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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 22:00


Consacré fête nationale de notre pays depuis 1880, le 14 juillet entend commémorer à la fois la Prise de la Bastille et la Fête de la Fédération.


La prise de la Bastille

Le 14 juillet 1789, la Bastille, symbole de la tyrannie monarchique, est prise d'assaut par les Parisiens. De ce jour date communément la fin de l'Ancien Régime et le début de la Révolution française.


Quelques semaines plus tôt, les Etats Généraux, répondant à la convocation du roi Louis XVI, se sont réunis à Versailles. Au lieu d'une simple réforme de l'impôt, les députés du Tiers-Etat, soutenus par quelques députés du clergé mais aussi et surtout par un peuple plein d'espoir, veulent, quant à eux, réformer profondément l'Etat. Ils se jurent même, lors du Serment du jeu de Paume, de ne pas se séparer avant de donner une Constitution à la France. Le 9 juillet, l'assemblée réunie à Versailles se proclame ainsi « Assemblée Nationale Constituante ».

Mais Louis XVI fait mine de céder à cette révolution politique qui se prépare. Dès le 26 juin, il fait ainsi venir des troupes (20 000 hommes de régiments étrangers) sur Paris. Il renvoie également ses ministres jugés trop libéraux, parmi lesquels le très populaire Jacques Necker, contrôleur des Finances, renvoyé le 12 juillet.

La nouvelle, connue à Paris le lendemain, exacerbe encore un peu plus la colère des parisiens affamés et en quête de liberté, alors que se répand une rumeur prétendant que les troupes du roi vont entrer dans la capitale pour arrêter les députés. Le journaliste Camille Desmoulins, considérant le renvoi de Necker comme une attaque contre le peuple, exhorte ainsi la foule à se mettre en état de défense.


Pris de panique, le peuple parisien cherche alors à s'armer pour se défendre, alors que dans le même temps une « municipalité insurrectionnelle » est formée à la hâte pour organiser la défense de la ville.


Le lendemain matin, le 14 juillet, une foule composée notamment d’artisans et de commerçants se rend à l'hôtel des Invalides en quête d'armes. Le gouverneur cède et ouvre les portes,  permettant à la foule d’emporter 28.000 fusils et 20 bouches à feu.


Reste à trouver la poudre.


La rumeur prétend qu’il y en aurait d’entreposé à la Bastille, une vieille forteresse médiévale, symbole par ailleurs de l’arbitraire royal. « A la Bastille ! » tonnent les émeutiers. Mais sans commandement ni armes lourdes, aussi nombreux puissent-ils être - sans doute un millier -, ils ne font pas le poids face à la garnison de la forteresse composée de 82 vétérans - dits « invalides » -, et de 32 gardes suisses.


Le gouverneur de la Bastille, le marquis de Launay, cherche quant à lui à éviter l'affrontement en attendant les secours. Il essaie de gagner du temps et reçoit ainsi trois délégués de la municipalité insurrectionnelle, qu’il retient à déjeuner. Il s'engage auprès d’eux à ne pas ouvrir le feu à la condition que les émeutiers ne tentent pas d'entrer dans la forteresse.


Mais, soudain, une explosion mystérieuse excite une foule qui croit et crie à la trahison. Un groupe d’émeutiers choisit alors de pénétrer dans l'enceinte par le toit du corps de garde, attaquant à coups de hache les chaînes du pont-levis.


Dépourvu d’expérience, de Launay perd ses moyens et donne l'ordre de tirer. La garde suisse fait ainsi un carnage chez les assaillants, parmi lesquels on compte une centaine de morts.

Le combat semble perdu pour les émeutiers quand arrivent à leur secours deux détachements de « gardes françaises ». Ces soldats professionnels chargés de défendre la capitale prennent, à la consternation des défenseurs de la forteresse, le parti des émeutiers.

Tout bascule alors.


Les gardes françaises, sous le commandement de deux officiers, Elie et Hulin, amènent cinq canons et les pointent sur la Bastille. Un début d'incendie s’ensuit à l'entrée de la forteresse, faisant quelques pertes chez les défenseurs.


A 16 heures, jouant le tout pour le tour, de Launay ordonne le feu à outrance puis tente de faire sauter les magasins de poudre. Mais ses « invalides » lui imposent de se raviser et de brandir un mouchoir pour parlementer.


Le feu cesse alors, et la garnison de la Bastille finit par capituler.


Après que les ponts-levés aient été abaissés, la foule furibonde se rue alors dans la forteresse. Elle s’empare de la poudre qu’elle était venu chercher, et libère les détenus. A sa surprise, elle  n’y trouve qu’une poignée de faussaires, un fou et un noble incestueux. Elle est aussi étonnée de découvrir des chambres spacieuses et d'un grand confort, loin de l’image infâmante et misérable qu’ont pu en donner ceux qui avaient eu, comme Voltaire ou le marquis de Sade, la malchance d’y séjourner.


