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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 23:06


Par Fabrice Letailleur


Devant un aréopage de militants de l’UMP et de plusieurs de ses ministres, Nicolas Sarkozy a tenté lors d’un meeting à Toulon de faire passer un message aux Français, qui pourrait être le suivant : « Ne vous inquiétez pas je suis là pour vous protéger contre le capitalisme déréglementé et ses excès ».

Pour annoncer juste après, comme un aveu d’impuissance, que cette crise financière aura des conséquences sur la croissance, le pouvoir d’achat et le chômage.

Nous devons réformer le capitalisme et en maîtriser les errements. C’est de cette manière qu’il a tenté de se dédouaner sur les banques, les régulateurs, les spéculateurs, pour tenter de nous expliquer qu’il n’était pour rien dans la détérioration de l’économie mondiale et qu’il fallait avoir confiance en l’avenir.

Nicolas Sarkozy a demandé à ce que les coupables soient sanctionnés, mais les coupables ne sont-ils pas les Gouvernements donc les politiques qui ont laissé faire un système financier sans garde fou déstabiliser l’économie mondiale ?

Il est facile de chercher des boucs émissaires, alors que les politiques ont facilité les échanges mondiaux en dérégulant massivement, et en cela, ont permis aux multinationales de réguler à leur façon nos économies.

Le système bancaire américain serait en quelque sorte le seul responsable de cette crise, alors qu’il n’a jamais cessé de vanter le système libéral américain, seul moyen pour lui de créer des richesses, en prônant l’initiative individuelle.

Le seul problème, c’est que Nicolas Sarkozy est allé beaucoup trop loin dans son soutien à l’économie libérale et à son bras séculier la finance internationale, pour que nous puissions apporter un quelconque crédit à ce discours de circonstance.

En réalité, sa politique de rupture n’a fait que renforcer la destruction de notre secteur public et de notre appareil productif, dans tous ces aspects. Le désengagement de l’Etat est réaffirmé.

Lors sa campagne électorale, Nicolas Sarkozy appelait à libérer les énergies, récompenser la France du travail contre celle qui reste chez elle. Avec Nicolas Sarkozy tout allait devenir possible. Le résultat est pitoyable en 18 mois de présidence.

Au lieu de soutenir la demande, il a opté pour une politique de l’offre, en baissant les impôts pour les plus aisés avec le bouclier fiscal, alors que notre pays connaissait déjà un déficit public abyssal.

Cette mesure n’a nullement relancé notre économie, mais bien au contraire, a accentué les inégalités tout en permettant aux riches de continuer à épargner davantage, au lieu d’investir dans notre appareil productif.

Il aurait fallu engager une politique de relance par l’investissement publique pour relancer l’activité. Tout le contraire a été fait, ce qui a réduit à néant toute marge de manœuvre de l’Etat pour offrir des perspectives de développement et de croissance à notre appareil productif.

Ne nous méprenons pas, le discours quelque peu gauchisant de Sarkozy ne doit pas faire illusion. Comme tout homme politique, il essaye de s’adapter à la conjoncture présente et tente de faire croire, qu’il pourrait avoir changé sa vision de la société.

Il a déclaré que l’Etat garantirait les avoirs déposés par nos concitoyens dans les banques françaises. Cette protection existe déjà et n’est nullement une initiative nouvelle. Pense-t-il avec cette information qui n’en est pas une rassurer pour autant, les épargnants, les consommateurs et les salariés que nous sommes ?

Il a même appelé à réformer le capitalisme, rien que cela. Il faut dire qu’il avait aussi déclaré il y a, quelques mois, qu’il irait chercher la croissance avec les dents.

L’on voit où mène les slogans, la plupart du temps, dans l’impasse. Ce qu’il n’a pas dit par contre, c’est que la France des propriétaires qu’il appelait encore une fois de ses vœux dans ces nombreuses interventions démagogiques, allait connaître les mois prochains des jours difficiles, avec la baisse de l’immobilier.

Cette chute de l’immobilier est en partie causée par le resserrement du crédit et de l’augmentation inéluctable des taux d’intérêt, du fait de la grave crise financière qui touche l’ensemble du secteur bancaire international.

Quant au logement social, la Confédération Nationale du Logement (CNL) a fustigé la loi que va présenter Christine Boutin le 14 octobre 2008 au Sénat, en annonçant que celle-ci allait aggraver de manière brutale la situation des organismes HLM d’une part mais aussi et surtout celles des familles.

Ce qu’il n’a pas dit encore, c’est que l’absence de croissance entrainerait une diminution des investissements, donc de la création d’emplois nouveaux, car dans les faits, nous sommes rentrés en récession.

