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Samedi 16 septembre 2006 6 16 09 2006 00:47

Par Laurent Maffeïs


Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal se sont prononcé tout deux pour la suppression ou l’assouplissement de la carte scolaire. La prise de position du président de l’UMP n’est pas une surprise : elle confirme la radicalisation libérale et réactionnaire de la droite (voir ci-dessous). Celle de Royal ne peut en revanche que surprendre. Une telle mesure contredirait en effet toutes les valeurs de la gauche. Du coup, Villepin a pu s’immiscer dans ce débat en se posant en garant des principes républicains… tout en proposant à son tour de remettre en cause ce principe fondateur de l’école pour tous. On comprend que nos concitoyens puissent être déboussolés et se demander quoi penser et quoi faire de la carte scolaire ?

Maintenir à tout prix la carte scolaire

La carte scolaire, c'est-à-dire l’obligation de scolariser ses enfants dans un établissement en fonction de sa résidence, est née avec la création du collège dans les années 1960. Ce n’est pas une lubie bureaucratique de l’éducation nationale mais la condition de l’accès égal de tous à l’enseignement.

La carte scolaire garantit d’abord la non concurrence entre établissements. Laisser les parents choisir l’établissement scolaire de leurs enfants conduirait en effet à introduire une logique de marché dans le système éducatif. Avec des consommateurs (les parents et accessoirement leurs enfants) et des fournisseurs de services scolaires en compétition pour en attirer le plus grand nombre possible. C’est le modèle que défendent les libéraux partout dans le monde. Les conséquences seraient pourtant désastreuses.

D’abord, la concurrence aggraverait les inégalités. Les établissements les plus cotés recevraient en effet un afflux de demandes et pourraient en conséquence sélectionner les élèves… rejetant les moins bons dans des établissements dont le niveau baisserait dramatiquement. Il y aurait constitution systématique de ghettos scolaires. La liberté de choix est donc un double leurre. Les parents qui croient pouvoir soustraire leurs enfants à un collège qu’ils considèrent comme moins bon seraient déçus deux fois. D’abord plus la liberté serait grande, plus la concurrence serait vive et plus leur progéniture risquerait d’être refusée dans le collège d’élite auquel ils aspirent. Ensuite, ils seraient contraints dans ce cas de l’inscrire dans un établissement amputé de ses meilleurs élèves, dont le niveau connaîtrait du coup une très forte dégradation. Triste bilan ! Par ailleurs, le libre choix suppose d’être bien informé, et même quasi initié… ce qui n’est pas à la disposition du plus grand nombre et surtout pas dans les catégories populaires. La ségrégation scolaire serait pour beaucoup une ségrégation sociale.

Ensuite, la concurrence pousserait à la différenciation. L’étape suivante après le soi-disant « libre choix » de l’école par les parents serait le libre choix par les proviseurs des programmes et des enseignants. C’est d’ailleurs ce qui se passe dans le privé, contraint de différencier à outrance son offre pour survivre, de développer des politiques commerciales et publicitaires coûteuses et donc de rechercher sans cesse des investisseurs (collectivités locales, entreprises, églises) capables de les financer. Si le public lui emboitait le pas, c’en serait fini de la mission de creuset républicain de l’école, avec les mêmes programmes et les mêmes enseignants sur tout le territoire.

Enfin, la concurrence entraînerait désorganisation et gabegie. Il serait impossible de programmer un financement public national si l’Etat était rendu incapable de prévoir les besoins de scolarisation (combien d’élèves à quel endroit, dans quelles disciplines…). On aurait des classes vides d’un côté, des sureffectifs imprévus de l’autre, en fonction des mouvements panurgiques de parents souvent guidés par la rumeur, avec des coûts exorbitants pour la collectivité et de réels dangers pour l’économie productive du pays qui serait victime de l’illisibilité des formations et d’une baisse des qualifications du plus grand nombre.

