Culture et mémoire républicaine

 

Recherche

A propos du site

21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 21:11

254-route-campagne.jpg

Près d’un métropolitain sur cinq vit en milieu rural. Mais politiques et médias ignorent cette population des campagnes et des zones périurbaines. Un récent rapport de l’Igas montre pourtant que cette «France des champs» est beaucoup plus pauvre que la « France des villes ». Et beaucoup plus discrète aussi.

l existe une France des invisibles, une France dont personne — politiques et médias réunis — ne parle. Ou si peu. Cette France-là, c’est celle des campagnes. L’Inspection générale des affaires sociales  (Igas) s’est penchée sur ces inaudibles au travers d’un rapport intitulé « Pauvreté, précarité, solidarité en milieu rural ». Publié fin 2009, il n’a évidemment pas fait grand bruit.

Pourtant, ces « Français des champs » sont au nombre de 11 millions, « soit 18% de la population de France métropolitaine ». Et leur situation n’est pas aussi enviable que ce que peuvent penser les « Français des villes » abreuvés au mythe de la vie au grand air et du retour à la terre : « Les personnes âgées en milieu rural, écrivent dans leur synthèse les rapporteurs, sont proportionnellement plus nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont sur-représentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emploi qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture. »

Résultat des courses, « le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7%, contre 11,3% dans l’espace urbain. Les ruraux sont donc en moyenne “plus souvent pauvres”. » Ce chiffre dépasse même les 19%, dans « plus d’un tiers des départements de France métropolitaine » (notamment dans le Nord de la France, en Paca, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne, Limousin…).

Plus inattendue, la typologie de « ces populations en difficulté ». Les auteurs du rapport de l’Igas distinguent deux catégories :
- D’une part, on trouve de façon classique « les agriculteurs (…) dont l’exploitation dégage peu de revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu, isolées et mal-logées, ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits. »
- Dans la seconde catégorie, on trouve ceux qui après le fameux « exode rural » ont fait le choix de l’« exode urbain », « les néo-ruraux installés à la campagne pour des raisons de coût du logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en “errance”. Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des transports collectifs), d’organisation de gardes d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social. »

Ces « prolos » des campagnes et ces néo-ruraux, ces « oubliés des champs » par les « puissants des villes », ce sont justement ceux-là sur qui Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin se sont penchés dans leur essai Recherche le peuple désespérément. Un ouvrage « conçu » dixit les auteurs « comme un grand manuel de survie pour une gauche en péril ou pour les républicains soucieux de voir leur pays renouer avec son histoire » et dont Marianne2  s’était fait le relais en fin d’année dernière. Et pour cause : avec ce livre, les deux auteurs (l’un est docteur en sciences politiques et l’autre professeur d'histoire-géographie), mettaient très justement en évidence une mutation géographique, sociale et politique passée inaperçue. Une mutation qu’on pourrait résumer de la sorte : le peuple a déserté peu à peu les centres urbains pour s’installer dans les zones dites périurbaines et rurales et pourtant la gauche s’obstine à s’adresser aux habitants des villes. Ce qui explique sans doute que le PS ait opté pour le « oui » au TCE en 2005 quand cette population des petites communes s’est, elle, d’après les auteurs, prononcée majoritairement pour le « non »…

Mais les habitants des zones rurales ne sont pas seulement oubliés par la gauche. Ils le sont aussi des politiques sociales. Ou plutôt, ils ont tendance à « se faire oublier » des structures d’aide sociale. Car comme le note les rapporteurs de l’Igas, « une des difficultés importantes du travail social en milieu rural tient aux attitudes “taiseuses”, de personnes ou de familles qui supportent sans se manifester de très mauvaises conditions de vie, se replient sur elles-mêmes, ou se protègent du qu’en dira-t-on. » Ou comment les invisibles se font si petits que personne ne finira bientôt plus par les voir…

Partager cet article

Repost 0
Published by le Citoyen Thimèle - dans Economie & Social
commenter cet article

commentaires

BA 21/01/2010 23:08



L'événement est passé totalement inaperçu dans la presse française, et pourtant ce n'est pas rien.


Le 19 janvier, la Banque centrale européenne (BCE) a publié, pour la première fois, une note d'analyse juridique sur les conséquences d'une rupture d'un Etat membre avec la monnaie unique.

