Il a dit...


"Il n'y a que la force de l'Etat qui fasse la liberté de ses membres." Jean-Jacques Rousseau

 
Culture et Mémoire Républicaine


Mouvements Républicains


L'Internet Républicain
undefined

Vous aussi...

Identité & Cohésion Nationale

Dimanche 19 février 2006 7 19 02 2006 20:27
La France vit une époque difficile. Si elle ne redresse pas la tête rapidement elle finira comme la Yougoslavie déchirée en de multitudes de communautés... Quelles sont les raisons de cette époque difficile? Un renoncement massif au patriotisme, ce fondement nécessaire à la cohésion nationale! Un renoncement même à se déclarer français avant tout de chose! A quoi sert d'avoir la nationalité française si on se considère avant tout comme musulman, juif, algérien, gay, marocain, noir, jaune, etc.?! Bien entendu, les français ont le droit d'être de différentes origines, d'adhérer à la religion qu'ils veulent et de vivre sa vie librement d'homo ou d'hétéro! Le problème c'est le communautarisme, le fait de se revendiquer d'une communauté au lieu de se revendiquer d'être français. Certains sont même totalement d'accord avec cette vision! Les Noirs devraient vivre entre Noirs, les musulmans entre musulmans, les homos entre homos et tout ça en réclamant bien sûr après qu'on les a stigmatisé qu'ils sont bien français et qu'ils veulent les mêmes droits que les autres français oppresseurs! Qu'est-ce qu'être français dès lors??? Un vulgaire statut juridique sur un papier, rien que ça! Tout ça ne peut pas durer car la France, n'étant plus qu'un territoire composé de multitudes de communautés, finira par exploser!

Ce qu'il faut pour qu'une Nation existe (la Nation n'étant pas un mythe, mais le lieu le plus favorable à l'épanouissement de l'Homme), c'est une volonté de vivre ensemble. Cette volonté de vivre ensemble ne peut exister que s'il y a un fondement commun, un intérêt commun à tous les français. Notre fondement commun est notre mémoire collective: l'Histoire de France ne doit pas être oubliée. Bien sûr qu'il y a eu des périodes honteuses dans notre Histoire! Ce n'est pas pour ça qu'il faudrait oublier notre passé! Si nous oublions notre passé sur quelle légitimité aurions-nous de vivre ensemble?! (Sans compter que ne pas retenir les leçons du passé peut compromettre son futur...) Notre Histoire est le fondement de toute notre culture, c'est ce qui nous "attache" à notre Patrie. Nos racines, ô combien importantes, sont dans notre Histoire, l'Histoire de nos ancêtres. Je suis d'origine étrangère mais mes ancêtres sont en France. Les véritables racines sont en effet culturelles et non génétiques. Et comme vous le savez certainement, notre culture a une vocation universaliste ce qui fait qu'elle fait partie des cultures les plus légitimes de ce monde à être sauvegardée et même à être exportée! C'est ainsi que la culture française n'a pas à s'ouvrir puisqu'elle l'est déjà par nature. C'est donc aux étrangers (qui s'installent en France) de s'ouvrir à la culture française et non l'inverse. La colonisation culturelle de la France par l'Islam, religion totalitaire et d'un autre temps, ne peut donc être tolérée.

Le destin de la France est donc entre nos mains. Si nous décidons de la laisser entre les mains de ceux qui en honte, nous pourrons dire au revoir à notre France! Les français, et en particulier les gouvernants, doivent insuffler une nouvelle ère du patriotisme qui seule pourra redresser la France de ses maux les plus tenaces, qu'ils soient culturels, politiques, sociaux ou économiques! Les patriotes, tous ceux qui aiment la France, doivent donc faire partager jusqu'aux plus récalcitrants l'amour de leur Patrie et montrer à quel point cette amour est fondamental dans la cohésion nationale!
Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Identité & Cohésion Nationale
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 13 juin 2006 2 13 06 2006 11:47

On peut tout dire sur le football, qu'il est rongé par le fric, par la corruption, par le dopage, etc. mais on ne peut retirer au football le fait d'être un sport aussi fédérateur, un sport qui arrive à créer une telle cohésion nationale, un tel sentiment de fierté nationale et qui rend enfin visible ce patriotisme toujours aussi présent chez les Français, bien qu'ils ne le montrent pas assez. (cf. Etre patriote est-il un crime?) C'est d'ailleurs pendant les matchs de l'équipe de France que l'on chante le plus La Marseillaise, et ce sont les jours de grande victoire que l'on sort le drapeau tricolore, sans crainte de se voir taxer de "facho"!

Qui a pu en effet oublier la victoire de la France au Mondial de Foot 1998 et qui a engendré une liesse populaire jamais vu depuis la libération de Paris en 1944?! Qui a pu oublier ce moment de rassemblement et de quasi-réconciliation nationale, autour de cette victoire?! Qui a pu oublier ce moment où les "personnes issues de l'immigration" se sont (enfin) senti être des français à part entière?! Qui a pu oublier ce moment où nombre de peuples nous regardait avec admiration, et se sentait concerné par la victoire de la "mère de toutes les patries", la patrie des patries!

On peut alors se rendre compte à quel point la fierté nationale, loin de tout chauvinisme, peut engendrer des moments aussi fort, des moments où la Nation toute entière se retrouve, et où elle est alors plus forte! A contrario tout le monde se rappelle du mondial râté de 2002 et de l'échec de la candidature de Paris au J.O. de 2012 qui avaient plongés le pays dans une certaine sinistrose, dans une certaine déprime générale où les valeurs mêmes de notre pays étaient mises en cause!

Huit ans plus tard, c'est au tour de l'Allemagne d'organiser le mondial de foot et dans ce pays on ne peut sous-estimer le rôle éminemment symbolique qu'a toujours joué la Nationalmannschaft (l'équipe nationale allemande) dans un pays où les symboles tradtionnels (hymne, drapeau, territoire) ont toujours été maniés avec beaucoup de prudence et ont suscité davantage de scepticisme que d'attachement spontané de la part des citoyens. Il faut en effet se rappeler qu'en Allemagne toute allusion au patriotisme fait peur, les démons du nazisme hantant toujours ce pays. A côté du bon vieux Deutsche Mark aujourd'hui disparu, l'équipe nationale (qui est le seul symbole non récupéré par les nazis) est alors devenu le seul vrai symbole de rassemblement dont disposaient les Allemands. Symbole qui n'a même pas été mis à mal par la réunification. Bien au contraire: la Nationalmannschaft a peut-être mieux réussi l'intégration des deux Allemagnes que bien d'autres domaines de la vie publique.

En Côte d'Ivoire aussi le football rassemble malgré la division et l'état de guerre civile dans lequel se trouve le pays. Un pays unie c'est un pays plus fort!

Le football ne change pas nos sociétés, le football n'améliore pas les conditions de vie mais son apport moral a un rôle non négligeable dans la cohésion nationale si importante pour le bien être commun.

Merci donc au football d'unir les peuples malgré tous leurs antagonismes!

Et pour tous les matchs que pourront jouer les Bleus dans cette coupe du monde (dont le premier est justement aujourd'hui, et le dernier souhaité le 9 juillet), nous ne pouvons qu'apporter notre soutien! Qu'ils remontent le moral de ce pays qui en tant besoin, qu'ils nous rassemblent à nouveau!

Allez la France!
Allez les Bleus!

Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Identité & Cohésion Nationale
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Mardi 11 juillet 2006 2 11 07 2006 17:50
Par Bruno Ledoux


Décidément, dans ce pays, certains ont des problèmes avec le drapeau bleu blanc rouge. Ils ne voient aujourd’hui dans ceux qui le brandissent dans les victoires de l’équipe de France que de vulgaires racistes nationalistes, qui en plus chantent un hymne guerrier, La Marseillaise. Pour eux, le verdict est terrible, ces gens là sont des lepénistes en puissance !

