Culture et mémoire républicaine

 

Recherche

A propos du site

12 septembre 2006 2 12 /09 /septembre /2006 23:23


Par Nathanaël Uhl


Il y a 5 ans, deux avions, dont des kamikazes avaient pris le contrôle, se sont écrasés sur les tours jumelles du World Trade Center, tandis qu’un troisième ciblait le Pentagone. Le monde est alors entré de plain-pied dans le 21e siècle, traumatisé. C’est une évidence : depuis les attentats revendiqués par la nébuleuse Al Qaïda le monde évolue différemment. La peur s’est installée, légitimement. Même en France, où « la menace terroriste est vraiment très élevée », selon le patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST). Le premier résultat concret de cet état de faits, alimenté par les attaques meurtrières de Madrid et de Londres, demeure une séparation accrue entre les populations selon leurs origines ethniques et leurs croyances religieuses. Dans un second temps, ce qui marque les esprits depuis le 11 septembre 2001, c’est le recours systématique à la force pour régler des problèmes qui sont, avant tout, de nature politique. Cela, en soi, constitue un recul terrifiant lourd de menaces.

 

Il ne s’agit nullement de cautionner de quelque manière le terrorisme, qu’il soit l’œuvre d’Al Qaïda ou de quiconque. Tout acte de tuerie perpétré contre des innocents ne peut qu’être condamné avec la plus extrême fermeté. Les auteurs de ces crimes doivent être poursuivis, arrêtés et déferrés devant la justice. Et, en attendant qu’une solution politique soit mise en œuvre pour éradiquer le terrorisme, ce qui prendra du temps, les dispositifs sécuritaires doivent rester actifs, dans la mesure où ils n’interfèrent pas sur les droits de l’Homme et sur les libertés individuelles.

 

Ce préalable obligatoire posé, nous pouvons observer que ce qui fait le terreau de la galaxie Ben Laden demeure une situation politique et sociale effrayante. Du Maroc à l’Afghanistan ; du Soudan à l’Indonésie, les vocations de martyrs fleurissent sur le terreau de la misère et de l’autoritarisme. Quand la démocratie n’est pas au rendez-vous, quand la grande majorité de la population vit dans des conditions de pauvreté extrêmes, quand les représentants politiques et économiques de l’Occident légitiment des gouvernements dictatoriaux, l’islamisme apparaît malheureusement comme la seule issue politique pour des populations en proie au désespoir. D’autant que les groupes fondamentalistes bénéficient du soutien financier, direct ou indirect, des puissances d’argent ; tout comme les fascistes, en France et ailleurs, ont bénéficié, de tous temps, des mansuétudes de la haute bourgeoisie.

 

Ce soutien financier des familles princières d’Arabie Saoudite ; de l’oligarchie syrienne ; du clergé iranien, détenteur du pouvoir temporel ; de la junte militaire pakistanaise… permet aux bras politiques de l’intégrisme musulman de s’adresser aux couches populaires en voie de marginalisation et de leur offrir sinon les moyens au moins l’illusion de « changer leur vie ». Lorsque l’on gagne deux à trois dollars par jours, qu’importe la charia ou la burka si c’est là la condition pour obtenir quelques deniers de plus au foyer. L’absence d’opposition démocratique organisée transforme les thuriféraires de l’islam radical en dernier recours. Ce, d’autant plus facilement que la laïcité demeure bien souvent associée au souvenir d’un colonisation loin de n’avoir eu que des effets positifs. Du coup, seules les organisations religieuses apparaissent, pour les peuples, comme un recours.

 

Cette situation est bel et bien politique, qui nécessite une réponse de même nature, sous forme d’une assistance ferme et continue aux embryons de résistance démocratiques qui persistent, malgré tout. Ce soutien, les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux ont su le mettre en place dans les pays satellites de l’Union soviétique bien avant la chute du mur. Soutenir les organisations auxquelles les citoyens de ces pays participent, leur permettre d’aller à leur rythme, en tenant compte des situations locales, voilà ce qui serait utile pour tout le monde.