Quant à la garnison, elle est faite prisonnière à l’hôtel de ville, à l’exception de quelques invalides et du marquis de Launay qui sont lynchés puis massacrés dans les rues de la capitale. Ce dernier sera décapité et sa tête plantée sur une pique et promenée en triomphe à travers les quartiers de la capitale.


Prenant la mesure de l’événement, le propre frère du roi, le comte d'Artois, futur Charles X, quitte aussitôt la France. Il est suivi dans cette première vague d'émigration par quelques autres hauts personnages, dont le prince de Condé et Mme de Polignac.


Le lendemain, à Versailles, au moment de son réveil, le duc de Rochefoucauld-Liancourt informe Louis XVI de la prise de la Bastille. Le dialogue suivant aurait eu lieu :


« C'est une révolte ? » demande Louis XVI.
« Non sire, ce n'est pas une révolte, c'est une révolution. » répond le duc de La Rochefoucauld.

Abasourdi, le roi se retient de dissoudre l'Assemblée. Les députés, quant à eux, décident de siéger en permanence. La Révolution, affermie par cette victoire populaire inédite, peut alors suivre son cours.
 

La fête de la Fédération


Le 14 juillet 1790, à Paris, les Français commémorent en grande pompe le premier anniversaire de la prise de la Bastille, sous le sceau de l'unité et de la réconciliation.


Depuis le début de l'année, déjà, souvent à l’initiative des gardes nationaux, des fêtes civiques s’organisent ici et là, scellant des pactes d’union entre villes, citoyens, allant jusqu’à fonder des « fédérations ». On voit ainsi des habitants de lieux voisins se réunir spontanément, déclarant se rallier à la Révolution et abandonner leurs particularismes pour se fondre symboliquement dans l'unité nationale. A Pontivy notamment, le serment suivant est adopté entre citoyens de Bretagne et d'Anjou : « Nous, Français Citoyens de la Bretagne et de l'Anjou [...]. Nous déclarons solennellement que n'étant ni Bretons ni Angevins, mais Français et Citoyens du même empire, nous renonçons à tous nos privilèges locaux et particuliers. » 


Ces fêtes finissent par inspirer aux députés de l'Assemblée, ainsi qu'au marquis de La Fayette, l'idée d'une grande fête d'union nationale, réunissant les délégués des fédérations, les fédérés.


Celle-ci est alors est fixé au 14 juillet, dans un esprit de réconciliation autour de la Révolution.


Tôt le matin du 14 juillet 1790, une vaste foule se rassemble à la Bastille et part en cortège vers le Champ-de-Mars. Le défilé dure toute la matinée. Il comprend des soldats de la garde nationale parisienne, des artisans, des compagnons, mais aussi les fameux fédérés, venus de tout le royaume.

Arrivé au Champ-de-Mars, le cortège peut prendre place dans les tribunes disposées sur les côtés de l’esplanade. On compte 250 000 spectateurs, sans compter la centaine de milliers de fédérés, rangés sous les bannières de leur département.


Sous une haute tente, à une extrémité du Champ-de-Mars, une tribune royale est installée. À l'autre extrémité, un arc de triomphe. Au centre de l'esplanade, Talleyrand, évêque d'Autun, célèbre la messe sur l' « autel de la patrie », entouré de 300 prêtres portant des écharpes tricolores sur leurs aubes blanches. Le service terminé, on bénit les oriflammes et les bannières des départements.


Vient ensuite la prestation de serment. La Fayette, commandant de la garde nationale, le prononce le premier : « Nous jurons de rester à jamais fidèles à la nation, à la loi et au roi, de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi et de protéger conformément aux lois la sûreté des personnes et des propriétés, la circulation des grains et des subsistances dans l'intérieur du royaume, la prescription des contributions publiques sous quelque forme qu'elle existe, et de demeurer unis à tous les Français par les liens indissolubles de la fraternité ».


Puis c’est au tour du président de l'Assemblée de prêter serment au nom des députés et des électeurs. Dans le bruit des canons qui tonnent et des tambours qui roulent, la foule crie avec les députés : « Nous le jurons. »


Enfin, le roi prête à son tour serment de fidélité : « Moi, roi des Français, je jure d'employer le pouvoir qui m'est délégué par la loi constitutionnelle de l'État, à maintenir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par moi et à faire exécuter les lois ». Instant de recueillement et de communion nationale, avant que la foule exulte et acclame le roi. Avant de conclure la cérémonie, un Te Deum est entonné. Puis la foule se sépare au milieu des embrassements et des vivats dont beaucoup s'adressent à Louis XVI.