Peut-on leur rappeler que la composition de l’équipe de France, sa négritude, a fait réagir le leader du Front national ? Ont-ils oublié que le premier mai 2002, le drapeau bleu blanc rouge était aussi dans tous les cortèges qui voulaient montrer que la rue ne voulait pas du Front national ? Mais pour certains, et notamment l’extrême gauche, qui avait sifflé les Républicains, en 1996, quand ils manifestaient à Paris contre la venue du Pape, avec les drapeaux de la République et la Marseillaise, le bleu blanc rouge, c’est Le Pen, la Nation, c’est l’extrême droite. D’où leur incompréhension totale, vu leur méconnaissance du peuple, devant les événements contre les victoires de la France en 1998 et en 2006, et les liesses populaires qui les suivent.

Cela ne signifie pas que l’analyse de ces fêtes ne doit pas être approfondie, ni qu’il faille nier le racisme, incontestable, mais très minoritaire, qui sévit dans le football. Les cris de singe contre les joueurs de couleurs, cela existe au football, dans trop de pays d’Europe. Les insultes racistes sur les terrains de football, cela existe également, à tous les niveaux, et il faut les combattre. Mais elles ne sont pas toujours dans le sens de l’antiracisme politiquement correct, où les « Blancs » sont forcément coupables, et les gens de couleur les victimes.

Dans certains quartiers, les joueurs blancs peuvent aussi se faire insulter et traiter « d’enculés de ta race », tout comme des insultes racistes peuvent être échangées entre Africains et maghrébins, sans oublier les équipes communautaires antillaises ou portugaises qui existent dans certains villes.

Enfin, pour continuer, on ne peut passer sous silence les incidents qui, dans de nombreuses villes de France, ont émaillé les fêtes joyeuses où par milliers, les citoyens descendaient dans la rue parce qu’ils avaient envie de se retrouver. Comment ne pas comparer l’attitude des voyous à celle de ceux qui, pendant les manifestations contre le CPE, agressaient étudiants et cortèges syndicaux ?

Le message est le même : on vient vous pourrir la fête, et on considère qu’on a le droit de vous dévaliser et de vous piquer votre portable, voire de vous agresser gratuitement.

Dernière chose, ce qui fut bien pendant cette période, c’est que la majorité de la France s’est retrouvée derrière ses joueurs, et que pour la plupart, c’était d’abord des joueurs français, les meilleurs, qui évoluaient. Personne ne regardait, ni ne voulait une discrimination positive pour mettre plus de blancs, par exemple. En athlétisme, on ne pose pas de questions, dans les relais, si ce sont les Antillais qui courent le plus vite, on les aligne. Au rugby, pour d’autres raisons, les équipes sont plus blanches, on fait jouer les meilleurs.

Mais comment juger les propos d’un Besancenot, qui s’est dit supporter de l’équipe de France parce qu’elle était très colorée ? Cela signifie-t-il que si l’équipe de France n’avait été constituée que par des joueurs comme Willy Sagnol, le candidat de la LCR ne l’aurait pas supporté, ou que, tel Jean-Luc Mélenchon, il l’aurait appelée l’équipe des petits blancs ?

On ne peut non plus occulter le fait que chez certains, heureusement minoritaires, le message autour de l’équipe de France n’était pas des plus positifs. Pour ceux qui se délectent dans le racisme anti-blanc et la haine de la France, ce n’était pas le Français Zidane qui gagnait, c’était l’Algérien (bien que kabyle) Zidane qui faisait gagner la France, et c’était donc la victoire des enfants du colonisés, et elle ne pouvait appartenir au pays colonisateur (suivez mon regard du côté des Indigènes).

Enfin, dernière curiosité, les gauchistes qui gémissent contre le présence du drapeau bleu blanc rouge n’ont jamais eu un mot contre la présence massive de drapeaux algériens brandis par ceux qui veulent instrumentaliser Zizou, et qui refusent de le voir tel qu’il est : le capitaine de l’équipe de football d’un pays de 60 millions d’habitants, dont un Français sur trois a un grand-parent issu de l’immigration (dont les trois plus grands footballeurs français de tous les temps, Raymond Kopa, fils de polonais de Noeux-les-Mines, Michel Platini, fils d’italien de Marseille, et Zinedine Zidane, fils d’Algérien de Marseille).

La République et le bleu blanc rouge, c’est vraiment tout sauf du racisme.

Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Identité & Cohésion Nationale
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 31 août 2006 4 31 08 2006 02:29

par Aneline Mennella


78% des musulmans français souhaitent adopter les traditions nationales. C’est, entre autre, ce que révèle une enquête de l’institut d’opinion Pew Research Center.

La France abrite la plus grande concentration musulmane d’Europe : 5 millions de personnes. Et depuis plusieurs mois, celles-ci souffrent des à priori arbitraires que certains politiques, médias et individus véhiculent. Pourtant, selon les chiffres et conclusions émis par le Pew Research Center, institut d’opinion parmi les plus réputés aux Etats-Unis, « les musulmans français n’ont aucune leçon d’intégration à recevoir de leurs voisins européens (allemands, britanniques et espagnoles, ndlr) ».

Pour couper court aux amalgames primaires et dangereux, qui se multiplient notamment depuis les émeutes de l’automne dernier, cette étude arrive à point nommé. Elle souligne que 93% des français musulmans condamnent l’action d’Oussama Ben Laden, loin devant leurs coreligionnaires anglais qui ne sont que 68%. Autre sujet de préoccupation : le regard sur les autres religions. Là encore, l’institut de sondage est éloquent : 91% des français musulmans ont une opinion favorable des chrétiens et 71% une bonne opinion des juifs. En guise de comparaison, seul 38% des allemands, 32% des britanniques et 28% des espagnols musulmans partagent cet avis sur les juifs.

La nationalité ou la religion ? Interrogés sur ce qui les définit le mieux, la réponse des français musulmans est à mille lieux de celle des britanniques fidèles à l’islam : quand les premiers sont 46% à s’identifier avant tout à leur religion, (face à 42% de patriotes), les seconds se revendiquent d’abord musulmans à 81%.

Par ailleurs, l’enquête met en exergue des témoignages pertinents, recueillis en France par l’International Herald Tribune. Ainsi, les déclarations de Catherine Wihtol de Wenden, spécialiste de l’immigration et directrice de recherche au Centre d’Etudes et de Recherches Internationales, offrent un autre regard sur le sujet. « La plupart des musulmans en France se sentent vraiment Français – mais ils sentent que les Français ne les perçoivent pas ainsi, parce que, physiquement, ils sont arabes ou noirs (…) Des études insinuent que les musulmans sont généralement plus conservateurs, notamment dans le domaine de la sexualité et du mariage. [Mais] en France, la fraction de musulmans très pratiquants ne représente que 10% de la totalité, soit l’équivalent des catholiques pratiquants ».

Aujourd’hui, les deux préoccupations majeures des musulmans européens sont le chômage et leur avenir dans leur pays – bien qu’en France cette dernière inquiétude soit moindre.

Par conséquent, avec plus des trois-quarts de la population musulmane française désireuse d’adopter le mode de vie national, les pro-Huntington peuvent sérieusement revoir leur théorie sur le choc des civilisations.

Marianne

Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Identité & Cohésion Nationale
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 6 septembre 2006 3 06 09 2006 00:06

Entretien avec Marcel Gauchet


Quand vous observez la frénésie autour du Mondial, n’avez-vous pas l’impression que la France, ce n’est plus que le nom d’une équipe de football ?

Marcel Gauchet. — L’enthousiasme autour des exploits sportifs est le révélateur d’un interdit. Les peuples n’ont le droit d’exprimer leur patriotisme, d’ailleurs bon enfant, que dans le domaine du sport, alors que cela leur est interdit partout ailleurs. Selon la doctrine officielle, en effet, il ne doit plus être question d’intérêt national, car les nations, c’est le nationalisme, et le nationalisme, c’est le péché mortel.

