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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 22:59


Ce mercredi, après 44 jours de grève générale en Guadeloupe, un accord répondant aux principales revendications du collectif LKP – dont la plus emblématique portant sur la hausse de 200 euros des bas salaires - a été signé, permettant la reprise de l'activité.

 

C’est incontestablement un soulagement et une victoire pour des Guadeloupéens qui ont pendant un mois et demi exprimé avec force et détermination leur volonté d’en finir avec des injustices sociales devenues de plus insupportables. Des injustices qui plaçaient à des prix abusifs certains produits de base, comme le carburant et l’alimentation. Des injustices qui laissaient les plus bas salaires à un niveau nettement inférieur à ceux de la métropole.

 

Des injustices qui sont dues pour l’essentiel à des monopoles économiques – tenus pour l’essentiel par les « Békés », les descendants des colons blancs - que les dirigeants à Paris ont laissé subsister – voire encourager -, au lieu de considérer et de traiter la Guadeloupe, ainsi que l’ensemble des DOM, comme n’importe quel département français. Avec la législation et la rigueur républicaine qui va avec.

 

C’est cette absence de République qui, dans les DOM, a créé cette puissante vague d’exaspération sociale face à laquelle le gouvernement a montré et montre toujours une irresponsable légèreté. S’enfonçant, ainsi, dans une double stratégie du pourrissement et de l’étouffement – la peur de la contagion jusqu’en métropole étant là -, quitte à se mettre à dos les Français d’outre-mer, quitte à faire plonger les économies locales… plutôt que de brusquer les patronats locaux et leurs privilèges. Des Français d’outre-mer qui, malgré l’effort financier final assez conséquent, n’oublieront pas de si peu le peu de cas qu’on fait d’eux les dirigeants parisiens. Un ressentiment qui fera le lit des antirépublicains, indépendantistes et ethnistes de tous poils, déjà bien ancré par tant de défections de la mère patrie...

 

On a ainsi pu constater aux élections prud’homales de 2008 que l'Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe (UGTG), syndicat indépendantiste et racialiste, avait progressé de neuf sièges, pour en arriver à avoir 26 élus sur 44 à pourvoir. Une UGTG dont le secrétaire générale n’est autre qu’Elie Domota, le porte-parole du « Lyannaj Kont Pwofitasyon », le LKP. 

 

Un LKP qui, au milieu de ses revendications pour la plupart profondément légitimes, réclamait entre autres :

 

- La priorité d’embauche pour les Guadeloupéens.

- L’embauche obligatoire de Guadeloupéens dans toutes les entreprises qui bénéficient d’aide publique.

- La mise en place de mécanismes fiscaux et douaniers pour développer la préférence guadeloupéenne.

 

Une préférence régionale – et mécaniquement ethniste - qui n’a pourtant pas ému le moins du monde la gauche métropolitaine, qui, de Besancenot à Royal, n’a d’ordinaire pas de mots assez forts pour fustiger la « préférence nationale » du Front National de Jean-Marie Le Pen.

 

Il faut bien avouer que, pour la gauche bien-pensante, le souci d’identité c’est légitime, « cool » et « kiffant » quand ça concerne les « personnes issues de la diversité », une minorité visible, une ethnie. Mais quand on parle de l’« identité nationale » française, c’est évidemment, ni plus ni moins, le signe d’un misérable nationalisme xénophobe qui pointe le bout de son nez.

 

Et, quand Elie Domota use d’approches et propos racialistes à outrance, et finit par demander aux « Békés » de se « casser » de « son » île s’ils ne respectent pas les accords salariaux, ils ne peuvent évidemment rien avoir à redire. Non. C’est tout à fait normal. Rien à voir avec ces salauds, qui, en métropole, osent encore prôner l’assimilation, osent encore refuser que certaines coutumes archaïques soit considérés comme « acceptables » en France. Le racisme n’est évidemment l’apanage que des méchants « blancs ».

 

Une gauche métropolitaine qui ne bronche pas davantage, dans un autre domaine, quand Elie Domota fustige les « prestations sociales ». Des « prestations » qui sont au cœur plus que jamais de leurs programmes et que le porte-parole du LKP leur préfère, dans un souci clairvoyant de revaloriser le travail, une baisse des cotisations sociales.

 

Quoiqu’il en soit, si aujourd’hui, la situation en Guadeloupe est donc provisoirement « calmée », la Martinique est quant à elle toujours en grève générale. Une grève générale reconductible qui pourrait suivre aussi à la Réunion. Une situation que le gouvernement devrait prendre un peu plus au sérieux, même si cela – ô blasphème ! – doit le contraindre à faire face, enfin, à des problèmes analogues en métropole. La République est à ce prix.

