Ils ont dit...


"Le patriotisme c'est l'amour des siens, le nationalisme c'est la haine  des autres." Romain Gary

"La République n'est pas enfermée dans un texte sacré déposé dans le saint des saints ou au pavillon de Breteuil. Elle est vivante. Elle est mouvement. Elle est devenir. Elle est le miroir des hommes agissants."
Patrick Kessel


"La République est une idée, la République est un principe, la République est un droit. La République est l'incarnation même du progrès." Victor Hugo
 
"Je n'ai jamais cru qu'aimer sa patrie empêchât d'aimer ses enfants. Je n'aperçois point davantage que l'internationalisme de l'esprit ou de la classe soit irréconciliable avec le culte de la patrie. Ou plutôt, je sens bien, en interrogeant ma propre conscience, que cette antinomie n'existe pas. C'est un pauvre coeur que celui auquel il est interdit de renfermer plus d'une tendresse." Marc Bloch

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Mercredi 2 juillet 2008
Par Eric Zemmour

L'équipe de France aurait sans doute pu être championne d'Europe, mais elle n'était pas une équipe et elle n'était pas de France. Pour parodier la célèbre formule du général de Gaulle, on pourrait ainsi résumer la déroute des Bleus dans l'Euro 2008. Pas une équipe, mais un agrégat de joueurs désunis ; pas vraiment de France : la plupart n'évoluaient pas dans un club hexagonal.

Le football français est né à la modernité à la fin des années 60, sur un mode colberto-gaulliste : une direction nationale qui centralise tout, formation et financement ; une redistribution de la manne télévisuelle jusque dans les petits clubs. Ce système centralisé et national fabriqua les générations Platini et Zidane.
Mais il prit de plein fouet la mondialisation libérale imposée par la Cour de justice européenne avec l'arrêt Bosman au milieu des années 90 : la suppression des limitations du nombre d'étrangers dans les clubs entraînant surenchère des salaires et concentration des meilleurs dans les clubs les plus riches.
Dans un premier temps, l'équipe de France en bénéficia, car nos joueurs, exilés en Italie surtout, acquirent férocité et rigueur défensive. Puis, les clubs français devinrent les sous-traitants des championnats anglais ou italiens.

Alors, ces joueurs, venus de toutes parts, cousus d'or mais épuisés par les compétitions de clubs, eurent de plus en plus de mal à retrouver ressources physiques et cohérence. Esprit collectif et amour du maillot tricolore. Mais la France, arrachée à son modèle national par l'Europe, refusa, à l'instar de l'Angleterre, de sacrifier son équipe nationale à ses clubs, désormais puissances financières, cotés en Bourse.

Et la France du foot, entre deux systèmes, deux histoires, finit par perdre sur
tous les tableaux.

Le Figaro, 23 juin
par le Citoyen Thimèle publié dans : Identité et Cohésion Nationale communauté : Les blogs républicains
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Mardi 1 juillet 2008

Par Daniel Lefeuvre


Les sénateurs viennent de repousser l’amendement — voté le 22 mai à la quasi-unanimité à l’Assemblée nationale — qui, à l’initiative du député UMP des Ardennes, Jean-Luc Warsmann, inscrit dans l’article premier de la Constitution, la protection des langues régionales au titre de patrimoine national. Ce rejet suscite l’ire des partisans de cet amendement qui dénoncent le « jacobinisme » de la Haute Assemblée et son mépris pour la diversité culturelle de notre pays qui ne saurait, pour reprendre les paroles du député communiste Patrick Braouezec, se confondre avec « l’uniformité ».

Quels sont les véritables enjeux de cet amendement ? S’agit-il, comme l’on veut nous le faire croire, de défendre un patrimoine culturel menacé ? Certainement pas. Dans la filiation d’un arrêté vichyste du 12 décembre 1941, qui autorisait l’enseignement facultatif des « parlers locaux » dans les écoles primaires, puis de la loi Deixonne du 11 janvier 1951, de la circulaire Savary du 21 juin 1982 et de la loi du 10 juillet 1989, mise en œuvre par Lionel Jospin, une circulaire du ministre de l’Éducation nationale, François Bayrou, en date du 7 avril 1995, inscrit la généralisation de la découverte de la langue et de la culture régionale au programme d’enseignement de chaque classe. Depuis cette directive, l’occitan-langue d’oc, le breton, le basque, le créole, le catalan, le corse, le gallo, les langues régionales d’Alsace, les langues régionales des pays mosellans, les langues mélanésiennes (drehu, nengone, païci, aïje) et le tahitien bénéficient, dans la zone où ces langues sont — ou ont été — en usage, de la possibilité d’être enseignées à l’école, au collège et au lycée, dans le cadre des enseignements facultatifs ou obligatoires.

Au cours de l’année scolaire 2001-2002, 252 858 élèves, tous niveaux confondus, ont suivi un enseignement de ce type. Ils étaient 404 351 en 2007-2008, soit une hausse de 60 %. Ainsi, non seulement ces langues ne paraissent pas menacées, mais encore, contrairement à ce qu’on veut faire croire, la République a mis en place un dispositif d’enseignement leur donnant une vigueur nouvelle.

S’il faut s’inquiéter pour l’avenir des langues en péril, constitutives de notre patrimoine national, c’est bien l’enseignement du grec ancien et du latin qui devrait retenir l’attention des députés et des Pouvoirs publics ! seulement 35 464 élèves (moins de 2 %) apprennent le grec et 83 530 le latin, et ces chiffres ne cessent, d’une année sur l’autre, de régresser. Qui pourrait, cependant, contester que ces deux langues et ces deux cultures constituent des socles historiques et patrimoniaux de notre identité nationale ? L’autre langue, aujourd’hui menacée, c’est le français. Pas seulement dans le monde du fait de la prépondérance de l’anglo-américain. Mais en France même, où l’analphabétisme et l’illettrisme gagnent chaque jour du terrain. Comment lutter contre ces fléaux, facteur essentiel d’exclusion sociale, sans rendre au français une part prépondérante dans l’enseignement primaire et secondaire. Les réformes engagées par le ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos, vont dans ce sens. Mais il faut aller plus vite et plus loin : en 1976, un élève qui sortait du collège avait bénéficié, depuis sa rentrée au cours préparatoire, de 2 800 heures d’enseignement du français. En 2004, avec seulement 2 000 heures, il entrait au lycée avec la formation d’un élève de cinquième.

