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5 mai 2006 5 05 /05 /mai /2006 16:47

Les radicaux s'irritent de l'appui de leurs alliés de droite à l'Italie fasciste, de leur politique économique, de leurs calomnies depuis l'affaire Stavisky. Aussi, malgré des hésitations, ils participent à la grande manifestation du 14 juillet 1935, qui fonde le Front Populaire.


Ce ralliement est facilité par la modération des communistes, ralliés à la défense nationale quand Laval se rapproche de l'URSS et opposés aux nationalisations voulus par les socialistes SFIO. Il ne s'agit pas de changer la société mais de s'opposer au fascisme, au-dedans et au-dehors, en défendant la République. L'alliance s'étend à des groupes situés entre les trois partis, aux chrétiens de la Jeune République, à la Ligue des droits de l'homme, la CGT et la CGTU, des associations comme la Ligue des médecins contre la guerre ou l'Association pour l'émancipation de la Corse, ce qui montre ses racines dans la société civile.

La campagne électorale, parfois violente, se fait bloc contre bloc. A Limoges, des Croix-de-Feu sont tués, et leurs chefs proposent un désarmement des services d'ordre. A Paris, des militants d'Action française envoient à l'hôpital Léon Blum, leader de la SFIO.
Le 26 avril, la gauche est majoritaire. Le 5 mai, au second tou, de bons reports de voix amplifie le mouvement. La surprise ne vient pas de la victoire de la gauche, que l'on prévoyait, mais de la répartition des voix qu'elles a reçues: les communistes passent de 11 à 72 élus, les radicaux de 157 à 106, la SFIO de 132 à 149. Premier parti de gauche en voix en 1932, la SFIO l'est également en sièges. Aussi, c'est le socialiste Léon Blum qui devient président du Conseil, alors qu'on attendait un radical.

Quand le gouvernement est investi, le 6 juin, la France est dans une situation semi-révolutionnaire: 2 millions de grévistes occupent les entreprises. Selon Marceau Pivert, leader de l'aile gauche de la SFIO, "tout est possible". Au départ, il s'agissait d'empêcher le licenciement de grévistes du Premier-Mai, et le déménagement de machines des usines de guerre promises à la nationalisation. Puis le mouvement a fait tache d'huile, même là où le syndicalisme était jusqu'alors inconnu. L'occupation des entreprises, défi à la propriété patronale, va avec un grand respect de cette propriété, au point que, dans des grands magasins, on dort par terre, entre les lits exposés. Elle a surtout des allures de fête, sous le signe de l'accordéon. La philosophe Simone Weil, qui a travaillé en usine, écrit: "Cette grève en elle-même est une joie. Une joie pure (...) Joie de parcourir librement ces ateliers où on était rivé sur sa machine... Joie d'entendre, au lieu du fracas impitoyable des machines, de la musique, des chants et des rires... Joie de passer devant les chefs la tête haute".
Mais le mouvement, par son ampleur, effraie. Le parti communiste freine, dit qu'il "faut savoir terminer une grève". Le patronat s'en remet à Blum, d'où des mesures qui vont plus loin que le programme du Front populaire.

Réunis à Matignon, chez le président du Conseil, patronat et CGT s'accordent, le lendemain de l'investiture de Blum, sur des hausses de salaires, des libertés syndicales, le principe des contrats collectifs. Les 11 et 12 juin, le Parlement vote la semaine de 40 heures et 15 jours de congés payés pour les salariés. Les ligues sont dissoutes, l'obligation scolaire passe à 14 ans, l'Etat obtient un certain contrôle sur la Banque de France, un office régularise les cours du blé au bénéfice des paysans...
S'y ajoutent des mesures symboliques, qui définissent une atmosphère et des espoirs: responsabilités ministérielles confiées à des femmes, sous-secrétariat aux loisirs, volonté d'ouvrir les musées aux foules, esquisse de maisons de la culture...
Pourtant, cet élan se brise vite. Calomnies, déficit financier, polémique sur la non-intervention dans la guerre d'Espagne ont raison du gouvernement, que le Sénat renverse en juin 1937. Le radical Camille Chautemps tombe lui aussi, puis Blum, une seconde fois. Dès 1938, les radicaux gouvernent à nouveau avec la droite, et reviennent sur les 40 heures.
Il reste du Front populaire une légende, rose pour la gauche qui en mythifie l'action, noire pour la droite qui y voit la source de tous les maux du pays, y compris l'impréparation militaire de 1940, alors même que c'est lui qui, à côté des mesures sociales, a relancé une politique d'armement négligée par ses prédécesseurs.


D'après Les Grands Evénements de l'Histoire de France, La Mémoire de l'Humanité

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Published by le Citoyen Thimèle - dans CULTURE & MEMOIRE REPUBLICAINE
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commentaires

une fille 07/05/2006 18:28

Ta bien raison

el diablo 05/05/2006 21:19

votre blog est très bien