Culture et mémoire républicaine

 

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 01:35


Oui, la nouvelle du départ de Jean-Luc Mélenchon du PS après l’arrivée en tête de la motion « E » le 7 novembre dernier était une bonne nouvelle pour notre « nébuleuse » républicaine, soucieuse de lisibilité politique dans le relativisme ambiant de l’UMPSMODEM et consort. Toutefois, le meeting de lancement auquel j’ai pu assister, accompagné de militants lyonnais de PRS (Pour la République Social) que je rencontrais pour la première fois et dont j’ai pu saisir l’état d’esprit, montre qu’il s’agit là bien plus que d’une scission du PS… Pour ma part, c’est en sceptique que je m’y rendais ; scepticisme légitimement partagé par bon nombre de républicains sincères : que n’a-t-il quitté le PS plus tôt ? Son projet d’union à gauche n’expose-t-il pas l’idée républicaine à une compromission avec les communautarismes humanitaristes ? Une telle démarche ouvertement clivée n’est-elle pas un obstacle de plus à l’idéal républicain de réunion des deux rives ? Qu’apporte en somme ce nouveau parti à la cause républicaine ?


Un parti pour les oubliés


La lisibilité d’abord. Ironie du sort : le jour même où le transfuge Bockel entendait brouiller davantage l’échiquier politique en lançant sa « gauche moderne » avec les ténors de l’UMP (et probablement sur injonction du président pour dépecer l’opposition…), le Parti de Gauche semble quant à lui trouver un écho véritable dans les « angles morts » du corps électoral (en témoigne, mais pas seulement, la réussite du meeting qui rassembla quelque 3000 personnes - et non 1000 comme on peut le lire dans la presse…). Ni PS moralisé, ni LCR édulcorée, le Parti de Gauche a su prouver qu’il constitue bel et bien une offre politique originale, que je prendrai la liberté d’appeler jaurésienne en tant qu’elle repose sur un projet républicain de civilisation par le dépassement du capitalisme. J’entends par cette formule que le nouveau parti s’inscrit dans la synthèse jaurésienne entre la République, l’héritage démocratique de la Révolution Française, et le Socialisme, produit des luttes sociales des deux siècles derniers et de la vision révolutionnaire de la société qui a animé la Gauche historique. Le discours qui en ressort, dans les circonstances actuelles, a d’emblée son assise dans une frange du corps électoral oubliée, non pas dépolitisée (loin s’en faut !) mais qui, ayant pris ses distances d’avec sa représentation « naturelle », le PS, à cause des options toujours plus social-démocrate de celui-ci, s’est au mieux engagée dans l’associatif, mais surtout a été condamnée à l’invisibilité dans un pays où l’on confond aisément engagement politique (« de conscience ») et engagement partisan (ce ne sont pas des républicains, eternels orphelins de représentation politique, qui me diront le contraire !). A mon sens, le Parti de Gauche a donc ce trait des partis républicains qu’il répond aux aspirations d’ « orphelins » de la représentation politique, en l’occurrence de citoyens qui sont venus à la République par cette culture « de gauche » jaurésienne. A titre d’exemple, le discours du Parti de Gauche sur l’Education se fait l’écho des aspirations d’une partie du corps enseignant, de ceux  qui conservent l’esprit d’institution mais qui, trahis par le PS, las d’être le « paillasson de la société » dans une Ecole que l’UMPS n’a de cesse de démanteler depuis 40 ans,  désertent les syndicats voire les bureaux de vote. On pourrait également voire, dans l’inscription au programme d’un impératif de généralisation dans la société d’une « laïcité intransigeante », la possibilité enfin à portée de main pour le mouvement laïc, jusqu’alors relégué à l’associatif par la « bien-pensance » des partis de gouvernement, d’accéder à l’action politique sans laquelle son action locale est considérablement limitée. D’autres exemples me viennent à l’esprit… Le Parti de Gauche répond bien à une demande et cette demande est une demande de République.