Comme l'indique la BCE dans l'introduction de son document, "les développements récents ont, peut-être, accru le risque de sécession, et l'urgence de le considérer
comme un scénario possible".


En effet, si nous en sommes là aujourd'hui, c'est bien parce que plusieurs pays de la zone euro vont très mal.


Ces pays sont l'illustration que l'euro n'a pas réussi, contrairement à ce qu'affirment les médias français, à protéger nos pays de la crise.



Si par malheur un ou plusieurs pays avaient la prétention de s'en écarter, ils devraient subir les foudres d'une superstructure bien décidée à défendre son pré-carré !


Ainsi, alors que rien dans les Traités européens ne le prévoient, la BCE précise que la sortie de la zone euro signifierait l'expulsion immédiate de l'Union européenne...


 
Elle affirme que "50 ans de construction européenne" ont créé "un nouvel ordre juridique" qui transcende "le concept largement obsolète de souveraineté" et imposent une "limitation permanente
du droit des Etats". Oui, vous avez bien lu, la Banque européenne avoue explicitement que le concept de souveraineté, fondement de nos démocraties depuis deux siècles, est "largement obsolète" et
que les Etats doivent sans cesse restreindre leur droit (donc leur liberté, au détriment bien évidemment de la démocratie et du libre choix des peuples).

Ce contexte posé, la BCE rappelle qu'"aucun Etat ne peut espérer un traitement spécial".


La flexibilité est bonne pour les autres, notamment les salariés, mais sûrement pas pour l'Europe qui restera, on peut lui faire confiance, droite dans ses bottes...

Ce document est donc intéressant à deux points de vue : : une machine de plus en plus ouvertement en rupture avec la démocratie et de plus en plus menaçante avec toutes les tentatives de
"dissidence".

Cette note n'a pas été publiée au hasard. Elle vise à faire pression sur la Grèce, et les autres pays tentés par la restauration de leur marges de manoeuvre monétaires.



Il s'agit d'effrayer ces pays en les stigmatisant, et en faisant planer de lourdes menaces sur leur avenir. L'objectif attendu est simple : ces pays devront se soumettre, conserver l'euro, couper
à la hâche dans leurs dépenses, quitte à sacrifier l'emploi et le social.

La Grèce prévoit 22 % de chômage cette année. Si on lui appliquait les méthodes de calcul américaines, ce taux avoisinnerait les 30%...Mais tant qu'elle reste dans l'euro, tout va bien !


http://www.levraidebat.com/article-la-bce-prepare-les-bases-juridiques-de-la-rupture-d-un-pays-avec-l-euro--43374239.html


- il prouve d'abord que l'euro est bien menacé (ce qui représente bien un "risque", comme on l'entend partout en France, mais d'abord pour les eurocrates qui prospèrent sur ce système...),


- et il montre le vrai visage de l'Union européenne
Bien au contraire : c'est au sein de la zone euro que la récession est la plus forte du monde, c'est ici que les pays sont entrés en récession les premiers, et c'est ici que depuis 15 ans la
croissance économique est la plus molle.

Les pays cités précédemment concentrent toutes les difficultés de la zone euro, en les amplifiant. Privés de leur arme monétaire face à la crise, et ne pouvant compter sur une BCE tenue d'agir
selon une "moyenne européenne", ils se retrouvent presque totalement démunis, contraints d'observer sans réagir l'explosion du chômage, l'explosion de leur dette et l'effondrement de leur
économie.

C'est pour cette raison, parce que la crise a révélé les failles structurelles de la monnaie unique, que l'édifice européiste apparaît tel qu'il est en réalité : totalement vermoulu.

La note de la banque centrale de Francfort démontre que la dislocation de la zone euro n'est plus seulement virtuelle.

Mais elle montre aussi combien l'idéologie est en Europe plus forte que les faits : ce document est un violent condensé de menaces contre les pays qui seraient tentés de retrouver leur liberté
monétaire, qui nous laisse penser que la "solidarité européenne" dont se targuent les idéologues de l'UE fonctionne tant qu'on accepte de rester dans les clous du projet européiste. Il s'agit
de la Grèce bien sûr, confrontée à un déficit supérieur à 12 % du PIB et une dette en explosion (déjà 117 % du PIB), mais aussi du Portugal, récemment "mis sous surveillance" par les agences de
notation internationales, de l'Irlande, de l'Espagne, et même de l'Italie.