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Lundi 14 juillet 2008

Consacré fête nationale dans notre pays depuis 1880, le 14 juillet entend commémorer à la fois la Prise de la Bastille et la Fête de la Fédération.


La
prise de la Bastille

Le 14 juillet 1789, la Bastille, symbole de la tyrannie monarchique, est prise d'assaut par les Parisiens. De ce jour date communément la fin de l'Ancien Régime et le début de la Révolution française.

40 jours plus tôt, les Etats Généraux s'étaient réunis à Versailles. Au lieu d'une simple réforme de l'impôt, les députés du Tiers-Etat, soutenus par quelques députés du clergé mais aussi et surtout par un peuple plein d'espoir, veulent réformer profondément l'Etat. Ils se jurent, lors du Serment du jeu de Paume, de ne pas se séparer avant de donner une Constitution à la France. Le 9 juillet, l'assemblée réunie à Versailles se proclame ainsi "Assemblée Nationale Constituante".

Mais Louis XVI fait mine de céder à cette révolution politique qui se prépare. Dès le 26 juin, il fait ainsi venir des troupes (20 000 hommes de régiments étrangers) sur Paris. Il renvoie également ses ministres jugés trop libéraux, parmi lesquels le très populaire Jacques Necker, contrôleur des Finances, renvoyé le 12 juillet. La nouvelle, connue à Paris le lendemain, exacerbe encore un peu plus la colère des parisiens affamés et en quête de liberté. Le journaliste Camille Desmoulins, considérant que le renvoi de Necker comme une attaque contre le peuple, exhorte ainsi la foule à se mettre en état de défense.

Le 13 juillet, à Paris, la rumeur se répand que les troupes royales vont entrer en force dans la capitale pour mettre les députés aux arrêts. C'est la goutte d'eau qui fera déborder le vase.

Le peuple cherche alors à s'armer pour se défendre, et un comité permanent, la "municipalité insurrectionnelle", est formé pour faire face à la menace.

Au matin du 14 juillet, des artisans et des commerçants se rendent à l'hôtel des Invalides en quête d'armes. Le gouverneur cède aux émeutiers et ouvre les portes. La foule emporte 28.000 fusils et 20 bouches à feu. Mais il lui manque encore de la poudre...

Des émeutiers rugissent alors "A la Bastille !" où la rumeur prétend que de la poudre y aurait été entreposée. Au demeurant, le peuple a une revanche à prendre sur la vieille forteresse médiévale dont la masse lugubre lui rappelle à tout moment l'arbitraire royal. Sa garnison se compose de 82 vétérans, dits invalides, et d'un détachement de 32 gardes suisses. Face à elle, le millier d'émeutiers, sans commandement et sans armes lourdes, ne fait pas le poids.

Le marquis de Launay, gouverneur de la Bastille, cherche à éviter l'affrontement en attendant les secours. Il reçoit ainsi trois délégués et les retient à déjeuner. Il s'engage à ne pas tirer sous réserve que les émeutiers ne tentent pas d'entrer dans la forteresse.

Mais une explosion mystérieuse émeut la foule. On crie à la trahison. Un groupe pénètre dans l'enceinte par le toit du corps de garde et attaque à coups de hache les chaînes du pont-levis.

De Launay, sans expérience militaire, perd ses moyens. Il donne l'ordre de tirer. La garde suisse fait des ravages chez les assaillants. On compte une centaine de morts.

 

Tout bascule avec l'arrivée de deux détachements de gardes françaises. Ces soldats professionnels chargés de veiller sur la capitale prennent le parti des émeutiers. Ils vont leur assurer la victoire.

Sous le commandement de deux officiers, Élie et Hulin, ils amènent deux canons et les pointent sur la Bastille. Il s'ensuit un début d'incendie à l'entrée de la forteresse et quelques pertes chez les défenseurs.

A 16 heures, De Launay se ressaisit, ordonne soudain le feu à outrance puis tente de faire sauter les magasins de poudre. Mais ses invalides lui imposent de brandir un mouchoir pour parlementer. Le feu cesse. Les ponts-levis sont abaissés et la foule se rue dans la forteresse.

Les gardes suisses, qui ont eu le temps de retourner leurs uniformes, sont pris pour des prisonniers et épargnés. Mais la foule lynche les malheureux invalides tandis que le marquis de Launay, qui a tenté de se suicider, est traîné dans les rues de la capitale avant d'être décapité par un boucher. Sa tête est fichée sur une pique et promenée en triomphe à travers le faubourg ainsi que les têtes des autres défenseurs de la Bastille.

À la Bastille, on libère les détenus au prix d'une légère déception car il ne s'agit que de sept personnages de minable envergure (une poignée de faussaires, un jeune homme devenu fou et un noble incestueux). Au demeurant, les émeutiers sont surpris de découvrir des chambres spacieuses et d'un grand confort, à l'opposé des cellules de torture que décrivaient complaisamment dans leurs brochures les intellectuels poudrés qui avaient eu, comme Voltaire ou le marquis de Sade, l'occasion de séjourner à la Bastille.

Le soir même, Palloy, un entrepreneur zélé, réunit 800 ouvriers et entreprend la démolition de la vieille forteresse dont les jours étaient de toute façon comptés.

