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28 mars 2007 3 28 /03 /mars /2007 21:44
Jean Jaurès naît le 3 septembre 1859 à Castres. Il est issu d'une famille de modeste bourgeoisie provinciale, avec quelques brillantes carrières (deux cousins amiraux dont l'un deviendra ministre de la marine en 1888). Le père de Jean, Jules Jaurès, est un petit paysan ; son épouse Adélaïde Barbaza, élève avec beaucoup de conscience leurs deux enfants : Jean, l'aîné, et Louis qui deviendra amiral et député républicain-socialiste.

Brillant élève, Jean bénéficie des chances de promotion sociale qu'offre la République : il est reçu premier au concours d'entrée à l'école normale supérieure de la rue d'Ulm, dont il sort agrégé de philosophie et bon républicain.

Jaurès devenu maître de conférence à la faculté de Toulouse, ne conçoit pas alors d'autre rassemblement que celui des républicains. Tenté par la carrière politique, il est élu député du Tarn aux élections de 1885 qui se déroulent dans le cadre du scrutin majoritaire. Non inscrit, il siège au centre gauche et soutient le plus souvent Jules Ferry, même si son " grand homme " demeure Gambetta. Ses propositions de réforme sociales sont remarquées et lui valent les félicitations de la revue socialiste.

Battu en 1889 dans le cadre du scrutin d'arrondissement, Jaurès reprend son enseignement à la faculté de Toulouse. Il est reçu docteur en philosophie en 1892 avec sa thèse principale De la réalité du monde sensible et sa thèse secondaire en latin, Des origines du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte, et Hegel.

Il continue également son activité politique ; depuis 1887, il collabore à la radicale " Dépêche ", et il devient conseiller municipal, puis maire adjoint à l'instruction publique de Toulouse (1890-1893). Son expérience, sa connaissance des milieux ouvriers et des militants socialistes, ses travaux et ses recherches l'orientent vers le socialisme. Cette évolution s'achève avec la grève des mineurs de Carmaux.

La compagnie des mines, dirigée par le baron Reille, l'homme fort de la droite Tarnaise, et son gendre le marquis Ludovic de Solages, député de la circonscription, venait de licencier un de ses ouvriers, Jean Baptiste Calvignac, leader syndical et nouveau maire de Carmaux depuis le 15 mai 1892. C'était remettre en cause le suffrage universel et les droits réels de la classe ouvrière à s'exprimer en politique. Dans ses articles à la Dépêche, Jaurès soutient cette grève qui se termine par la réintégration de Calvignac et la démission du marquis de Solages. Les ouvriers de Carmaux demandent alors à Jaurès d'être leur candidat à l'élection partielle. Jaurès devint le député socialiste de Carmaux le 8 janvier 1893.

Proche des guesdistes, Jaurès milite avec ardeur contre " les lois scélérates " ou en faveur des verriers de Carmaux, renvoyés par leur patron Rességuier.

Toutefois, c'est avec l'affaire Dreyfus que Jaurès rentre pleinement dans l'histoire. Convaincu par ses amis normaliens et en particulier Lucie Herr, par les militants allemanistes, par le " J'accuse " de Zola, il s'engage avec passion. L'affaire met en jeu non seulement une injustice individuelle, mais le respect de l'humanité elle même. Elle pose le problème du mensonge et de l'arbitraire des grandes institutions bourgeoises, notamment de l'armée.

Battu aux élections de 1898 (l'installation de la Verrerie Ouvrière à Albi et son ardente défense de Dreyfus ont provoqué sa défaite), Jaurès devient directeur de "La petite république". C'est dans les colonnes de ce journal qu'il publie Les preuves relatives à l'affaire Dreyfus. Il dirige une Histoire socialiste de la France contemporaine pour laquelle il rédige les volumes consacrés à la Révolution française (1901-1903).

Jaurès a pris conscience des résistances de la société capitaliste et des dangers révélés par la montée du nationalisme et de l'antisémitisme. La défense de la république devient son objectif primordial : il soutient donc le gouvernement Waldeck Rousseau qui associe à son action, pour la première fois, dans l'histoire de la République, le socialiste Alexandre Millerand, nommé au commerce et à l'industrie.

Jaurès et son Parti Socialiste Français s'engage nettement en faveur du bloc des gauches et du gouvernement Combes (1902-1905) qui prépare le vote de la séparation des églises et de l'Etat (Décembre 1905).Cependant, les réformes sociales attendues marquent le pas. Le dynamisme du bloc s'épuise. Jaurès, vice-président de la chambre en 1902, n'est pas réélu à cette fonction en 1904.

Jaurès réélu député du Tarn en 1902, fonde le quotidien "L'Humanité" en 1904. Il infléchit ses choix stratégiques et donne la priorité à l'unité socialiste. Celle ci se réalise au Congrès du Globe (Avril 1905) avec la création de la S.F.I.O. Unité fragile : Jaurès est critiqué, mais il parvient souvent à convaincre ses camarades. Dirigeant politique important, il engage le dialogue avec les syndicalistes révolutionnaires de la C.G.T. et lutte contre l'expédition coloniale au Maroc.

Jaurès qui a depuis longtemps une dimension internationale va, les dix dernières années de sa vie, lutter contre la guerre. Il est obsédé par les menaces contre la paix, surtout pendant les guerres Balkaniques en 1912-1913. Il a rédigé en 1910 une importante proposition de loi consacrée à l'armée nouvelle dans laquelle il préconise une organisation de la Défense Nationale fondée sur la préparation militaire de l'ensemble de la Nation. Il mène une vigoureuse campagne contre la loi des Trois Ans de service militaire, votée en 1913 : c'est le magnifique rassemblement du Prés Saint Gervais le 25 mai 1913, qui réunit 150 000 personnes.

1914 semble apporter de nouvelles raisons d'espérer : la guerre dans les Balkans est finie, les élections en France sont un succès pour les socialistes. Mais les événements se précipitent. L'assassinat de l'Archiduc François Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914 n'est ressenti comme un événement dramatique qu'avec l'ultimatum autrichien à la Serbie du 23 juillet 1914. Jaurès tente d'infléchir dans un sens favorable à la paix, la politique gouvernementale. Il se prépare à écrire un article " décisif " sur ce sujet quand il est assassiné à Paris par Raoul Villain, nationaliste exalté, au café du croissant, le 31 juillet 1914.

Gilles Candar

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Published by le Citoyen Thimèle - dans CULTURE & MEMOIRE REPUBLICAINE
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