Pourquoi les élites ont-elles instauré cet interdit ? Par souci d’éviter les guerres ou pour un intérêt bien compris ?

M. G. — La volonté d’échapper aux malheurs de l’histoire européenne a été salutaire. Mais nous avons affaire à un phénomène plus récent et d’une autre nature, où il ne s’agit plus seulement de désarmer les nationalismes - très bien -, mais de dépasser les nations. Cela au nom d’une idéologie qui s’est développée dans les années 80 et 90 et qui a pris deux formes. A gauche, l’idéologie des droits de l’homme a pris la relève de l’internationalisme prolétarien, tandis qu’à droite est apparu un néolibéralisme économique fou. Je ne suis pas de ceux, comme vous savez, qui sont hostiles au libéralisme, mais ce nouvel inégalitarisme porté par un capitalisme sans frontières me semble intenable. Il est pire, d’ailleurs, dans sa version européenne que dans sa version américaine.

La société est plus inégalitaire aux Etats-Unis, pourtant.

M. G. — C’est vrai, mais aux Etats-Unis le libéralisme est compensé par le sens de l’appartenance nationale. A chacun de faire ses preuves, mais dans le cadre d’une communauté d’égaux. Regardez, Warren Buffett donne sa fortune, car s’il trouve normal de gagner de l’argent il ne veut pas d’une caste d’héritiers sans mérite. Quand Antoine Zacharias [ex-PDG de Vinci] donnera son argent à l’abbé Pierre, on en reparlera ! La nouvelle religion de l’inégalité promue par les élites européennes réduit la valeur de l’homme du commun à rien. Elle les délivre de l’obligation de contribuer au bien de leurs pays.

Comment tenir un discours national ?

M. G. — L’évolution que je viens de décrire n’a rien d’inéluctable. Elle est le produit d’une conjoncture. Elle suscite déjà des réactions violentes des populations. Il va bien falloir retrouver le sens du pacte social. De là à instaurer à nouveau le « plébiscite de tous les jours », façon Renan... La formule est belle, mais pas très opératoire. Le plébiscite de tous les jours n’existe pas. Les processus de construction de l’identité collective sont essentiellement inconscients.

Sur quoi alors fonder le consensus politique ?

M. G. — Sur le sens des identités produites par l’Histoire, justement. Tous les pays ne se gouvernent pas de la même manière. La compréhension de la liberté n’est pas identique en Grande-Bretagne, en Allemagne ou en France. L’économisme a engendré des technocraties aveugles, qui ne connaissent qu’une seule recette et ignorent l’enracinement historique des pratiques collectives. Or les peuples veulent la continuation de leur histoire.

Si demain un dirigeant du pays vous demande comment procéder concrètement...

M. G. — La première tâche est de clarifier les choix collectifs. L’impuissance est fille de la confusion. Je prends l’exemple des services publics. Les libéraux formulent une critique juste en disant que les agents se sont appropriés les services publics aux dépens des citoyens.. Ils en tirent une conclusion hâtive en prônant leur liquidation. De l’autre côté, les « républicains », au nom d’une défense juste du principe du service public, justifient tous les abus. Pour avancer, il faut sortir de ces querelles de fous. S’agissant de l’éducation, c’est la même chose, le blocage intellectuel est complet.

Les médias n’y sont pas étrangers, avez-vous dit avant l’entretien.

M. G. — C’est exact, les médias ne contribuent pas à l’éclaircissement du public, car ils sont très idéologiques. Les journalistes n’ont pas de doctrine, mais ils se croient les défenseurs des grands principes, spécialement en France. Ils empêchent que toute une série de questions soient posées. Il n’est pas excessif de parler de censure.

La censure, diable !

M. G. — Il n’est pas possible de suggérer que l’immigration pose des problèmes sans être taxé de « lepénisme » ou de fascisme. Regardez ce qui s’est passé avec l’Europe. Le débat sur l’élargissement a été interdit. Résultat : le refoulé a fait retour au moment du référendum sur la Constitution européenne, en dépit des injures et du mépris. De la même façon, il est presque impossible de mettre en doute les vertus du libre-échange sans être disqualifié d’avance. Pourtant, l’état de nos économies devrait susciter quelques questions. Mais non. Naturellement, vous avez le droit d’être trotskiste. Vous êtes alors un marginal toléré. Mais si vous prétendez parler en responsable, c’est inadmissible.

Si ce que vous dites est exact, pourquoi un homme ou une femme politique intelligent, même cynique, ne pose-t-il pas les problèmes dans ces termes, ne serait-ce que pour plaire à l’électorat ?

M. G. — Parce qu’il y a une physique politique. Les thèmes rejetés sont appropriés par les démagogues d’extrême droite et d’extrême gauche. Leur traitement raisonnable dans l’espace politique normal devient inaudible. Voilà pourquoi notre société politique est bloquée..

Pour clore cette interview, je vous propose un petit jeu intellectuel. Dites-moi du tac-au-tac ce que vous évoquent ces noms. D’abord, Jacques Chirac ?

M. G. — Je ne vois qu’un mot : le naufrageur. C’est un très brave homme, très sympathique, mais totalement déconnecté de la réalité depuis trente ans. Formé dans la technocratie gaulliste, il y a longtemps qu’il ne comprend plus grand-chose à ce qui se passe. Il compense par un opportunisme intégral. Sa façon de faire de la politique est usée jusqu’à la corde, mais elle influence toute la classe politique française.

Nicolas Sarkozy ?

M. G. — Le même opportunisme en plus jeune, avec toutefois l’avantage d’une autre formation. Sarkozy n’est pas énarque, mais avocat. Cela en fait notre seul homme politique qui écoute ce qu’on lui dit. Un avocat essaie de comprendre un dossier, tandis qu’un énarque sait déjà. Comme Chirac, il croit qu’il ne faut pas être contrariant. Les gens veulent de la rupture libérale ? Qu’on leur donne de la rupture. Ils exigent plus d’autorité de l’Etat ? Donnons-leur plus d’Etat. La recette a ses limites.

Villepin ?

M. G. — Il incarne la malédiction française. Au départ, cet homme a tout pour plaire, il sait, lui, ce qu’est la France, il donne l’impression d’avoir compris ce dont le pays a besoin, et soudain tous ses atouts se retournent contre lui. Une occasion manquée.

Ségolène Royal ?

M. G. — Un mystère. Le mystère qu’une créature du sérail mitterrandiste se trouve être l’incarnation du renouvellement à gauche. Cet espoir n’est compréhensible qu’en fonction de l’idée selon laquelle « on a tout essayé sauf les femmes ». Le problème est que le changement pourrait bien n’être à l’arrivée que la même chose au féminin.

Votre commentaire sur Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius ? Ce n’est peut-être pas juste de les citer tous les trois dans la même question...

M. G. — En tout cas, pour l’opinion, ils forment un groupe, qu’on appelle les « éléphants ». Je dirais plutôt les « survivants ». Ils incarnent la perpétuation du mitterrandisme. En dépit de leurs talents réels, ce ne sont pas des personnes d’avenir.

François Bayrou ?

M. G. — C’est le traître du mélodrame. Ni droite ni gauche, et suspect aux deux camps. Pas facile de faire exister ce qui n’a jamais réussi à prendre en France : le centre catholique.

Jean-Marie Le Pen ?

M. G. — Le candidat qui n’a même plus besoin de parler ! Plus complexe qu’on ne l’a dit, le personnage de Le Pen mélange la vieille extrême droite et la version démago du républicanisme à la française. Ajoutons que c’est notre seul homme politique, avec Barre, qui s’exprime en bon français.

