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3 décembre 2006 7 03 /12 /décembre /2006 23:35

Par Denis Collin


« Battre la droite ! », voilà le mot d’ordre des néo-royalistes d’hier matin. Les discours virulents contre la « dame aux caméras », les batailles de SMS, les réunions antiroyalistes, les tonnes de papier, les megaoctets de courriels envoyés, par exemple, par Gérard Filoche et ses amis, tout cela s’est envolé. Il faut maintenant faire bloc pour « battre la droite ».


À force de s’adapter aux discours et au lexique des classes dominantes, à force de baigner dans l’idéologie des médias qu’on courtise par tous les moyens, on finit par dire n’importe quoi. On croyait ruser avec l’adversaire, et c’est lui qui vous a emberlificoté. Car la « droite » et la « gauche » sont deux grands sacs vides dépourvus par eux-mêmes de contenu politique, pour ne pas parler de « contenu de classe ». Et continuer à raisonner dans ces termes, sans plus de précaution, c’est aller droit dans le mur.


Pourquoi de larges pans de la classe ouvrière se désintéressent-ils de la politique ? Pourquoi vont-ils parfois jusqu’à voter Le Pen en sachant que ça n’engage à rien ? Tout simplement parce qu’ils savent très bien que « battre la droite », ça ne veut rien dire. Pendant longtemps, disons jusqu’en 1981, la gauche s’est plus ou moins identifiée avec la lutte pour le socialisme (un socialisme fort modéré, mais un socialisme tout de même) et avec la défense des intérêts des salariés. La décennie 80, « le grand cauchemar » dit François Cusset , a tout chamboulé. On a vu une gauche qui faisait de l’entreprise le véritable lieu de l’émancipation, glorifiait « la France qui gagne » comme un vulgaire Guizot et mettait en place les « réformes de structures » dont la droite et le patronat rêvaient depuis si longtemps. De la destruction de la sidérurgie à la flexibilité du travail, du ralliement aux desseins impérialistes (de Pershing à la guerre du Golfe première version), la gauche au pouvoir a brouillé tous les repères, piétiné ses propres valeurs, brûlé ce qu’elle avait adoré avec une fureur incroyable. Écrasée en 1993 comme elle ne l’avait jamais été depuis 1962, la gauche n’est revenue au pouvoir en 1997 qu’à la suite des trop habiles manœuvres de M. Chirac et grâce à la complicité de M. Le Pen qui maintenait ses candidats partout où cela était possible a permis à la gauche de l’emporter dans plusieurs dizaines de triangulaires...


On rappellera également qu’une partie non négligeable de la gauche, la fameuse « seconde gauche », celle-là même qui a pris le contrôle du PS aujourd’hui, a soutenu le plan Juppé en 1995 contre le plus gigantesque mouvement social que ce pays ait connu depuis 1968. Les chefs de la CFDT et une large part du PS approuvaient cette « réforme des retraites ». Du reste, au sommet de Barcelone, quelques années plus tard, Jospin s’est engagé à réformer les retraites selon les vœux de la Commission de Bruxelles, c’est-à-dire à reprendre la tâche là où Juppé avait dû la laisser... On rappellera aussi qu’en 2003, à nouveau sur la question des retraites, le PS tout en faisant mine de soutenir les manifestants se refusait catégoriquement a exiger le retour au 37,5 annuités pour tous ; il ne s’agissait pour son porte-parole de l’époque, Julien Dray, que de mieux négocier les 40 annuités... Toujours en 2003, les manifestants protestaient aussi contre la décentralisation des personnels de l’Éducation Nationale et le transfert des TOSS aux régions.


Aujourd’hui, Mme Royal ne propose pas de revenir sur cette réforme de Raffarin, mais, conformément à ce qu’elle a toujours voulu, et conformément à ce qu’elle avait commencé à mettre en œuvre en collaboration avec Allègre, elle veut au contraire aller plus loin, aller jusqu’au bout en décentralisant le recrutement des professeurs et en cassant leur statut, dans la droite ligne de ce que le ministre de droite Robien a engagé.


Et on peut égrener encore longtemps cette litanie. Tous ceux pour qui la politique n’est pas plan de carrière savent cela et s’ils votent c’est essentiellement « contre » ceux qui sont en place et non parce qu’ils croient encore que les luttes sociales et l’émancipation des citoyens peuvent s’avancer derrière les bannières défraîchies de la droite et de la gauche. S’il faut « battre la droite » pour mettre à la place une droite rebaptisée « gauche », à quoi bon ?


Tout le monde le sait : Mme Royal est incapable de remobiliser cette partie du peuple et notamment du fameux « peuple de gauche » qui a voté « non » le 29 mai. Et pour cause : ce peuple de gauche, Mme Royal, représentante de la « gauche », l’a insulté et, comme ses collègues de la « majorité » ( ?) du PS elle s’est toujours refusée à tirer les conséquences de ce vote. Cela ne veut pas dire qu’elle perdra nécessairement les élections présidentielles. Une partie de la droite qui n’a aucune confiance dans l’agitation sarkozienne pourrait fort bien opter pour Mme Royal, exactement comme le capital financier anglais et une partie de la presse a fait bloc en son temps derrière Tony Blair.


Si on veut garder les vieux mots « droite » et « gauche » comme emblèmes politiques, ce n’est pas soutenant cette disciple de la doctrine sociale de l’Église qu’est Mme Royal qu’on y parviendra. Si on veut « battre la droite », ce n’est pas pour y mettre une droite repeinte en rose mais pour transformer les conditions de la lutte sociale dans ce pays. Battre la droite, cela pourrait alors bien vouloir dire : battre aussi bien Royal que Sarkozy, deux représentants de la classe dominante, deux défenseurs de l’exploitation capitaliste. Ce qui implique aussi qu’émerge une « vraie gauche », c’est-à-dire un rassemblement pluraliste de tous ces courants et mouvements qui veulent placer leur action dans la ligne du « non » au référendum sur le TCE, dans la lignée des mouvements de grève et des manifestations pour les services publics, contre les privatisations, mais aussi dans la perspective d’en finir avec la Ve République et e bonapartisme moribond dont Royal et Sarkozy sont, chacun à sa manière, les représentants les plus caricaturaux.


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Published by le Citoyen Thimèle - dans Elections 2007
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commentaires

Fédé 04/12/2006 21:43

j'oublie: ca craint du boudin >

Fédé 04/12/2006 21:41

>

kanea 04/12/2006 20:12

J'ai changer d'adresse. Prends la nouvelle.
 
Gros beezoo

marc d HERE 04/12/2006 15:46

Avec un autre vocabulaire, des compliments là où vous mettez des critiques, je suis assez d'accord avec votre analyse......