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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 16:20


Dans sa série d'été Visions de l'après-crise, "La Tribune" a interrogé Emmanuel Todd, politologue, démographe et historien. Ce dernier estime notamment qu'une Europe protégée, relançant la demande par les salaires, permettrait de renouer avec un cycle d'innovation.



"La crise a révélé de nombreux dysfonctionnements dans l'économie et la finance, vous semble-t-il qu'on en tire les leçons pour le monde de demain ?

Il y a une ultime vérité qui n'a pas encore été acceptée : la crise provient d'un déficit de la demande à l'échelle mondiale, dont la cause première est le libre-échange. Le libre-échange a rompu l'équilibre entre la production et la consommation, il a conduit les entreprises à considérer leurs salariés comme un coût pur, et les a précipitées dans la compétition par la compression des salaires. L'irruption de la Chine et des pays émergents n'a fait que renforcer ce travers, qui aurait existé sans eux. Dans un monde où l'on comprime les salaires, la demande ne peut provenir que de l'endettement. D'où la crise.

 

 Le libre-échange a aussi des avantages substantiels, il a déclenché une période de forte croissance...

Dans la première phase, il y a bien sûr les économies d'échelle et les bénéfices de la spécialisation, je ne suis pas aveugle à cela. Mais dans la seconde phase, les effets déprimants sur la demande l'emportent, lorsque les entreprises ne considèrent plus leurs salariés comme des consommateurs. Dans nombre de pays développés, les salaires stagnent depuis quinze ans. Le seul élément dynamique était l'endettement du consommateur américain et le déficit extérieur des États-Unis, qui a tiré la planète. Si les plans de relance en cours visent à rétablir un tel système, nous butterons vite sur les mêmes difficultés. D'autant que les difficultés de financement des États vont apparaître. Les investisseurs vont se rendre compte que l'État américain n'est qu'un super-Madoff, l'escroquerie du siècle. Il est tout à fait vraisemblable que l'on assiste à l'effondrement du dollar dans l'année qui vient.

 

 Va-t-on vers le protectionnisme ? Le libre-échange est toujours défendu par les dirigeants du monde entier...

Les classes dirigeantes sont toujours les dernières à comprendre. Je note quand même un changement d'ambiance, les gens ne rient plus lorsqu'on parle de protectionnisme européen. C'est un beau projet, que celui d'une Europe protégée et relançant la demande par les salaires. Cela déclencherait probablement un nouveau cycle d'innovation technologique. Les délocalisations sont en effet un frein à l'innovation, parce qu'elles donnent accès à de vastes réserves de main-d'œuvre sous-qualifiée et sous-payée. Le personnage central du monde protectionniste, c'est l'ingénieur, et non le financier, qui triomphe au contraire dans le monde libre-échangiste. Pour le futur, ce sera ce monde protectionniste ou le chaos. Ou bien d'abord le chaos, et après ce monde-là.

 

Pourquoi les économistes sont-ils alors unanimes à condamner le protectionnisme ?

Ils sont incapables, malgré leurs efforts récents, de se réapproprier les concepts de la macroéconomie keynésienne, de concevoir la collectivité sociale ou nationale. C'est l'incapacité à penser le collectif qui aveugle notre époque et retarde le règlement de la crise. Cette société molle et atomisée qui est la nôtre n'a d'ailleurs pas que des inconvénients. Cela nous protège des folies collectives du dernier siècle. Malgré le chômage, il n'y a pas de petits bourgeois hystériques dans les rues pour réclamer un régime fasciste ou stalinien... Le niveau éducatif, qui est la variable déterminante de l'évolution d'une société, est aujourd'hui très élevé, même s'il ne progresse plus. Peut-être les évolutions idéologiques seront-elles beaucoup plus rapides et plus intéressantes qu'auparavant, grâce au niveau intellectuel des populations.

 

Vous êtes donc assez optimiste...

Ce qui m'inquiète, c'est le vieillissement des populations et des mentalités. L'âge médian de nos sociétés s'élève à 45 ans au Japon, 44 ans en Allemagne, 40 en France et 37 aux États-Unis. Et l'âge médian du corps électoral est encore plus élevé, puisqu'il ne comprend pas les moins de 18 ans. Cette évolution va induire un ralentissement de la vie politique et de la pensée. Elle explique le basculement à droite de l'Europe, lors des récentes élections européennes. L'obsession sécuritaire, c'est un problème de vieux qui a peur des jeunes. Regardez les pubs à la télévision, c'est le financement des obsèques, les problèmes d'érection et le cholestérol ! Les publicités en disent davantage sur nous que les sciences sociales. Et ce phénomène de vieillissement est irréversible, partout sur la planète. Même la Chine vieillit à vitesse accélérée.

 

Ces structures d'âges élevés n'empêchent pas nos sociétés de se moderniser à grande vitesse, au plan technologique...