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Editoriaux
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commentaires

métro 03/10/2009 09:29


je découvre aujourd'hui votre analyse, peut être la seule que j'ai lue à oser transcrire  les véritables revendications du lkp et ne peux m'empêcher de vous suggérer un nouvel article au vu des nouvelles revendications lkpistes à l'annonce de la mobilisation du 3 octobre qui demande la condamnation
des békés et de l'état fwansé, ainsi que la retranscription en français du message qui passe à la radio, racialiste par excellence, qui invite à réveiller le nègre qui sommeille en chacun des
auditeurs. Tous ces textes sont disponibles actuellement sur le site domactu. Vous oubliez par ailleurs de parler du climat de propagande qui passait en boucle sur les ondes de la radio (la
chaine info en français étant en grève) et diffusant en permanence des appels à la discrimination sur fond de victimisation, à l'aide de tubes tels que "neg"où la chanteuse s'évertue sur fond de
zouk à dire qu'elle n'a pas demandé à avoir le nez plat.....le site de l'ugtg n'hésite pas à brandir l'image d'une brigitte bardot néo nazie, dont il affirme que les grand-mères noires qui ont
adulé son image seraient meurtries si elles avaient compris le monstre qui se cachait derrière l'icone star.Pourtant paradoxalement c'est bien une poupée blonde que le père noel de l'école publique
(mairie) offre aux enfants des ecoles maternelles de baie mahault...et ça par contre, cela m'a choqué, je ne voyais pas pourquoi on voulait que les enfants s'identifient à une poupée blonde.


BA 10/03/2009 10:01

Pendant ce temps, le massacre sur les marchés financiers et parmi les entreprises du secteur financier se poursuit. Le débat sur la « nationalisation » des banques est à la limite surréaliste, puisque le gouvernement américain a déjà engagé pour le système financier 9 000 milliards de dollars sous la forme de garanties, d’investissements, de recapitalisation et de liquidités (et qu’il a déjà dépensé la somme stupéfiante de 2000 milliards de dollars sur ce montant).
Le système financier américain est donc « de facto » nationalisé, depuis que la Réserve Fédérale est devenu le prêteur de premier et de seul recours, plutôt que celui de dernier recours, et depuis que le Trésor américain est devenu le client et le garant de premier et de seul recours.
La seule question est de savoir si les banques américaines et les institutions financières devraient être nationalisées également « de jure ».
Mais même dans ce cas, le distinguo se résume à : nationalisation partielle, ou entière ? Avec 36% de participation (et bientôt plus) dans la banque Citi, le gouvernement américain en est déjà le principal actionnaire. Quel est donc ce non-sens de ne pas nationaliser les banques ? Citi est déjà partiellement nationalisée de fait, la seule question est de savoir si elle doit l’être entièrement.
Idem pour l’assureur AIG, qui a perdu 62 milliards de dollars au quatrième trimestre 2008, et 99 milliards de dollars sur l’ensemble de l’année 2008. L'assureur AIG appartient déjà à 80% à l’Etat. Avec des pertes aussi sidérantes, l'assureur AIG devrait être détenu officiellement à 100%. Jusqu’à aujourd’hui, les fonds engagés par la Fed et par le Trésor public pour renflouer les actionnaires et les créanciers d’AIG sont passés de 80 milliards de dollars à 162 milliards.
Étant donné que les détenteurs d’actions ordinaires d’AIG sont déjà ruinés (le cours de l’action ne vaut plus rien), le sauvetage d’AIG se transforme en un renflouement de ses créanciers qui sans lui seraient aujourd’hui en faillite. AIG a vendu plus de 500 milliards de contrats toxiques, qui sont des garanties sur les défaillances de crédits (CDS). Les souscripteurs des ces contrats sont les principales banques américaines.
La presse et les analyses produites par les banques suggèrent que Goldman Sachs a obtenu environ 25 milliards de dollars sur les sommes allouées par le gouvernement pour le renflouement d’AIG, et que Merrill Lynch a été le deuxième plus grand bienfaiteur des ces largesses. Il ne peut s’agir là que d’estimations puisque le gouvernement tente de dissimuler quels sont les bénéficiaires du renflouement d’AIG. (L’agence Bloomberg devrait peut-être poursuivre la Fed et le Trésor pour les contraindre à divulguer ces informations.)
Mais certains éléments sont pourtant connus : Lloyd Blankfein (de la banque Goldman Sachs) était le seul dirigeant d’une firme de Wall Street à être présent à la réunion de la Fed de New York lorsque le renflouement d’AIG a été discuté. Cessons donc de jouer : les 162 milliards de dollars du renflouement d’AIG sont un renflouement sans transparence, opaque et sombre des clients d’AIG : Goldman Sachs, Merrill Lynch et d’autres banques nationales et étrangères.
Lorsque le Trésor s’abrite derrière l’excuse du « risque systémique » pour engouffrer encore 30 milliards de dollars dans AIG, c’est là une façon polie de dire que sans un tel renflouement (et sans une autre demi-douzaine de programmes gouvernementaux de sauvetage , tels que les TAF, TSLF, PDCF, TARP , TALF, sans oublier un programme qui a octroyé 170 milliards de dollars supplémentaires de crédit pour les banques, avec une pleine garantie des pouvoirs publics), Goldman Sachs et toutes les autres grandes banques américaines seraient aujourd’hui complètement insolvables.
Même avec les 2 000 milliards de dollars alloués par le gouvernement, la plupart de ces firmes financières sont insolvables. Avec les défauts de paiements sur les crédits qui augmentent - et étant donné les perspectives macroéconomiques -, cela signifie que les pertes prévisibles sur les crédits subies par les entreprises financières américaines atteindront les 3 600 milliards de dollars. Pour le dire simplement, le système financier américain est effectivement insolvable.
Nouriel Roubini, 5 mars 2009.

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2575