Il s’annonce pour les mois à venir, des plans de licenciements dans tous les secteurs de notre économie avec son lot d’exclusion et d’augmentation de la misère.

En au deuxième trimestre 2008, 35 000 postes de travail ont disparu dans le secteur marchand, soit un recul de 0,2 %, selon le régime d’assurance-chômage. Le chiffre est quasi similaire pour l’Insee avec 0,1 % de baisse.

Les derniers chiffres du chômage sont là pour l’attester. Il a été annoncé par le secrétaire à l’emploi, Laurent Wauquiez, entre 30 à 40 000 suppressions d’emploi en août 2008, ce qui serait le plus mauvais chiffre mensuel depuis 1993.

Malheureusement la mise en place du RSA ne suffira pas à réduire les poches de pauvreté, car bon nombre d’économistes pensent que ce système généreux en soi, risque de voir se développer des emplois précaires, comme dans les pays anglo-saxons.

Revenons à la crise du système financier. Nicolas Sarkozy a demandé à une réforme du contrôle des banques et un renforcement de la réglementation et des règles prudentielles devant conduire à une meilleure maitrise des liquidités déposées par les clients dans le système bancaire.

Or, il existe déjà aujourd’hui une réglementation stricte (ratio cooke, Bâle I et Bâle II), dont il est intéressant d’en rappeler ci-dessous les objectifs :

Les normes Bâle II (le Nouvel Accord de Bâle) constituent un dispositif prudentiel destiné à mieux appréhender les risques bancaires et principalement le risque de crédit ou de contrepartie et les exigences en fonds propres. Ces directives ont été préparées depuis 1988 par le Comité de Bâle, sous l’égide de la « banque centrale des banques centrales » : la Banque des Règlements Internationaux et ont abouti à la publication de la Directive CRD.

Les normes de Bâle II devraient remplacer les normes mises en place par Bâle I en 1988 et visent notamment à la mise en place du ratio McDonough destiné à remplacer le ratio Cooke.

Suivant le même canevas, de nouvelles normes Solvabilité II sont en cours de discussion pour les sociétés d’assurances et de réassurance. Toutes ces règles prudentielles n’ont en aucune façon empêchées le krach financier le plus grave depuis 1929.

Le plus étonnant, c’est qu’aucune allusion n’a été faite par Nicolas Sarkozy sur des mesures qui pourraient prises au niveau européen, pour faire face à cette crise mondiale. Il est impératif que l’Europe se dote de règles communes pour protéger ses intérêts et impose une réforme du système bancaire avec un régulateur commun aux 27 pays membres.

Aucun responsable politique à l’échelle mondiale, n’ose remettre en cause aujourd’hui les paradis fiscaux, qui sont la résultante d’un système capitaliste dévoyé sans éthique et sans morale, même si Nicolas Sarkozy l’a évoqué lors de son discours à Toulon.

Si nous n’interdisons pas les paradis fiscaux, où l’on y retrouve au travers de sociétés écran, les états, les banques et la mafia internationale, rien n’empêchera le capitalisme de causer les ravages dans l’économie réelle, tout cela pour un gain à court terme au profit de financiers véreux, loin de servir l’intérêt général.

Si nous ne mettons pas en place une gouvernance mondiale avec des objectifs précis, donnant aux intervenants financiers une mission devant servir l’intérêt général au lieu de servir en priorité les intérêts particuliers, nous continuerons à connaître des crises comme celle qui nous vivons. Comme par hasard, nous n’entendons plus dans la classe politique la mise en place de fonds pension à la française qui auraient dû d’après certains économistes libéraux, sauvegarder notre système de retraite. Et pour cause, avec la crise actuelle, il faut mieux ne pas relancer le débat.

Si cette crise n’avait pas révélé au grand jour la dérive du système capitaliste, bon nombre de nos concitoyens seraient aujourd’hui dans une situation de plus grande fragilité.

Après nous avoir présenté cette crise financière, comme ayant directement des conséquences sur l’économie réelle, il a osé réaffirmer qu’il fallait continuer ses réformes libérales.

Il a confirmé qu’il continuerait à réduire le nombre de fonctionnaires, à diminuer notre protection sociale (ex : franchises médicales), déréglementer le marché du travail, autant de décisions, qui risquent d’aggraver plus encore la condition de vie des salariés et des retraités de ce pays.

Il veut imposer la privatisation de la Poste. Il veut réformer l’hôpital en voulant imposer des normes de gestion comme dans le privé, dont l’issue aura pour conséquence de désorganiser en profondeur notre système de santé.

