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9 octobre 2006 1 09 /10 /octobre /2006 22:02

Par Alfred Mignot


Candidat à la direction de l’OMS, le « French Doctor » Bernard Kouchner prétend, rapporte Le Figaro, « qu’il a d’ores et déjà reçu le soutien des pays de la francophonie ». Une assertion étonnante, car dans son dernier ouvrage, paru à la mi-septembre (Deux ou trois choses que je sais de nous, Robert Laffont), l’ancien ministre s’y montre sous un jour digne d’un militant de la francophobie...

La presse quotidienne française rapportait dans ses éditions de samedi 7 octobre que le Français Bernard Kouchner fait activement campagne pour se faire élire à la direction générale de l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé, élection qui doit intervenir le 9 novembre prochain.

A priori, il est permis de considérer que tout citoyen français soucieux de « la place de la France dans le monde » pourrait considérer cette candidature avec sympathie, et cela indépendamment de ses opinions politiques. En effet, si entre 1988 et 2002 Bernard Kouchner participa à quasiment tous les gouvernements socialistes, et fut même Haut représentant de l’ONU au Kosovo en guerre (1999-2001), c’est d’abord pour son action humanitaire qu’il se fit connaître, étant à la fois co-fondateur de « Médecins sans frontières » (1971), puis de « Médecins du monde » (1980). De cet engagement personnel au service des plus démunis est née l’estime que beaucoup lui portent, en France et bien au-delà.

Cela dit, dans l’article publié le 7 octobre par le quotidien français Le Figaro, l’auteur, Aude Marcovitch, rapporte que le docteur Kouchner « assure qu’il a d’ores et déjà reçu le soutien des pays de la francophonie ».

Cette révélation a de quoi laisser pantois ceux qui, attentifs à l’œuvre écrite du plus médiatisé des « French Doctors », auraient feuilleté son dernier livre, diffusé en librairie depuis la mi-septembre : Deux ou trois choses que je sais de nous (Robert Laffont).

En effet, dans l’ante-pénultième chapitre, on lit avec stupéfaction des assertions telles que :

Page 147 :

[...] nouveau venu dans le gouvernement de la République, j’avais été étonné, en 1988, que l’on insistât sur l’usage obligatoire du français pour les ministres.

Page 151 :

Après tout, même riche d’incomparables potentiels, la langue française n’est pas indispensable : le monde a bien vécu avant elle. Si elle devait céder la place, ce serait précisément à des langues mieux adaptées aux besoins réels et immédiats de ceux qui la délaisseraient.

« L’anglais, avenir de la francophonie » (sic !)

Certes, les inconditionnels du « French Doctor », qui a songé un temps à se porter candidat à l’élection présidentielle de 2007, objecteront que deux citations isolées de leur contexte « ne prouvent rien », et ajouteront que dans le même livre, Bernard Kouchner exhorte la francophonie à promouvoir la diversité culturelle... Diantre ! ne sait-il donc pas que l’OIF (Organisation internationale de la francophonie) s’y emploie avec vigueur depuis plusieurs années déjà, et que cet effort persévérant a abouti, le 25 octobre 2005, à l’adoption de la Convention de l’Unesco pour la diversité culturelle ?

Mais il est vrai que l’OIF n’est pas citée une seule fois dans ce chapitre, tout comme si elle n’existait pas... Enfin, si des citations isolées « ne prouvent rien », que dire du titre même de cet ante-pénultième chapitre, qui débute page 146 par un étonnant et littéralement incompréhensible : « L’anglais, avenir de la francophonie » (sic !)

Alors... ? Si Doctor Kouchner décroche la direction de l’OMS, nous pouvons craindre que le français n’y soit encore plus (mal)traité, tel un idiome « indigène » destiné à une disparition prochaine, et que l’on n’y entende s’épanouir l’injurieux « Speak white » par lequel les colons anglo-canadians ont si longtemps — et encore aujourd’hui, parfois — cherché à humilier nos cousins Québécois qui, vaillants résistants, se sont obstinés durant des siècles à parler français — malgré l’hostilité constante des jours ordinaires et les persécutions des années sombres, rien que pour préserver l’honneur d’être soi et l’espérance.

Reste une double question : la journaliste — elle ne nous en voudra pas de poser cette hypothèse — aurait-elle mal entendu ou mal interprété les propos de Doctor Kouchner ? Mais, si elle a bien compris, celui-ci dit-il vrai lorsqu’il prétend « qu’il a d’ores et déjà reçu le soutien des pays de la francophonie » ?

Comment, en effet, imaginer que l’OIF pourrait apporter sa caution et son soutien à un personnage si ostensiblement hostile à la défense et à la promotion de la langue française, donc, corollairement, aux valeurs de l’OIF, dont elle est à la fois l’ambassadrice et, pour beaucoup, le vecteur originel ?


Vox Latina

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Langue française & Francophonie
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