Olivier Besancenot et José Bové ?

M. G. — Je ne les mets pas dans le même panier. Besancenot, Laguiller et Buffet représentent le vieux bolchevisme jacobin à la française. Bové, lui, relève d’une autre culture, en quête d’une alternative au monde technique moderne. Il a la tête du populisme paysan, une allure de Vercingétorix, mais il surfe sur l’écologisme version bobo.

Quel serait le portrait du candidat idéal ?

M. G. — Une femme, puisqu’il faut essayer une femme, qui saurait prendre les Français comme ils sont pour leur dire où ils doivent aller s’ils veulent rester ce qu’ils ont été.

Le Point

Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Identité & Cohésion Nationale
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 24 septembre 2006 7 24 09 2006 00:30

par Eric Conan


La France doute! Les défenseurs des «bienfaits» de la colonisation s'opposent à ceux qui s'estiment victimes de celle-ci par hérédité. Un procès à la va-vite est lancé contre Napoléon, accusé d'avoir perpétré un génocide en rétablissant l'esclavage. Le film Indigènes reproche à la République d'avoir sacrifié les troupes coloniales avant de les oublier. Des associations demandent à l'Etat une repentance tous azimuts. De leur côté, les responsables politiques n'ont plus le courage de commémorer les grandes dates du passé et se réfugient dans un œcuménisme hypocrite. En réaction, des intellectuels dénoncent le mea culpa permanent. Dans La Tyrannie de la pénitence (Grasset), Pascal Bruckner veut en finir avec le «masochisme national». Le respect de l'autre doit-il conduire au lessivage de la mémoire nationale et à la culpabilité générale?


Le hasard est parfois bon metteur en scène: la coïncidence de la sortie du film Indigènes, de Rachid Bouchareb, et de La Tyrannie de la pénitence, le nouvel essai de Pascal Bruckner, nous offre un nouvel épisode d'un psychodrame mémoriel qui n'en finit pas d'obséder la France. Son histoire, de plus en plus résumée à une succession de crimes, est rejetée, à l'image de l'errance pathétique, au printemps dernier, du porte-avions Clemenceau, réduit à un dangereux tas de ferraille polluée par l'amiante et dont plus personne ne veut.

Relatant l'épopée de quatre soldats d'un régiment de tirailleurs algériens engagés de 1943 à 1945 dans les combats de la Libération (campagne d'Italie, débarquement de Provence, bataille d'Alsace), Indigènes relève plus de l'hommage militant que de la création cinématographique, bien qu'il ait obtenu au Festival de Cannes le prix d'interprétation masculine. «Si l'on s'en tenait strictement à la qualité du film, de sa mise en scène et de son scénario, il n'est pas sûr qu'Indigènes ferait autant parler de lui», a écrit Libération, regrettant «un film étouffé sous les bons sentiments». Mais c'est parce qu' «on est au-delà du cinéma», explique son réalisateur, Rachid Bouchareb: Indigènes veut rendre justice au rôle et au sort de ces milliers de soldats originaires des colonies et dont beaucoup périrent pour libérer le sol français. D'un épisode complexe où se mêlent gloire et injustice, héroïsme et ingratitude, surtout après guerre, du fait des turbulences de la décolonisation, Rachid Bouchareb, qui dit vouloir «dépasser l'Histoire», a récrit un récit simpliste, accusant la France.

«C'est l'histoire de tirailleurs qui se sont battus pour la mère patrie mais qui, le jour de la victoire, n'ont pas eu le droit de défiler sur les Champs-Elysées», résume Jamel Debbouze, qui joue l'un des rôles principaux. Mais, contrairement aux premières images du film,qui enjolivent paradoxalement leur sort, ces soutiers de la Seconde Guerre mondiale ne se sont pas tous portés librement volontaires, mus par le désir ardent de «libérer la patrie de l'occupation nazie». Pris dans les rets de l'aliénation coloniale, du paternalisme militaire (fidélité à un sous-officier) et parfois de l'enrôlement forcé, beaucoup furent ballottés d'unité pétainiste en troupe gaulliste au gré des revirements de leurs chefs, avant d'être jetés dans des combats qu'ils n'avaient pas toujours choisis. En revanche, et contrairement à ce qu'affirme l'acteur, ils ont bien défilé sur les Champs-Elysées, où la population leur a rendu hommage à plusieurs reprises, le 11 novembre 1944, le 8 mai et le 14 juillet 1945.

Autre caricature, Indigènes nous présente des héros qui sont systématiquement envoyés à la boucherie par des officiers blancs se délectant à distance du spectacle de leur décimation. Pour ceux que l'Histoire intéresse, il faut savoir que la campagne d'Italie fut l'une des plus meurtrières pour les officiers français. Or tous les gradés du film sont de belles ordures, à la seule exception d'un sergent pied-noir dont on découvre qu'il a du sang algérien… L'on pourrait aussi reprocher à un scénario qui veut faire œuvre de justice de ne pas avoir pensé à inclure au moins un soldat noir dans le quatuor des héros d'Indigènes censé symboliser les troupes coloniales.

Mais l'exactitude historique n'est pas le souci d'une œuvre qui veut surtout peser sur le présent. «Si je fais ce film, c'est contre Fabius», précise Jamel Debbouze, estimant que l'ex-ministre des Finances est le principal complice des injustices concernant le niveau des pensions des anciens soldats coloniaux. Et Samy Naceri, qui interprète un autre rôle d'Indigènes, ajoute que le film va permettre «d'économiser des milliards sur les budgets de prévention et d'intégration».

Cet espoir fait écho à l'appel des Indigènes de la République, lancé en janvier 2005 par des associations et des chercheurs enjoignant les «filles et fils de colonisés» à lutter contre les «discriminations de la République postcoloniale», selon une idée qui n'a cessé de s'imposer depuis quelques années: plus la France aura honte de ses crimes, plus les problèmes actuels de ceux qui s'identifient à ses victimes du passé se résoudront. Car il est plus confortable de considérer, comme Jack Lang, que les émeutiers de banlieue de novembre 2005 sont les «enfants ou les petits-enfants de la colonisation» que de reconnaître qu'il sont victimes de vingt-cinq ans de politiques urbaine et scolaire qui les ont reclus dans des ghettos abandonnés.

De la déportation des juifs à la colonisation en passant par l'esclavage et Napoléon, les revendications mémorielles communautaires se sont multipliées. Au détriment d'un récit commun devenu impossible, comme l'a montré la récente polémique sur l'article de la loi du 23 février 2005 recommandant - à la demande des pieds-noirs, qui se voyaient évincés des manuels d'histoire - que «les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord». Jacques Chirac a exigé la suppression de ce texte alors que lui-même honorait encore, il y a dix ans, «l'importance et la richesse» de «l'œuvre civilisatrice de la France» en Algérie. En revanche, il ne réagit pas quand des nostalgiques de l'OAS érigent des monuments dédiés aux «martyrs de l'Algérie française» qui rendent hommage à des putschistes ayant tenté d'assassiner de Gaulle. Car, dans cette grande Bourse des mémoires communautaires, certaines sont orphelines, qu'on ne défend plus. Ainsi, en avril dernier, le monument en bronze de Craonne, élevé à la gloire des 200 000 morts de la bataille du Chemin des Dames de 1917, a été détruit par des récupérateurs de métaux sans que cela émeuve le moindre ministre.

Rivalisant les unes avec les autres, ces mémoires victimaires poussent à la surenchère. Ne s'intéressant qu'aux ombres de l'Histoire, elles finissent par les noircir. Seul le crime les intéresse, au détriment de l'héroïsme. Accabler Vichy en oubliant l'occupant nazi. Ne plus voir dans la Résistance qu'un panier de crabes. Ne s'intéresser qu'à l'esclavage européen - aboli - sans dire mot de celui qui existe encore, ailleurs, dans le monde. Faire de la colonisation l'essence de la République. Il n'y a plus de limites, toutes les provocations étant prises au sérieux au détriment de la vérité historique.