Lutter contre les contournements

Curieusement personne n’a vraiment défendu jusqu’ici l’hypothèse pourtant la plus évidente dans ce débat : si la carte scolaire ne parvient pas toujours à assurer l’égalité, c’est parce qu’elle est contournée, en particulier en Ile-de-France. C’est donc en s’attaquant à ces contournements que l’on résoudra le problème et non comme on l’entend en donnant raison à ceux qui trichent. Ce raisonnement est aussi fou que celui qui justifierait la suppression de l’impôt sur le revenu au motif qu’il y a des fraudeurs. Mais c’est somme toute assez logique dans la mesure où les principaux émetteurs de ce débat (médias, hommes politiques libéraux et sociaux-démocrates, experts) appartiennent tous ou presque aux mêmes couches sociales, qui sont précisément celles qui contournent à outrance la carte scolaire. Ce n’est pas un hasard si les records de triche ne sont pas atteints dans les départements les plus déshérités (comme le 93 ou le Nord) mais dans les zones les plus aisées (Paris) où les réflexes de défense sociale contre les classes dangereuses sont les plus forts, et pas toujours les plus justifiés. Dans cette logique de ségrégation, on trouve toujours, même entre gens aisés, un plus pauvre que soit dont il faut se distinguer et se séparer. Paris en est l’exemple le plus emblématique puisqu’elle connaît à la fois une boboïsation fulgurante et un emballement des fraudes à la carte scolaire (atteignant le record de 50 % selon certaines estimations).

Délibérément enfouie dans ce débat, la principale source de contournement de la carte scolaire réside dans le développement soutenu de l’enseignement privé depuis 20 ans. Même s’il n’est pas le seul responsable du déraillement du système, sa croissance a accéléré dans beaucoup d’endroits la polarisation sociale des établissements scolaires. En entretenant un véritable cercle vicieux. Car à mesure que s’étend l’hémorragie vers le privé des « bons élèves » ou de ceux dont les parents sont les mieux informés ou fortunés, les établissements publics les plus en difficultés s’enlisent encore plus dans leurs problèmes. Un des principaux vices de l’enseignement privé est qu’il peut en effet trier ses élèves à son gré, selon leurs résultats scolaires ou le profil des familles. Avec des méthodes très subtiles de sélection occulte comme l’éjection avant les examens des élèves susceptibles d’échouer ou d’être trop justes. Ainsi s’expliquent souvent les taux mirobolants de réussite aux examens affichés par l’enseignement privé. Ainsi se met surtout en place un système scolaire à deux vitesses.

Assurer l’égalité

Enfin, il faut rappeler qu’il n’existe pas de ghettos scolaires qui ne soient pas d’abord des ghettos urbains et sociaux. C’est lorsque que l’on n’ose plus affronter les problèmes de logement et de misère sociale que l’on fait porter à l’école la responsabilité de problèmes qui lui sont extérieurs. La remise en cause de la carte scolaire traduit le refus de casser les ghettos, que l’on veut officialiser à l’inverse dans l’enceinte scolaire.

D’un point de vue de gauche, les inégalités entre établissements ne posent donc pas la question de la suppression ou de l’assouplissement de la carte scolaire. Ils posent le double enjeu de l’abolition de l’apartheid social qui gangrène notre pays et du rétablissement de l’unité républicaine d’un service public d’éducation menacé par la lubie libérale de la mise en concurrence et vampirisé par l’enseignement privé.

Généalogie d’une idée de droite

Années 1980 : économistes ultra-libéraux et extrême droite

Les premières attaques contre la carte scolaire sont apparues dans les années 1980 lors du déferlement de la vague néolibérale en Europe. Inspiré de la pensée d’Hayek et Milton Friedman, quelques économistes ultralibéraux commencent à avancer l’idée qui est reprise en France par Alain Madelin dans son essai « Pour libérer l’école ». Dans le même temps, le Front National est le premier parti à l’adopter comme principe phare de son programme éducatif, en prévoyant d’ailleurs la privatisation totale du financement des écoles qui est son corollaire (versement aux parents d’un chèque éducation qu’ils seraient libres de dépenser). Cette idée figure toujours en tête des propositions pour l’éducation du Programme du Front National : « Il convient de rendre aux parents le droit de choisir eux-mêmes l’école de leurs enfants. La carte scolaire sera abrogée ».

Années 1990 et 2000 : recyclage par la droite traditionnelle

En 1993, toujours sous l’effet de l’influence néolibérale à droite le programme du RPR propose pour la première fois de supprimer la carte scolaire. En partie abandonnée par la droite au pouvoir, l’idée continue toutefois d’être portée par Démocratie libérale (Madelin).

En déclarant le 23 février 2006 vouloir « supprimer à terme la carte scolaire », Nicolas Sarkozy n’a pas fait preuve d’une aussi grande originalité que le font croire les médias. Il s’est mis dans les pas de la droite ultra-libérale et de l’extrême droite.

Un discours nouveau à gauche

Quoi qu’elle en dise aujourd’hui en affirmant vouloir « aménager » et pas supprimer la carte scolaire (même si ses propositions reviennent de fait à la supprimer), Ségolène Royal a bien affirmé le 3 septembre à Florac dans l’Hérault que « l’idéal serait de supprimer la carte scolaire ». Ses propos prennent complètement à contrepied les grandes organisations de gauche du secteur de l’éducation, à commencer par la FCPE et la FSU. En proposant d’ « élargir la sectorisation » en laissant les parents « libres de choisir entre deux ou trois établissements », Ségolène Royal se cale exactement sur la position défendue par la PEEP. Pire, en affirmant sur France 2 le 7 septembre que « le libre choix de l’école est un bon principe », Ségolène Royal a offert à tous les défenseurs de l’enseignement privé une revanche inattendue sur la gauche. « Libre choix », « Liberté de l’enseignement », « Ecole libre », autant de slogans arborés dans la grande manifestation de la droite et de l’Eglise catholique pour l’école privée en 1984.


Trait d'Union

Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Education
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Mardi 28 août 2007 2 28 08 2007 20:35

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Par Natacha Polony


Comme l'a annoncé le gouvernement, la supression des 11 000 postes d'enseignants va entrainer une diminution des horaires pour les collègiens et lycéens. Un vrai scandale.

Comme à chaque rentrée, les syndicats d'enseignants annoncent un automne social mouvementé. Ce qui signifie qu'ils vont protester, au nom de l'offre d'éducation, contre les 11 000 postes d'enseignants non renouvelés après des départs en retraite. Mais ils passeront sous silence ce qui constitue l'essence du choix politique effectué par le ministre de l'Education Nationale, et bien sûr Nicolas Sarkozy, aux commandes sur ce dossier comme sur tous les autres : l'un et l'autre estiment trop lourds les horaires effectués par les élèves, qu'il faudra donc alléger à terme. Et l'un des principaux syndicats de professeurs des écoles, le SE-Unsa (Syndicat des enseignants de l'UNSA), approuve le principe, tout en réclamant des classes dédoublées, c'est-à-dire des postes et des moyens.

Outre que les jeunes seraient donc les seuls, dans la France sarkozienne, à ne pas « travailler plus » et apprendre le goût de l'effort tant vanté par le président, on soupçonne que les motivations sont plus économiques que pédagogiques. Alors que le Haut Conseil de l'Education ose enfin dénoncer le naufrage de la maternelle et du primaire, où est l'intérêt des 40% d'élèves entrant au collège avec des lacunes importantes ? Après des décennies durant lesquelles le contenu et les exigences ont été rabotés, une heure de vide en plus ou en moins peut bien sembler dérisoire. Alliance objective des gestionnaires et des pédagogistes.