Dans toute la France, la même fête se déroule. A midi, les cloches retentissent partout. Les habitants se réunissent, prêtent serment, prient, puis chantent et dansent autour des arbres de la liberté.

La fête nationale

La commémoration du 14 juillet 1789 fut ensuite abandonnée jusqu'à ce que la IIIe République, notamment Gambetta, chercha à célébrer les fondements du régime.


Ainsi, le 21 mai 1880, Benjamin Raspail dépose la loi faisant du 14 juillet la fête nationale annuelle en commémoration de la prise de la Bastille et de la fête de la Fédération. Cette loi, signée par 64 députés, est adoptée par l'Assemblée le 8 juin et par le Sénat le 29 juin. Elle est promulguée le 6 juillet 1880.


Henri Martin, président de séance, précisa bien que ce sont les deux dates qui sont commémorées : « Mais n'oubliez pas que, derrière ce 14 juillet, où la victoire de l'ère nouvelle sur l'ancien régime fut achetée par une lutte armée, n'oubliez pas qu'après la journée du 14 juillet 1789 il y a eu la journée du 14 juillet 1790. Cette journée-là, vous ne lui reprocherez pas d'avoir versé une goutte de sang, d'avoir jeté la division à un degré quelconque dans le pays, Elle a été la consécration de l'unité de la France. Oui, elle a consacré ce que l'ancienne royauté avait préparé. »


L'accent fut mis, dès le début, sur le caractère patriotique et militaire de la manifestation, afin de témoigner du redressement de la France après la défaite de 1870. Traditionnellement, la fête débute par une retraite aux flambeaux le 13 au soir. Puis, le lendemain, les cloches des églises ou les salves annoncent le défilé, suivi d'un déjeuner, de spectacles et de jeux. Enfin, les bals et feux d'artifice terminent la journée.

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Published by le Citoyen Thimèle - dans CULTURE & MEMOIRE REPUBLICAINE
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commentaires

BA 14/07/2009 21:40

A ma très grande surprise (mais peut-être n'ai-je été qu'inattentif), il semblerait bien qu'une information soit passée totalement inaperçue sur Rue89 : lors de sa visite extra-protocolaire à L'Aquila, Carla Sarkozy a annoncé que la France verserait 3,2 millions d'euros pour la restauration du dôme de l'église Santa Maria del Suffragio, soit environ la moitié du montant estimé des travaux. Et là, je coince.
On nous dit et nous répète sur tous les tons et, semble-t-il, non sans raisons que les caisses de la France sont vides : dernièrement, ce sont deux membres éminents de la commission des finances du Sénat, Jean Arthuis et Philippe Marini, qui stigmatisaient l'insoutenable légèreté de la dette publique.
Or, d'un seul coup, il semblerait qu'une personne sans le moindre mandat électif ni même exécutif, ait dégotté trois beaux et gras millions d'euros : il y a de quoi s'étonner, tout de même !
J'ai pourtant pris mes précautions avant de fulminer : peut-être s'agissait-il d'un don de Carla Sarkozy elle-même, auquel cas il n'y aurait pas grand chose à lui reprocher. Après tout, elle fait ce qu'elle veut de ses revenus. Mais non, vérification faite, Carla Sarkozy a bel et bien impliqué la France, c'est-à-dire les finances publiques.
Sarkozy nous chante comme il a changé, et pourtant : le mélange des genres qui fait qu'une personne privée dispose de finances publiques, les dépenses de prestige qu'on a du mal à ne pas croire faites pour épater la galerie, même la particulière sollicitude dont fait l'objet l'Eglise catholique (après tout, ce ne sont pas les monuments ravagés qui doivent manquer à L'Aquila ! ). Ce n'est plus bling-bling, certes, c'est nettement plus classieux.
Il semblerait que madame ait enseigné à monsieur les vertus de la culture classique et que le Vatican mérite mieux que des SMS furtifs… mais sur le fond ?
Sur le fond, c'est la même chose : la désinvolture avec l'Etat et ses finances, la privatisation de la sphère publique, le fait du prince ou, en l'occurrence, de la princesse.
Et là-dessus, je n'ai pas lu de réaction offusquée sur Rue89.
Ni ailleurs.
Thierry Reboud.
http://www.rue89.com/2009/07/13/carla-sarkozy-a-laquila-genereuse-avec-largent-public
 Hypothèse :Carla Sarkozy, c'est Marie-Antoinette !

Emmanuel 14/07/2007 14:06

Salut!
Je te présente un site : www.mouvement-jacobin.fr , il vient d'être lancé, juste avant le 14 Juillet, avec l'intention de peser de son tout son poids (léger certes) dans le débat!Il faut que l'idéal Jacobin puisse s'exprimer!
Continue ton blog, c'est vraiment très bien de voir de vrais républicains actifs, ça fait plaisir!