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28 juillet 2006 5 28 /07 /juillet /2006 22:27


Par Gabriel des Moëres


Dans une intéressante tribune publiée dans Libération, Bernard Morel, économiste à l’université de Provence, et François Taulelle, géographe à l’université de Toulouse-Le Mirail, étrillent la focalisation du gouvernement sur la « compétitivité ». Alpha et omega de toute politique territoriale, la compétitivité « n’est pas de l’aménagement du territoire, puisque le mot est en fait utilisé dans le sens de compétition, de classement pour repérer les plus forts et laisser sur le bord du chemin les plus faibles ». Plus grave encore, le fait de placer ce principe au premier rang des politiques se traduit par la juxtaposition de projets, de contrats sectoriels, de coopérations à géométrie variable qui dessinent peu à peu un échevau dans lequel disparaît toute stratégie globale.

Là encore, l’État et la nation sont les ennemis implicitement désignés puisque, dans cette nouvelle donne, on éteint tout débat sur l’avenir du territoire national et on reformate d’ailleurs les instances qui, naguère, étaient chargées de le nourrir.

Pas question ici de contester le bien-fondé de la recherche d’une plus grande compétitivité : la concurrence européenne, alibi de bien des trahisons, n’en est pas moins réelle et l’attrait économique de nos territoires est un enjeu majeur. L’écueil réside plutôt dans la tendance à considérer la compétitivité comme l’horizon indépassable des politiques territoriales.

« Laisser le territoire national s’organiser à partir de quelques territoires dynamiques, refuser l’inscription des évolutions économiques, sociales, dans un cadre national par la production d’une réflexion prospective, c’est courir un grand risque : celui de creuser encore plus des inégalités. », écrivent Morel et Taulelle. Au-delà, c’est la perception et la réalité de la solidarité nationale qui se trouvent menacés. L’implantation d’une ou deux Sillicon Valley à la française par région ne suffira jamais à réduire l’écart de développement entre les régions ni à apporter de solutions viables aux aspects territoriaux de la fracture sociale.

Héritage raffarinien, le concept creux de « compétitivité », s’il respire le dynamisme, la modernité et l’optimisme, permet de s’affranchir en beauté du cadre clair, stable et égalitaire de l’État et de la loi, pour d’évoluer dans le flou des arrangements contractuels, des coopérations décentralisées, des multipartenariats, des expérimentations. Une manière, par les mots, de passer à côté des vrais enjeux économiques et sociaux d’aujourd’hui et de demain.

Revue Républicaine

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Economie & Social
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