Cette dérive perverse avait suscité la colère du regretté Pierre Vidal-Naquet, anticolonialiste s'il en fut, qui dénonçait, quelques semaines avant sa mort, l'entreprise «frauduleuse» d'un ouvrage, Coloniser. Exterminer, d'Olivier Le Cour Grandmaison, faisant de la colonisation la matrice de l'extermination de masse nazie. Et Pierre Nora a dénoncé l'écho accordé à un opuscule, Le Crime de Napoléon, de Claude Ribbe, présentant l'Empereur comme l'inventeur des chambres à gaz. Usant de la même précision méthodique que Pierre Vidal-Naquet avec les négationnistes, l'historien Daniel Lefeuvre a relevé le caractère fantaisiste de nombre d'ouvrages militants dans Pour en finir avec la repentance coloniale (Flammarion).

Le philosophe Peter Sloterdijk voit dans cette transformation de l'Histoire en «spectacle immonde» une diversion: aider «les sociétés contemporaines à ne pas résoudre leurs véritables problèmes en les entraînant dans des débats artificiels». Cela avec la complicité d'une partie des élites, qui se donne bonne conscience en se repentant sur le dos des générations précédentes. Avec une ivresse qui confine à l'irrationnel: elle aboutit à coloniser non plus l'espace mais le passé, en imposant les valeurs morales du présent à des événements anciens que l'on ne cherche plus à comprendre mais à juger. Ce complexe de supériorité transforme toutes les grandes figures de l'histoire de France en suspects. Le courage des poilus? On préfère ne voir en eux que des victimes contraintes, plutôt que de faire l'effort de comprendre ce que fut le patriotisme. Les cheminots résistants fusillés? Que n'ont-ils fait pour arrêter les trains de déportés? Cet anachronisme dévore tout, et bientôt l'on reprochera à Jean Moulin de ne pas avoir institué la parité dans la Résistance…

L'histoire nationale finit par devenir insupportable. Dominique de Villepin a donc eu honte de faire commémorer la victoire d'Austerlitz alors que l'Angleterre a célébré avec faste celle de Trafalgar et la Belgique celle de Waterloo. François Mitterrand même semble déjà lointain, lui qui, en 1987, ne craignait pas d'assister à la messe pour le millénaire de la dynastie capétienne, avant de commémorer avec faste la Révolution française.

La connaissance historique est de plus en plus contestée par une logique judiciaire qui n'a plus de limite, comme le montre, aujourd'hui, la mise en cause du dictionnaire Le Robert, sommé par une association raciale et une association antiraciste de remplacer, sous leur dictée, sa définitioncondamnation de ce «crime contre l'humanité». A quand l'interdiction des écrits de Senghor, coupable d'avoir estimé que «la colonisation est un phénomène universel, qui, à côté de ses aspects négatifs, a certains aspects positifs»? Et ceux de Marguerite Duras, qui évoquait ces «pays lointains et sauvages où tout était à faire». de la colonisation, qui y figure depuis quarante ans, par une

C'est contre cette réécriture du récit national en réquisitoire permanent que s'élève aujourd'hui, avec colère, Pascal Bruckner, dans un essai à paraître le 3 octobre, chez Grasset. Il appelle à en finir avec cette Tyrannie de la pénitence et n'hésite pas à renverser la situation pour prôner une fierté française. Il montre, d'abord, que ce «masochisme» est une particularité occidentale récente dont la France offre une caricature. «Comme il y a des prêcheurs de haine dans l'islamisme radical, il y a des prêcheurs de honte dans nos démocraties, surtout chez les élites pensantes.» Il voit dans ce masochisme une forme de prétention: «La décolonisation nous a privés de notre puissance, notre poids économique ne cesse de décliner, mais, dans une colossale surestimation, nous continuons à nous voir comme le centre de gravité maléfique dont dépend l'Univers.»

Or, selon lui, nous ne sommes pas coupables. D'abord, parce qu'il «n'y a pas de transmission héréditaire du statut de victime et de bourreau», sauf à renouer avec l'essentialisme dont Maurras fut en France le dernier représentant. Et, surtout, parce que si «toutes les civilisations, les Perses, les Mongols, les Chinois, les Aztèques, les Incas, les Ottomans, ont été colonisatrices», seul l'Occident s'est amendé. L'esclavage? L'Occident n'a fait que prendre «le relais des Arabes et des Africains», mais il a «engendré l'abolitionnisme et mis fin à l'esclavage avant les autres nations».

Refusant le rôle de bouc émissaire que l'on veut nous faire jouer, Pascal Bruckner ajoute que nous ne sommes pas responsables de la situation actuelle des pays décolonisés. Déjà, d'anciens vrais tiers-mondistes comme Gérard Chaliand et Yves Lacoste estimaient que, après quarante ans d'indépendance, les dictatures d'Afrique, saignées par la corruption ou les guerres tribales, devaient être tenues pour responsables de leurs malheurs. L'économiste Daniel Cohen ajoute que l'Occident ne s'est pas développé en pillant le tiers-monde et que les puissances coloniales se sont développées moins vite que les puissances non coloniales. Cinquante ans après son célèbre Portrait du colonisé, Albert Memmi pose donc la question dans Portrait du décolonisé: «Qu'avez-vous fait de votre liberté?»

Pascal Bruckner va plus loin: si nous ne devons pas nous sentir coupables, nous avons de quoi nous sentir plus fiers. Il n'hésite pas à revendiquer une supériorité historique: «L'Europe a plutôt vaincu ses monstres, l'esclavage a été aboli, le colonialisme abandonné, le fascisme défait, le communisme mis à genoux par KO. Quel continent peut afficher un tel bilan?» Alors que nous avons conscience de nos vices passés, pratiquant l'autocritique au point d' «exhiber nos plaies en public», le reste du monde demeure dans l'archaïsme de la recherche du bouc émissaire: le juif, l'Amérique, le Blanc. Pascal Bruckner propose donc d' «inverser notre rapport au passé: ne pas y voir une source de déploration mais de fierté». Retourner «l'accusation contre les accusateurs», les «soumettre à leur tour au feu roulant de la critique», «accuser plutôt que s'accuser»: «Il y a des mosquées à Rome mais y a-t-il des églises à La Mecque, à Djedda, à Riyad? Ne vaut-il pas mieux être musulman à Düsseldorf ou à Paris que chrétien au Caire ou à Karachi?»

Pascal Bruckner montre que l'enjeu n'est pas seulement symbolique mais politique: ce masochisme est fatal en France, nation politique qui s'est forgée autour d'une histoire fédératrice que n'osent plus assumer aujourd'hui que des naturalisés récents. Derniers en date, Chahdortt Djavann (Comment peut-on être français?) ou André Makine (Cette France qu'on oublie d'aimer) défendent mieux les valeurs universelles françaises que certains intellectuels baignés par un relativisme culturel à un niveau rarement atteint depuis l'époque coloniale. Associant déclinistes contempteurs d'une France «nulle», rappeurs subventionnés exhortant «à la baiser et à l'épuiser comme une garce» et céliniens mondains se délectant de la «France moisie», l'actuelle francophobie dominante dans les milieux médiatico-politiques est un facteur de la crise de l'intégration. Celle-ci ne peut fonctionner sur la détestation de la société accueillante, comme le rappelait Jean Daniel, en contestant le slogan retenu par la future Cité nationale de l'histoire de l'immigration («Leur histoire est notre histoire») alors qu'il convenait, selon lui, de préférer au contraire «Notre histoire est leur histoire», plus conforme à la tradition française. «L'anticolonialisme nous a conduits au culte de la différence tolérée», ajoutait-il, alors que l'on doit plutôt «exiger la recherche de la ressemblance».