 

Certes, pour réaliser cette idée jusqu’avant le 11 septembre, il aurait fallu que l’Oncle Sam change son fusil d’épaule, lui qui a soutenu, au nom de la lutte contre le communisme, les pires régimes de la planète, notamment au Proche et au Moyen-Orient.

 

Au lieu de cela, aujourd’hui, George W. Bush et son administration, confrontés à la révolte de leur créature (Al Qaïda a vu le jour grâce à la CIA), n’ont eu de réponse à cette question que celle de la force. Pourtant, quelques années auparavant, la tragédie algérienne avait déjà attiré notre attention sur l’impasse que constitue toute tentative de régler militairement une crise politique. En rendant caduc les accords de Rome, les généraux algériens n’ont réussi qu’à précipiter leur pays dans la guerre civile. Un conflit fratricide dont l’issue actuelle est bien fragile qui occulte les responsabilités des massacreurs qu’ils soient salafistes ou sous l’uniforme.

 

En attaquant l’Afghanistan, réponse directe aux attentats du 11 septembre, les Etats-Unis n’ont réussi qu’à précipiter une partie du monde déjà bien instable dans le chaos. L’apparence de victoire qui prévalait en 2002-2003, leurre qui a amené la création d’un second front en Irak, est aujourd’hui tombée en miettes. Les Talibans sont revenus sur le devant de la scène et représentent, à nouveau, une alternative pour un peuple soumis à la violence depuis trop d’années. Les GI’s à Kaboul, bien que défendant la démocratie, apparaissent, à l’image de l’armée rouge dans les années 80, comme des nouveaux colonisateurs. Idem en Irak ou la présence américaine a, en outre, achevé de briser le peu de ciment national qui existait en ouvrant la porte aux affrontements communautaires : chiites contre sunnites, arabes contre perses, kurdes contre tous…

 

Les attentats contre le Wolrd Trade Centre et la réaction des Etats-Unis ont eu, en effet, comme conséquence d’approfondir les fossés pré-existants entre communautés. L’administration Bush, très américaine en cela, n’a pas compris le drame que constitue le retour des communautarismes, qu’elle a favorisé soit dit en passant. D’autant que ces replis sur soi identitaires, religieux autant qu’ethniques, ne sont pas cantonnés aux seuls pays d’Orient. L’Europe, elle aussi, en est la victime.

 

La peur de l’autre est partout : matraquée à la télévision, serinée par les journaux, elle déforme nos regards sur l’autre. Même des camarades du Parti socialiste ont soutenu les interventions militaires en Afghanistan et en Irak, brandissant l’islamisme radical comme le repoussoir justifiant ces guerres, vécues par leurs victimes comme des agressions et non une libération. Il me souvient que Malek Boutih, alors président de SOS Racisme, et ses amis qualifiaient ceux qui refusaient la guerre comme règlement de la crise politique afghane de « munichois ».

 

Aujourd’hui, de plus en plus, cette situation dégénère d’amalgames en amalgames. Le Mrap soutient le Hezbollah au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et refuse de regarder ce mouvement pour ce qu’il est : la façade politique d’un mouvement extrémiste, qu’il faut combattre par les urnes et sur le terrain social. D’autres, à gauche aussi, désireux de lutter contre l’islamisme radical, confondent de fait musulmans et fondamentalistes. En cela, ils sont aidés par quelques facteurs objectifs : comparé au Christianisme, l’Islam est une religion jeune, vivante et expansionniste. Son stade de développement est comparable à celui des religions chrétiennes au 14e siècle après J.C. Et comme le catholicisme de cette période, l’Islam, même modéré, envisage avec une certaine difficulté la séparation entre l’Eglise et l’Etat.

 

Las donc, il convient encore une fois de remettre, en ce début de 21e siècle, la politique au centre du débat et des décisions. Sauf à souhaiter que, sous couvert de « nouvelles croisades », la guerre impérialiste reprenne le dessus.


 
Rénover maintenant dans la fidélité à nos valeurs

 

Partager cet article

Repost 0
Published by le Citoyen Thimèle - dans International
commenter cet article

commentaires