Oui, ce sont des sociétés vieillies qui ont adopté Internet, et cela plus vite que d'autres, plus jeunes. Il y a certainement un acquis en matière de compétence, de niveau intellectuel, d'adaptabilité, qui devrait nous aider à résoudre cette crise longue. D'autant que se profile un grand moment de l'histoire de l'humanité : l'alphabétisation complète de la planète, qui devrait intervenir vers 2030. L'écriture date de 3.000 avant Jésus-Christ, il aura fallu 5.000 ans et quelque 200 générations pour réaliser ce grand projet. C'est impossible de ne pas être optimiste quand on envisage cela."

 

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Economie & Social
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BA 07/08/2009 14:27

La même semaine, deux informations concernant les banques françaises.
 
1- Première information :
 
Surendettement : le nombre de dossiers explose en France.
 
La crise continue de mettre les emprunteurs en difficulté. Les dernières statistiques publiées par l'ASF (Association française des Sociétés Financières) sont pour le moins alarmantes.
Rien qu'au moins de juin 2009, 19.236 dossiers de surendettement ont été déposés par des emprunteurs ne parvenant plus à rembourser leurs crédits. Soit une hausse de 18,5 % par rapport au mois précédent et de 17,5 % sur un an.
Parmi ces dossiers, 18.039 ont été jugés recevable, ce qui représente cette fois une augmentation d'un tiers par rapport au mois de mai, et de 21,4 % sur un an.
http://www.latribune.fr/patrimoine/banque-assurance/20090806trib000407881/surendettement-le-nombre-de-dossiers-explose-en-france.html
2- Deuxième information :
Un milliard d'euros de plus provisionné pour les traders de BNP Paribas en 2009.
http://cordonsbourse.blogs.liberation.fr/cori/2009/08/un-milliard-deuros-provisionn%C3%A9-pour-les-traders-de-bnp-paribas.html
 
 Conclusion : il faut une Révolution en France.

BA 04/08/2009 18:53

La Tribune, mercredi 15 avril 2009, page 3 :
 
En France, l’Etat a versé 10,5 milliards d’euros aux banques françaises pour les recapitaliser :
 
- 3 milliards d’euros au Crédit Agricole- 2,55 milliards d’euros à BNP Paribas- 1,7 milliard d’euros à la Société Générale- 1,2 milliard d’euros au Crédit Mutuel- 1,1 milliard d’euros à la Caisse d’Epargne- 0,95 milliard d’euros à la Banque Populaire.
 
Vous avez bien lu ? Nos impôts ont servi à recapitaliser la BNP de 2,55 milliards d’euros.
 
Et ce soir, nous apprenons que la BNP va distribuer 1 milliard d’euros à ses traders.
 
Les contribuables français donnent 2,55 milliards d’euros à la BNP pour la sauver de la faillite, et ensuite la BNP va distribuer 1 milliard d’euros à ses traders.
 
Conclusion : si nous étions encore un grand peuple, nous serions déjà en train de pendre les traders de la BNP à la lanterne.
 
Si nous étions encore un grand peuple, nous serions déjà en train de guillotiner les dirigeants de la BNP.
 
Mais, malheureusement, nous sommes devenus un peuple d’esclaves.
 
http://cordonsbourse.blogs.liberation.fr/cori/2009/08/un-milliard-deuros-provisionn%C3%A9-pour-les-traders-de-bnp-paribas.html
 

BA 04/08/2009 13:33

« Bruno Le Maire va devoir éteindre l'incendie qu'il a lui-même allumé. Le nouveau ministre de l'Agriculture doit recevoir les producteurs de fruits et légumes à 14 h 30, mardi, pour les convaincre de rembourser une partie des aides indues qu'ils ont touchées entre 1992 et 2002. »
 
http://www.lepoint.fr/actualites-economie/2009-08-04/500-millions-d-euros-a-rembourser-les-producteurs-au-ministere-de-l-agriculture/916/0/366685
 
 
Vous avez bien lu cette phrase ?
 
Mardi 4 août, à 14h30, le ministre Bruno Le Maire va recevoir les agriculteurs français pour les convaincre de rembourser 500 millions d'euros.
 
Jusqu'où la France va-t-elle descendre ?
 
Jusqu'à quand allons-nous accepter que des ministres français obéissent aux diktats de Bruxelles ?
 
Jusqu'à quand allons-nous accepter que des ministres français trahissent l'intérêt national pour obéir aux dogmes ultra-libéraux de l'Union Européenne ?
 
Jusqu'à quand allons-nous accepter que des ministres français trahissent les citoyens Français au profit d'une ploutocratie non-élue, qui n'a qu'une religion : LA CONCURRENCE LIBRE ET NON FAUSSEE ?
 
Jusqu'à quand allons-nous accepter qu'un ministre de l'Agriculture français trahisse sa mission : la protection des agriculteurs français ?
 
Bruno Le Maire, démission.