dans le camp des premiers en affirmant, lundi, que "la Russie doit cesser immédiatement toutes ses actions militaires sur le territoire de la Géorgie" et que "le franchissement de la frontière de la Géorgie par des troupes russes a changé la dimension du conflit". L'exécutif européen considère que l'Ossétie du Sud fait partie du territoire de la Géorgie et que les troupes russes, en engageant des opérations militaires dans une région où elles sont censées assurer la paix, ont trahi leur mission.
 
Les Etats les plus intransigeants à l'égard de la Russie sont la Pologne et les Etats baltes, ainsi que la Suède. Le ministre suédois des affaires étrangères, Carl Bildt, qui préside le Comité des ministres du Conseil de l'Europe, s'est rendu lundi en Géorgie. Avant son départ, il a condamné "l'opération militaire" russe, jugeant injustifiées les raisons avancées par Moscou.
 
La Pologne est depuis toujours un ferme allié de la Géorgie comme de l'Ukraine. Elle juge primordiale l'indépendance de ces deux pays ainsi que leur appartenance aux structures européennes et euro-atlantique pour stopper Moscou dans sa tentative de reconquête de son ancienne zone d'influence. La Géorgie est également importante pour l'approvisionnement polonais en énergie. "Nous défendons un Etat souverain et indépendant, nous défendons la population civile, mais nous défendons aussi notre sécurité nationale, a déclaré dimanche Wladyslaw Stasiak, chef du Bureau de la sécurité nationale de la présidence polonaise. Il n'y a pas de sécurité d'approvisionnement en énergie ni de notre pays ni de l'Europe sans la Géorgie".
 
D'autres Etats membres plaident pour une position européenne "équilibrée et unie", selon l'expression du ministre italien des affaires étrangères, Franco Frattini. Dans le quotidien La Stampa, M. Frattini affirme qu'il serait "négatif" pour l'Europe que se forme "une sorte de coalition contre la Russie".
 
En Allemagne, la chancelière Angela Merkel, comme son ministre des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, veulent éviter de faire peser sur l'une ou l'autre partie la responsabilité du conflit. Ils demandent un cessez-le-feu "immédiat et sans conditions". Lors d'un entretien téléphonique avec Nicolas Sarkozy, lundi, Mme Merkel a insisté sur le respect de l'intégrité territoriale de la Géorgie et réclamé la fin des attaques russes. Elle a fait savoir qu'elle soutenait les efforts du président français en faveur d'une solution politique.
 
La chancelière doit rencontrer le président russe, Dmitri Medvedev, vendredi 15 août à Sotchi. La partie s'annonce délicate : l'Allemagne, qui dépend de la Russie pour sa sécurité énergétique, entend ménager ce pays qu'elle considère comme un partenaire stratégique. De son côté, le chef de la diplomatie allemande, qui a multiplié ces derniers mois les efforts de médiation dans la région, est parvenu, dimanche, à établir un contact direct entre Tbilissi et Moscou.
 
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/08/12/les-europeens-partages-entre-fermete-et-moderation-envers-moscou_1082637_3214.html

BA 09/08/2008 10:10

Le Nouvel Observateur, jeudi 7 août 2008, page 48.
 
Des dizaines de millions de paysans quittent la campagne chinoise : ils migrent pour se faire embaucher dans les usines. Ils dorment toutes les nuits dans les dortoirs de l’usine. Ils sont traités comme de véritables esclaves. L’envoyé spécial Bruno Birolli a écrit un reportage sur une usine d’assemblage de produits électroniques en Chine. Cette usine s’appelle Foxconn. Elle est interdite aux journalistes.
 
« En l’absence de syndicats et de mouvements revendicatifs, les salaires de ces mingong ( = migrants ) n’ont quasiment pas progressé en quinze ans. D’où pour Foxconn des marges exceptionnelles à faire pâlir ses concurrents et à faire jubiler la Bourse, de l’ordre de 25 à 30 %.
 
Et la main d’œuvre ? Depuis deux ans, Jin est ouvrière chez Foxconn. Cette jeune fille d’une grande gentillesse a plutôt l’air paumé. C’est dimanche, et elle rend visite à une amie qui tient un stand de lingerie au sous-sol d’un centre commercial. Jin a décidé de démissionner en janvier prochain. « Le travail n’a aucun intérêt ici, il est très répétitif. »
 
Pour 84 euros par mois, elle monte des processeurs d’ordinateur. Elle arrive à gagner 100 euros par mois si elle travaille dix heures par jour.
 
« Les chefs sont très stricts. Nous n’avons droit qu’à dix minutes pour aller aux toilettes. » La nourriture servie dans les réfectoires est quelconque. Elle se plaint des conditions de vie dans les dortoirs. « Il y a des chambres de quatre, et il y a d’autres chambres où on est entassés à vingt dans des lits superposés. »
 
Outre la promiscuité et l’absence d’intimité, elle se plaint des vols. Les téléphones portables ou l’argent oubliés dans les poches des vêtements disparaissent. Consciente qu’il n’y a aucune chance de promotion parce qu’elle est une fille, Jin a économisé sou par sou pour se payer une formation de vendeuse afin d’atteindre son rêve, celui de toute Chinoise qui veut s’émanciper : ouvrir une boutique et devenir commerçante.
 
Jin peut partir. La relève est déjà prête. Elles sont quatre marchant la main dans la main avec leur polo rouge. Elles ont toutes 18 ans et viennent de quatre provinces différentes ; il y a un mois, elles ne se connaissaient pas. Elles sont devenues copines à Foxconn. Combien de temps comptent-elles rester ici ? « Le moins possible », répond directement la plus audacieuse.