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18 août 2006 5 18 /08 /août /2006 12:06

Par Nathanaël Uhl


Plus de dix jours d’émeutes, partout en France. Des voitures brûlées par milliers, des établissements publics, des entreprises, prises pour cible. La République en flammes. Mais est-ce bien la République a laquelle on s’en prend ? Et si c’était à l’absence de République que les « gueux » des temps modernes réagissaient ?

 

Depuis 1981 et les premières flambées de violences aux Minguettes et à Vaulx-en-Velin, les politiques de la Ville successives ont échoué. Au point que les penseurs autorisés parlent aujourd’hui « d’échec du modèle républicain d’intégration ». La belle affaire que voilà. A priori, on serait tenté de leur donner raison à ces fossoyeurs de l’idéal « liberté, égalité, fraternité ».

En effet, quand les émeutiers de 2005 s’en prennent aux gymnases, crèches, écoles, centres sociaux… ils visent les symboles de l’Etat, Etat pris au sens large du terme : de la municipalité aux administrations nationales. Bref, à ce qui représente, sensément, la solidarité collective. Ce faisant, ils dénoncent l’absence de cet Etat au plus près d’eux. Peut-on encore parler de République quand sa présence n’est guère plus assurée, trop souvent, que par la Police nationale de répression et par l’école ? Où sont passés l’ANPE, la Poste, EDF-GDF ? Quels moyens restent-ils aux éducateurs de proximité quand les budgets des mairies – qui sont les dernières collectivités à les employer – sont réduits à peau de chagrin au nom de la sacro-sainte « réduction des déficits publics » ? On pourrait – devrait – aussi parler de l’enclavement des quartiers dits « sensibles ». A Marseille, le métro ne circule plus entre le centre et les périphéries, à partir de 21h. C’est la ghettoïsation de facto qui s’installe, quand la liberté de mouvements est remise en cause.


Dans ce contexte, les associations apparaissent débordées, devant assumer la solidarité, l’éducation, la prévention, avec des moyens en baisse constante. Combien d’entre-elles ont dû supprimer des actions faute de subventions à la hauteur des enjeux ? Combien de programmes associatifs ont disparu depuis que les gouvernements Chirac successifs ont supprimé les emplois-jeunes ? Combien de bénévoles se retrouvent désemparés quand les subsides des collectivités, de l’Etat et même de l’Europe sont désormais distribués dans le cadre « d’appels à projet » et non plus pour assurer le fonctionnement au quotidien ?


La France « black blanc beur » est devenue un leurre pour journaux télévisés. La vraie France tricolore est celle de l’apartheid social. A Sevran, à Hautepierre (Strasbourg), dans les quartiers Nord de Marseille, au Mirail à Toulouse, blacks, blancs et beurs vivent la même absence de débouchés, la même violence sociale, le même désespoir. Et les feux qui marquent ces mêmes territoires en sont l’expression médiatique, quand tout a été dit et redit, des centaines de fois. Avec pour seules réponses qu’un ministre se fixe comme objectif de passer ces quartiers au « kärscher » pour en éliminer « la racaille ».

 
Aujourd’hui, dans cette crise économique, sociale et morale qui traverse notre pays, c’est bien le manque de service public, le manque de République, qui est en cause. La reconquête des banlieues est un objectif en soi pour la gauche dans ce pays, mais aussi pour tous les républicains. Certes, il faut condamner la violence ; certes, il faut renouer le dialogue ; certes, il faut en finir avec les communautarismes divers qui gangrènent les périphéries (géographiques, sociales, culturelles…) de l’hexagone.


Mais il faut aussi et surtout remettre au cœur de l’action le service public de proximité. Le service public de l’Emploi ne peut être dévolu aux seules missions locales, c’est l’ANPE renforcée qui est nécessaire. Avec aussi la présence de l’Assedic. Mais si le gouvernement à venir ne change pas de pied par rapport aux Zones franches urbaines, ce renforcement du service public de l’emploi ne servira pas à grand chose. Il faut donc conditionner aussi les exonérations de cotisations sociales aux entreprises à l’embauche effective de jeunes issus des quartiers dans lesquels elles s’installent.


Le service public de l’Education ne peut plus être assuré par l’école maternelle et primaire, plus rarement par le collège et, épisodiquement, par le lycée professionnel, avec le soutien d’associations de bonne volonté. Les Zones d’éducation prioritaires doivent recouvrer tout leur sens, avec des moyens financiers à la hauteur, avec vraiment 20 élèves par classes et les outils de pointe nécessaires. Le renforcement des équipes péri-éducatives se pose aussi comme un besoin bien réel. Le redécoupage de la carte scolaire s’impose aussi, à l’évidence ; mais il ne sera pas suffisant pour arriver à l’objectif de mixité social tant que les moyens d’une éducation de qualité pour tous ne seront pas mis en œuvre.


Il faut aussi réimplanter les services publics tels EDF, GDF, La Poste, France Télécom au cœur de ces concentrations humaines. Cela implique, de fait, la relance de politiques d’embauches dans ces entreprises afin de faire fonctionner ces nouvelles antennes de proximité, qui répondent aux besoins des populations. Ces recrutements à venir permettront, en outre, à des jeunes issus des quartiers d’avoir accès à l’emploi, grâce aux concours. La même démarche doit valoir aussi pour le service public local : crèches municipales, antennes de quartier, centres communaux d’action sociale…


Mais cela ne doit pas nous exonérer de réfléchir sur l’urbanisme de ces quartiers, sur les concentrations inhumaines de logements devenus inadaptés – 25 000 habitants pour le seul quartier de La Paillade à Montpellier - et ayant perdu leur vocation initiale de sas vers l’accession à la propriété. Il convient de reprendre de vastes programmes de réhabilitations alliant les aspects d’habitat, de services de proximité, de transports en commun.


Les transports sont souvent oubliés dans la réflexion concernant les quartiers périphériques. Pourtant, ils ont un rôle majeur à jouer, tant ils sont les moyens indispensables de la mobilité, dont chacun mesure qu’elle est une condition sine qua non dans l’accès à l’emploi. Or, les banlieues sont les lieux de vie les moins bien irrigués par le service public de transport : lignes restreintes, horaires inadaptés, coût pour l’usager encore trop élevé…


Enfin, c’est aussi toute la politique de prévention qu’il convient de repenser. Dans ce cadre, oui, la Police de proximité est une nécessité. Et l’îlotage n’est pas une dépense inutile, c’est un investissement pour renouer le dialogue entre des populations défavorisées et les forces de l’ordre. Ce qui ne doit pas exclure, au contraire, l’embauche d’éducateurs de rue, de médiateurs, bref de tous les maillons de la chaîne de prévention.


Certes, cela coûte cher, et coûtera cher. Mais combien ces investissements vont-ils générer d’emplois nouveaux dans le secteur privé comme dans le secteur public ? Et qui dit emplois nouveaux dit aussi nouvelles rentrées fiscales. Un salarié, même fonctionnaire, paie assurément plus d’impôts qu’un chômeur. Et cela contribuera aussi à lutter contre les déficits publics, mais pas par des économies de bouts de chandelle : grâce à de nouvelles recettes.


En bref, ce n’est pas de plus de Politique de la Ville dont manquent nos périphéries aujourd’hui mais bien de remettre la politique dans la ville.

Rénover maintenant dans la fidélité à nos valeurs

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Combat Républicain
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