République et anticapitalisme


Cette analyse est essentielle pour distinguer le nouveau Parti de Gauche de ses voisins et principalement de la LCR actuellement au centre de la construction d’un Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) attendu pour 2009. Soyons clairs là-dessus : s’il leur tend la main dans une logique de front du « non » de gauche pour les européennes de 2009, le Parti de Gauche n’est pas pour autant trotskiste et ne s’inscrit pas dans le schéma de la lutte des classes ; il est de plus un parti de gouvernement qui refuse de se condamner à l’opposition perpétuelle par « refus du système » (fait caractéristique de l’extrême-gauche en France). Il est en fait plus juste de dire qu’il est républicain donc anticapitaliste, c’est-à-dire qu’il conçoit l’aboutissement de l’idée républicaine dans l’avènement d’une société solidaire, radicalement opposée au modèle productiviste et consumériste, par des moyens institutionnels (au moyen d’un Etat fort de sa légitimité démocratique retrouvée dans le régime parlementaire et redistributeur de la richesse nationale au profit du travail). A ce titre, le Parti de Gauche est en quelque sorte « bolivarien » : terme emprunté au mouvement socialiste sud-américain, fortement imprégné intellectuellement par la pensée de Rousseau, et de la part duquel le parti a reçu par ailleurs des soutiens significatifs tels que celui du président bolivien Evo Morales. Dans cette perspective, le Parti de Gauche s’oppose naturellement à l’Europe de Lisbonne : s’il est internationaliste, il n’est pas supranationaliste et entend bien défendre la « patrie républicaine des Français » et exporter ses valeurs comme la laïcité.


Front de gauche et république sociale


La création du Parti de Gauche, loin de complexifier la situation, nous éclaire sur l’état actuel de la gauche et de la gauche républicaine. En France, avec les inextricables contradictions d’un PS moribond, une clarification était salutaire sur la ligne économique entre l’option social-démocrate des uns (PS, Cohn-Bendit…mais faut-il également rappeler les stratégies d’alliance électorale avec le PS, peu glorieuses disons-le, coté MRC/MDC ?) et ceux qui refusent les « compromis pourris » (pour reprendre la belle expression d’Oskar Lafontaine, président de Die Linke) avec les représentants des élites mondialisés. Cette dynamique s’exprime au Parti de Gauche dans une volonté réaliste de synthèse des héritages de la gauche historique à l’heure où les vieux clivages, entre communistes et socialistes par exemple, sont assimilables dans une pensée républicaine sociale et d’ores et déjà vécus comme tels par la plupart des militants sans que cela ne remette en cause l’autonomie des organisations. Et le rassemblement des « deux rives » dans tout ça, me direz-vous ? Ma modeste expérience en la matière m’enseigne que le renforcement des organisations des deux rives en question est un préalable indispensable à la constitution de fronts républicains amples et solides sur des éléments de programme précis. N’importe quel républicain qui a participé à ce genre de dialogue a pu se rendre à l’évidence suivante : le rassemblement des deux rives sera toujours stérile s’il est groupe de groupuscules, et ce aussi certainement qu’il est vain de jeter un pont sur un cours d’eau dont les berges sont fragilisées par l’érosion. Aussi, dans cette perspective, je me réjouis sincèrement de la clarification que représente rive droite le congrès fondateur de Debout La République, le 25 novembre dernier, et je prends la liberté de me réjouir personnellement de la clarification que représente rive gauche l’avènement d’un parti authentiquement républicain et sans ambigüités par ailleurs dans son rejet du communautarisme. Je reconnais la légitimité du dialogue républicain avec le gaullisme, tel que DLR le défend, mais je m’inscris quant à moi dans cette culture politique qui depuis Robespierre en passant par Jaurès et Mendès-France ne lasse pas de porter tout un pan de cette passion française qu’est la République. C’est pour toutes ces raisons que j’ai adhéré à ce parti tout en poursuivant mon action dans l’associatif laïc avec Voltaire République. L’avenir dira si le Parti de Gauche est viable politiquement et si mon analyse était bonne. En tous les cas, cette adhésion est celle d’un homme libre et républicain vigilant qui saura toujours mettre la République au-dessus de toute autre considération si les circonstances l’imposent.