Si la disparition des langues régionales n’est pas à l’ordre du jour, et personne ne le souhaite, pourquoi certains tiennent-ils tant à les inscrire dans l’article premier de la Constitution ?

En réalité, derrière cet amendement, présenté de manière anodine se cache un autre projet. C’est d’ailleurs ce que confirment certains parlementaires, favorables à l’amendement. Ainsi, pour Victorin Lunel, secrétaire national à l’outre-mer du PS, « après la reconnaissance des langues régionales dans le marbre de la loi fondamentale, le prochain combat doit être celui conduisant à une véritable politique de valorisation de celles-ci ». Pour François Bayrou, cette inscription constitue un « pas en avant important ».

Vers quoi ? La réponse est évidente : vers la ratification par la France de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires adoptée par le Conseil de l’Europe en 1992 et signée par le gouvernement Jospin, le 7 mai 1999.

Or, cette Charte, au nom de la protection des langues est porteuse d’une véritable contre-révolution : elle tend, ni plus ni moins, à réduire les citoyens, jusque-là individus libres et égaux, en éléments de groupes ethniques au sein d’une Europe des régions. Ce qui est en jeu, c’est donc, au-delà de l’alibi culturel évoqué, le maintien ou la disparition, à terme, de l’État-nation, incarnation de notre identité nationale. Le Conseil constitutionnel ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Saisi le 20 mai suivant, par le Président de la République, Jacques Chirac, il a en effet estimé que de nombreuses dispositions de la Charte étaient contraires à la Constitution. Et c’est bien pour contourner cet obstacle que les députés entendent modifier la loi fondamentale, afin d’ouvrir irrémédiablement la porte à la ratification. Maryse Lebranchu, ancienne garde des Sceaux de L. Jospin, n’en fait d’ailleurs pas mystère. Elle « ne voit pas comment le Conseil constitutionnel pourrait s’opposer à la ratification » de la Charte dès lors que la Constitution reconnaîtrait les langues régionales comme éléments du patrimoine national.

Certes, pour faire passer la pilule aux Français, auxquels on prend soin de masquer les véritables enjeux du débats, des propos rassurants sont tenus. Ainsi, le constitutionnaliste Guy Carcassonne, ancien conseiller de Michel Rocard à Matignon au temps de l’adopion du statu de la Corse, et partisan de longue date de la ratification, présente la Charte comme une sorte de libre-service qui n’engagerait à rien, puisque chaque État aurait la faculté de choisir les alinéas qu’il entend mettre en œuvre, sans aucune obligation de choisir les plus contraignant. Ainsi, nul justiciable ne pourrait donc exiger un procès dans sa langue régionale ou minoritaire, ni s’adresser à l’administration dans cette langue.

Cette analyse lénifiante ne peut cependant pas être retenue. Certes, l’article 21 de la Charte autorise « Tout Etat, au moment de la signature ou au moment du dépôt de son instrument de ratification [… à] formuler une ou plusieurs réserve(s) aux paragraphes 2 à 5 de l’article 7 de la présente Charte. » Mais « aucune autre réserve n’est admise ». […]

Or, le paragraphe 1 de cet article 7, (alinéa « d ») mentionne explicitement que la ratification impose que soit facilité et/ou encouragé « l’usage oral et écrit des langues régionales ou minoritaire dans la vie publique et dans la vie privée », disposition explicitement reprise de l’alinéa 3 du préambule. À quoi se rapporte l’expression « vie publique » ? Est-ce, comme l’on feint de nous le faire croire, aux relations ordinaires, celles de tous les jours, de simple voisinages comme chacun en entretient ? Pas du tout. Le « Rapport explicatif » de la Charte [paragraphe 62], rédigé par le « Comité ad hoc d’experts sur les langues régionales ou minoritaires en Europe » (CAHLR) créé par le Comité des ministres européens, est sans ambiguïté : « Cet effort de promotion doit comporter une action en faveur de la possibilité d’employer librement, tant oralement que par écrit, les langues régionales ou minoritaires, non seulement dans la vie privée et dans les relations individuelles, mais aussi dans la vie collective, c’est-à-dire dans le cadre des institutions, des activités sociales et dans la vie économique. » Ainsi, et la France ne pourrait s’y soustraire si elle ratifiait la Charte, tous les justiciables et tous les administrés seraient-ils en droit d’exiger d’être entendus, et d’obtenir réponses, dans une langue régionale. Autrement dit, on en reviendrait à la situation antérieure à l’ordonnance de Villers-Cotterêt du 25 août 1539. Depuis cette date, par unification progressive, la langue française a fait la nation. La Charte européenne, en redonnant aux langues régionales la place qu’elles occupaient auparavant, vise à la détruire.

Et ce n’est pas jouer les Cassandre que d’affirmer que cette marche à reculons ne s’arrêtera pas aux seules langues régionales ou minoritaires. Certes, la Charte exclut [article 1] les langues des migrants de son champ d’application. Mais ce n’est que partie remise, car, comme le Rapport explicatif le précise, le « CAHLR a estimé que ce problème valait d’être traité séparément, le cas échéant dans un instrument juridique spécifique ». Une fois la Charte ratifiée, on passera des langues régionales à celles des migrants. Et comment pourrait-on refuser aux Portugais, aux Arabes, aux Turcs, ou aux Chinois ce qu’on a accepté pour les Bretons, les Basques et les Alsaciens ? Après avoir renvoyé les uns à leur « identité régionale » supposée, on enfermera ainsi les seconds dans leur identité originelle, au lieu de faciliter leur assimilation à leur nouvelle patrie. Voilà qui d’ailleurs éclaire la position du militant communautariste Mouloud Aounit, secrétaire général du MRAP, favorable à l’amendement Warsmann.