Le propre frère du roi, le comte d'Artois, futur Charles X, prend la mesure de l'événement. Il quitte la France sitôt qu'il en a connaissance. Il est suivi dans cette première vague d'émigration par quelques autres hauts personnages, dont le prince de Condé et Mme de Polignac.

Le lendemain, à Versailles, au moment de son réveil, le duc de Rochefoucauld-Liancourt informe Louis XVI de la prise de la Bastille. Le dialogue suivant aurait eu lieu :

"C'est une révolte ?" demande Louis XVI.

"Non sire, ce n'est pas une révolte, c'est une révolution." répond le duc de La Rochefoucauld.

Surpris, le roi se retient de dissoudre l'Assemblée. Les députés, quant à eux, dans une séance mémorable présidée par l'abbé Grégoire, prennent la résolution de siéger en permanence. La Révolution, affermie par cette victoire populaire inédite, peut alors suivre son cours.
 

La fête de la Fédération

Le 14 juillet 1790, à Paris, les Français commémorent en grande pompe le premier anniversaire de la prise de la Bastille, sous le sceau de l'unité et de la réconciliation.

Depuis le début de l'année, des habitants de lieux voisins se réunissent spontanément, abandonnant leurs particularismes pour se fondre dans l'unité nationale. A Pontivy notamment, le serment suivant est adopté entre citoyens de Bretagne et d'Anjou : "Nous, Français Citoyens de la Bretagne et de l'Anjou [...]. Nous déclarons solennellement que n'étant ni Bretons ni Angevins, mais Français et Citoyens du même empire, nous renonçons à tous nos privilèges locaux et particuliers."

Des fêtes civiques spontanées s'organisent ici et là dans les départements, et finissent par inspirer aux députés de l'Assemblée, ainsi qu'au marquis de La Fayette, l'idée d'une grande fête d'union nationale.

Deux jours après le vote mémorable de la Constitution civile du Clergé, les députés, les délégués de tous les départements et  les fédérés, forment un immense cortège qui traverse la Seine et gagne la vaste esplanade du Champ-de-Mars.

 


Dans les tribunes, sur les côtés de l'esplanade, on compte 260.000 Parisiens auxquels s'ajoutent une centaine de milliers de fédérés, rangés sous les bannières de leur département.

La tribune royale est située à une extrémité du Champ-de-Mars, sous une haute tente. À l'autre extrémité, un arc de triomphe. Au centre de l'esplanade, Talleyrand, évêque d'Autun, célèbre la messe sur l'"autel de la patrie", entouré de 300 prêtres portant des écharpes tricolores sur leurs aubes blanches. Le service terminé, on bénit les oriflammes et les bannières des départements

Ensuite vient la prestation de serment. La Fayette, commandant de la garde nationale, prononce celui-ci le premier, au nom des gardes nationales fédérées : "Nous jurons de rester à jamais fidèles à la nation, à la loi et au roi, de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi et de protéger conformément aux lois la sûreté des personnes et des propriétés, la circulation des grains et des subsistances dans l'intérieur du royaume, la prescription des contributions publiques sous quelque forme qu'elle existe, et de demeurer unis à tous les Français par les liens indissolubles de la fraternité".

Après La Fayette, c'est au tour du président de l'Assemblée de prêter serment au nom des députés et des électeurs.

Enfin, le roi prête à son tour serment de fidélité aux lois nouvelles : "Moi, roi des Français, je jure d'employer le pouvoir qui m'est délégué par la loi constitutionnelle de l'État, à maintenir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par moi et à faire exécuter les lois". La foule, elle, marqua son enthousiasme. On entonna un Te Deum, puis on se sépara au milieu des embrassements et des vivats dont beaucoup s'adressaient à Louis XVI.


La fête nationale

La commémoration du 14 juillet 1789 fut ensuite abandonnée jusqu'à ce que la IIIe République, notamment Gambetta, chercha à célébrer les fondements du régime.

Ainsi, le 21 mai 1880, Benjamin Raspail dépose la loi faisant du 14 juillet la fête nationale annuelle en commémoration de la prise de la Bastille et de la fête de la Fédération. Cette loi, signée par 64 députés, est adoptée par l'Assemblée le 8 juin et par le Sénat le 29 juin. Elle est promulguée le 6 juillet 1880.

Henri Martin, président de séance, précisa bien que ce sont les deux dates qui sont commémorées : "Mais n'oubliez pas que, derrière ce 14 juillet, où la victoire de l'ère nouvelle sur l'ancien régime fut achetée par une lutte armée, n'oubliez pas qu'après la journée du 14 juillet 1789 il y a eu la journée du 14 juillet 1790. Cette journée-là, vous ne lui reprocherez pas d'avoir versé une goutte de sang, d'avoir jeté la division à un degré quelconque dans le pays, Elle a été la consécration de l'unité de la France. Oui, elle a consacré ce que l'ancienne royauté avait préparé."

L'accent fut mis, dès le début, sur le caractère patriotique et militaire de la manifestation, afin de témoigner du redressement de la France après la défaite de 1870. Traditionnellement, la fête débute par une retraite aux flambeaux le 13 au soir. Puis, le lendemain, les cloches des églises ou les salves annoncent le défilé, suivi d'un déjeuner, de spectacles et de jeux. Enfin, les bals et feux d'artifice terminent la journée.

par le Citoyen Thimèle publié dans : Culture et Mémoire Républicaine
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