Ressemblance dont le souvenir de la victoire de la France lors de la Coupe du monde, en 1998, reste la métaphore la plus forte et la plus appréciée des Français: une équipe de semblables, d'origines et de couleurs différentes, soudés par les mêmes maillots, le même langage, les mêmes règles du jeu et le même objectif.


L'Express

Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Identité & Cohésion Nationale
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 6 octobre 2006 5 06 10 2006 00:02

Par Bernard Teper



Il était une fois une France républicaine terre d'asile. Aujourd'hui, Anas El Jazouli, le Salman Rushdie marocain, président du Mouvement laïque marocain, est menacé de mort au Maroc par une fatwa intégriste. Réfugié en France,le gouvernement lui refuse le droit d'asile et l'invite à quitter le territoire. Il est en grève de la faim depuis 3 semaines.

Il était une fois, une France républicaine, assurant la sûreté des personnes sur son territoire conformément à l'article 2 de la déclaration des droits de l'homme du 26 août 1789.Aujourd'hui, un professeur de philosophie est obligé de se cacher à cause d'une fatwa d'un prédicateur intégriste.

Il était une fois, une France républicaine qui enseignait les Lumières. Aujourd'hui, après que l'Université de Lyon 3 ait donné une tribune à des négationnistes d'extrême droite niant la Shoah, voilà l'arrivée des conférences d'Hani Ramadan, celui-là même qui justifie, entre autres, la lapidation des femmes adultères, le sida comme une punition divine.

Il était une fois une France républicaine qui se dotait d'entreprises publiques de l'énergie. Aujourd'hui, le parlement marchandise et privatise ce secteur.

Il était une fois une France républicaine qui, avec le Conseil national de la résistance, a promu la sécurité sociale à la Libération. Aujourd'hui, après avoir favorisé les écoles privées confessionnelles au détriment des écoles publiques,favorisent les cliniques privées face à l'hôpital public et les multinationales de l'assurance au détriment de la sécurité sociale.

Il était une fois une France républicaine qui votait la loi du 9 décembre 1905 dite de séparation des églises et de l'Etat. Alors que la Suède a pris le même chemin, voilà notre gouvernement qui veut démanteler cette loi via le rapport Machelon.

Il était une fois une France républicaine qui avait une politique de plein emploi. Aujourd'hui, le turbocapitalisme met en place le chômage massif et la précarité. De plus, beaucoup d'organisations politiques et de candidats aux prochaines élections n'ont pas les discours et les actes à la hauteur des enjeux.

Après les victoires partielles concernant le non au traité constitutionnel et le retrait du CPE, la riposte à ce cours des choses est notoirement insuffisante. En partie à cause du manque de repères de ceux qui veulent résister à cette évolution. Pour avoir ces repères,il faut constituer un ensemble cohérent de principes. Pour nous, cet ensemble cohérent de principes, c'est le modèle laïque de la république sociale cher à Jean Jaurès. Notre travail d'éducation populaire consiste donc à affiner l'ensemble cohérent de ces principes et de le populariser dans le mouvement social pour redonner confiance.

ReSPUBLICA

Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Identité & Cohésion Nationale
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 15 octobre 2006 7 15 10 2006 01:11

Bernard Cassen est président d’honneur d'ATTAC France (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’aide aux citoyens), une association qu’il a présidée de sa fondation en 1998 jusqu’en 2002. Il est également directeur général du Monde diplomatique, où il traite notamment des questions européennes. Il est l’une des figures du mouvement altermondialiste.


Bernard Cassen, Jacques Nikonoff, président d’ATTAC, déclarait en mars 2005 qu’une victoire du non en France « encouragerait les forces sociales des autres pays européens » et « ouvrirait la voie à la négociation d’un nouveau traité européen, afin de refonder l’Union européenne sur des bases différentes ». Qu’en est-il, plus d’un an après le référendum ?

Bernard CASSEN. — Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le « non » français a eu beaucoup d’écho en Europe. En Espagne, par exemple, on a vu un regain d’intérêt pour les questions européennes au lendemain du vote. Il faut également savoir que dans certains pays, où les ratifications se sont faites par voie parlementaire, il n’y a eu aucun débat. En Allemagne, s’il y avait eu un référendum, tout le monde sait bien le « non » l’aurait emporté.

Est-ce que ce vote s’est pour autant traduit par un plan B ? Non, c’est évident. Mais il a ramené à la modération un certain nombre de gouvernements et de responsables politiques qui savent très bien que le sujet est ultrasensible. Aujourd’hui, il est clair que le traité constitutionnel est mort.

Certains dirigeants continuent pourtant de soutenir le processus de ratification.

B. C. — Tout ceci est absurde. C’est une négation totale des nations qui ont pris position pour le « non », et de celles qui feraient le même choix. Parce que si la Pologne, la République tchèque ou le Royaume Uni votaient, ce serait non à tous les coups.

Aujourd’hui certains proposent la signature d’un mini traité institutionnel, d’autres la convocation d’une nouvelle Convention. Que pensez-vous de ces différentes hypothèses ?

B. C. — Il est évident que l’Union européenne, surtout avec les adhésions roumaine et bulgare, est bloquée sur le plan institutionnel. D’ailleurs, le traité de Nice prévoit qu’à partir de 27 membres il faut changer les règles. Si le traité qui nous a été proposé avait seulement consisté en quelques dispositions institutionnelles, on ne se serait pas mobilisés. A titre personnel, je ne suis pas contre un Président de l’UE élu pour deux ans et demi, ni pour un Ministre des Affaires étrangères, même si dans les faits cela ne changerait rien, en l’absence de politique commune.

Mais ce n’est certainement pas cela qui aurait créé une Europe politique. Quand vous additionnez toutes ces mesures institutionnelles, elles sont absolument dérisoires. L’une d’elle relève même de l’imposture, c’est le fameux droit d’initiative populaire. Enfin si tout cela était reformulé dans un nouveau traité, pourquoi pas. Mais attention, il ne s’agit pas de reprendre la première partie du traité constitutionnel qui contient des dispositions scandaleuses comme la concurrence libre et non faussée ou la subordination de l’UE à l’OTAN.

Quant à convoquer une Convention ou une assemblée constituante, je suis contre chacune des deux hypothèses. La Convention n’a aucune légitimité. C’est comme si vous preniez 80 personnes au hasard dans la rue. Ce ne serait pas plus sot, d’ailleurs. Pour qu’il y ait une assemblée constituante, encore faudrait-il qu’il y ait un souverain. Et cela ne peut-être que le peuple européen. Or, ce peuple européen n’existe pas. Pour l’instant, il y a vingt-cinq peuples.

Vous défendez donc la vision de l’Europe des nations ?

B. C. — Tout ceci est un faux débat. La question est déjà tranchée. Personne ne veut d’une Europe fédérale, pas un seul gouvernement. Nier la dimension nationale dans la construction européenne serait une illusion absolue. Ce serait supposer que le problème principal a été réglé.

Toute la question est de savoir comment on combine les réalités nationales avec une ambition européenne qui est nécessaire. Car il doit y avoir un niveau supranational pour un tas de problèmes qui ne peuvent qu’être réglés à l’échelle européenne, comme l’espace aérien ou l’environnement.

Votre association se pose la question d’un débouché politique à ses actions. Ce débouché peut-il se faire au niveau des institutions de l’Union européenne ?

B. C. — Dans un document adopté par l’ensemble des ATTAC d’Europe, nous demandons une démocratisation des institutions de l’Union européenne, à institutions constantes. Nous préconisons entre autres choses le droit d’initiative populaire, à condition que les propositions législatives aillent directement au Conseil et au Parlement sans passer par la Commission. Nous demandons la suppression totale du monopole d’initiative législative de la Commission au profit des gouvernements et des parlements nationaux. Nous réclamons des référendums européens pour refuser certaines directives.

