Mardi 16 mai 2006
2
16
05
2006
00:53
par Guy Konopnicki
Une population africaine noire, indigène, restée fidèle à sa culture et sa religion ancestrale se trouve aujourd’hui menacée de destruction par son colonisateur, esclavagiste s’il en fut, et qui n’eut de cesse d’imposer sa religion monothéiste.
Or, les défenseurs de la cause noire s’inquiètent des différences de traitement entre les peuples victimes d’abomination. Les plus radicaux d’entre eux en viennent même à affirmer que la médiatisation permanente d’une minorité blanche permet d’occulter les crimes commis par les colonialistes et les marchands d’esclaves.
Il semblerait donc naturel que ces militants soient les premiers à alerter l’opinion quand une population africaine, depuis longtemps opprimée, affamée et réduite au silence, est menacée de ce que, en un doux euphémisme contemporain, on nomme une catastrophe humanitaire. En français, l’expression « catastrophe humanitaire » signifie massacres, assassinats en série, tentative d’éradication totale d’un peuple.
Est-ce donc un crime que d’être africain, et attaché à son identité au pont de refuser de se soumettre à la culture et à la religion de l’Etat qui le domine ? Sauf erreur, je n’ai pas entendu la protestation de Dieudonné. Pourtant, un chef militaire et religieux vient de lancer un appel au massacre.
Certes, ce peuple africain martyr est celui du Darfour. Ses assassins dirigent la république islamique du Soudan. Mais pour Ben Laden, ils ne frappent pas assez fort : ils hésitent même devant ces infidèles errant sur leurs terres désertifiées. Ces sous-hommes qui ne reconnaissent pas le prophète vivent encore, c’est proprement scandaleux. Où sont donc passés tous ceux qui revendiquent le terme d’ « indigène » et réclament justice pour les souffrances passées et présentes du peuple noir ? Qu’est devenu Dieudonné, défenseur des enfants d’esclaves ?
Car enfin, au même endroit, dans la même région d’Afrique, pendant des siècles, des colonnes d’esclaves ont traversé à pied les déserts. Des dizaines de milliers de malheureux sont morts en route. Les négriers de l’Arabie et de l’empire ottoman n’avaient rien à envier à ceux de Nantes et de Bordeaux. Cela ne saurait atténuer, ni même relativiser les crimes des esclavagistes européens, ce n’est pas le propos.
Mais il semble bien que les Africains soient de mauvaises victimes quand leurs bourreaux d’hier et d’aujourd’hui ne sont pas des impérialistes venus d’Europe.
Au Darfour, les victimes ne sont pas des indigènes par leur ascendance, ou des immigrés exploités et honteusement discriminé en raison de la couleur de leur peau, mais des autochtones à qui l’on dénie le droit de vivre sur leur terre.
Les motivations du massacre sont ethniques et religieuses. Ce crime raciste ne dérange nullement certains de ceux qui, ci, dénoncent à bon droit, toute discrimination à l’encontre des populations d’origine africaine.
Certes, Ben Laden lui-même s’en est mêlé. Mais je ne veux pas croire que Dieudonné soit homme à se laisser impressionner. Tout comme je n’ose imaginer que les intellectuels soutenant la cause de nos supposés indigènes de la République en soient encore aux indignations sélectives, réservant pétitions et manifestes à l’impérialisme, tout en accordant à Ben Laden et au gouvernement du Soudan la même indulgence qui prévalait, jadis, pour Staline, Mao ou Pol Pot. Il faut donc croire que l’énormité du crime raciste perpétué au Darfour les laisse sans voix.
A moins qu’il ne s’agisse de pudeur, réaction à laquelle Dieudonné ne nous a guère habitués, mais qui l’empêche de signer une protestation assortie de sa qualité professionnelle de comique ! Peu importe : la sincérité de certains engagements se mesure à l’aune de cet étrange et terrible silence.
Marianne du 29 avril 2006
Derniers Commentaires