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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 02:29

Par Jean-Luc Mélenchon


Ceci est un post d’actualité. Pas n’importe laquelle. Celle d’une toute petite lutte. Petite, parce que c’est un homme tout seul qui la mène à sa façon, Alain Bourgeois, officier mécanicien au Havre. Mais je la trouve très significative. Elle est pour moi emblématique d’une situation que je veux dorénavant pointer et traiter. Celle de l’abaissement de la souveraineté nationale dans l’application de la loi française par les « investisseurs » étrangers.

Je crois en effet que plusieurs cas du même style nous alertent sur une nouvelle réalité dans les relations de travail quand le patron est un étranger. Je suppose que tout le monde a en tête le cas des Molex. Le seul respect de la loi en vigueur en France y est devenu un enjeu de la négociation. Jusqu’au point où l’on a vu un ministre se réjouir d’annoncer que la direction de l’entreprise s’engageait sur une décision qui n’était pourtant que le respect de la loi. Et le même ministre de se taire sur le fait que, pour le reste, la même direction ne respecte toujours pas la loi française et les décisions des tribunaux français. Je suppose que ce genre de remarque devrait me valoir les foudres de la gauche « prout, prout » qui y verra la marque de mon odieuse xénophobie. Et peut être même pire : de mon nationalisme ! N’empèche. Quand je vois que la loi n’est pas respectée du seul fait que « l’investisseur » est un étranger, le plus souvent nord américain, et que les autorités du pays d’accueil (le notre) semble trouver cela normal je mesure la chaine des conséquences et je comprends ce qu’est devenu le rapport entre notre pays en tant que nation d’une part et le capital et les nord américains d’autre part. Sur ce plan là aussi notre situation se rapproche de celles des nations d’Amérique latine face à l’empire. En ce sens la dimension nationale du combat social prend une actualité et un sens que le terrorisme intellectuel des griots de la mondalisation heureuse et de la puissance tutélaire bienfaisante des USA (genre « Nouvel Observateur ») ne doit pas empécher de voir. Ni d’assumer. Car c’est le niveau minimum minimorum que le respect de la loi du pays concerné pour attester la souveraineté de ce dernier. Bien sur il arrive que nous déléguions de la souveraineté nationale. Mais c’est par la loi que nous en décidons. Ou par les Traités. Comme par exemple en direction de l’Union Européenne. Mais là ? D’ou vient cette spoliation de souveraineté ? D’un pur rapport de force. En face, quoi ? Rien. La seule résistance vient d’en bas. Parfois au singulier absolu. Ainsi de la lutte de mon camarade Alain Bourgeois, officier mécanicien au port du Havre.


POURQUOI ONT-ILS ABANDONNE ALAIN ?


Mon camarade du Parti de Gauche, Alain Bourgeois, officier-mécanicien, est en grève de la faim sur le port du Havre depuis le 13 août dernier. Il dénonce, pour l’ensemble des acteurs de la filière, les atteintes aux conditions de travail des salariés du remorquage des ports, pourtant régulièrement inscrites dans le code général du travail, le code maritime et même les accords de branche ! Jusqu’il y a peu, une compagnie unique, les fameuses « abeilles », était habilitée à remorquer les navires jusqu’aux quais, suivant un cahier des charges extrêmement contraignant et sécurisant, chaque jour et 24h/24h. La vente de la Compagnie à un groupe espagnol et l’arrivée d’une société hollandaise, ont évidemment entraîné une concurrence acharnée. C’est évidemment sur les conditions de travail et leur côut que cette concurrence s’est concentrée, davantage que sur quoique ce soit d’autre comme par exemple la modernisation des outils de travail et des procédures de celui-ci. Comme d’habitude. Ce sont donc les conditions de sécurité et les acquis sociaux qui ont été « modernisés ». C’est à dire saccagés. C’est a présent la fin des congés payés et des dimanches et jours fériés pour les marins des remorqueurs du Havre… et d’ailleurs. Aujourd’hui, par un tour de passe-passe, la Compagnie hollandaise entend imposer 26 semaines de 70h et 26 semaines non travaillées, soit 52 semaines, en faisant l’impasse sur les week-ends repos hebdomadaires, les jours fériés et la totalité des congés. Sévère ! Mais bien sur le salaire restera le même ! Dans le même esprit, on comptabilise dorénavant le repos à posteriori. Seul 9 heures de repos sont accordées quotidiennement. "Décryptons", comme on dit à la télé. Cette comptabilité conduit à imposer des heures d’astreinte non rémunérées à bord. Evidemment ces heures d’astreintes échappent ainsi au régime des heures supplémentaires. Elle est pas belle la vie ? Travailler plus pour gagner moins. L’Inspection du Travail a donné raison à notre camarade Alain Bourgeois. Un comble : La Compagnie en prend acte. Mais elle refuse d’appliquer les accords. Vu ? Pour faire face Alain devrait donc à aller en justice pour les faire appliquer ! Voilà comment le cynisme procédurier achève le tableau du mépris pour la loi. Le libre citoyen Alain Bourgeois, du pays souverain France fait la grève de la faim depuis le treize aôut pour que la loi de son pays soit respectée dans son pays par une compagnie étrangère. Et les autorités du pays ? Rien. Elles ne font rien. Ou bien seulement des coups de mains aux délinquants. Sur place les camarades se relaient pour soutenir Alain en ne le laissant pas seul. Ce sont des militants. L’Etat a disparu.

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Economie & Social
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