Par ailleurs, c’est de la folie de tenir les parlements nationaux à l’écart du processus de décision. Le Parlement européen a une légitimité réduite, contrairement aux parlements nationaux. Tant que l’idée européenne ne sera pas appropriée par l’ensemble des élus français, les institutions européennes resteront en lévitation au-dessus de la réalité. Certains disent que le retour au national est un retour en arrière mais, au contraire, c’est un pas un avant. Le processus actuel n’est pas légitime et il est contre-productif. Je n’arrive pas à comprendre comment les européistes ne se rendent pas compte de cela.

La proposition de directive sur les services, dite « Bolkestein », a été remaniée à la suite du débat au Parlement européen en février dernier. Comment jugez-vous la nouvelle version de ce texte ?

B. C. — Elle est néfaste et à rejeter absolument. Je ne suis pas du tout convaincu qu’il faille un marché commun des services. Je ne vois pas ce que cela apporte.

Pourquoi est-ce que l’on veut un marché commun des services ? C’est uniquement pour créer les conditions du dumping social et fiscal. Les besoins du marché du travail peuvent être parfaitement satisfaits par d’autres moyens. On nous dit que le principe du pays d’origine a été supprimé mais ce n’est pas vrai. Lorsque la Cour de justice aura à arbitrer elle s’y réfèrera, beaucoup de députés l’ont dit. C’est donc une directive totalement scélérate, même dans une forme légèrement édulcorée par le Parlement.

Lorsque vous dites que la directive a été conçue uniquement pour créer les conditions du dumping social et fiscal, cela sonne un peu comme s’il y avait un plan délibéré.

B. C. — Mais bien entendu. Et ce n’est pas un plan qui est caché, il est public.

Moi je suis pour les protections. Je crois que les protections créent plus d’emplois que l’absence de protections. Demandez-vous qui demande la libéralisation du marché des services. Cela vous indique tout de suite quels intérêts la directive sert. Et il est évident que le patronat était plus que favorable à une libéralisation du marché des services.

L’approche européenne des services publics vous semble-t-elle satisfaisante ?

B. C. — Elle me semble totalement insatisfaisante. Je suis contre toute législation européenne sur les services publics. C’est l’affaire de chaque pays. Une législation européenne serait libérale par définition. Les services publics ne tombent pas du ciel, ils ont une histoire, ils sont le produit de luttes dont la Commission voudrait faire table rase pour tout homogénéiser vers le bas.

Je suis en faveur du retrait de toute notion de concurrence dans les services publics. Les services publics ne peuvent pas être régis par la concurrence. C’est notre droit souverain de subventionner comme nous le souhaitons tel ou tel service public.

Ne pensez-vous pas qu’une directive cadre sur les services d’intérêt économique général (SIEG) telle que celle proposée par le Parti socialiste européen permettrait de protéger les services publics contre la menace que représente pour vous la concurrence ?

B. C. — La proposition du PSE était bien intentionnée. Ils se rendent bien compte de la frénésie libérale de la Commission et du Parlement, donc ils veulent sauver les meubles. Ce n’est pas du tout ce qu’il faut faire. Ce qu’il faut c’est changer complètement les règles. Il faut une directive abolissant toutes les directives précédentes, un changement de traité en quelque sorte.

Pouvez-vous nous dessiner les contours de « l’autre Europe » que vous appelez de vos vœux ?

B. C. — Premièrement, nous voulons une démocratisation radicale des institutions européennes, qui sont profondément antidémocratiques. Deuxièmement, une autre Europe se fonderait sur d’autres valeurs et d’autres normes. Il faut instaurer comme norme supérieure non plus la concurrence mais la solidarité. Cela donnerait une Europe à trois dimensions : solidaire en son sein, solidaire avec le reste du monde et solidaire avec les générations futures.

Solidaire en son sein, cela veut dire une augmentation substantielle du budget de l’Union pour permettre aux nouveaux entrants de rattraper au plus vite leur retard, mais selon des critères de convergence sociaux aussi impératifs que les critères monétaires du traité de Maastricht.

Vis-à-vis des pays tiers, il faut d’autres formes d’accords que les accords de libre-échange, qui sont des accords scandaleux car profondément inégaux. Ces pays ouvrent unilatéralement leurs marchés ce qui empêche les industries naissantes de prospérer. Moi je suis pour des barrières douanières élevées de la part des pays du Sud contre les produits industriels et les services des pays du Nord. En matière agricole, nous sommes favorables à la souveraineté alimentaire, c’est-à-dire le droit à la protection contre les importations pour tous les pays, y compris ceux du Nord.

Le libre-échange ne peut pas être un principe constitutif, ni européen ni international. Le libre-échange, c’est le déni de la politique. Ce sont seulement des flux de marchandises, de services et de capitaux sur lesquels les citoyens n’ont aucune prise. Nous demandons la réappropriation du politique par les citoyens. Le contenu de l’Union européenne doit être décidé politiquement. C’est la volonté des citoyens qui doit primer et non pas des règles dont on sait qu’elles servent les plus forts.

 

prospectives.info

Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Identité & Cohésion Nationale
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Jeudi 9 novembre 2006 4 09 11 2006 00:19

 Par Gérard Témin, retraité, ancien haut fonctionnaire aux Nations-Unies.


Y a-t-il un seul candidat qui osera affronter le ridicule et placer dans son programme l'apprentissage de l'amour de la France ? Un pays qui ne s'aime plus est un pays qui meurt. Pourquoi nos intellectuels sont-ils si complexés, toujours à la recherche de modèles extérieurs ? Pourquoi ce découragement ?



Le deuxième jour après mon retour des Etats Unis, je me suis fait attaquer dans la rue, à Orléans, où j'allais rendre visite à mes parents. Un jeune français d'une vingtaine d'années, taillé en athlète, d'origine africaine, qui avait envie de mon Blackberry. Comme j'y tenais aussi, j'ai refusé de le lui donner. Bref, ça a dégénéré … dans la bagarre, j'ai perdu mes lunettes et je me suis trouvé tout bête et un peu honteux de faire le coup de poing. Sans compter que je n'y voyais plus rien. Il est vrai que j'avais toujours mon Blackberry. J'étais surtout en colère contre moi-même et j'ai fini par lui dire « mais t'as pas honte de t'en prendre à un homme qui a l'âge d'être ton père ! Merde, après 35 années à New York, il faut que je vienne à Orléans pour me faire attaquer ! ». D'un coup, c'est un autre homme. Il se baisse, me ramasse mes lunettes, me les tend, me dit « t'es cool … t'es de New York ? » Je lui dis, « oui ». Il continue « c'est bien là-bas ! » Il ne pensait plus à me voler. Il voulait parler de l'Amérique, et c'est en parlant de l'Amérique qu'on a descendu le Faubourg Bannier ensemble. On était presque copains.

Et ces temps pré-électoraux, avec nos candidats qui ont tous le mot « France » à la bouche, je pense souvent à cette scène et je me pose la question : comment peut-on être Français ? Et surtout pourquoi ? C'est une question à laquelle seraient bien en peine aujourd'hui de répondre une majorité de nos concitoyens, et encore moins nos candidats à l'épreuve suprême. Promenons nous dans les rues de Paris ou de province. L'une de mes souffrances de rapatrié sur le continent c'est de retrouver ici toutes les enseignes laissées là-bas, outre Atlantique. C'est d'entendre le sempiternel refrain anti américain et anti libéral, et en même temps de croiser tous les jours dans le métro des jeunes gens aux T-shirts badgés de drapeaux américains ou de noms d'universités américaines, qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à mon copain du Faubourg Bannier. Non! Ne riez pas, ce ne sont pas des détails. C'est notre pays qui fout le camp dans quelque chose qui n'est plus lui. Quand nos enfants se disent « salut, man! » entre eux, et sont prénommés Kevin, ou Christopher, Cheyenne ou Samantha, il y a quelque chose qui fout le camp, et ce n'est pas leur faute. Ce sont les parents qui choisissent les prénoms américains. Ce sont les fabricants français qui n'osent pas faire de pull aux couleurs de la France, de ses universités ou de ses musées. Ce sont les politiques qui abandonnent à Le Pen le drapeau et la Marseillaise et qui n'osent pas prononcer le mot « patriotisme » de peur de passer pour ringard ou facho. On est si facilement « facho » en France, dès qu'on emploie des mots vaguement obscènes comme « discipline », « travail », « civisme ».

