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2 juillet 2007 1 02 /07 /juillet /2007 19:57

Par Jean-Yves Crevel

Ce qui s’aggrave en France existe déjà à travers le monde : La plupart des dictatures entretiennent de faux opposants sous contrôle, créant ainsi un ersatz de liberté et l’illusion d’un débat. Exemple : Contrairement à une idée reçue, le paysage politique chinois ne se résume pas au seul PCC, on y compte pas moins de huit partis politiques « différents », mais tous financés par l’Etat et soumis au pouvoir.

En France, beaucoup s’interrogent sur « l’ouverture » pratiquée par l’UMP, manœuvre qui écarte des postes convoités nombre de fidèle du Président de la République. Que la Commission des finances échoit à un socialiste relève de la même stratégie : Contrôler. Car une opposition qui a quelque chose à perdre n’est plus tout à fait une opposition.

Comme le faisait remarquer Jean-Luc Mélenchon le soir du second tour des législatives, le gouvernement aura besoin des voix de la gauche au Congrès pour toute réforme de la Constitution. Si les socialistes ont déjà fait savoir qu’ils seront alors durs en affaires, le gouvernement sait, lui, comment, en cette circonstance, limiter leurs prétentions : Que les plus influents d’entre eux soient tenus par quelques postes prestigieux qui peuvent leur être retirés aussi facilement qu’ils leur ont été confiés, et voici nos socialistes beaucoup plus encleints à joindre leur voix à celle de la droite, quitte à accompagner ce reniement de tirades enflammées sur « la relance de la construction européenne » qui doit « amener à dépasser les clivages » dans « une opposition constructive » même si « le texte est imparfait » en oubliant « l’Europe sociale. »

Mais le nouveau pouvoir a le souci du détail, et trace différents cercles concentriques d’opposants : Les socialistes étant soit débauchés, soit sous contrôle, il a copieusement servi le cercle intermédiaire des non-inscrits, comme le révèle le journal Marianne :

“Dissident UMP, Nicolas Dupont-Aignan revendique son indépendance et veut faire parler de son groupe, Debout la République. Non-inscrit par choix, il se réjouissait mercredi d’avoir obtenu un poste à la commission des Lois. Jean Lassalle, député Modem des Pyrénées-Atlantiques, se félicite des places des quatre députés de son parti, aux Finances, aux Lois, aux Affaires étrangères et aux Affaires économiques : « Pour un groupe qui n’existe pas, on s’en sort plutôt bien ! » plaisante-t-il.”

En 2002 prévalait la stratégie de l’Union qui devait englober toute la droite. Autres temps, autres moeurs, en 2007, l’idée est de se doter d’opposants dociles, tenus par des postes avantageux qu’on peut leur retirer s’ils dérapent.

Pour avoir un bon poste de commission, mieux vaut être non-inscrit (Modems, MPF ou "néogaulliste") que simple député UMP ou Nouveau Centre.

Dernier cercle, l’UMP, parti officiel où une contestation douce est organisée : Jean-Pierre Raffarin joue les indisciplinés en menaçant le gouvernement de ne pouvoir réunir une majorité sur la TVA sociale. Cela ne l’empêche pas de codiriger l’UMP avec Patrick Devedjian qui, lui, feint de ne pas apprécier cette liberté de parole. Quand Raffarin déclare ensuite que le vrai président de l’UMP est le président de la République, donne t-il simplement le coup de pied de l’âne ou révèle t-il implicitement qu’il ne conteste que sur ordre ?

Le simulacre de démocratie est mis en scène et les acteurs tenant les rôles d’opposants factices sont mieux rémunérés que les simples figurants. Cela relève d’une logique cinématographique, non politique.

Tous ces opposants ayant un prix, il est très facile de les acheter. Certes, cela permet de contrôler la classe politique. Par ailleurs, les principaux médias sont aussi sous contrôle. Mais restent les Français. Et se priver d’une vraie opposition libre, est-ce vraiment une bonne affaire pour le pouvoir ?

L’histoire est là pour prouver le contraire.

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Vie politique
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