Culture et mémoire républicaine

 

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28 juillet 2006 5 28 /07 /juillet /2006 19:37
Le gouvernement espagnol de José Luis Rodríguez Zapatero a en effet présenté aujourd'hui, vendredi 28 juillet, son projet de loi mémorielle sur la réhabilitation des victimes républicaines du franquisme. Un texte symbolique que le Premier ministre, dont un grand-père fut fusillé par les franquistes, avait promis lors de sa campagne électorale de 2004 et sur lequel il a commencé à travailler dès son arrivée au pouvoir. 

Une loi nécessaire, selon le quotidien catalan La Vanguardia. "Parce que les victimes du franquisme ont su pardonner, elles ont su oublier des situations aussi difficiles que l'exil ou la prison. Elles ont même renoncé à prendre leur revanche en 1975, lorsque le régime franquiste est tombé et ce au nom de la réconciliation nationale. Il est donc temps de les honorer, de leur rendre justice."

Nécessaire ou pas, le texte a ouvert une dure polémique au sein de la classe politique espagnole, dans un pays dont 30 % de la population considèrent toujours comme parfaitement justifié le soulèvement du 18 juillet 1936 qui a mené à une guerre civile sanglante, avec plus de 400 000 victimes de part et d'autre, et qui s'est achevée par trente-cinq ans de dictature.

Le quotidien conservateur (ou plutôt néo-franquiste) ABC estime ainsi que cette loi mémorielle est "inutile, voire dangereuse. Avec cette loi, on instaure une mémoire sélective." En clair, on favorise un camp, celui des victimes du franquisme, par rapport à l'autre. Le quotidien rappelle "qu'immédiatement après la mort de Franco, la grande majorité des rues, des places, des avenues du pays qui portaient un nom franquiste ont été débaptisées et que les statues du Caudillo et des héros du régime ont été déboulonnées".

"A l'inverse, on ne compte plus aujourd'hui les lieux publics dédiés aux figures de la Seconde République espagnole. Alors, pourquoi ajouter une loi à ce qui est déjà perçu par beaucoup comme une victoire posthume – même symbolique – de la République vaincue en 1939 ?" ABC

Pourtant, le Premier ministre a finalement exclu de satisfaire l'une des principales revendications des associations de républicains : l'annulation des jugements sommaires prononcés par les tribunaux franquistes contre des dizaines de milliers de républicains espagnols après la victoire nationaliste en 1939.

Pour se justifier, José Luis Rodríguez Zapatero a invoqué la Constitution espagnole, qui interdirait de façon "très claire" une telle mesure. Il a aussi déclaré après plusieurs jours de controverse que la loi ne contiendrait "pas d'éléments polémiques en référence aux symboles de la dictature". Les associations de républicains exigent la suppression des centaines de plaques, statues, écussons et noms de rues associés au franquisme qui subsistent à travers le pays.

Mais selon le quotidien de centre gauche El Pais, "le gouvernement est parvenu à la conclusion qu'il ne pouvait interdire à une mairie de faire porter le nom d'une rue à un militaire putschiste". Il se contentera donc de "recommander" ces suppressions aux autorités locales et régionales. "Elles seront en revanche obligatoire pour les institutions de l'Etat."

Cela suffira-t-il à calmer les alliés des socialistes que sont les communistes d'Izquierda Unida (IU) et le parti indépendantiste catalan ERC ? Ces deux-là ont en effet menacé Zapatero d'une guerre d'amendements si la loi n'annulait pas les procès sommaires du franquisme. Les socialistes espèrent calmer leurs alliés en satisfaisant les revendications économiques et sociales des anciens républicains et en favorisant l'accès aux archives historiques et la localisation et l'exhumation des quelque 30 000 républicains qui reposent toujours dans l'anonymat de fosses communes.

La Vanguardia relève que le problème de ce texte "est qu'une loi s'impose à tous les Espagnols. Or, pour maintenir un certain équilibre, il est certain que cette loi paraîtra trop timide aux yeux des fils des vaincus et diffamatoire aux fils des vainqueurs."

Au final, le texte qui devrait être adopté aujourd'hui se nommera "loi d'extension des droits des personnes affectées par la guerre civile et la dictature" et non plus loi de "mémoire historique", comme prévu initialement. José Luis Rodríguez Zapatero veut en effet faire taire ceux qui l'accusent de "rouvrir inutilement les plaies du passé" et de réécrire l'Histoire de manière partisane.

Le Premier ministre trouve un avocat en la personne d'un magistrat qui s'exprime dans les pages d'El País. "D'abord, la loi en question ne parle pas d'histoire mais de mémoire. Il ne s'agit pas de départager historiquement les uns et les autres ou d'écrire une histoire officielle mais d'honorer la mémoire des vaincus."

Ce qui n'est pas du tout la même chose. "Les blessures des vainqueurs franquistes ont fait l'objet d'un traitement long et délicat. Un traitement qui a duré quarante années. Ces blessures-là ont donc eu tout le temps de cicatriser. En revanche, les blessures des vaincus, elles, ont été recousues à la va-vite entre 1975 et 1978", pendant la période de transition qui a conduit l'Espagne de la dictature à la démocratie. Trente ans après la fin du régime franquiste, il est donc temps que la mémoire des vaincus soit donc au moins traitée sur un pied d'égalité avec celle des vainqueurs.

Anthony Bellanger et Eric Glover pour le Courrier International


L'Espagne va-t-elle enfin entrer sur la voie du post-franquisme ou persister dans ce néo-franquisme déguisé? Telle est la grande question pour l'avenir de ce pays...

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Published by le Citoyen Thimèle - dans International
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commentaires

david 29/07/2006 20:13

Le retour à la République serait la seule manière d'effacer les dernières traces du franquisme. N'oublions pas que c'est Franco l'instigateur du retour à la monarchie. La République est morte en Espagne par la guerre, d'une manière illégitime donc. Il est donc tant de tout remettre à plat dans ce pays... si on laissait clairement le choix aux Espagnols entre la République et la monarchie, je ne pense pas que cette dernière resterai encore en place!