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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 21:40
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C'est un succès inespéré que vient de remporter l'UMP aux élections régionales. En dépit de la crise qui ferme les usines et gonfle le chômage, en dépit des réformes qui tardent ou qui patinent, en dépit du solide discrédit dont pâtit Nicolas Sarkozy dans l'opinion, en dépit d'un score national calamiteux, en dépit de tous ces vents mauvais, le parti du président a remporté... les vingt-deux régions métropolitaines. On lui prédisait une déroute. Il vient non seulement de sauver l'Alsace et la Corse, mais de reconquérir plusieurs régions, et non des moindres : Ile-de-France, Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Auvergne, Franche-Comté, Champagne-Ardenne, Centre. Grands et petits chefs de la droite jubilent de ce miracle soigneusement préparé depuis quatre ans.

Arrêtons là la plaisanterie, puisque ce n'en est pas vraiment une. Mais simplement l'application aux résultats du 14 mars 2010 du nouveau mode de scrutin régional qui - si la réforme envisagée va à son terme - sera inauguré en 2014.


Comparaison n'est pas raison, objecteront immédiatement les esprits rigoureux. A juste titre. Si elle fait l'objet d'un projet de loi approuvé par le conseil des ministres du 21 octobre 2009, cette réforme électorale n'a même pas encore été discutée par le Parlement et encore moins examinée par le Conseil constitutionnel, qui pourrait y trouver de sérieux motifs de censure. En outre, elle chamboule complètement le paysage régional et départemental et invente le "conseiller territorial", élu commun à ces deux collectivités locales. Enfin, elle instaure un mode de scrutin totalement baroque, à un seul tour, au terme duquel 80 % desdits conseillers territoriaux seront élus au scrutin uninominal dans le cadre des cantons, tandis que les 20 % de sièges restants seront attribués à la proportionnelle en fonction des suffrages obtenus par les candidats affiliés à des listes départementales. Un véritable "scrutin Shadok", conforme à la devise "Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?", selon la formule de Laurent Fabius.


Ces objections sont évidemment fondées. Il n'empêche : l'objectif affiché de cette réforme est de permettre aux candidats arrivés en tête au premier et unique tour de scrutin de remporter la victoire, même avec moins du tiers ou à peine plus du quart des voix. Appliquée, dans son esprit, aux résultats du 14 mars, elle permettrait donc à la droite parlementaire de faire bonne figure. Quand bien même elle a réalisé, avec 26,18 %, le plus mauvais score de son histoire depuis le début de la Ve République.


En résumé, malgré un vote sanction cinglant sur le plan national, ce nouveau mode de scrutin régional aurait rendu possible un joli hold-up électoral au niveau régional. Espérons simplement que, lors de son examen au Parlement, chacun saura soit s'y opposer, soit l'amender suffisamment pour éviter une telle arnaque démocratique.


Gérard Courtois, Le Monde

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Sans compter, surtout, que ce mode de scrutin réduira de fait la possibilité de choix qu'entre les deux "grands" partis UMP et PS - qui ne représentent à cette heure qu'un petit tiers de l'électorat - et vouera les "petits" partis soit au ralliement-reniement soit à l'insignifiance. Autant dire que la démocratie et le pluralisme qu'elle exige ne s'en trouveront pas renforcés, bien au contraire. Cela ne fera qu'exacerber la coupure entre le peuple et ses soi-disants "représentants" qui les représenteront encore moins qu'actuellement, tant par le mode de scrutin en lui-même que par l'abstention qu'il va encore aggraver.


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Published by le Citoyen Thimèle - dans Elections régionales 2010
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