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19 décembre 2006 2 19 /12 /décembre /2006 00:24

Le post-historisme, idéologie du ségolisme

 

Par Marc-Emile Tournemire


Identifié par feu Philippe Muray comme l’incarnation de l’espèce humaine des temps post-historiques, Festivus festivus vote Ségo.

Après avoir accueilli un forum UMP dépourvu d’intérêt, le CNIT a été le haut lieu du lancement de la campagne ségoliste. Les cadres du PS et des comités « Désirs d’avenir » y ont en effet reçu une leçon de « démocratie participative » par le professeur Royal. La candidate socialiste leur a demandé de faire une campagne « joyeuse » et dans « la joie de vivre ». A mi chemin entre l’opération « immeubles en fête » ou « l’incroyable pique-nique du 14-Juillet », les manœuvres de propagande seront organisées dans « des lieux sympathiques : dans la rue, un bistrot, un appartement". De « petites micro-réunions » (sic) en « petites micro-réunions », la révolution des soviets participatifs est en marche. Et Festivus festivus, angélique et immature, festif et citoyen, en est l’avant-garde.

Festivus festivus devra, explique la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes, se rendre en mission « dans des lieux qui ne sont pas habituels : il peut y avoir une tente itinérante qui va dans des quartiers populaires », sorte de sympathique cirque politique allant de banlieues en banlieues.

Guimauve pour tous !

Les censeurs de la ringardise moisie et passéiste verront dans ce qualificatif de cirque de quoi nourrir leur réquisitoire. C’est pourtant, messieurs les procureurs, la stricte vérité. Je cite ma source (le discours ségoliste du CNIT) : « il faut faire intervenir aussi des intermittents du spectacle ! » car « il faut que ce soit gai […] qu’il y ait de la convivialité ». Quoi de mieux pour mettre l’ambiance qu’un spectacle de jonglerie sur fond de djembé ou qu’un chanteur en pull marin vous servant tout le répertoire des Têtes raides ? Qui d’autre qu’une brigade d’intervention poétique ou qu’un clown engagé peut mieux métamorphoser par sa geste artistique le quidam en survêt’ en citoyen participatif ?

Histoire d’enfoncer le clou, la Zapaterror souligne qu’« il faut mettre de la culture aussi, il faut mettre de la poésie ». Villon, Racine et Hugo peuvent reposer en paix, car ce n’est sans doute pas la culture littéraire raffinée d’un François Mitterrand à laquelle Ségolène Royal fait référence, mais plutôt à de la poésie de festival de rue, à du Jacques Prévert subventionné. Les Français sont prévenus !

Ségolène Royal - date de péremption : avril 2007

Avec ses dehors avenants et festifs, la campagne ségoliste sera ludiquement marketing : la député socialiste invite les cadres à confectionner des « produits » de campagne, peut-être pour répondre à l’opération des tongues sarkozistes de l’UMP. « Utilisez des bouteilles avec des étiquettes “Ségolène”, des petits badges, des petits noeuds dans les cheveux pour les enfants » a vivement conseillé Mme Royal. Cela assure-t-elle, permettra d’attirer les citoyens « qui ne sont jamais venus dans une campagne », ce qui sous-entend que l’homme de la rue est un sacré pigeon : la version socialiste du « temps de cerveau disponible » de TF1.

Désir d’avenir, déni de réalité

Initiative louable, les cadres PS sont invités à écouter les Français. Il ne s’agit pas d’entendre le message des citoyens et de le retranscrire dans des propositions concrètes, mais plutôt de prendre les propos des uns et des autres au pied de la lettre : « Notez-les, parce que là on est dans la vérité de ce que les gens pensent » (sic). Etrange conception de la participation démocratique : la notion de contradiction est rejetée, pour être mauvaise et évocatrice de conflits, donc de rapports de force présumés incompatibles avec une ambiance participative sympa. Les militants ne sont pas invités au débat d’idées, mais à une prise de notes pointilleuse. Ce n’est pas du populisme, contrairement à ce qui est souvent affirmé : le populisme est l’expression tribunitienne de ce qui est présentée comme la pensée du peuple. Or ici, il n’est point question de peuple, mais au mieux de « catégories populaires », ce qui suggère irrésistiblement la logique de sondages qui meut le ségolisme. Les militants prendront le pouls de l’opinion, pareils à des enquêteurs d’IFOP. D’ailleurs, le slogan « Pour que ça change fort » est « la phrase que [Ségolène Royal a] entendue le plus souvent partout, dans le train, dans la rue, dans les réunions ». CQFD.

Le malentendu ségoliste réside dans l’ambiguïté du propos de Ségolène Royal. Sous couvert de tirer les leçons de 2002, l’année zéro du PS, Ségolène Royal persiste dans le déni du réel. Elle ne fait pas « peuple », elle fait « people ». Comment expliquer autrement ses plans médias sophistiqués ou le fait de se faire appeler par son prénom comme une starlette de téléréalité ? Convoquons à nouveau Philippe Muray : « Après avoir fait semblant de se mettre à l’écoute du peuple, [les politiciens éconduits par le suffrage universel en 2002] décident que leur différend passager avec celui-ci n’est dû qu’à un déficit de communication, et que si le peuple s’est si mal conduit c’est que l’on est pas encore allé assez loin dans un certain nombre de domaines », comme la régionalisation ! Le « non » l’a emporté largement en 2005 ? C’est qu’il faut plus d’Europe, etc. Le programme de Ségolène Royal n’est pas réactionnaire, mais bien furieusement moderne. Maternant (plus d’Etat providence) et castrateur (gare à l’encadrement militaire !), communautariste (promotion des droits des « minorités » et d’une régionalisation idyllique) et mercatique (le slogan « demain sera féminin » était déjà pris), le ségolisme est une vaste escroquerie intellectuelle, une supercherie de supermarché dont les Français doivent se garder comme de la peste.

 

Revue Républicaine

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Elections 2007
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