Au surplus, et cela n’est pas le moins inquiétant, la Charte précise de manière la plus nette, que les langues régionales ou minoritaires en question définissent des « groupes » au sein de la nation, distincts « d’autres groupes du même État pratiquant des langues différentes » [article 7, alinéa 1, paragraphe « e »). Ainsi, la France serait-elle, désormais, composée non plus de citoyens libres et égaux en droit, mais d’une mosaïque de « groupes » ethniques disposant de leur langue et d’une assise territoriale, entretenant des relations entre eux et avec d’autres groupes, par delà les frontières nationales. Bref, derrière la défense des langues régionales ou minoritaires se cachent une conception de la citoyenneté contraire à celle adoptée par la France depuis 1791. Tout cela ayant comme but ultime la destruction de l’État-nation pour rétablir une France d’Ancien Régime, « agrégat inconstitué de peuples désunis », selon la belle formule de Mirabeau, afin d’imposer une Europe des Volksgruppen. Est-ce bien cela que veulent tous les parlementaires qui ont voté l’amendement Warsmann ?

Observatoire du Communautarisme


par le Citoyen Thimèle publié dans : Identité et Cohésion Nationale communauté : Les blogs républicains
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Jeudi 15 mai 2008
Fidèle à son objectif de dissoudre la République française dans l'Empire européiste, François Fillon a proposé il y a quelques jours de supprimer le jour férié du 8 mai, commémorant la victoire des alliés sur le nazisme, pour le remplacer par le 9 mai, jour de la fête de l'"Europe".

Non merci, monsieur Fillon ! Entre commémorer le 8 mai, jour qui a vu la victoire des démocraties françaises et européennes sur l'horreur nazie, fondement de notre paix actuelle, et
le 9 mai, fête d'une "Europe" technocratique, sans âme et aliénatrice des peuples, mon choix est clair et net ! Je fais sans hésitation aucune le choix de la mémoire contre celui de la lubie européiste.

Je vous renvoie à la pétition initiée par nos amis de l'Union du Peuple Français. A signer des deux mains !



Pétition pour le maintien du 8 mai

Une simple brève dans la presse écrite nationale ; une dépêche lue à la radio, c'est ainsi que les français ont appris en ce début du mois de mai 2008 que François Fillon n'écartait pas l'idée avancée par le Premier ministre Luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, de faire du 9 mai, jour de la fête de l'Europe, un jour férié en remplacement du 8 mai.

Déjà en 1975, le président de la République, Valéry Giscard d'Estaing avait décidé de supprimer la commémoration de la victoire alliée du 8 mai au motif de la réconciliation franco-allemande dans le cadre de la relance de la construction européenne.

Cette volonté de supprimer le 8 mai participe d'une vision dévalorisante et mortifère de l’Histoire de France où certains souhaitent amputer la mémoire nationale pour faciliter une intégration dans une Europe fédérale, libérale et atlantiste.

Mais le devoir de mémoire ne peut se satisfaire d'une information sélective car les peuples qui ferment les yeux sur leur passé risquent fort d'être condamnés à le revivre en devenant aveugles devant le présent.

Au moment même où Nicolas Sarkozy a rendu hommage à "la vraie France", celle de la Résistance, ajoutant que la France, "elle n'était pas à Vichy, elle n'était pas dans la Collaboration", cette annonce constitue une véritable provocation.

Puisque l'idée d'un 9 mai férié en Europe, qui remplacerait le 8 mai, sera discutée au Parlement français, nous vous invitons à signer cette pétition pour le maintien d'un 8 mai férié et de ses commémorations nationales afin de démontrer à nos représentants l'attachement du peuple français à cette date anniversaire.

Diffusez et faites signer autour de vous cette pétition afin de leur rappeler que la commémoration de la victoire remportée par les armées françaises et alliées le 8 mai 1945, comme d'autres journées commémoratives telle que le 18 juin (anniversaire de l'appel du général de Gaulle depuis Londres) ou, surtout, le 11 novembre, rassemblent la population autour de grandes manifestations.

par le Citoyen Thimèle publié dans : Identité et Cohésion Nationale communauté : Les blogs républicains
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Samedi 1 mars 2008

 


Par Denis Collin

 

Comment la gauche a-t-elle pu perdre une élection « imperdable » ? Cette question, de nombreux militants et dirigeants du PS commencent à la poser. Mais elle concerne aussi tous les groupes et courants qui se situent « à la gauche » du PS. Comment se fait-il que tous ces groupes qui ont joué un rôle important dans la bataille pour le « non au TCE » ont été marginalisés, alors même que le caractère ultra-droitier de la candidate socialiste aurait dû leur ouvrir un espace. À cette situation, on peut trouver évidemment de nombreuses explications. Mais il en est, presque toujours passée sous silence, l’incapacité de la gauche, toutes tendances confondues ou presque, à affronter la question de la nation.

Le vote contre le TCE a confondu deux types d’oppositions : une opposition populaire - les ouvriers, les employés, les jeunes et les cadres moyens ont massivement voté non - et l’opposition d’une gauche dite « antilibérale », regroupant aussi bien les tendances « gauche » du Parti Socialiste, les communistes et de nombreux autres groupes trotskystes ou alternatifs, sans compter une partie non négligeable du courant « altermondialiste ». La « gauche du non » a eu tendance à croire que le peuple avait voté « non » pour les mêmes raisons qui ont été développées par ses ténors ou ses sites internet. Pour aller vite, disons que la « gauche du non » n’était pas antieuropéenne mais opposée à la troisième partie du TCE, parce que celle-ci entérinait les principes économiques et sociaux du néolibéralisme. Sauf pour quelques petits groupes, les motifs nationaux ne jouaient aucun rôle dans le « non au TCE ». Il n’en va pas de même pour le vote populaire pour lequel a joué le ressentiment à l’égard de l’Europe en tant que telle, en raison des coups subis du fait de la libéralisation du commerce et des mouvements de capitaux, de la désindustrialisation et de la mise en pièces de l’État « modèle 1945 ». La question sociale et la question nationale ont été confondues, ce que les groupes de la « gauche du non » n’ont que rarement compris, eux qui se prononcent pour une Europe fédérale pourvu qu’elle soit « sociale ». La « gauche du non » n’a été capable que de décrire le sentiment populaire sans en comprendre la portée ni la signification, confondant systématiquement nation et nationalisme (et même lepénisme).

À l’inverse, judicieusement conseillé par Henri Guaino, Sarkozy a, de manière purement verbale, mais efficace, uni la glorification de la nation avec l’exaltation du travail et de « la France qui se lève tôt ». Ce n’est évidemment pas plus consistant que la célèbre « fracture sociale » chiraquienne. Mais dans le vide de pensée sur cette question, cela a joué dans la victoire de la droite un rôle important. L’analyse détaillée des résultats de la présidentielle souligne quelques traits qui devraient inquiéter la gauche. Les ouvriers, employés et professions intermédiaires ont voté un peu moins que la moyenne nationale pour Ségolène Royal au premier tour de la présidentielle. Au second tour, ouvriers et employés ont voté majoritairement pour Sarkozy, les professions intermédiaires mettant à peu près à égalité les deux candidats. Les mêmes catégories sociales qui traditionnellement votent à gauche, se prononcent massivement pour une politique de redistribution fiscale, pour la défense de la sécurité sociale, etc., sont aussi celles qui ont voté « non » le 29 mai 2005 ... et qui se sont reportées plus facilement sur Sarkozy en 2007 - alors même que les propositions du candidat de l’UMP concernant la fiscalité, par exemple, sont massivement rejetées par les mêmes catégories sociales.i Si on passe à la géographie électorale, on retrouvera les traits. Quel est le point commun de tous ces éléments contradictoires en apparence ? Tout simplement que la question sociale et la nation sont étroitement intriquées. Lorsque le candidat de l’UMP a affirmé qu’il remettrait la France au travail, il a été entendu comme celui qui redonnerait du travail en reconnaissant les valeurs de la Nation à des millions qui ne connaissent depuis des lustres que le traitement social - de gauche comme de droite - du chômage et de la misère. La gauche a depuis assez longtemps un problème avec la nation. Le ralliement de la social-démocratie traditionnelle à l’impérialisme français - la SFIO joua un rôle décisif dans les dernières grandes aventures coloniales, qu’il s’agisse de l’expédition ou de la guerre d’Algérie - entraîna par contrecoup une méfiance systématique à l’égard de la nation et des revendications nationales, si bien que l’internationalisme, qui suppose l’existence de nations séparées, comme le mot l’indique a été remplacé par un antinationalisme ou un cosmopolitisme qui en est peut-être l’exact opposé. Pourtant, les traditions du mouvement ouvrier sont intimement liées à la question de la nation, depuis la première République (la nation s’oppose aux émigrés de Coblence) jusqu’à la Libérationii, en passant par la Commune de Paris. On objectera que, lors de la première guerre mondiale, le patriotisme de la gauche, devenu nationalisme, l’a emporté sur l’internationalisme et l’a conduite à soutenir la grande boucherie. C’est exact. En l’occurrence les chefs de la SFIO et la CGT n’ont pas défendu les intérêts de la nation, mais ceux de leur propre classe dominante. Mais la gauche ne sut pas tirer les bonnes leçons de cette tragédie du mouvement ouvrier. En 1939, le pacifisme paralysa nombre de militants parmi les plus radicaux qui ne voulaient pas prendre part à un conflit entre impérialistes... sans comprendre qu’alors défendre la nation, c’était tout simplement défendre la liberté des organisations ouvrières et les acquis de la démocratie.

Il est à craindre qu’on soit retombé dans les mêmes ornières. Et cela expliquerait la coupure de la gauche et d’une large fraction d’une classe ouvrière martyrisée par la « mondialisation » et la « concurrence libre et non faussée » imposée par l’UE, c’est-à-dire par les gouvernements au service des capitalistes. Si la classe ouvrière au sens large a voté pour le « non au TCE », c’est parce qu’elle voit dans la nation le seul cadre protecteur pour les dominés, alors que le démantèlement de tous les acquis et de toutes les protections sociales est conduit au nom de l’UE ou de la « mondialisation », « inévitable » et même « heureuse ». Si la gauche avait présenté un candidat représentant le « non au TCE », un candidat défendant les revendications ouvrières contre les règlements européens, ce candidat aurait, à coup sûr, battu Sarkozy. Au lieu de cela, la gauche a laissé le champ libre au candidat de l’UMP. Son tropisme atlantiste, ses convictions néolibérales indéracinables, sa volonté d’en découdre avec les acquis sociaux et ses liens ostentatoires avec les couches supérieures du capital financier auraient dû éloigner de lui les classes populaires et la France républicaine et égalitaire. Il a eu l’habileté d’enfourcher le discours « gaulliste » que lui avait concocté Guaino et il a pu passer pour un défenseur des travailleurs en développant une rhétorique nationale et en s’annexant les héros de la gauche, de Jaurès à Guy Môquet. Ne surestimons pas l’habileté de Nicolas Sarkozy que l’on n’a que trop diabolisé. Ça n’a pu fonctionner que grâce à une candidate « socialiste » qui ne lui a opposé que des niaiseries sur le drapeau tricolore à mettre aux fenêtres mais s’est retrouvée d’accord avec lui sur les « grands dossiers » comme les retraites, la flexibilité des horaires ou la priorité à la sécurité antisociale.

Rien n’est réglé. Les oripeaux nationaux du candidat cèdent la place à la réalité de la politique du président, politique entièrement tournée vers la baisse des salaires et la mise en conformité du « modèle social français » avec les normes européennes, l’affaire de la TVA sociale étant la plus emblématique. En nommant l’atlantiste Kouchner (avec qui il partageait la même attitude de soutien à Bush en 2003), Sarkozy a également réaffirmé de quel côté penchera sa politique internationale. La négociation du traité simplifié, que Sarkozy a présenté comme répondant au « non » du 29 mai a pour but d’accélérer la procédure de prise de décision à la majorité qualifiée et donc de lever les obstacles politiques que les souverainetés nationales font encore peser sur le démantèlement néolibéral des acquis du mouvement ouvrier. La France doit se caler sur le modèle allemand de baisse des salaires et de liquidation des droits des chômeurs.

Défendre les droits syndicaux, défendre les revendications sociales et les retraites, c’est affirmer que l’UE n’a pas à dicter la politique sociale en France, c’est affirmer que nous voulons rester maîtres chez nous et non obéir à l’aréopage bruxellois. En posant les problèmes de cette manière, la gauche authentique contribuerait du reste à démasquer les manipulations racistes qui tentent de dresser les ouvriers français contre les immigrés : ce ne sont pas les ouvriers immigrés qui menacent l’indépendance et « l’identité » nationale, mais bien la soumission à la politique du capital financier dont l’UE est le bras armé. La « gauche de gauche », « antilibérale » en refusant de prendre à bras le corps cette question de la nation s’est elle-même désarmée, s’est condamnée à ne pas mordre sur l’électorat ouvrier et a nourri le « vote utile » pour la candidate socialiste dont on ne divergeait plus guère que par les montants du catalogue revendicatif. Mais, « voici Rhodes et c’est là qu’il faut sauter » ! Le calendrier européen ne laisse plus le choix. Déjà, le TCE a fait exploser le mouvement « altermondialiste », les partisans de Negri et certains Verts se ralliant au traité concocté par Giscard et Moscovici. Les évènements à venir ne permettront plus l’ambiguïté. La ligne de clivage passera de plus en plus nettement entre une gauche républicaine, attachée à la souveraineté populaire et au véritable internationaliste et une pseudo gauche, centriste et européiste en fait, qui ne vante la mondialisation et l’abolition des frontières que pour mieux abolir les obstacles à la domination illimitée du capital.

par le Citoyen Thimèle publié dans : Identité et Cohésion Nationale
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Dimanche 6 janvier 2008
undefined Par Gilbert Legay

Certains commentateurs ont estimé que le terme de Nation était le maître mot de la Révolution de 1789 ; c’est en effet un mot qui évoque le souffle de la liberté et l’élan des soldats de l’an II, qui montaient au combat au cri de « vive la Nation ! ». Sieyès dans sa brochure Qu’est ce que le Tiers État ? en avait précisé le sens : « Qu’est ce qu’une Nation ? C’est un corps d’associés vivant sous une loi commune et représenté par la même législation ».

En d’autres termes, la Nation c’est l’ensemble des citoyens. Pas des zozos, pas des zombies : des citoyens, c’est-à-dire des femmes et des hommes, libres, sans distinction de croyance ou de couleur de peau, unis par la loi, dans un but commun de Liberté, d’Égalité, de Fraternité, et aussi de Justice, de Bonheur et de Paix.
Le mot Nation est cité comme principe de toute souveraineté dans l’article 3 de la Constitution de la Ve République et dans l’article 3 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789, laquelle déclaration a édicté des principes universels, inspirés par le Siècle des Lumières, toujours valables, pour tous les humains de tous les continents. Il n’empêche qu’un jour, surpris par votre fidélité à cette idée de Nation, il se trouvera un quidam pour vous interpeller et vous demander avec étonnement : « … alors vous êtes nationaliste ? ».

Alors vous aurez le devoir de lui expliquer, et les encyclopédies le confirment, que le mot Nation désigne aussi des communautés humaines fidèles à un même territoire ou possédant une unité historique, linguistique, religieuse ou culturelle. Ceux-là peuvent avoir le réflexe de dresser des murs à leurs frontières, s’imaginant à tort, être différents des autres et avoir tout à redouter de leurs entreprises. Leur idée de la Nation les incite au repli sur eux-mêmes, sans rapport avec l’universalisme des Lumières, qui caractérise la Nation des citoyens… Les uns (on les baptise nationalistes) se méfient de leurs semblables, les autres veulent les connaître et partager leurs utopies.

Pourquoi cette confusion dans le sens des mots ? Pourquoi l’opprobre dont on couvre certains mots sans justifier leur mise à l’écart ? Pourquoi, si ce n’est pour nous égarer et nous amener à perdre nos repères ?
Ainsi, alors que l’on tente de nous persuader qu’il existe un citoyen européen (… qui n’existe pas !), ce mot « citoyen », qui désigne un humain conscient de ses droits et de ses devoirs, un être qui se préoccupe de la vie de la cité, une femme ou un homme politisé donc responsable, ce mot citoyen semble être tombé en désuétude dans le langage de nos politiques. Au nom d’un pouvoir démocratique dans sa forme, mais générateur d’un despotisme bienveillant (comme le prévoyait Alexis de Tocqueville), d’un despotisme sournois et liberticide, nous sommes devenus suivant les circonstances, chômeurs, salariés, privilégiés, assujettis, abonnés, bénéficiaires, contribuables, SDF, électeurs, consommateurs, et traités à chaque fois et uniquement comme tels !

Ainsi, ne rappelez pas que la souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum (article 3 de la Constitution, déjà cité), vous serez traités de « souverainiste », pour faire oublier que la Nation a largement voté contre un projet de constitution européenne en 2005 et justifier qu’on nous impose un autre projet, à nous citoyens, sans nous demander notre avis ! Ainsi, n’invoquez pas le peuple et ses attentes, le tiers-monde et ses espoirs ! Vous serez qualifiés de « populistes » ou de « tiers-mondistes », avec la petite touche de mépris condescendant que cela implique !

En 1651, dans son œuvre intitulée Leviathan, Thomas Hobbes (qui n’était pourtant pas un franc démocrate), s’attardait néanmoins longuement sur l’importance et la signification des mots : « Les humains formulent incorrectement leurs pensées à cause de la signification inconstante des mots qu’ils utilisent ». Sachons bien ce que nous voulons dire, et faire respecter, quand nous disons Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité, Démocratie… et quelques autres mots essentiels de notre vocabulaire républicain. Ne tombons pas non plus dans le piège des mots fourre-tout (réforme, modernité, …) qu’il faut juger à la lumière des mesures dont ils sont les prétextes. Au risque, si nous n’y prenons garde, d’accréditer les initiatives et interprétations de ceux qui portent atteinte à la République et à ses principes ! Cela étant dit… « Vive la Nation ! »


par le Citoyen Thimèle publié dans : Identité et Cohésion Nationale communauté : Les blogs républicains
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Dimanche 2 décembre 2007

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L’historien et philosophe analyse les ressorts et les contradictions de la démocratie à l’heure de la mondialisation.

LE FIGARO LITTÉRAIRE. - « La démocratie reste l’horizon indépassable de notre temps », écrivez-vous. En même temps, vous reconnaissez que celle-ci traverse une crise sans précédent...

Marcel GAUCHET. - J’essaie de caractériser le mouvement général de la démocratie et en même temps de comprendre sa situation actuelle. La démocratie avance, elle continue d’avancer et en même temps elle se désarticule. Ce n’est pas la première fois que cela arrive, mais la seconde. Le mouvement général de la démocratie, c’est le mouvement de l’autonomisation du monde humain par rapport à sa structuration religieuse antérieure. C’est ce processus qui définit, à mes yeux, la modernité. Quelles sont les structures dynamiques de celle-ci ? On peut en identifier trois. La première est d’ordre politique et elle s’incarne dans le développement historique de l’État-nation. Le dégagement de l’État depuis le XVIe siècle précède le dégagement de la nation comme entité politique souveraine au XVIIIe siècle ; mais en profondeur, ils ont partie liée. État et nation sont les deux volets indissociables de la modernité politique. La deuxième composante de cette modernité est le droit. Le mouvement vers l’autonomie des sociétés humaines se caractérise par l’invention d’un nouveau principe de légitimité. La forme juridique de la modernité peut être résumée en une simple proposition : il n’y a de droit que des individus. Nous avons ici un principe de redéfinition de la totalité des rapports sociaux, depuis ceux qui concernent les parents et les enfants, jusqu’aux rapports entre États. Troisième composante : l’appréhension du devenir humain comme historique. Toutes les sociétés humaines sont historiques bien sûr, puisque le temps les altère. Mais, à partir du XIXe siècle, nous avons affaire à quelque chose d’autre : la volonté de changement, le basculement révolutionnaire du temps vers un avenir qui délégitime le passé.

D’une vision passéiste où l’autorité est fondée sur des normes fixées à l’avance, le mouvement vers l’avenir se met à déterminer l’ensemble des activités collectives, notamment en économie puisque la modernité est inséparable d’une révolution permanente de la production et des échanges. L’histoire du XXe siècle est l’invention d’un régime « mixte », d’un genre nouveau, qui organise la combinaison de l’État-nation, du droit des individus et de la conscience historique.

Ce que nous vivons aujourd’hui serait la crise de cet assemblage que vous définissez comme un « régime mixte » ? Au début des années 1970, durant l’apogée des Trente Glorieuses, qui a été tout à la fois un miracle économique et politique, on pouvait avoir l’impression que l’on avait trouvé la martingale. Nos gouvernants en étaient convaincus, et puis voilà qu’on s’aperçoit que le mouvement ne s’arrête jamais. Ce que l’on appelle du terme fourre-tout d’individualisme relève d’un processus qui remodèle l’État, les rapports d’autorité, le commandement dans l’entreprise, la vie des couples... La « panjuridisation » de l’espace social modifie tous les rapports humains. Mais il ne faut pas perdre de vue que cette évolution est liée à une accentuation de l’orientation de l’histoire qui s’accompagne paradoxalement d’une certaine fin du « souci du futur ». Pour se représenter un futur cohérent il faut un socle, or il n’y a plus de socle. Toutes les traditions ont volé en éclats. Le résultat, c’est la désarticulation du mode de fonctionnement de nos sociétés. Notre crise politique provient de la difficulté de faire fonctionner, de manière cohérente et maîtrisée, les trois dimensions de la démocratie.

Contrairement à d’autres, vous pensez que cette crise n’annule pas le rôle du politique ? Attention à ne pas se tromper quant au sens du mot. Le politique, c’était, dans la grande tradition, ce qui commandait les sociétés par en haut au nom de plus haut qu’elles. Il y avait une transcendance et une supériorité symbolique du pouvoir. Or, depuis deux siècles, le politique descend de son piédestal. Mais cela ne veut pas dire que le politique ne joue plus de rôle ; au contraire, il est la véritable infrastructure de nos sociétés à travers la forme de l’État-nation qui reste le cadre de son élaboration, y compris quand nos nations se fédèrent au sein d’une communauté plus vaste, comme c’est le cas avec l’Europe. Le politique est la véritable clé de voûte de cet activisme généralisé que chacun de nous perçoit comme une accélération de l’histoire au quotidien.

La mondialisation actuelle ne remet-elle pourtant pas en cause radicalement la politique des États-nations ? La comparaison avec la première mondialisation des années 1900 me paraît éclairante. Dans les deux cas, la crise de la démocratie, qui va se radicaliser dans les années 1930, s’effectue sur fond de mondialisation. Mais la mondialisation des années 1900 se fait sous le signe politique de la projection de l’Europe à l’échelle du monde. C’est une mondialisation impérialiste dont le ressort est le resurgissement de cette forme que l’on croyait enfouie : l’empire. Elle s’accompagne du rêve d’un État mondial. La deuxième mondialisation, la nôtre, semble correspondre à une situation inverse : elle correspond à une situation de reflux de l’Occident post-colonial et est marquée par le primat de l’économie. À cette aune, on est tenté de considérer comme obsolètes les entités politiques. Pourtant on observe un phénomène que certains n’avaient pas prévu : les entités politiques nationales se réaffirment et les experts parlent même de « géopolitisation de la mondialisation » pour souligner ce phénomène. De fait, la mondialisation renforce l’aspiration des peuples à la sécurité et à l’identité. Et d’abord chez les Américains. Qu’est-ce que le 11 Septembre, sinon la découverte, par les Américains, qu’ils sont dans le monde et pas en dehors ! D’où, en réaction à cette prise de conscience, la réaffirmation brutale des prérogatives de l’État-nation américain.

Jacques Attali annonce pourtant un monde sans États en 2050. On avait aussi l’habitude de proclamer dans les années 1990 : « Il y a eu le temps des Églises puis celui des nations, nous sommes entrés dans celui des entreprises. » Est-ce déjà une utopie dépassée, selon vous ? Ces prédictions correspondent à ce que beaucoup de gens ressentent. C’est l’une des expressions de la désarticulation de la démocratie au profit d’un de ses pans : celui du droit, lequel devient le critère ultime dans un monde entièrement défini par l’économie. Dans ce cadre il n’y a plus de politique ni d’histoire. C’est une vue aberrante et je doute fort que le plus puissant État-nation occidental, les États-Unis, délègue demain le pouvoir à General Electric et à Bill Gates. D’autant plus que ce qui permet à la mondialisation de fonctionner, c’est justement l’infrastructure assurée par les États, qui assument la sécurité sans laquelle il n’y a ni échange pacifique possible ni prévisibilité. Il n’y a pas de confiance collective sans un cadre qui la permet.

Mais les États-Unis ont les moyens d’une politique nationale. Ce n’est pas le cas des pays européens, enfermés dans ce que l’éditorialiste Thomas Friedman appelle la « camisole dorée » des marchés financiers... L’État souverain à la papa avec canons aux frontières est révolu, mais cela ne veut pas dire que la fonction de cohésion assurée par l’État-nation est dépassée. Redéfinir les fonctions de cet État est au coeur du problème européen. La Commission de Bruxelles peut décider ce qu’elle veut ; s’il n’y a pas, en Calabre ou en Corse, un État capable de faire appliquer ses directives, cela ne sert à rien. Il faut bien des États qui permettent aux normes décidées en commun de s’appliquer.

Certains, à l’instar du théoricien allemand du cosmopolitisme Ulrich Beck, considèrent que cette vision de l’Europe est dépassée... Le théoricien allemand Ulrich Beck propose un découplage entre État et nation. Très bien. Mais c’est ignorer une dimension sans laquelle la politique disparaît, à savoir la légitimité. Pourquoi les gens paient-ils des impôts ? Parce qu’ils reconnaissent une légitimité à l’État qui est le leur. Si la nation reste, à mes yeux, la communauté politique fondamentale, ce n’est pas au nom d’un quelconque nationalisme guerrier, mais parce que sa vocation est de s’accomplir dans une communauté d’États. Il y a ici une divergence entre Américains et Européens que l’on ne peut minimiser. La version américaine de la mondialisation, c’est l’histoire de la nation la plus puissante du monde qui demande aux autres nations de ne plus l’être. Les Américains, aussi généreux soient-ils, ont un mal considérable à intégrer le principe de réciprocité. L’Europe, du fait de son passé, ne peut être fondée que sur la reconnaissance de la réciprocité des nations.

Le Figaro
par le Citoyen Thimèle publié dans : Identité et Cohésion Nationale
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Dimanche 25 novembre 2007

drapeaumonet.jpgPar Guylain Chevrier

Un colloque était coorganisé autour du thème « l’identité nationale et la citoyenneté républicaine » par le Comité Laïcité et République et la LICRA, le samedi 17 novembre dernier à l’Assemblée nationale. La séance du matin, sur l’état des lieux en la matière, fut particulièrement intéressante. Y étaient invités à prendre la parole à la tribune : Alain Finkielkraut, philosophe, Daniel Lefeuvre, historien, Dominique Schnapper, sociologue, Antoine Spire, journaliste, Clémence Boulouque, romancière. La discussion était animée par Marc Riglet, journaliste, membre du Comité Laïcité et République. On retrouvait dans les différences d’approches des intervenants les termes du débat qui recouvrent cette question, avec une opposition assez forte et révélatrice entre Antoine Spire et Alain Finkielkraut.

La diversité des cultures opposée à la nation

Selon Antoine Spire, l’articulation entre identité nationale et immigration doit être vue sous le signe d’un enrichissement de la citoyenneté. Cet enrichissement, par l’apport de l’immigration, serait conditionné par une prise en compte de l’altérité. Le retour à l’idée nationale s’opposerait à l’appel à recevoir l’autre, celui-ci recouvrirait, avec une fermeture de nos frontières, une fermeture de nos consciences.

Dans ce droit fil, il affirmait en regard de l’identité nationale qu’« aucun de nous n’est de souche », justifiant ainsi un monde aux frontières ne reposant plus, en quelque sorte, que sur un mythe. Pour ne pas fermer notre héritage à l’autre, il faudrait mettre celui qui vient d’ailleurs sur le même plan de l’échange que celui qui l’accueille, dont il découle selon lui un double mouvement de métissage culturel entre ce qui est reçu et ce qui est donné.

Il devait mettre en garde contre le risque, perçu par lui, d’une hiérarchie des cultures inacceptable. Une mise en garde induisant par là-même l’idée de toutes les mettre sur le même plan, chaque immigré, sous cette logique, étant censé apporter sa différence pour enrichir notre citoyenneté sous le signe de la diversité des cultures. L’idée de nation elle-même apparaissait alors comme bien inconsistante dans ce bilan d’Antoine Spire, pavé de bonnes intentions à l’adresse d’une France solidaire des migrants de tous les peuples, largement sous l’influence du relativisme culturel.

A ne pas définir plus avant le contenu des choses, de ce qu’il y a à recevoir ou à donner, en en restant à un humanisme d’intention, on pouvait s’interroger de savoir si c’était bien la meilleure des façons de défendre une France républicaine avec ses acquis ne serait-ce que pour les porter au bénéfice de ceux qu’elle accueille.

Le relativisme culturel, un péril pour la citoyenneté et la nation

Alain Finkielkraut revenait sur l’importance de la nation, à travers cette citation de bon sens du philosophe : « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ». Il y a donc nécessité d’une mémoire commune et d’une langue commune pour la communiquer, la faire vivre, la faire fructifier.