Et à propos de facho ! J'ai été stupéfait en arrivant de constater qu'ici, celui qui met un drapeau bleu blanc rouge à sa fenêtre en est forcément un. J'admets fort bien que les Américains sont un peu agaçants avec leur patriotisme en papier peint qui s'affiche partout et à tout propos. Mais pourquoi tant de haine ou de mépris pour tout ce qui évoque notre patrie, à commencer par ce qui en fait son ciment, notre langue ? Bilingue moi-même, je suis pour l'enseignement de l'anglais dès la maternelle car c'est un outil à donner aux enfants pour s'ouvrir au monde. Mais cet enseignement est mortel sans l'amour et l'apprentissage méticuleux du français. Combien de jeunes sont inemployables parce qu'ils ne parlent aucune langue convenablement mais un mélange de n'importe quoi ? Combien de jeunes rêvent, comme mon agresseur orléanais, de quitter ce pays qu'ils n'aiment plus ? Beaucoup, je le crains. Beaucoup trop. En cette campagne présidentielle qui débute, y a-t-il un seul candidat qui osera affronter le ridicule et placer dans son programme l'apprentissage de l'amour de la France ? Un pays qui ne s'aime plus est un pays qui meurt. Pourquoi nos intellectuels sont-ils si complexés, toujours à la recherche de modèles extérieurs ? Pourquoi ce découragement ? Pourquoi chaque fois qu'une usine licencie son personnel -hier c'était Aubade, les soutiens gorges- entend on les travailleurs dire tout de suite que la France est fichue et qu'il n'y a plus rien à faire à cause de la mondialisation ? Pourquoi sommes nous si vieux ? Si fatigués ? Si découragés ?


Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Identité & Cohésion Nationale
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 8 mars 2007 4 08 03 2007 23:22
Par Jean-Philippe Immarigeon


A force de décliner depuis plus de trois siècles, comme le prétendent tous ceux qui semblent pressés de la quitter parce qu’ils ne l’aiment pas, pourquoi la France n’a t-elle pas encore touché le fond?


Il existe quelque part dans ce bas monde un vieux pays toujours la tête hors de l’eau à un âge avancé où bien des civilisations avaient déjà péri avant lui, qui a planté son drapeau sous toutes les latitudes et même cinq semaines sur les tours du Kremlin, et qui, sans avoir jamais postulé au rang de super-puissance (sauf précisément lorsqu’il couchait dans le lit des Tsars, mais il s’en est définitivement guéri peu de temps après, qui plus est par un gros mot) reste écouté lorsqu’il s’exprime, et bien davantage qu’il ne s’imagine lui-même.

Un pays où l’espérance de vie ne cesse d’augmenter pour être sans doute la plus élevée du monde, où le taux de mortalité infantile est le plus faible du monde, dont le taux de fécondité est un des plus élevés des pays industrialisés et qui va parvenir au renouvellement des générations sans apport d’immigration, alors que tous ses voisins vont voir (et pour certains voient déjà) leur population diminuer.

Ce pays est la première destination du monde pour les touristes et la troisième pour les investisseurs. Censé avoir entamé son déclin au lendemain de la Révocation de l’Edit de Nantes, et n’en pas finir depuis cette date de décrocher, il est aujourd’hui le second producteur et exportateur de produits alimentaires, lui-même auto-suffisant depuis bien longtemps, mais également un des premiers exportateurs de service, un de premiers si ce n’est le premier pour le taux d’informatisation et de téléphonie portable.

Alors que ceux-là mêmes qui s’extasiaient hier sur le nouvel Eldorado des services l’accusent désormais de se désindustrialiser, ce pays reste bon an mal an quatrième ou cinquième puissance industrielle et commerciale, un des pays à la productivité la plus élevée (du moins pour ceux qui travaillent), où les services publics sont les plus performants, où vous obtenez une ligne et un numéro de téléphone en moins de temps qu’il ne faut pour remplir le formulaire. On y fabrique les paquebots les plus gros du monde, les trains les plus rapides et les avions les plus lourds (enfin, on essaie).

Et à côté on y conserve un art de vivre unique sur la planète, une créativité dans presque tous les domaines artistiques, un niveau de production littéraire, en quantité si ce n’est en qualité, largement supérieur au reste du monde, une cuisine qui ne connaît de concurrence que chinoise, des musées, des châteaux, des monuments que l’on n’en finit pas d’inventorier et de restaurer... C’est un des pays dont les habitants prennent le plus de vacances, et un de ceux qui - corrélativement - perd le moins de temps en arrêts maladies et même en grèves et débrayages, un pays où la flexibilité initiée en 1982, lorsqu’en contrepartie d’une 5ème semaine les employeurs ont obtenu la maîtrise des congés de leurs salariés, est la plus large au monde (à l’exception, bien entendu, des pays où règne un « capitalisme de droit divin et du bon plaisir »).

C’est un pays où le système de santé, au prix il est vrai de dépenses pharaoniques, n’en reste pas moins pour l’OMS le plus performant du monde ; où l’Etat, depuis les rois, entretient le réseau de communications, routières autrefois, puis ferrées, autoroutières, téléphoniques le plus performant du monde et surtout le plus dense ; et éponge régulièrement les errements d’un capitalisme implanté il y a plus de trois siècles, tout en le gratifiant d’un environnement politique, social et législatif des plus propices à son développement.

Que voilà un pays tenu d’une main de fer ! Même pas : c’est une démocratie libérale, et même bien avant qu’ils ne votent ses habitants menaient déjà la vie dure à leurs rois. Les électeurs y changent de majorité systématiquement depuis 25 ans à chaque scrutin, et votent contre les ukases de leurs élites lors des référendums. Ils ont inventé au XVIIIème siècle, dont on dit qu’il fut le leur, des principes qu’ils ont ensuite vendu au monde entier et qu’ils conservent contre vents et marées, malgré les crises, les invasions et les guerres (dont ils sont définitivement fatigués, ce qui ne les empêche pas de payer cher le prix de leur indépendance en entretenant la troisième force nucléaire et des unités de combat que les Américains tentent désespérément de copier). Et surtout malgré des révolutions à répétition... ou grâce à elles.

Mais quel est donc ce pays ? Est-ce celui que les Allemands nomment depuis deux siècles la Grande Nation, où le vieux dicton germanique dit que Dieu y est le plus heureux ?

Ce n’est pas celui en tous les cas que stigmatise une vieille droite qualifiée il n’y a pas si longtemps de plus bête du monde, et qui dénonce cette nation « jalouse », « arrogante » et « en panne » et tout ce qui précède comme « l’esprit de jouissance », « ces mensonges qui nous ont fait tant de mal », - pour reprendre les formules d’un vieux maréchal sénile à qui il faudra bien un jour qu’un président de la République retire à titre posthume le bâton pour lequel, comme disait Weygand au soir de sa remise en 1918, « il a fallu aller le chercher et le traîner à coups de pieds au cul ».

Il y a effectivement des coups de pied au cul qui se perdent.


Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Identité & Cohésion Nationale
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

A propos du site

Présentation
Contact



Portail Républicain






Photothèque

Recommander

Syndication

  • Flux RSS des articles

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés