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"Le patriotisme c'est l'amour des siens, le nationalisme c'est la haine  des autres." Romain Gary

"La République n'est pas enfermée dans un texte sacré déposé dans le saint des saints ou au pavillon de Breteuil. Elle est vivante. Elle est mouvement. Elle est devenir. Elle est le miroir des hommes agissants."
Patrick Kessel


"La République est une idée, la République est un principe, la République est un droit. La République est l'incarnation même du progrès." Victor Hugo
 
"Je n'ai jamais cru qu'aimer sa patrie empêchât d'aimer ses enfants. Je n'aperçois point davantage que l'internationalisme de l'esprit ou de la classe soit irréconciliable avec le culte de la patrie. Ou plutôt, je sens bien, en interrogeant ma propre conscience, que cette antinomie n'existe pas. C'est un pauvre coeur que celui auquel il est interdit de renfermer plus d'une tendresse." Marc Bloch

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Mardi 1 avril 2008

Par Régis Debray (Le Monde, 20 mars 2008)


Ce qui m’importe, c’est ce que l’on pensera dans deux générations« , disait de Gaulle en 1969. Sentant venir la mort à Colombey et pesant chaque mot sur sa page blanche, le mémorialiste travaillait d’arrache-pied à ses Mémoires d’espoir, ses Discours et messages, pour les léguer à la jeunesse. »C’est elle qui saura reconnaître ce qui est essentiel« , ajoutait-il, anxieux de savoir »s’ils vont comprendre le sens de ces textes« . Deux générations ont passé, et l’essentiel a changé de face. C’est non une bibliothèque, mais un »monument audiovisuel", sous le nom improbable d’historial, qui s’offre aujourd’hui à nos lévites, aux Invalides. Dans cet Espace de Gaulle, dont le coeur est un film biographique projeté sur cinq écrans et qui serre la gorge, l’homme de plume et de pensée, l’auteur du Fil de l’épée et des Mémoires de guerre, a disparu derrière l’homme d’action et d’image. L’icône a gommé les mots, traités çà et là sur le mode images. Nos écoliers pourront voir ce que de Gaulle a fait sans avoir à se demander pourquoi il l’a fait. Au moins seront-ils surpris de constater, au fil des prises de vue et des clichés, qu’il y eut une préhistoire où un chef de l’Etat n’était pas encore tenu, du matin au soir, de sourire aux caméras. Le général s’y découvre à cru, tour à tour bougon, émoustillé, hautain, absent, rêveur - sans ce cheese d’optimisme benêt qui plaque désormais un même sourire de plâtre sur le visage de nos politiques.

Imaginé en 2002 par Yves Guéna, compagnon de la Libération, décidé et mis en oeuvre par Jacques Chirac, ce sanctuaire de pixels et de sons a été inauguré, à cause des retards de la construction - dus à la découverte inopinée d’un blockhaus allemand construit sous la cour de la Valeur -, par notre véloce et fringant président, Nicolas Sarkozy. Le bougiste de la vidéosphère, tout aux surfaces et à la transparence, a donc pu saluer le menhir de la graphosphère, tout en mystères et arrière-plans. En sa personne, l’antithèse a célébré la thèse.

Voilà qui n’est pas sans rappeler que sous cette même coupole dorée, en 1840, Louis-Philippe procéda à la translation des restes de Napoléon, recueillis à Sainte-Hélène par son propre fils, le prince de Joinville. Le bonnet de coton appelait à la rescousse le bonnet à poil, le parapluie invoquait les prestiges du sabre. Qu’un PDG de l’entreprise France and Co. rende à présent les honneurs au prophète de la nation France témoigne que l’ironie de l’histoire aussi a son bégaiement. La légitimité morale que la monarchie des notables et des banquiers, inféodée à l’Angleterre, attendait de la dépouille du Petit Caporal, voici que la République du CAC 40 et du show-biz, inféodée aux Etats-Unis, la demande à l’ombre scintillante du Grand Charles (qui disait n’avoir eu qu’un seul ennemi, sur la longueur : l’argent). Souvenons-nous que l’écrivain-soldat, qui écrivait plume en main ses discours, ne recevait de ses collaborateurs que des fiches techniques ; et qu’il exigea de son éditeur, Marcel Jullian, une note de lecture de son manuscrit, avant tout projet de contrat.

Le grand souffle a son thermostat : quand il déserte nos palais, il repeuple nos écrans. Ce jeu de bascule entre le réel et l’imaginaire nous vaut parfois de belles consolations. C’est le cas ici. Les initiateurs de ce lieu de mémoire sophistiqué, qui souhaitaient inscrire le fondateur de la Ve République dans le sol parisien, auraient un moment pensé au château de Vincennes, à la sobre et roide majesté. Les Invalides lui furent finalement préférés. Et voilà que l’homme du 18-Juin, gisant dématérialisé en reflets lumineux, repose aux côtés de Louis XVI (peinture à l’huile) et de Napoléon (porphyre rouge). « De Gaulle au musée ! » Le voeu de Mai 68 est exaucé.

« Entre autres particularités dont peuvent se targuer les monuments, notait Musil, la plus frappante, paradoxalement, est qu’on ne les remarque pas… L’attention coule sur eux comme l’eau sur un imperméable. » Et Freud jugeait bon qu’une société fixe ses spectres sur un socle de pierre pour se débarrasser des harcèlements de la mémoire. Puisse l’invisibilité épargner cette impalpable statue. La scénographie interactive, sonorisée et plurimédia, donne lieu à des commentaires équilibrés qui ne lèsent aucune sensibilité, gauche ou droite. On y plonge comme un scaphandre dans un aquarium frémissant de phosphorescence, de réminiscences et d’émotions, flottant et dérivant d’une console à une autre.

La transmutation de la trace écrite en silhouette électronique, d’un penseur de l’action en vedette de l’écran, eût sans doute réjoui l’auteur du Musée imaginaire, convaincu qu’il était que la métamorphose est la providence des oeuvres d’art en leur permettant toutes les résurrections. Ce qui vaut pour l’histoire à rebondissements des formes vaut sans doute aussi pour celle des grands hommes. Chaque époque technique les restaure à son image et semblance, chaque moyen de transmission les transfigure avec les moyens du bord. La mémoire de Napoléon, à l’époque romantique, devait autant au Mémorial de Sainte-Hélène qu’aux images d’Epinal. Celle de De Gaulle, en notre époque cynique, devra moins aux Chênes qu’on abat qu’aux archives de l’INA. Mieux vaut une mémoire allégée qu’une pesante amnésie. Ni Louis XIV ni Napoléon n’ont laissé d’empreintes visuelles et sonores, alors que, du général-micro, les faits et gestes furent pour la plupart enregistrés. Ce qui devrait suffire pour rendre obligatoire cette plongée dans l’Histoire, il y a mille ans, quand la France pesait encore, par le choix du mot juste, sur le cours des choses et du monde.

par le Citoyen Thimèle publié dans : Culture et Mémoire Républicaine
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Samedi 15 décembre 2007

photobriandofficiel.gif Interventions à la Chambre des députés d'Aristide Briand lors du débat sur la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, dont il est le rapporteur (20 avril 1905) :

(Extraits)


"Le régime nouveau des cultes qui vous est proposé touche à des intérêts si délicats et si divers, il opère de si grands changements dans les coutumes séculaires, qu’il est sage, avant tout, de rassurer la susceptibilité éveillée des « fidèles » en proclamant solennellement que non seulement la République ne saurait opprimer les consciences ou gêner dans ses formes multiples l’expression extérieure des sentiments religieux, mais encore qu’elle entend respecter et faire respecter la liberté de conscience et la liberté des cultes […]. En le votant vous ramènerez l’État à une plus juste appréciation de son rôle et de sa fonction, vous rendrez la République à la véritable tradition révolutionnaire et vous aurez accordé à l’Église ce qu’elle a seulement le droit d’exiger, à savoir la pleine liberté de s’organiser, de vivre, de se développer selon les règles et par ses propres moyens, sans autre restriction que le respect des lois et de l’ordre public. […] Ou, alors, si quelqu’un ici avait cette arrière-pensée de faire une loi de séparation qui devînt d’une manière indirecte, sournoise (applaudissements au centre et sur divers bancs à gauche), une entrave à l’exercice des cultes, une atteinte à la constitution des Églises, je vous déclare qu’il ne me trouverait pas en communion de pensée avec lui. Pour ma part, je n’ai jamais été guidé par une préoccupation de cette sorte. (Vifs applaudissements au centre et sur divers bancs à gauche et à l’extrême gauche.)

La liberté d’association doit être complète pour les catholiques, les protestants et les juifs, aussi bien que pour les libres-penseurs et les francs-maçons. L’article 8 déjà fort ébranlé doit être jeté par terre tout entier […]. La liberté qui, seule, aboutira à la formation de toutes sortes d’associations rivales de l’Église romaine, associations fondées sur la libre raison et la libre conscience, brisera le joug que cette Église fait encore peser sur la France et trop souvent sur son gouvernement[...] Jamais, à aucun moment, je n’ai voulu supposer qu’il pût se trouver dans le parti républicain, surtout dans la libre-pensée (très bien ! très bien !), des hommes animés de telles intentions. […] J’ai été préoccupé de laisser à cette communauté la large faculté, le large droit d’évoluer dans le sein même de son organisation, et avec elle ; mais à aucun moment, il ne m’est venu l’arrière-pensée de susciter des scissions, de provoquer des compétitions et des désordres dans les paroisses. Non, je n’ai pas eu cette arrière-pensée ; je tiens à le dire hautement (applaudissements à gauche et à l’extrême gauche), et si j’avais pu croire que l’on attendît cela de ma collaboration à cette loi, jamais je n’aurais consenti à prendre le rapport dans ces conditions.

Mais enfin, Messieurs, est-ce que vous vous trouvez en présence de propositions nouvelles et inattendues ? Est-ce que, personnellement, j’ai caché ma pensée, mon opinion ? Est-ce qu’à tous les moments, soit au sein de la Commission, soit dans les articles que j’ai pu écrire en réponse aux critiques formulées contre notre projet, soit au cours de ces débats, je n’ai pas toujours tenu le même langage ? Est-ce que dans mon rapport la même interprétation n’est pas formulée avec une netteté suffisante ? Et cette interprétation de l’article 4 n’est-elle pas absolument conforme à la modification qui vous est apportée ? Demain, il est très possible que dans l’atmosphère de liberté créée par la loi, un certain nombre d’ecclésiastiques – nous n’avons pas à les y pousser mais nous n’avons pas non plus à les en empêcher – se prêtent, avec les « fidèles » à une organisation nouvelle de leur culte. Cette organisation, il est possible que Rome ne l’accepte pas, mais il n’est pas impossible non plus qu’elle l’accepte. La loi ne fera pas obstacle à cette évolution. On a parlé d’associations étriquées, comprenant un nombre de membres insuffisant. Ici encore, il était impossible que la loi imposât des règles, en violation de la constitution même des Églises, et que celles-ci n’auraient pu accepter.

Messieurs, quand on touche à une matière aussi délicate, où tant de sentiments complexes et respectables se trouvent en jeu, il faut le faire d’une main prudente et légère. (Applaudissements à gauche, à l’extrême gauche et au centre.)

Nous ne pouvons pas ne pas nous préoccuper des conséquences de cette loi.[...]

Quel est le but que vous poursuivez ? Voulez-vous une loi de large neutralité, susceptible d’assurer la pacification des esprits et de donner à la République, en même temps que la liberté de ses mouvements, une force plus grande ? Si oui, faites que cette loi soit franche, loyale et honnête. (Applaudissements sur les mêmes bancs.) Faites-la telle que les Églises ne puissent y trouver aucune raison grave de bouder le régime nouveau, qu’elles sentent elles-mêmes la possibilité de vivre à l’abri de ce régime, et qu’elles soient, pour ainsi dire, obligées de l’accepter de bonne grâce ; car le pire qui pourrait arriver ce serait de déchaîner dans ce pays les passions religieuses. (Applaudissements à gauche et à l’extrême gauche.)

Nous voulons que demain vous puissiez, vous, républicains, dire dans vos circonscriptions qu’en affirmant la liberté de conscience, en promettant aux fidèles qu’ils pourraient librement pratiquer leur religion, la République a pris un engagement sérieux et qu’honnêtement elle a tout disposé pour le tenir. Nous voulons qu’à ceux qui parcourront les paroisses en essayant de susciter la guerre religieuse, aux prêtres qui, entraînés par la passion politique, tenteront d’ameuter les paysans contre la République en leur disant qu’elle a violé la liberté de conscience…

M. Levraud : Vous croyez qu’ils s’en priveront ?

… vous puissiez répondre simplement : Voici notre loi, lisez-la, et vous verrez qu’elle est faite de liberté, de franchise et de loyauté. (Vifs applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bancs à gauche et au centre.) C’est ainsi que, pour ma part, j’ai compris et que je comprends encore les devoirs et les intérêts de la République. Si en travaillant à cette grande réforme certains de nos collègues ont pu être inspirés par des préoccupations différentes, je tiens à déclarer nettement, en descendant de cette tribune, que je ne les ai pas partagées avec eux.(Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)"

par le Citoyen Thimèle publié dans : Culture et Mémoire Républicaine
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Vendredi 14 décembre 2007
220px-Gambetta.jpg* Discours de Saint Quentin, 16 novembre 1871 :

(Extraits)

« Dans le programme républicain, comme première réforme, j’ai toujours placé l’enseignement du peuple : mais cet enseignement a besoin d’être, avant tout, imbu de l’esprit moderne civil, et maintenu conforme aux lois et aux droits de notre société.

Là–dessus je voudrais vous dire toute ma pensée. Eh bien ! je désire de toute la puissance de mon âme qu’on sépare non seulement les églises de l’Etat, mais qu’on sépare les écoles de l’Eglise ( Vifs applaudissements ). C’est pour moi une nécessité d’ordre politique, j’ajoute d’ordre social.

D’abord je repousse complètement l’objection apparente opposée à ceux qui sont partisans de l’enseignement laïque. On leur dit : « vous voulez faire des athées, et vous voulez installer dans les écoles un enseignement antireligieux ».

Messieurs, ma conviction est qu’il n’y a rien de plus respectable dans la personne humaine que la liberté de conscience, et je considère que c’est à la fois le plus odieux et le plus impuissant des attentats que d’opprimer les consciences. Non, je ne suis pas hostile à la religion : c’est même pour cela que je demande la séparation de l’Eglise et des écoles […]

Est-ce à dire que le clergé sera destitué de toute influence sociale ?Est-ce à dire que la religion sera sacrifiée ?Nullement, messieurs ; mais chacun restera dans son rôle, chacun sera maintenu dans ses attributions ; la morale sera enseignée laïquement et la religion sera enseignée dans des endroits consacrés à le religion, et chaque père de famille choisira pour son enfant le culte qui lui conviendra, chrétien, juif ou protestant. Mais renonçons à confier aux divers clergés l’éducation des enfants, si nous voulons en faire des citoyens français, si nous voulons en faire des hommes chez lesquels l’idée de justice et de patrie domine. A l’église, ils recevront l’enseignement des dogmes et apprendront tout ce qui est du domaine de la foi. A l’école, on leur enseignera les vérités de la science, dans leur rigueur et leur simplicité majestueuse ; et ainsi vous aurez concilié le respect de la liberté de conscience avec le devoir, qui est imposé à l’Etat, de préparer des citoyens dont l’éducation, dont les principes ne soient pas renfermés dans des dogmes théologiques, mais tiennent des bases sur lesquelles repose notre société tout entière.

Rappelez- vous qu’il y a déjà sept ans, à la suite de grands efforts de la libre pensée française, le pape a jugé opportun de passer en revue tous les principes modernes d’où découlent nos lois civiles et politiques : la constitution de notre famille, de notre propriété, de notre Etat, les grandes séries de droits qui font l’indépendance de chacun de nous, la liberté d’examen, la liberté de la presse, le droit de réunion, d’association. Eh bien !, sur chacun de ces droits, le pape a crié anathème. Est-il concevable, quand le pouvoir religieux s’exprime avec cette franchise, avec cette loyauté, qu’on abandonne l’éducation des générations futures à des hommes qui, par leur conscience, sont engagés à se faire les propagateurs de semblables doctrines( Bravo ! bravo ! ) Si vous leur confiez l’éducation, quand vous aurez à faire appel à l’énergie d’hommes élevés par de tels maîtres, quand vous voudrez mettre en mouvement ce peuple tout entier, quand vous lui parlerez de ses devoirs de citoyens, quand vous voudrez exciter en lui des idées de sacrifice, de dévouement à la patrie, vous vous trouverez en présence d’une espèce humaine amollie, débilitée, résignée à subir toutes les infortunes comme des décrets de la Providence ( Profonde sensation).

C’est là, messieurs, le plus grand péril que puisse courir la société de 89, dont nous sommes les héritiers et les représentants. La société de 89 a pour principal objectif de faire dépendre le système politique et social de l’idée de suprématie de la raison sur la grâce, de l’idée de la supériorité de l’état de citoyen sur l’état d’esclave. Au lieu de la doctrine romaine, qui habitue l’esprit à l’idée d’une Providence mystérieuse qui a seule le secret de ses faveurs et des ses disgrâces, qui enseigne que l’homme n’est dans la main de Dieu qu’un jouet, la Révolution enseigne la souveraineté de la Raison, l’autorité et la responsabilité des volontés humaines, la liberté de l’action, et trouve la cause des souffrances, des malheurs de l’humanité dans l’ignorance ou les fautes des hommes.

