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11 novembre 2006 6 11 /11 /novembre /2006 01:36

Par André Bellon et Emmanuel Dupuy

 


Que fallait-il attendre du rapport de la Commission de réflexion sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics, dite « Commission Machelon », du nom de son Président, l’universitaire Jean-Pierre Machelon, enfin rendu public après plusieurs mois de report, pour cause de convenance personnelle et d’agenda politique de son initiateur, le ministre de tutelle des cultes ?

Pas grand-chose, tant les dés étaient pipés largement en amont, eu égard notamment à la composition de ladite Commission, qui a travaillé à charge, ce qui ne laissait guère de doute, ni d’espoir quant aux conclusions dévoilées la semaine dernière.

De quoi s’agissait-il ? Rien de moins, six mois après l’année de célébration de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, que de réviser en profondeur « l’articulation entre les associations cultuelles régies par la loi de 1905 et les associations dites culturelles régies par la loi de 1901 ».

A ce rythme, le commanditaire risque de récolter les fruits de son méfait, alors même que l’immense majorité des Français plébiscite la laïcité comme un des plus solides ferments de l’unité nationale. Si l’on se fie aux derniers sondages, les Français louent dans leur grande majorité la neutralité de l’Etat, qui, faut-il le rappeler « ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte », comme le dispose l’article 2 de cette loi d’équilibre qu’est la loi de 1905…

Que gagner, en effet, à quelques mois d’échéances déterminantes, à remettre en cause de manière si radicale le financement des lieux de culte, plaçant désormais les collectivités locales en première ligne, sans qu’aucun financement ne soit assuré et que la voie vers la communautarisation de notre société semble devoir s’inscrire dans le marbre de la loi ?

Que dire, par ailleurs, de la proposition visant à instituer un Code administratif des cultes, alors qu’une modernisation du Code général des collectivités territoriales aurait sans doute suffit à répondre aux interrogations des élus quant à l’origine et au montant du financement des lieux de cultes, notamment en ce qui concerne la construction de nouveaux lieux de cultes musulmans ?

Que dire, enfin, de la porte ouverte, désormais béante, visant à la reconnaissance de certains « mouvements religieux atypiques » — cela ne s’invente pas et est écrit en toutes lettres dans le rapport de la commission Machelon ? Seraient ainsi reconnus — sans aucune forme de débat collectif —, organisations à objet religieux et organisations cultuelles…Cette reconnaissance de certains mouvements sectaires ouvre la boîte de pandore…

La méthode est certes habile, quoique cynique. Elle est pourtant peu légitime et semble peu à propos, quand on sait que pour habiller Paul, il a bien fallu déshabiller Pierre. La remise concomitante du rapport sur la laïcité dans les services publics confié au président du CNFPT, André Rossinot, dans la ligne conductrice du rapport Stasi de 2003, est à retenir dans les annales de la mauvaise foi politicienne…

L’on est en effet en droit de se demander quelle sera l’utilisation qui sera faite in fine des conclusions de cette mission officiellement confiée par Nicolas Sarkozy en sa qualité de ministre de l’Intérieur et des Cultes, en octobre 2005 aux 16 membres de la commission. Le risque est grand que ses conclusions, après une année de fonctionnement engageant des fonds publics soit intégralement reversé au profit du programme du candidat de l’UMP… Ce serait là une dérive monarchiste de plus, mais particulièrement injustifiable.

En gros, c’est un peu comme si Nicolas Sarkozy faisait d’une main ce qu’il récuse de l’autre. Pour ne pas être pris la main dans le sac, il semble vouloir donner des gages, tels que l’affichage d’une Charte de la laïcité et de la citoyenneté dans tous les établissements scolaires et semble prendre enfin la mesure du danger à ne pas respecter le principe fondateur de la liberté de conscience, notamment quand on sait les atteintes à l’égard de ce dernier dans les hôpitaux.

De l’autre main, plus coupable, sous couvert d’expertise juridique, il ordonne la mise à mort du principe séculaire de laïcité, pourtant célébré l’année dernière, à la grande satisfaction des Français.

D’un autre point de vue, le statu quo sur le statut anachronique régissant les rapports entre Etat et cultes en Alsace-Moselle est une amère défaite pour tous ceux qui réclamaient une stricte application de la séparation de la sphère publique des intérêts privés, de manière homogène sur l’ensemble du territoire.

A ce petit jeu de la primauté d’une pseudo équité sur l’égalité, comment ne pas lier cette volonté frénétique de transformation aiguë au plus haut sommet de l’Etat républicain, à la prise en compte officielle d’un « ordre juste » et d’une dénonciation de la portée du discours émancipateur du rationalisme, légitimant ainsi les religions et leurs représentants dans le sens d’une participation ostensible à la res publica, rappelée avec emphase par Benoît XVI, il y a quelques jours, et soutenue par la chancelière Angela Merkel, la nouvelle meilleure amie venue d’Outre-Rhin…

Les chemins de la campagne présidentielle ne mènent heureusement pas tous à Rome, ni à Munich... Toutes celles et tous ceux qui aspirent ainsi à la magistrature suprême, devrait mériter ces paroles prophétiques de l’écrivain Jean Paulhan, « tout ce que je demande aux politiques, c’est qu’ils se contentent de changer le monde, sans commencer par changer la vérité ».



Revue Républicaine

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Published by le Citoyen Thimèle - dans République & Laïcité
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