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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 20:23

Par Elie Arié


L’épisode de la victoire électorale de David Douillet est l’occasion d’une réflexion
dépassant l’« écume des jours ». Elle est survenue dans un contexte Internet très particulier : les messages des internautes de droite sur le site du Figaro avaient laissé espérer ici, à beaucoup, que les « affaires » Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy entraîneraient une défaite de l’ UMP.
 
Or, qu’a-t-on constaté ? Qu’un judoka parfaitement inconnu en politique, mais bénéficiant de l’investiture UMP (comme « une chèvre à Neuilly », selon l’expression d’Arnaud Montebourg), a battu le candidat socialiste « classique » avec un score supérieur à celui qu’avait réalisé l’UMP en 2007.
Ceci illustre une illusion dont nous avons tous tendance à être victimes: le « buzz » Internet, qui n’est le fait que d’un pourcentage infime de Français, se concentre sur l’aspect superficiel et immédiat de l’actualité, et masque les phénomènes politiques profonds, et, en particulier, celui-ci : la France n’est pas un pays de gauche,  ne l’a jamais été, et l’est aujourd’hui moins que jamais.

La France moderne s’est construite sur la Révolution de 1789
, qui, en dehors de la brève parenthèse robespierriste, fut une révolution de la bourgeoisie sur la noblesse, débouchant sur le Directoire et l’ Empire; elle en est restée, depuis, le pays par excellence, au point que le mot «bourgeois» n’existe qu’en français : si nous sommes les seuls à en comprendre le sens, fût-il péjoratif (on a le droit de ne pas s’aimer), c’est parce qu’il nous renvoie à la majorité d’entre nous.

Un pays où 50% des ménages sont dispensés de l’impôt sur le revenu, un pays où le thème de la lutte contre les impôts reste si populaire ne peut être qualifié comme viscéralement « de gauche » ; il lui manque cette conscience, si répandue dans les pays scandinaves, selon laquelle payer des impôts élevés est une condition nécessaire si on souhaite vivre dans une société plus juste et plus égalitaire.

Bien sûr, la France a eu une gauche très puissante…mais qui n’a jamais été majoritaire ; Karl Marx considérait que la Commune fut le premier et un des rares moments de l’ Histoire de prise de conscience de classe du prolétariat : mais la Commune de Paris n’a eu lieu…qu’à Paris ( ceux qui usent avec mépris du terme de « parisianisme » devraient parfois y réfléchir…).Quant à mai 1968, la parfaite adaptation, par la suite, de ses leaders au libéralisme économique a bien prouvé qu’il s’agissait, avant tout, d’un mouvement libertaire.

La gauche n’a été au pouvoir, en France, que pendant quelques mois en 1936, et deux ans en 1981 ; on aurait du mal à qualifier de « gauche » la IIIè République colonialiste, le gouvernement socialiste de la guerre d’Algérie de 1956-58, la victoire de François Mitterrand de 1988 sur le programme assez peu progressiste du «ni nationalisations ni privatisations», la victoire en 1997  du Parti Socialiste déjà enfermé dans la logique maastrichienne de la « concurrence libre et non faussée » au nom de laquelle le gouvernement Jospin fut celui qui a le plus privatisé depuis la Libération ; bien sûr, chacun de ces passages au pouvoir fut l’occasion d’avancées sociales et «sociétales» considérables (suffrage universel pour les hommes, enseignement primaire gratuit et obligatoire, laïcité, allongement des congés payés, abolition de la peine de mort, RMI, CMU, etc.),  mais toutes parfaitement compatibles avec une société « bourgeoise », et réalisées, pour certaines d’entre elles, par la droite dans d’autres pays –et même en France (troisième semaine de congés payés, IVG, contraception, divorce par consentement mutuel, majorité à 18 ans).

Par contre, ce qui caractérise la France, et que l’on confond abusivement avec « la gauche », ce sont ses valeurs républicaines au nom desquelles « droite et gauche » ont su transcender leurs propres camps pour s’unir sur l’essentiel : ce fut le cas de la Révolution de 1789, de la IIIè République, du Conseil National de la Résistance et de son programme auquel beaucoup de gens de « droite » ont participé, des mesures prises par le gouvernement de Gaulle à la Libération et d’une bonne partie du « gaullisme » au pouvoir de 1958 à 1969, combattu à l’époque par la gauche et dont elle a aujourd’hui la nostalgie ; ce sont ces valeurs républicaines « au-delà de la droite et de la gauche » que Chevènement a tenté de préserver dans un baroud d’honneur en 2002, et qui n’ont recueilli les voix que de 5% des Français. Et c’est cette spécificité républicaine française qu’on ne peut réduire à la seule « gauche » qui est aujourd’hui menacée par la dilution des pouvoirs des Etats dans l’ Union Européenne, par les mythes passéistes écologiques de la décroissance, par la montée des communautarismes, par la remise en cause de la laïcité, etc.

Une page essentielle de l’ Histoire de France est en train de se tourner, mais c’est celle de la République, pas celle de « la gauche ».

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Combat Républicain
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commentaires

mcbob 23/10/2009 19:47


C'est un tres bon article qui ne fait que confirmer ce que je pense c a d que la Republique n'est deja plus si nous entendons par Republique: souverainete nationale, justice sociale, laicite,
instruction publique, etc...