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27 septembre 2006 3 27 /09 /septembre /2006 22:00

Par Christophe Beaudoin


Incendies de forêt, guerre du Liban, terrorisme islamiste, exploration spatiale : vous n'imaginez pas à côté de quelle chance de résoudre d'immenses problèmes nous sommes passés, en votant "non" à la Constitution européenne ! Pourtant, les grands défis contemporains trouvaient leur solution dans les 600 et quelques pages du projet Giscard. Franchement vous n'êtes pas raisonnables. L'Europe de Bruxelles veut votre bonheur, et vous le prouve chaque jour avec ses 90.000 pages de réglementation, et vous vous lui jetez au visage ce "non" laconique ? Français vous êtes une bande d'ingrats !
Les socialistes européens, plus précisément leur Président de la Commission des affaires constitutionnelles Jo Leinen, ont eu la bonne idée d'exposer, par le menu, ce qu'il en coûte, selon eux, d'avoir refusé le paradis européiste du Traité constitutionnel. Peut-être cela vous aidera-t-il, électeurs du Non, à réfléchir à votre erreur du 29 mai 2005 et la prochaine fois, disons lorsque Monsieur Sarkozy ou Madame Royal sera votre Président(e), à ne plus vous tromper de réponse. Bien que cette fois, on ne vous interrogera sans doute pas. On fera ratifier par le Parlement - l'Assemblée et le Sénat - dont les choix dépendent, on l'a vu, des oukases des appareils politiques, c'est donc plus sûr.


"Malgré les critiques des Cassandre prétendant que la Constitution conduit à une Europe socialement injuste, elle comprend effectivement des réformes et des améliorations importantes, en comparaison avec le traité de Nice"


"Le coût de la non-constitution": voilà cette fois, ce qu'ils ont osé faire. En anglais et en allemand exclusivement, s'il vous plait ! Et c'est encore signé de l'eurodéputé socialiste Jo Leinen, celui-là même qui prêta déjà son nom à la fameuse résolution votée en juin appelant à relancer "le compromis constitutionnel global" tel quel au second semestre 2007. Le jovial Président allemand de la Commission dite des "affaires constitutionnelles" - vient de publier un rapport expliquant, thème par thème, à quel point les peuples français et néerlandais, ont eu tort de voter non. Et combien il leur en coûte aujourd'hui, ainsi qu'à l'Union européenne toute entière, innocente victime de la mauvaise humeur typiquement française. Toutes ces choses qu'on ne peut pas faire ensemble sans Constitution européenne - lutter contre le terrorisme, l'insécurité, contrôler l'immigration, faire du social, abattre le chômage, mener une politique étrangère unique - et qu'on aurait résolu facilement, à coup de votes à la majorité qualifiée.
 
Pire encore, la Constitution aurait rendu l'Europe démocratique. On se félicite déjà que M. Leinen admette qu'elle ne l'est pas. Comment la rendre démocratique ? Grâce au développement de la codécision et avec la création d'une sorte de droit de supplique des parlements nationaux et des citoyens-pétitionnaires à la Commission, que prévoyait par le merveilleux texte... Ben voyons ! Se moquant une nouvelle fois du monde, ce rapport pénible à lire vient donc accabler ces électeurs qui-votent-mal et qui ne-répondent-pas-à-la-question-qu'on-leur-pose.
Le raisonnement est toujours articulé de la même manière :
1) l'Europe ne fonctionne pas - elle n'est pas démocratique, elle n'est pas efficace dans bien des domaines etc - ça on ne leur fait pas dire..., donc il faut plus d'Europe ! L'intégration est la solution aux problèmes posés par l'intégration. 
2) l'essentiel est d'avoir une politique unique à 25 (demain 27) dans tous les domaines, peu importe quelle politique, peu importe ce qui sort du tuyau, pourvu que ce soit un tuyau unique européen. "L'Union pour l'union", religion de substitution.

Ledit rapport est actuellement diffusé par le groupe socialiste au Parlement européen, dont sont membres 31 eurodéputés français, qui ne semblent pas gênés par cette nouvelle initiative provenant de leurs rangs, pas plus qu'ils ne l'étaient lors du vote de la résolution Leinen en juin. On se souvient qu'ils avaient dû publier des indignations officielles à la suite de notre article 47 eurodéputés français rejettent le résultat du référendum , pour préciser qu'eux n'avaient pas vraiment jamais accepté ladite résolution mais l'avaient juste laissée passer (en s'abstenant pendant que tout le monde votait pour), excusez du peu !

Qu'on se rassure donc, le PS français n'a certainement rien à voir avec ce nouveau rapport du socialiste Leinen. Suite à l'embarras créé dans ses rangs après la publication de la dépêche de l'agence Europe annonçant ce nouveau rapport, M. Leinen a été contraint d'adresser à cette agence une demande de rectificatif. Ce "Corrigendum" publié ce matin précise que le président de la commission des Affaires constitutionnelles du PE, "plaide pour une version allégée de la Constitution, reprenant les parties I et II, et seulement les articles de la partie III qui ont réellement introduit des nouveautés par rapport au Traité de Nice. M. Leinen prie l'Agence Europe de souligner qu'il ne soutient donc pas la proposition récente de Nicolas Sarkozy en faveur d'un « mini-traité» constitutionnel (dépêche AE n° 9261), car, selon lui, il s'agirait de «cherry-picking». Il convient aussi de préciser que, contrairement à ce que nous avons indiqué, le PE n'a pas décidé de préparer un rapport sur les coûts politiques de la non-Constitution, mais que M.Leinen a pris l'initiative personnelle d'identifier ces coûts, dans un document qu'il a distribué aux journalistes lors de sa conférence de presse du 19 septembre".

Lorsque M. Leinen conclut qu'il veut voir le traité constitutionnel en vigueur "au plus tard d'ici 2009", nos vertueux eurosocialistes français comptent-ils y répondre par une critique, une réserve peut-être, en considération des 8 millions d'électeurs de gauche qui ont voté "non" ? Qu'attendent-ils pour prendre sérieusement leurs distances avec les initiatives européistes venant de leurs rangs ?



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commentaires

Anna 30/09/2006 22:15

Fabuis s'est servi de la constitution européenne comme d'un marche pied vers la présidentielle. Il connait bien les institutions européennes puisqu'il a négocié le mauvais traité de Nice. Fabuis a sans doute oublié de dire aux français que la partie III de la constitution est déjà entrée en vigueur en dépit du vote du 29 mai. La partie I et II permettaient un rééquilibrage de la politique européenne vers plus de démocratie et de social. Désormais, c'est bien l'Europe libérale qui est en marche et cela grâce au vote non du 29 mai...

le Citoyen ThimÚle 01/10/2006 01:28

L'Europe libérale est en marche c'est certain, mais ce n'est absolument pas la faute de notre vote du 29 mai. L'Europe libérale existe depuis très longtemps déjà. Et puis personne d'ailleurs n'a dit que le 29 mai 2005 au soir, ce serait le grand soir. Mais si nous aurions dit oui, l'Europe libérale y aurait trouvé une légitimité qu'elle ne méritait pas et c'était une fuite en avant désastreuse. La situation serait bien pire aujourd'hui.