La dernière trouvaille, qu’il a mis en avant, c’est de diminuer le nombre d’échelons territoriaux. Cette réforme n’est pas sans arrière pensée politique, car c’est une façon de réduire sensiblement l’influence de la Gauche qui contrôle majoritairement ces instances intermédiaires de notre organisation démocratique à l’échelon locale.

Pour autant, la gauche n’est pas exempte de responsabilité dans la crise actuelle. Il suffit de rappeler que nous avons dans deux institutions internationales des socialistes français (Dominique Strauss Kahn au FMI et Pascal LAMY directeur de l’OMC).

Qu’ont-ils fait pour combattre la dérive dangereuse du capitalisme financier, dont beaucoup de nos concitoyens, même néophytes, avaient pressenti les événements actuels ?

La Gauche devrait réaffirmer avec force ses valeurs de gauche, au lieu de se chercher un leader social démocrate ou pas.

Ce dont nous avons besoin c’est une politique d’alternance au sarkozysme. Mais aujourd’hui, la gauche n’offre à ce jour aucune perspective permettant d’espérer en l’avenir. La crise est loin d’être finie et n’en est peut être qu’à son début. Personne ne sait si les mesures qui vont être prises par les Autorités américaines pour restaurer le fonctionnement de son système bancaire, seront suffisantes pour rassurer les investisseurs.

Plusieurs grandes banques centrales ont annoncé vendredi l’extension de leurs accords de "swap" pour apaiser les tensions" sur les marchés financiers, selon un communiqué de la Banque centrale européenne (BCE).

Toutefois, les Bourses reprenaient leur glissade vendredi matin en Europe et en Asie, la fermeture de la banque américaine Washington Mutual donnant aux investisseurs de nouvelles raisons d’inquiétude, alors que le plan de sauvetage du secteur financier n’est toujours pas adopté.

En effet, le sauvetage du système bancaire américain est resté en plan. Mais les discussions continuent avec les congressistes pour trouver une solution à la proposition émise par l’Administration Bush d’injecter 700 milliards de dollars dans le système bancaire.

Personne ne peut prédire, ce qu’il pourrait advenir des économies des pays émergents.

On dit que l’histoire ne se répète jamais mais cette crise qui a des similitudes avec celle de 1929. La crise de 1929 avait entrainé une récession de 10 ans et s’était terminée par la deuxième guerre mondiale.

Nos dirigeants auront –t-ils la sagesse de nous éviter cette issue, j’ose l’espérer.

Riposte Laïque

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Economie & Social
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BA 05/10/2008 17:51

Le budget de l'Elysée passe de 32,3 à 112,3 millions d'euros en trois ans.Lisez cet article :Les crédits de l’Elysée en hausse de 11,4 %.
112,3 millions d’euros.
Pour 2009, le projet de loi de Finances prévoit des hausses de crédits significatives pour la mission « Pouvoirs publics ». La présidence de la République voit son enveloppe budgétaire augmenter de 11,4 %, pour atteindre 112,3 millions d’euros. L’an passé, le périmètre de l’Elysée avait été modifié par le Parlement, de façon à consolider tous les crédits de fonctionnement et de rémunération des personnels, sommes jusqu’alors assumées par une douzaine de ministères. L’enveloppe de la présidence de la République était ainsi passée de 32,3 millions d’euros à 100,8 millions d’euros.
http://www.lesechos.fr/info/france/4780472.htm?xtor=EPR-1083