Il insistait ensuite sur l’importance de la langue qui fait unité et sans laquelle il n’y a pas de peuple. Etre citoyen c’est parler français, car le devenir c’est acquérir certaines libertés dont celle de la langue commune qui en permet l’exercice. La langue est alors l’interface de la citoyenneté dans le rapport entre nation et immigré.

S’il y a tout un feuilleté en France d’origines diverses qui marque l’histoire de sa population, nous ne sommes pas dans un pays construit uniquement sur une immigration comme les Etats-Unis, devait-il souligner. L’histoire de la France est ancienne, il la voit comme l’héritage d’une continuité bien réelle, avec ses Français de souche, sans qu’elle ne s’y résume pour autant, mais le nier, c’est nier le temps lui-même qui fait racine.

Il témoigne du fait que, dans l’émission « Ce soir ou jamais », une représentante des « Indigènes de la république » ait appelé les Français de souche, les « souchiens », choqué que personne n’ait alors réagi, comme pour souligner le danger de l’assimilation de l’idée de nation au racisme sous prétexte de défense des cultures. Pour lui, la nation n’est pas une salle des pas perdus, ni une zone internationale d’aéroport.

L’individu est historique parce qu’il s’inscrit dans un processus, parce que, pour que les hommes puissent vivre il leur faut un monde. La France a su dépasser, de son point de vue, ses chauvinismes et c’est ce qui fait d’elle une référence en matière de citoyenneté, de conscience nationale.

La langue qui s’ouvre à tous les métissages se vide de son contenu selon lui. Lorsque par exemple, le langage des cités est promu comme une langue, cherchant ainsi à donner de la reconnaissance aux jeunes qui y vivent par ce biais. Une façon de les empêcher de prendre conscience de l’importance de l’appropriation de la langue française comme vecteur de la citoyenneté.

La nation donne son contenu à la formule, on ne pense pas par soi-même de soi-même. Tout n’est pas que mouvement de l’un vers l’autre, car il faut des repères communs à travers lesquels se définit la nation, valeurs et langue. Le relativisme culturel qui contient l’idée que seule la diversité compte, pourrait de ce point de vue conduire à accepter des cultures anti-humanistes, avec à la clé des solidarités infranationales recréant une société d’ordres. Ainsi, au nom de la démocratie on peut étouffer les lumières derrière la promotion d’une diversité culturelle.

Il n’y a de citoyenneté que dans une conscience de la nation

La conscience de la nation passe par l’intériorisation d’un héritage, selon Daniel Lefeuvre. On ne peut être citoyens de la République sans partager ses valeurs, sans la reconnaissance et la pratique d’une identité, d’institutions communes, qui se sont affermies au cours des siècles. Il est question de la mémoire nationale comme sens de ce qui a été acquis.

Il considère la Révolution française comme un moment essentiel dans ce mouvement de construction de l’identité nationale, autour de ce qui se joue à travers le passage du privilège de la naissance à l’égalité, c’est-à-dire, la souveraineté du peuple. L’identité nationale a alors à voir avec une unité de la France et une conscience républicaine nouvelles. Des aspects de l’identité nationale qui doivent être défendus et enseignés.

Plusieurs intervenants soulignaient que la République n’ose plus enseigner ses propres principes, sa culture, son héritage, sous les intimidations du relativisme culturel. Le mot assimilation correspondant au langage de la IIIe République coloniale, il est immédiatement perçu comme un néo-colonialisme.

On voit ici combien les mots peuvent être chargés d’émotion derrière les relectures idéologiques de l’histoire. On tente par contamination à identifier république d’aujourd’hui et crime coloniaux, assimilation du temps des colonies avec intégration, acculturation avec renoncement à son origine.

Un état des lieux inachevé et prometteur

Alain Finkielkraut porte ses espoirs dans une république européenne qui semble bien improbable. D’ailleurs, le rapport de la nation avec une construction européenne qui porte la région comme première entité territoriale de référence au détriment de la nation, changeant en profondeur le rapport entre espace politique, mémoire, culture, aurait pu être un sujet important dans l’actualité de ce débat. Ceci, d’autant que le Parlement est pressenti pour adopter en décembre le fameux mini-traité de Lisbonne qui converge à donner encore plus de pouvoir à l’Union Européenne contre les indépendances nationales et la souveraineté des peuples.

Lorsque l’on défend la portée universelle des valeurs républicaines, comme socle jusqu’à plus ample informé, du meilleur régime possible, on rencontre l’accusation de vouloir procéder à une hiérarchie des cultures, induisant la suspicion de racisme. A un problème mal posé on ne peut obtenir de réponse satisfaisante.

En réalité, s’il y a une hiérarchie dans le domaine de la définition du meilleur régime possible, c’est celle des expériences humaines, et celle de la France comme nation et comme république ne connaît pas d’équivalent dans le monde. Il n’y a donc, dans la défense de ce qui représente un acquis pour l’humanité aucune arrogance ni litige vis-à-vis des autres peuples. Il y a en tout cas, un vrai motif à ne pas laisser se diluer cet apport de l’histoire de France à l’expérience des peuples, un apport à leur histoire commune, et donc à la disposition sinon à l’usage de tous les hommes.

C’est un état des lieux à la fois inachevé et prometteur qui nous a été proposé, mettant en perspective la question du comment faire de l’autre, celui qui vient d’ailleurs avec sa culture, un citoyen d’ici, citoyen de la nation. Faire un Français, selon les termes de ce débat, passe par l’intériorisation d’un passé de la nation qui fait identité jusqu’à la continuité de ses acquis, préalable à la capacité d’écrire ensemble, avec ceux de tous horizons, l’avenir d’une histoire commune. L’identité nationale est bien dans ce sens, on le voit combien, enjeu primordial de la citoyenneté républicaine.

par le Citoyen Thimèle publié dans : Identité et Cohésion Nationale
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Dimanche 25 novembre 2007

logo_corse.jpg Par Marie-Domin