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24 octobre 2006 2 24 /10 /octobre /2006 00:21

Par Pierre Larrouturou, économiste et porte-parole de «Nouvelle donne». Dernier ouvrage paru : «Urgence sociale», Ramsay

Jamais depuis 50 ans, nos pays n'ont vu des écarts aussi scandaleux se creuser entre l'évolution des bénéfices et le niveau de vie des gens normaux. Cette situation est explosive ! Face à une droite dure, il faut réveiller la gauche…



«Le PS est en état de mort cérébrale. Cela fait 4 ans que nous n'avons eu aucun débat de fond.» Cette analyse de Michel Rocard me revient à l'esprit à chaque fois qu'un ami me demande ce que j'ai pensé du débat entre les trois candidats socialistes.

La plupart des commentateurs ont analysé les différences entre candidats (« pas de différences fondamentales » de l'avis unanime). Ce qui m'a frappé, moi, c'est la différence (colossale) existante entre les trois discours, assez homogènes, et ce qui serait nécessaire pour sortir le pays de la crise… A aucun moment on n'a senti que nos trois héros parlaient d'un pays en situation d'urgence sociale.

Si l'on tient compte des chômeurs cherchant -ou acceptant- des emplois en CDD ou en intérim et des plus de 55 ans dispensés de recherche d'emplois, le total des inscrits à l'ANPE dépasse aujourd'hui les 3 870 000. Plus d'un million d'adultes et 1,5 million d'enfants survivent (sous-vivent ?) avec le RMI (+ 200.000 RMIstes en trois ans…). Des millions de salariés n'ont que des emplois précaires…

Selon l'Insee, 12% des salariés ont un salaire inférieur au SMIC. La multiplication de ces emplois précaires est humainement une catastrophe. Aujourd'hui, pour des millions d'hommes et surtout de femmes, la vie consiste en une alternance de périodes de chômage et de périodes de précarité : la galère à durée indéterminée…

A un tel niveau, chômage et précarité déséquilibrent complètement la négociation entre salariés et entreprises. Dit ou non dit, le "Si t'es pas content, tu peux aller voir ailleurs" remplace souvent toute vraie négociation. De ce fait, ce qui va aux salaires dans la richesse nationale a considérablement diminué.

En vingt ans, la part des salaires dans le PIB a chuté de 12 % ! 12 % de chute, ce sont cette année quelques 190 milliards d'euros qui vont rémunérer le capital alors qu'ils iraient aux salariés si le marché du travail retrouvait l'équilibre de 1980. 190 Milliards d'euros sur une année ! Il ne faut pas s'étonner que la bulle financière ait autant enflé et que le salaire moyen stagne…

Et la situation des paysans, que l'on présente parfois comme des privilégiés, n'est guère plus brillante : le revenu moyen des paysans a baissé de plus de 20% en sept ans, affirme l'Insee. Quant aux retraités, il vont bientôt subir l'application de la réforme Balladur : à partir de 2008, le niveau des retraites va baisser progressivement de 20% (30% pour les cadres).

Oui, il y a urgence sociale. Jamais depuis 50 ans, nos pays n'ont vu des écarts aussi scandaleux se creuser entre l'évolution des bénéfices et le niveau de vie des gens normaux. Cette situation est explosive. Il y a un an, les émeutes des banlieues auraient du réveiller nos dirigeants : 10.000 voitures brûlées, ce n'est pas rien. Et le rapport des Renseignements Généraux rédigé après ces émeutes expliquait clairement qu'il ne fallait voir derrière ces évènements la main d'aucune mafia, ni d'aucun Fous de Dieu mais seulement la preuve d'une « immense désespérance sociale». Oui, les RG, peu suspects d'angélisme, soulignaient surtout l'immense « désespérance sociale».

Une droite dure

Face à cette désespérance sociale, une droite plus libérale que jamais veut nous faire accepter ses potions radicales. Nicolas Sarkozy est toujours très flou quand il parle des questions sociales. Mais quelques maladresses de ses proches permettent de savoir ce qu'il fera s'il gagne les élections… Quand on lui demande « Allez-vous généraliser le CNE (2 ans de précarité avant un CDI) ? » Renaud Dutreil répond « Pas avant les élections de 2007 !» Et quand on demande à François Fillon si les problèmes de dépendance des personnes âgées ne devraient pas être mieux pris en compte la Sécurité Sociale, il explique que "la bonne piste est de compléter le système actuel avec des dispositifs d'assurance privée» (Les Echos, 4 septembre 2006). Tant pis pour tous ceux qui n'auront pas les moyens de s'assurer… Guillaume Sarkozy, le frère de Nicolas, ancien PDG du textile reconverti dans l'assurance privée santé-retraite, a du mal à cacher son impatience : «le secteur de la santé va bientôt connaître de vrais bouleversements » se réjouit-il. On aimerait qu'il nous en dise plus !

Si la droite gagne les prochaines élections, on peut s'attendre au pire : l'Assemblée Nationale sera priée de donner au gouvernement le droit de « réformer par ordonnance » explique François Fillon. Nicolas Sarkozy a expliqué à des proches qu'il ne chercherait pas à être populaire : « tant pis s'il y a des manifs, tant pis s'il y a des bavures», il ne veut faire qu'un mandat et ira ensuite « dans le privé » pour toucher les bénéfices de son action réformatrice…

Les gaullistes sociaux qui cherchaient à combiner croissance économique et justice sociale doivent se retourner dans leurs tombes. C'est une droite archi-libérale qui veut prendre le pouvoir en mai prochain. Voilà pourquoi, il faut absolument que la gauche gagne.

Réveiller la gauche

A gauche aujourd'hui, beaucoup dépriment : « En 1997, en votant pour le PS, on avait les emplois-jeunes et les 35 heures. Au moins 700 000 emplois créés en quelques années. Mais en 2007, voter PS, ça donne quoi de concret ? s'interrogeait récemment une amie, avant de conclure : pour que la gauche gagne le deuxième tour, il faut qu'elle y soit présente. Moi, je vais voter PS dès le premier tour mais je vais voter avec une pince à linge.» Voter avec une pince à linge ? Ça n'est pas très excitant. Est-on sûr que nous ne pouvons rien faire pour réveiller la gauche ? Si nous sommes des millions à attendre mieux, nettement mieux, pourquoi rester chacun dans son coin à rentrer sa colère ? Il nous reste encore 6 mois. C'est suffisant sans doute pour lancer quelques débats de fond. Tel est l'objectif du collectif Nouvelle Donne, que nous venons de créer avec un certain nombre d'amis. Je vous en reparlerai bientôt.


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Published by le Citoyen Thimèle - dans Economie & Social
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