Depuis quatre vingt ans, ces deux systèmes sont en présence ; ils se sont partagé les esprits et ont entretenu au cœur même de la société, un antagonisme, une guerre acharnée qui explique pourquoi, faute d’unité dans l’enseignement, nous roulons, sans pouvoir jamais nous fixer, de la révolte à la compression, de l’anarchie à la dictature. IL faut effacer cette contradiction, dissiper ce trouble des intelligences ; et il n’a qu’un moyen, c’est de se désintéresser dans l’éducation publique, d’une façon absolument impartiale, de toutes les doctrines, de tous les systèmes, de toutes les sectes, de toutes les communion ; c’est de laisser au libre choix ou même au caprice l’enseignement des doctrines religieuses ; c’est de réaliser la séparation de ces deux mondes, le monde civil et politique et le monde religieux, pour lequel je conçois d’ailleurs qu’on ait infiniment de respect. Celui pour lequel nous sommes faits, pour lequel nous devons tout donner, nos facultés, nos efforts, notre vie, c’est le monde moderne ; le monde qui repousse la domination théocratique, le monde qui entend, non pas satisfaire seulement les intérêts matériels, mais les intérêts politiques, c’est-à-dire ne relever que d’une autorité de droit humain ; le monde qui a soif de science, de vérité, de libre arbitre, d’égalité, et qui arrive à la déclaration et à la pratique des devoirs sociaux par l’émancipation et la glorification de la personne humaine considérée dans le plus humble comme dans le plus élevé ( Applaudissements ). Mais cette réforme dans l’éducation et cette distinction à apporter entre l’enseignement religieux et l’enseignement laïque se relient elles-mêmes à la solution d’un autre problème depuis longtemps posé : la séparation de l’Eglise et de l’Etat[…]

Je reprends et je dis que l’avenir dépend chez nous du nombre des écoles, de la qualité des maîtres, de la fréquentation obligatoire des écoles, d’un programme étendu et varié ; de telle sorte que, au lieu d’une science tronquée, on dispense à l’homme toute la vérité, et rien de ce qui peut entrer dans l’esprit humain ne lui soit caché. Mais cette tâche réclame beaucoup d’efforts, du travail et de la persévérance ; le travail, c’est la loi même de l a démocratie, et c’est de substituer le règne du travail au règne de l’oisiveté ruineuse que consiste tout l’effort du parti républicain… »


gambetta.jpg* Discours du 4 mai 1877 à la Chambre des députés :

« On peut, Messieurs, envisager ce grand débat sous bien des aspects ; on peut rechercher dans nos traditions nationales quels ont été les rapports de l’Eglise et de l’Etat, du sacerdoce et de l’Empire.

Je dis qu’autrefois une foi religieuse ardente, des convictions dogmatiques étaient au fond de ces querelles, tandis que, aujourd’hui, il n’y a qu’un calcul politique, qu’une combinaison de partis déçus dans leurs espérances, une coalition de convoitises dynastiques.

Est-ce que vous n’êtes pas frappés de cette circonstance que les hommes politiques qui s’étaient donnés à eux-mêmes, qui s’étaient décernés, à une époque tout à fait triste et troublée, le nom d’hommes du gouvernement de combat, sont les mêmes qui, à l’heure actuelle, se trouvent à la tête de cette agitation, signent des pétitions, prononcent des discours qui n’ont d’autre but que de pousser à une levée de boucliers dans ce pays ?

Non, je ne veux pas dire ici les noms de ces hommes ; mais vous savez bien qui ils sont tous, puisqu’ils appartiennent à la haute Assemblée. Ils s’y sont réfugiés comme dans une citadelle, et, toutes les fois qu’on y fait une élection, c’est une élection qui a pour but d’y introduire une haute individualité du personnel des comités catholiques. (Rumeurs à droite).

La France ne peut s’y tromper, quand elle voit que ce sont les mêmes hommes, qui, au 24 mai, se déclaraient, dans leur conduite politique et privée, soumis au Syllabus le prenant pour règle de leurs actions, (...) et qui poursuivent, au dehors leur campagne contre nos institutions au nom du cléricalisme ; qui ont considéré que le Sénat devait être le refuge, le réduit pour exercer sur le gouvernement, sur le pouvoir exécutif une pression incessante.

Et ce n’est pas seulement en France qu’on fait appel à toutes les populations catholiques ; dans toute l’Europe, dans tout l’univers, on voit des pasteurs se lever, prononcer les mêmes discours, écrire les mêmes lettres, se livrer à la même ardente propagande.

Si au dehors, les catholiques anglais, en face d’une Eglise établie et d’un pouvoir non contesté, peuvent se permettre de tenir le langage que tenait le cardinal Manning, si en Allemagne, les évêques ultramontains des bords du Rhin peuvent tenir le même langage, en France, nous sommes dans une situation spéciale : le clergé catholique est un clergé lié à l’Etat, ses évêques sont des fonctionnaires de l’Etat, ils engagent la politique du pays quand ils engagent leurs personnes dans ces querelles et dans ces aventures, et la responsabilité de leur conduite pèse sur le gouvernement. Depuis tantôt trente ans, dans ce pays, on s’est habitué sous l’influence de doctrines lâches et molles, sous l’influence de sophismes, contre la puissance de l’Etat, contre le rôle de l’Etat, à prêter la main à tous les envahissements, à toutes les usurpations de l’esprit clérical.

L’Eglise est arrivée à supprimer dans tous les séminaires, même à Saint-Sulpice, l’enseignement des libertés gallicanes et à proscrire comme une hérésie tout ce qui rappelait la vieille Eglise de France, les libertés traditionnelles de cette Eglise qui avait été constituée sous le double empire de la protection nationale et de la dignité même de l’Eglise.

On a demandé à enseigner, d’abord les petits, les humbles, puis on s’est élevé, on est passé à l’enseignement secondaire, et aujourd’hui nous voici à l’enseignement supérieur, à la collation de grades par les universités catholiques au détriment de l’Etat. On pense à l’effrayante multiplication dont les ordres religieux, les congrégations de toute sorte, hommes et femmes, offrent le spectacle depuis le dernier recensement.

Nous en sommes arrivés à nous demander si l’Etat n’est pas maintenant dans l’Eglise, à l’encontre de la vérité des principes qui veut que l’Eglise soit dans l’Etat.

Quant à moi, je suis partisan du système qui rattache l’Eglise à l’Etat (Mouvements) . Oui ! j’en suis partisan, parce que je tiens compte de l’état moral et social de mon pays, mais je veux, entendez-le, je ne veux défendre le Concordat et rester fidèle à cette politique que tout autant que le Concordat sera interprété comme un contrat bilatéral qui vous oblige et vous tient, comme il m’oblige et comme il me tient ! (Vifs applaudissements à gauche et au centre) .

Je ne fais que traduire les sentiments intimes du peuple de France en disant ce qu’en disait un jour mon ami Peyrat : le cléricalisme ? Voilà l’ennemi ! »

 

par le Citoyen Thimèle publié dans : Culture et Mémoire Républicaine
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Mercredi 12 décembre 2007

victorhugo.jpgDiscours prononcé par Victor Hugo le 14 janvier 1850 lors de la discussion de la loi Falloux.

"Je ne veux pas de la loi qu’on vous apporte.

Pourquoi ? Messieurs cette loi est une arme. Une arme n’est rien par elle-même, elle n’existe que par la main qui la saisit.

Or, quelle est la main qui se saisira de cette loi ? Là est toute la question.

Messieurs, c’est la main du parti clérical !

Je redoute cette main, je veux briser cette arme, je repousse ce projet.

Cela dit, j’entre dans la discussion.

Je m’adresse au parti qui a, sinon, rédigé, du moins inspiré le projet de loi, à ce parti à la fois éteint et ardent, au parti clérical. Je ne sais pas s’il est dans l’assemblée, mais je le sens un peu partout. Il a l’oreille fine il m’entendra. Je m’adresse donc au parti clérical, et je lui dis cette loi est votre loi.

Tenez, franchement, je me défie de vous. Instruire, c’est construire. Je me défie de ce que vous construisez.

Je ne veux pas vous confier l’enseignement de la jeunesse, l’âme des enfants, le développement des intelligences neuves qui s’ouvrent à la vie, l’esprit des générations nouvelles, c’est-à-dire l’avenir de la France, parce que vous le confier, ce serait vous le livrer.

Il ne me suffit pas que les générations nouvelles nous succèdent, (mais) qu’elles nous continuent. Voilà pourquoi je ne veux ni de votre main, ni de votre souffle sur elles. Je ne veux pas que ce qui a été fait par nos pères soit défait par vous. Après cette gloire, je ne veux pas de cette honte.

Votre loi est une loi qui a un masque. Elle dit une chose et elle en ferait une autre. C’est une pensée d’asservissement, qui prend les allures de la liberté. C’est une confiscation intitulée donation. Je n’en veux pas.

Je repousse votre loi. Je la repousse parce qu’elle confisque l’enseignement primaire, parce qu’elle dégrade l’enseignement secondaire, parce qu’elle abaisse le niveau de la science, parce qu’elle diminue mon pays.

Je la repousse parce que je suis de ceux qui ont un serrement de cour et la rougeur au front toutes les fois que la France subit, pour une cause quelconque une diminution de territoire, ou une diminution de grandeur intellectuelle, comme par votre loi !

Avant de terminer, permettez-moi d’adresser, du haut de la tribune, au parti clérical, au parti qui nous envahit, un conseil sérieux.

Ce n’est pas l’habileté qui lui manque. Quand les circonstances l’aident, il est fort, très fort, trop fort ! Il sait l’art de maintenir une nation dans un état mixte et lamentable, qui n’est pas la mort, mais qui n’est plus la vie. Il appelle cela gouverner. C’est le gouvernement par la léthargie.

Mais qu’il y prenne garde, rien de pareil ne convient à la France. C’est un jeu redoutable que de lui laisser entrevoir - seulement entrevoir - à cette France, l’idéal que voici la sacristie souveraine, la liberté trahie, l’intelligence vaincue et liée, les livres déchirés, le prône remplaçant la presse, la nuit faite dans les esprits par l’ombre des soutanes, et les génies matés par les bedeaux.

C’est vrai, le parti clérical est habile ; mais cela ne l’empêche pas d’être naïf. Quoi ! il redoute le socialisme ! Quoi ! il voit monter le flot, à ce qu’il dit, et il oppose à ce flot qui monte je ne sais quel obstacle à claire-voie. Il s’imagine que la société sera sauvée parce qu’il aura combiné, pour la défendre, les hypocrisies sociales avec les résistances matérielles et qu’il aura mis un jésuite partout où il n’y a pas de gendarme !

Qu’il y prenne garde, le XIXè siècle lui est contraire. Qu’il ne s’obstine pas, qu’il renonce à maîtriser cette grande époque pleine d’instincts profonds et nouveaux, sinon il ne réussira qu’à la courroucer, il développera imprudemment le côté redoutable de notre temps, et il fera surgir, des éventualités terribles.

Oui, avec le système qui fait sortir, l’éducation de la sacristie et le gouvernement du confessionnal. Que le parti clérical le sache, partout où il sera, il engendrera des révolutions ; partout, pour éviter Torquemada, on se jettera dans Robespierre. Voilà ce qui fait du parti qui s’intitule le parti catholique un sérieux danger publie. Et ceux qui, comme moi, redoutent également le bouleversement anarchique et l’assoupissement sacerdotal, jettent le cri d’alarme. Pendant qu’il est encore temps qu’on y songe bien !

Oui, l’Italie est, de tous les Etats de l’Europe, celui où il y a le moins de natifs sachant lire ! L’Espagne, magnifiquement dotée, a perdu, grâce à votre joug, qui est un joug de dégradation et d’amoindrissement, ce secret ide la puissance qu’elle tenait de Dieu, et en échange de tout ce que vous lui avez fait perdre, elle a reçu de vous l’Inquisition.

C’est votre habitude. Quand vous forgez une chaîne, vous dites : Voici une liberté ! Quand vous faites une proscription, vous criez : Voilà une amnistie

Ah ! je ne vous confonds pas avec l’Eglise, pas plus que je ne confonds le gui avec le chêne. Vous êtes les parasites de l’Eglise ; vous êtes la maladie de l’Eglise. Ignace est l’ennemi de Jésus. Vous êtes non les croyants, mais les sectaires d’une religion que vous ne comprenez pas, les metteurs en scène de la sainteté. Ne mêlez pas l’Eglise à vos affaires, à vos combinaisons, à vos stratégies, à vos doctrines, ?à vos ambitions.

Surtout ne l’identifiez pas avec vous. Voyez le tort que vous lui faites.

Vous vous faites si peu aimer que vous finiriez par la faire haïr !

Ah ! nous vous connaissons ! nous connaissons le parti clérical. C’est un vieux parti qui a des états de service. C’est lui qui monte la garde à la porte de l’orthodoxie. C’est lui qui a trouvé pour la vérité ces deux étais merveilleux, l’ignorance et l’erreur. C’est lui qui a fait défense à la science et au génie d’aller au-delà du missel et qui veut cloîtrer la pensée dans le dogme. Tous les pas qu’a faits l’intelligence de l’Europe, elle les a faits malgré lui. Son histoire est écrite dans l’histoire du progrès humain, mais elle est écrite au verso. Il s’est opposé à tout.

C’est lui qui a fait battre de verges Prinelli pour avoir dit que les étoiles ne tomberaient pas ; appliqué à Campanella vingt-sept fois la question pour avoir affirmé que le nombre des mondes était infini et entrevu le secret de la création ; persécuté Harvey pour avoir prouvé que le sang circulait. De par Josué, il a enfermé Galilée, de par saint Paul, il a emprisonné Christophe Colomb. Découvrir la loi du ciel, c’était une impiété ; trouver un monde, c’était une hérésie. C’est lui qui a anathématisé Pascal au nom de la religion, Montaigne au nom de la morale, Molière au nom de la morale et de la religion. Oh ! oui, certes, qui que vous soyez, qui vous appelez le Parti catholique, et qui êtes le parti clérical, nous vous connaissons ! Voilà longtemps déjà que la conscience humaine se révolte contre vous et vous demande : qu’est -ce que vous me voulez ? Voilà longtemps déjà que vous essayez de mettre un bâillon à l’esprit humain.

Et vous voulez être les maîtres de l’enseignement ! Et il n’y a pas un poète, pas un écrivain, pas un philosophe, pas un penseur, que vous acceptiez ! Et tout ce qui a été écrit, trouvé, rêvé, déduit, illuminé, imaginé, inventé, par les génies, le trésor de la civilisation, l’héritage séculaire des générations, le patrimoine commun des intelligences, vous le rejetez. Si le cerveau de l’humanité était là devant vos yeux, à votre discrétion, ouvert comme la page d’un livre, vous y feriez des ratures !

Et vous réclamez la liberté d’enseigner ! Tenez soyons sincères, entendons-nous sur la liberté que vous réclamez, c’est la liberté de ne pas enseigner.

Ah ! Vous voulez qu’on vous donne des peuples à instruire ! Fort bien ! Voyons vos élèves ! Voyons vos produits. Qu’est-ce que vous avez fait de l’Italie ? de l’Espagne ? Depuis des siècles, vous tenez dans vos mains, à votre discrétion, à votre école, sous votre férule, ces deux grandes nations, illustres parmi les plus illustres ; qu’en avez-vous fait ? Grâce à vous l’Italie, cette mère des génies et des nations, qui a répandu sur l’univers toutes les plus éblouissantes merveilles de la poésie et des arts, l’Italie qui a appris à lire au genre humain, l’Italie aujourd’hui ne sait pas lire !

Ce qui vous importune, c’est cette énorme quantité de lumière aujourd’hui plus éclatante que jamais, lumière qui fait de la nation française la nation éclairante, de telle sorte qu’on aperçoit la clarté de la France sur la face de tous les peuples de l’univers. Eh bien, cette clarté de la France, cette lumière libre, cette lumière qui ne vient pas de Rome, voilà ce que vous voulez éteindre, voilà ce que nous voulons conserver ! Tenez, vous venez de Rome ; je vous en fais compliment. Vous avez eu là-bas un beau succès. Vous venez de bâillonner le peuple romain, maintenant vous voulez bâillonner le peuple français. Je comprends, cela est encore plus beau, cela tente. Seulement prenez garde ! c’est malaisé. Celui-ci est un lion tout à fait vivant.

A qui en voulez-vous donc ? Je vais vous le dire. Vous en voulez à la raison humaine. Pourquoi ? Parce qu’elle fait le jour."

par le Citoyen Thimèle publié dans : Culture et Mémoire Républicaine
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Dimanche 9 décembre 2007

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Dans la foulée du 102e anniversaire de la loi de 1905, nous vous proposons cette semaine de découvrir ou de redécouvrir quelques uns des grands textes et discours laïques de référence. Nous commençons aujourd'hui par Condorcet et ses différents mémoires sur l'instruction publique.



* Mémoire sur la nécessité de l'instruction publique (1791-1792) :


(Extraits)

"Il faut que l’instruction du peuple puisse suivre les progrès des arts et ceux des lumières générales... Une égalité entière entre les esprits est une chimère. Mais, si l’instruction publique est générale... alors cette inégalité est faite en faveur de l’espèce humaine qui profite des travaux des hommes de génie. Si, au contraire, cette instruction est nulle, faible, mal dirigée, alors l’inégalité n’existe plus qu’en faveur des charlatans de tous les genres, qui cherchent à tromper les hommes sur tous leurs intérêts.

Plus vous voulez que les hommes exercent eux-mêmes une portion plus étendue de leurs droits, plus vous voulez, pour éloigner toute emprise du petit nombre, qu’une masse plus grande de citoyens puisse remplir un plus grand nombre de fonctions, plus aussi vous devez chercher à étendre l’instruction.

L’instruction n’est pas moins nécessaire pour garantir la conscience des pièges du sacerdoce. La morale primitive de toutes les religions a aussi été très simple, assez conforme à la morale naturelle, mais aussi, dans toutes les religions, les prêtres en ont fait un instrument de leur ambition. Ce serait donc trahir le peuple que de ne pas lui donner une instruction morale indépendante de toute religion particulière, un sûr préservatif contre ce danger qui menace sa liberté et son bonheur."


* Premier Mémoire sur l'instruction publique (1791-1792) :

(Extraits)

"Pas de doctrine officielle

On a dit que l’enseignement de la constitution de chaque pays devait y faire partie de l’instruction nationale. Cela est vrai, sans doute, si on en parle comme d’un fait ; si on se contente de l’expliquer et de la développer ; si, en l’enseignant, on se borne à dire : Telle est la constitution établie dans l’Etat et à laquelle tous les citoyens doivent se soumettre. Mais si on entend qu’il faut l’enseigner comme une doctrine conforme aux principes de la raison universelle, ou exciter en sa faveur un aveugle enthousiasme qui rende les citoyens incapables de la juger, si on leur dit : Voilà ce que vous devez adorer et croire, alors c’est une espèce de religion politique que l’on veut créer ; c’est une chaîne que l’on prépare aux esprits, et on viole la liberté dans ses droits les plus sacrés, sous prétexte d’apprendre à la chérir. Le but de l’instruction n’est pas de faire admirer aux hommes une législation toute faite, mais de les rendre capables de l’apprécier et de la corriger. Il ne s’agit pas de soumettre chaque génération aux opinions comme à la volonté de celle qui la précède, mais de les éclairer de plus en plus, afin que chacune devienne de plus en plus digne de se gouverner par sa propre raison.
  Il est possible que la constitution d’un pays renferme des lois absolument contraires au bon sens ou à la justice, lois qui aient échappé aux législateurs dans des moments de trouble, qui leur aient été arrachées par l’influence d’un orateur ou d’un parti, par l’impulsion d’une effervescence populaire ; qui enfin leur aient été inspirée, les unes par la corruption, les autres par de fausses vues d’une utilité locale et passagère : il peut arriver, il arrivera même souvent qu’en donnant ces lois, leurs auteurs n’aient pas senti en quoi elles contrariaient les principes de la raison, ou qu’ils n’aient pas voulu abandonner ces principes, mais seulement en suspendre, pour un moment, l’application. Il serait donc absurde d’enseigner les lois établies autrement que comme la volonté actuelle de la puissance publique à laquelle on est obligé de se soumettre, sans quoi on s’exposerait même au ridicule de faire enseigner, comme vrais, des principes contradictoires."


* Rapport sur l'instruction publique présenté à l'assemblée nationale législative (20 et 21 avril 1792) :

(Extraits)

"Les grands principes de l’instruction publique.

Offrir à tous les individus de l’espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d’assurer leur bien-être, de connaître et d’exercer leurs droits, d’entendre et de remplir leurs devoirs Assurer à chacun la facilité de perfectionner son industrie, de se rendre capable des fonctions sociales auxquelles il a le droit d’être appelé, de développer toute l’étendue des talents qu’il a reçus de la nature ; et par-là, établir entre les citoyens une égalité de fait et rendre réelle l’égalité politique reconnue par la loi. Tel doit être le premier but d’une instruction nationale et, sous ce point de vue elle est, pour la puissance publique, un devoir de justice.

Diriger l’enseignement de manière que la perfection des arts augmente les jouissances de la généralité des citoyens et l’aisance de ceux qui les cultivent, qu’un plus grand nombre d’hommes deviennent capables de bien remplir les fonctions nécessaires à la société et que les progrès toujours croissants des lumières ouvrent une source inépuisable de secours dans nos besoins, de remèdes dans nos maux, de moyens de bonheur individuel et de prospérité commune.

Cultiver enfin dans chaque génération les facultés physiques, intellectuelles et morales, et par là contribuer à ce perfectionnement général et graduel de l’espèce humaine, dernier but vers lequel toute institution sociale doit être dirigée.

Tel doit être l’objet de l’instruction, et c’est pour la puissance publique un devoir imposé par l’intérêt commun de la société, par celui de l’humanité entière...

... Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à la raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commande seraient d’utiles vérités le genre humain n’en resterait pas moins partagé en deux classes celle des hommes qui raisonnent, et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves...

Morale laïque.

... Les principes de la morale enseignés dans les écoles et dans les instituts seront ceux qui, fondés sur nos sentiments naturels et sur la raison, appartiennent également à tous les hommes. La Constitution, en reconnaissant le droit qu’a chaque individu de choisir son culte, en établissant une entière égalité entre tous les habitants de la France, ne permet point d’admettre, dans l’instruction publique, un enseignement, qui, en repoussant les enfants d’une partie des citoyens, détruirait l’égalité des avantages sociaux et donnerait à des dogmes particuliers un avantage contraire à la liberté des opinions. Il était donc rigoureusement nécessaire de séparer de la morale les principes de toute religion particulière, et de n’admettre dans l’instruction publique l’enseignement d’aucun culte religieux.

Chacun d’eux doit être enseigné dans les temples par ses propres ministres. Les parents, quelle que soit leur opinion sur la nécessité de telle ou telle religion, pourront alors, sans répugnance envoyer leurs enfants dans les établissements nationaux ; et la puissance publique n’aura point usurpé sur les droits de la conscience sous prétexte de l’éclairer et de la conduire.

D’ailleurs, combien n’est-il pas important de fonder la morale sur les seuls principes de la raison ! Quelque changement que subissent les opinions d’un homme dans le cours de sa vie, les principes établis sur cette base, resteront toujours également vrais, ils seront toujours invariables comme elle ; il les opposera aux tentatives que l’on pourrait faire pour égarer sa conscience, elle, conservera son indépendance et sa rectitude. et on ne verra plus ce spectacle si affligeant d’hommes qui s’imaginent remplir leurs devoirs en violant les droits les plus sacrés et obéir à Dieu en trahissant leur patrie. Ceux qui croient encore à la nécessité d’appuyer la morale sur une religion particulière doivent eux ?mêmes approuver cette séparation : car, sans doute ce n’est pas la vérité des principes de la morale qu’ils font dépendre de leurs dogmes ; ils pensent seulement que les hommes y trouvent des motifs plus puissants d’être justes ; et ces motifs n’acquerront ?ils pas une force plus grande sur tout esprit capable de réfléchir s’ils ne sont employés qu’à fortifier ce que la raison et le sentiment intérieur ont déjà commandé ?

Dira-t-on que l’idée de cette séparation s’élève trop au-dessus lumières actuelles au peuple ? Non, sans doute, car, puisqu’il s’agit ici d’instruction publique, tolérer une erreur, ce serait s’en rendre complice, ne pas consacrer hautement la vérité, ce serait la trahir. Et quand bien même il serait vrai que des ménagements politiques puissent encore, pendant quelque temps, souiller les lois d’une nation libre, quand cette doctrine insidieuse ou faible trouverait une excuse dans la stupidité qu’on se plaît à supposer dans le peuple, pour avoir un prétexte de le tromper ou de l’opprimer, du moins l’instruction qui doit amener le temps où ces ménagements seront inutiles, ne peut appartenir qu’à la vérité seule et doit lui appartenir tout entière."

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par le Citoyen Thimèle publié dans : Culture et Mémoire Républicaine
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Dimanche 9 décembre 2007

La loi consacrant la séparation des Eglises et de l'Etat est promulguée le 9 décembre 1905 après avoir été adoptée par 341 députés contre 233, et 181 sénateurs contre 102. Elle est publiée le 11 décembre 1905 au Journal Officiel.


Le vote et l’application de cette loi de séparation ont été les dernières étapes du mouvement de laïcisation et de sécularisation engagé depuis 1789.


La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen  du 26 Août 1789 établit pour la première fois une véritable liberté de conscience. Dans son article 10, il est stipulé que "nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi."


La
Constitution de l'an III (1793) amorce pour la première fois un mouvement de laïcisation dans son article 354: "Nul ne peut être empêché d'exercer, en se conformant aux lois, le culte qu'il a choisi.  Nul ne peut être forcé de contribuer aux dépenses d'un culte.  La République n'en salarie aucun. " La loi du 3 Ventôse an III précise même que "la République ne salarie aucun culte. Elle ne fournit aucun local, ni pour les cérémonies du culte, ni pour le logement des ministres. Les cérémonies de tout culte sont interdites hors de l'enceinte choisie pour leur exercice. La loi ne reconnaît aucun ministre du culte; nul ne peut paraître en public avec les habits ornements ou costumes affectés à des cérémonies religieuses."

Le Concordat de 1801 met fin aux aspirations laïques et il faut attendre le 2 avril 1871, lorsque l'éphémère Commune de Paris décrète la séparation de l'Etat et des religions, pour réentendre parler de laïcité.


Sous la IIIe République, d'importantes mesures sont prises dans le sens d'une laïcisation:


1881: Laïcisation des hopitaux et des cimetières.
1881-1882: L'école primaire devient gratuite, laïque et obligatoire (loi J. Ferry).
1883: Suppression des aumôneries militaires.
1884: Suppression des prières publiques (par exemple à l'ouverture des sessions des tribunaux).
1884: Rétablissement du divorce civil
1889: Obligation du service militaire pour les séminaristes.
1901: Loi sur les associations, prévue pour donner un statut aux religions.
1904: 2500 écoles religieuses sont fermées.


Néanmoins, toute cette action républicaine pour la laïcisation de la société est conduite alors que le régime concordataire est encore en vigueur. Deux affaires vont accélérer la séparation: l'affaire Dreyfus, dans laquelle les catholiques du journal La Croix jouent un rôle de boute-feu antisémite, et la rupture avec le Vatican.


Le 23 mai 1905, Jaurès écrit dans l'Humanité que la mise à l'étude de la séparation laïque ouvre "la lutte décisive entre la France moderne et les prétentions les plus exorbitantes de la théocratie la plus audacieuse et la plus aveugle."


Les principaux artisans de la loi de séparation, réunis dans la commission des Trentes-trois, sont Aristide Briand, socialiste indépendant et rapporteur, Jean Jaurès, socialiste unifié et chef du groupe socialiste à la Chambre, et Ferdinand Buisson, radical-socialiste, président de la commission.


Cette loi consacre la fin du régime concordaire (sauf pour l'Alsace et la Moselle, occupés par l'Allemagne depuis 1871). Elle formule deux principes fondateurs, indissociables, regroupés sous le même titre de "Principes". Selon l'article Ier, la République "assure la liberté de conscience (...) garantit le libre exercice des cultes (...) dans l'intérêt de l'ordre public. Selon l'article II, elle "ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte". Les religions n'ont plus donc plus dès lors de statut public reconnu, leur ministres du culte ne sont plus des fonctionnaires publics salariés par l'Etat. Enfin, celui ne subventionne aucun culte, ce qui signifie que désormais, tant juridiquement que financièrement la religion devient une affaire privée.


Le texte de loi prévoit néanmoins que les édifices publics du culte, propriété de l'Etat depuis la Révolution, resteront affectés à leur destination traditionnelle, tout en faisant partie du patrimoine artistique et culturel de la nation. Ce double statut est essentiel : on ne peut en effet confondre le culturel et le cultuel, ni glisser de l'un à l'autre pour prétendre restaurer un financement public du culte.


Le 9 décembre 1905 est une date capitale qui met fin au concordat napoléonien, mais aussi et surtout à l’antique union entre l’Église catholique de France et le pouvoir politique : cette loi de séparation invente notre laïcité.


 

D'après Histoire de la Laïcité, Genèse d'un idéal de Henri Pena-Ruiz

 

par le Citoyen Thimèle publié dans : Culture et Mémoire Républicaine
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Dimanche 11 novembre 2007
t-EAte--1.jpgParis, automne 1940. La France est vaincue. Philippe Pétain rencontre Hitler à Montoire. La défaite prend un visage, celui d'un Paris occupé où déambule l'occupant, et où les panneaux de signalisation des grands lieux de la capitale sont rédigés en allemand. L'ennemi est là. Ce n'est plus celui des communiqués officiels de la drôle de guerre, ni celui d'une propagande abstraite. Il est présent physiquement même s'il se veut discret et "Korrect". Son dispositif d'oppression et de pillage se met en place avec la complicité de Vichy : censure, interdiction, saisies, installation d'un "institut allemand" qui donne la ligne ; épuration raciale et politique à l'initiative de l'État français ; attaques d