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13 juillet 2007 5 13 /07 /juillet /2007 17:53

Par Laurent Reyes


A l’occasion de la discrète parution du rapport « Les hauts revenus en France (1998-2006) : Une explosion des inégalités ? » de Camille Landais, chercheur à l’Ecole d’Economie de Paris, Marianne-en-ligne a demandé à Xavier Timbaud, économiste à l’OFCE, de réagir sur le creusement des inégalités de revenus.


Marianne-en-ligne : C. Landais constate que « les 0,01% des foyers les plus riches ont vu leur revenu réel croître de 42,6% sur la période 1998-2006, contre 4,6% pour les 90% des foyers les moins riches ». Il souligne aussi que cette évolution s’explique partiellement par un développement inédit des écarts de salaires entre les plus hauts revenus et l’immense majorité de la population. Ce creusement des inégalités est-il un phénomène nouveau ?

Xavier Timbaud : Nous atteignons un niveau des inégalités qui correspond à celui du début du 20ème siècle, alors que le risque de révolution communiste était à son comble. Quand l’accroissement des inégalités a ressurgi à partir des années 80, notamment dans les pays anglo-saxons, la France a été épargnée. Les économistes apportent différentes explications à cette exception française : établissement d’un équilibre social par la redistribution, absence des mécanismes fondamentaux, notamment technologiques, permettant l’enrichissement d’une minorité grâce aux rendements d’échelle, fuite des grosses fortunes… Toujours est-il qu’aujourd’hui, ce qui était une exception française n’est plus qu’un « retard » que nous sommes en train de rattraper. De ce point de vue, la France de 2006 correspond aux Etats-Unis du milieu des années  90.

M-e-l : L’enrichissement relatif de cette infime minorité est-il légitime ?

X.T. : Non, cette hausse des plus hauts revenus ne répond pas forcément à un plus grand effort fourni mais à une mise à profit des nouvelles technologies et de la mondialisation. Ce n’est pas légitime au sens de Rawles (philosophe contemporain qui a réfléchi sur les questions d’éthique dans l’économie de marché, ndla) car cette hausse des inégalités n’entraîne pas une hausse de la productivité. On peut se demander par exemple si le fait de payer Tony Parker de façon moins astronomique détériorerait son niveau de jeu. Cette nouvelle tendance n’est donc ni légitime ni nécessaire.

D’autre part, il faut rappeler qu’aux Etats-Unis, cette accentuation des écarts de revenus préoccupe de plus en plus. Le très conservateur Jerry I. Speyer, président de la Réserve Fédérale de New York, a même déclaré que ce développement des inégalités constitue une des plus grandes menaces qui pèsent sur la stabilité du système socio-économique américain.

M-e-l : Le « paquet fiscal » prévu par le gouvernement  va accroître le fossé entre le petit groupe des 0,1% les plus privilégiés et le reste de la population. Si cette tendance n’est pas légitime, peut-elle au moins profiter à court ou moyen terme à la croissance et à l’amélioration du niveau de vie des Français ?

X.T. : Ces inégalités peuvent créer une croissance bénéfique aux plus riches mais n’aura pas d’effet d’entraînement sur l’ensemble de la société : cette croissance ne tire pas les revenus vers le haut. La poursuite de la défiscalisation des revenus du patrimoine, avec entre autres le bouclier fiscal, favorise une hausse des inégalités par accumulation du capital avec un développement de l’épargne. Par contre, cela ne va certainement pas dans le sens d’une valorisation du travail et de la méritocratie.

Marianne

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Economie & Social
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