François AVISSEAU,
Délégué départemental de Voltaire République pour le Rhône
Membre des « Amis de Robespierre » d’Arras

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Combat Républicain
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BA 03/12/2008 22:11

L’Elysée voit tout en noir.« Plus ça va, plus ça va mal ! », s’est lamenté Nicolas Sarkozy, la semaine dernière, au cours d’une réunion consacrée à la conjoncture économique. Avant d’ajouter :« Nous allons vers une série d’affrontements sociaux, voire vers un affrontement social. Alors là, il faudra trancher : on fera du Chirac (capitulation à la première grande manif), ou du Thatcher (la Dame de fer) ? »La réponse est restée en suspens, mais l’Elysée, outre le plan de relance, a annoncé le 2 décembre toute une série de mesures pour lutter contre la pauvreté.Raymond Soubie, conseiller social de l’Elysée, a fini de casser le moral des participants à la réunion, en s’écriant :« En quarante ans de carrière, j’ai toujours refusé d’annoncer que le printemps ou l’automne sera chaud. Mais aujourd’hui, je pense que tout peut être chaud. »(Le Canard Enchaîné, 3 décembre 2008, page 2)Je trouve la phrase de Sarkozy très importante : « Nous allons vers une série d’affrontements sociaux, voire vers un affrontement social. »

Simon Archipenko 03/12/2008 08:37

La scissiparité, si elle entraîne la clarification n'est pas à craindre dans la mesure où la reconstruction peut se faire (atomisation refondation des noyaux nucléaires). On peut être optimiste quant à la création de DLR et  du PG.Cependant, Jean Luc Mélanchon sur France Inter le 2 décembre (!) a bien confirmé qu'il était hors de question pour lui de faire quoi que ce soit avec DLR. En revanche avec le NPA ...Il est vrai que chez les uns et chez les autres il restera un marquage familiale. Mias si Dupont Aignan et Mélanchon ont brulé leurs vaissaux, ils doivent être, pour mériter le titre d'hommes d'Etat, en mesure de surmonter tous les obstacles.Je fais partie de ceux qui militent pour le rassemblement républicain. Donc je dis soyons optimistes mais restons vigilant quant aux velléités politqiue du grand large qui ne feront que noyer le bébé.

BA 02/12/2008 17:34

Le Point.fr : Vous avez transformé votre club Debout la République en un parti politique. Quelle sera sa vocation ? Nicolas Dupont-Aignan : Nous voulons insuffler un peu d'oxygène face au PS et à l'UMP, l'un qui se déchire, l'autre qui ne dit rien. Défendre des valeurs gaullistes qui sont d'actualité et modernes, plus encore aujourd'hui, en pleine crise financière. Enfin, nous souhaitons apporter des réponses de fond dans un monde politique qui s'apparente de plus en plus à un immense show. Le Point.fr : Qui sont vos militants ? Nicolas Dupont-Aignan : Le parti en compte près de 10 000. Ils viennent principalement de l'UMP, du MPF de Philippe de Villiers et du MRC de Jean-Pierre Chevènement. Des villepinistes nous ont également rejoints. Par ailleurs, Facebook nous apporte une forte visibilité auprès des jeunes. Le Point.fr : Quelle sera votre stratégie lors des européennes ? Nicolas Dupont-Aignan : Nous présenterons des listes dans toutes les circonscriptions, sauf dans les DOM-TOM. Trois sont déjà bouclées. Nous ne ferons pas d'alliances, car l'idée est de faire du neuf. Nous y allons avec la volonté de présenter une alternative, un plan B. Nous ne serons ni euro-ronchons, ni béni-oui-ouis. http://www.lepoint.fr/actualites-politique/ni-euro-ronchons-ni-beni-oui-oui/917/0/295161

BA 02/12/2008 17:33

Le problème de tous les dirigeants des partis Républicains NONistes, c'est qu'ils ne veulent pas présenter une seule liste aux élections européennes.Par exemple, sur le site du journal LE POINT, Nicolas Dupont-Aignan vient de déclarer que son parti politique ne fera pas d'alliance pour les élections européennes.Donc, la conclusion est la suivante : les dirigeants des partis Républicains NONistes sont des cons. Les Républicains NONistes vont prendre une branlée aux élections européennes.

mc bob 01/12/2008 14:23

C'est effectivement une bonne nouvelle.
Je suis cependant gene par le cote gauchiste-gauchisant de ce parti republicain. Que Melenchon veuille travailler avec le PC ne me pose pas a priori de probleme, mais sa volonte d'ouvrir la porte pour discuter avec la LCR me met tres mal a l'aise. Je prefererais que Melenchon travaille a regrouper les socialistes republicains et le MRC.........et qu'ensuite il se tourne vers DLR.
Melenchon est un type droit dans ses bottes et qui a des principes. C'est bien. Mais son "jusqu'auboutisme" borne, qui fait parfois aussi son charme, risque de l'entrainer dans une mauvaise direction.