BA 04/10/2008 09:03

Au bord du gouffre.
Article paru dans le New York Times le jeudi 2 octobre 2008 :
Au bord du gouffre.
Voilà trois semaines de cela, il était encore possible d’affirmer que l’état de l’économie américaine, bien que franchement médiocre, n’était pas catastrophique. Que le système financier, bien que soumis au stress, ne s’effondrait pas et que les difficultés de Wall Street n’avaient que peu d’impacts sur Main Street, l’économie réelle.
Mais c’était il y a trois semaines.
Les nouvelles en provenance de la finance et de l’économie depuis la mi-septembre ont été vraiment très, très mauvaises. Et ce qui est vraiment effrayant, c’est que nous abordons cette période de crise grave sous la conduite de responsables affaiblis et en proie à la confusion.
Cette avalanche de mauvaises nouvelles a débuté le 14 septembre. Henry Paulson, le secrétaire au Trésor, pensait qu’il pourrait s’en tirer en laissant faillir la banque d’investissement Lehman Brothers. Il a eu tort. Les investisseurs ont été piégés par l’effondrement de Lehman Brothers. Comme l’a écrit The Times, Lehman est devenue « Le piège à cafard des investisseurs de Wall Street : ils sont entrés, mais ils ne peuvent plus sortir. » Sur les marchés financiers, leur sort a semé une panique qui depuis n’a fait que croître. Les thermomètres du stress financier sont montés en flèche, indiquant une fièvre carabinée, et des pans entiers du système financier ont tout simplement vu disparaître toute activité.
Il devient de plus en plus évident que cet effondrement de la finance se propage sur Main Street. Les petites entreprises ont du mal à lever des fonds et se voient couper leurs lignes de crédit. Les chiffres de l’emploi et de la production industrielle se sont fortement aggravés, ce qui suggère qu’avant même la chute de Lehman Brothers, l’économie étatsunienne, déjà en ralentissement depuis l’an dernier, était en chute libre.
Jusqu’à quel point cette situation est-elle grave ? Des commentateurs habituellement modérés sont maintenant apocalyptiques. Ce jeudi 2 octobre, le trader John Jansen notait sur son blog que les conditions actuelles sont « l’équivalent financier du règne de la Terreur durant la Révolution Française », et Joel Prakken, de Macroeconomic Advisers, écrit que l’économie étatsunienne semble être au « bord de l’abîme ».
Et ceux qui devraient nous conduire loin de cet abîme sont partis déjeuner...
La Chambre va probablement voter vendredi sur la dernière version du plan de sauvetage. A l’origine, c’était le plan Paulson, puis c’est devenu le plan Paulson- Dodd-Frank. Désormais, il faudrait sans doute écrire le plan Paulson-Dodd-Frank-Clientèlisme (la dernière version contient encore plus de cadeaux fiscaux que la précédente). J’espère qu’il sera adopté, tout simplement parce que nous sommes en pleine panique financière, et qu’un nouveau vote négatif provoquerait une panique encore pire. Ou, pour le dire différemment : l’économie est désormais l’otage des fautes commises par le Département du Trésor.
Car ce plan est une vraie calamité - et c’est inexcusable. Le système financier est soumis au stress depuis plus d’un an, et des plans d’urgence soigneusement préparés auraient du être prêts à l’emploi pour le cas où les marchés s’effondreraient. De toute évidence, il n’y en avait pas : le plan Paulson a clairement été rédigé dans la précipitation et la confusion. Et les fonctionnaires du Trésor n’ont toujours pas fourni d’explication claire sur la façon dont ce plan est censé fonctionner. Sans doute parce qu’ils n’ont eux-mêmes aucune idée de ce qu’ils font.
Malgré tout, comme je l’ai écrit, j’espère que ce plan sera adopté, parce que sinon, nous allons probablement assister à une panique encore plus grande sur les marchés. Au mieux, ce plan permettra de gagner un peu de temps pour rechercher une vraie solution à la crise.
Reste la question : disposons-nous de temps ?
1- La solution à nos difficultés économiques devra d’abord passer par un sauvetage du système financier bien mieux conçu. Ce qui va presque certainement impliquer que le gouvernement devienne propriétaire de ce système, de façon partielle et temporaire, à la manière de ce qu’avait fait le gouvernement suédois au début des années 1990. Il est pourtant difficile d’imaginer que l’administration Bush franchisse ce pas.
2- Nous avons également désespérément besoin d’un plan de relance économique pour lutter contre la baisse de la consommation et de l’emploi. Il faudrait cette fois qu’il s’agisse d’un plan sérieux, qui ne soit pas basé sur l’invocation magique des réductions d’impôts, mais plutôt sur des dépenses effectuées dans les secteurs où c’est nécessaire. (Le soutien aux administrations nationales et locales, contraintes de réduire leurs dépenses au pire moment, est également une priorité.) Reste qu’il est difficile d’imaginer que l’administration Bush sur le départ crée une agence chargée de grands travaux, à l’image de ce qu’avait fait Roosevelt.
Nous devrons donc probablement attendre que la prochaine administration entre en fonction. Elle devrait être beaucoup plus à même de prendre les bonnes décisions - même si c’est loin d’être assuré, compte tenu de l’incertitude sur le résultat des élections. ( Je ne suis pas un fan de M. Paulson, mais je préfère l’avoir au Trésor que, disons, Phil Gramm, qui conseille McCain. )
Si l’élection n’est plus éloignée que de 32 jours, il faudra cependant près de quatre mois jusqu’à ce que la prochaine administration entre en fonction. Bien des choses peuvent - et vont sans doute - mal se passer durant ces quatre mois.
Une chose est sûre : l’équipe économique du prochain gouvernement ferait mieux d’être prête à sauter en marche, car, dès le premier jour, elle va devoir affronter la pire crise économique et financière depuis la Grande Dépression.
Paul Krugman.
Article original en langue anglaise :
http://www.nytimes.com/2008/10/03/opinion/03krugman.html?_r=2&ref=opinion&oref=slogin&oref=slogin
 
Traduction française :
 
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2220