Mais dans quelles disciplines retirer les heures en question ? En sport ? Le président vient de décider de privilégier cette matière on ne peut plus fondamentale pour les 15% d'illettrés – la seule où le mot compétition est autorisé. En musique, en dessin ? Les apparatchiks des associations de parents d'élèves exigent toujours plus de cet « éveil à la culture » qu'ils ne pratiquent pas eux-mêmes. Ce sera donc en histoire, en sciences, en mathématiques ou en langue, tant il est vrai que ces domaines ne servent à rien pour former une nation de citoyens libres et ouverts. TF1 se chargera d'occuper les enfants pendant les précieuses heures ainsi dégagées.


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Vendredi 18 avril 2008 5 18 04 2008 01:20

 


Par Henri Pena-Ruiz


Le gouvernement projette de créer un fonds spécial pour subventionner la création d’une cinquantaine de classes d’enseignement privé dans les cités en septembre 2008, dans le cadre du plan espoir banlieues annoncé par Nicolas Sarkozy, le 8 février. Le secrétaire général de l’enseignement catholique, Eric de Labarre, se frotte les mains. Dans le même temps, plus de 11 000 postes d’enseignants vont être supprimés dans l’enseignement public.

Faut-il également préciser que le rapport de la commission Stasi rappelait l’Etat à ses devoirs en lui demandant de créer des écoles publiques dans les communes qui en sont dépourvues ? Là est la priorité véritable de l’argent public. L’argent payé par des contribuables athées ou agnostiques va donc servir à diffuser la foi, au lieu d’être consacré à la qualité de l’instruction et de l’éducation publiques. Il est vrai que le Président a osé dire que le curé ou le pasteur font mieux que l’instituteur, déconsidérant au passage ceux dont son ministre assure pourtant qu’il faut les entourer de respect.

C’est une nouvelle provocation. M. Sarkozy déclarait que la République a besoin de croyants. Il passe à l’acte, en aidant financièrement la religion, tout en dépouillant les services publics des moyens nécessaires à leur bon fonctionnement. Discrimination manifeste : l’intérêt général est sacrifié sur l’autel du particulier. Après la création des franchises médicales, la fragilisation du service public de l’audiovisuel, c’est le tour de l’école. Avec, en soubassement, une idéologie thatchérienne : mettre à mal ce qui est d’intérêt général par la privatisation et privilégier l’intérêt particulier. La santé, la culture et l’instruction publique subissent de plein fouet cette politique. On a bien, là, trois provocations emblématiques qui bafouent simultanément la justice sociale et la laïcité.

En somme, l’Etat est trop pauvre pour ces biens qui sont de tous, croyants et athées réunis, mais se découvre assez riche pour subventionner une religion instrumentalisée, implicitement appelée à prendre en charge, sur le mode de la charité, ce que la République assumait sur le mode de la solidarité. Il est ainsi porté atteinte à la fois à la religion et à la République.

La première est réduite à un opium du peuple au lieu d’être tenue pour une option spirituelle respectable, qui n’engage que les croyants. La seconde est amputée du rôle social qui donne chair et vie aux libertés politiques. Quant au mouvement laïque, il est en mesure, désormais, de méditer sur le triste résultat de l’«accommodement raisonnable» qui conduisit à mettre en veilleuse le principe selon lequel «l’argent public doit aller à l’école publique».

Ce principe avait recueilli onze millions de signatures lors du serment de Vincennes, en 1960, en protestation contre la loi Debré, qui organisait le financement public des écoles privées. L’éducation et l’instruction ne sont pas une prestation comme une autre, que l’on pourrait déléguer sans dommage à des instances plus soucieuses de profit ou d’endoctrinement que d’émancipation. Force est de constater que les défaites d’hier, et les renoncements qui les ont parfois accompagnées sous prétexte de réalisme, tendent à faire jurisprudence dans la bouche des adversaires déclarés ou cachés de la laïcité. Bien des entorses sont invoquées, par eux, comme des adaptations dans les faits, et passent ainsi pour normales.

Le contournement de la distinction entre culturel et cultuel, par exemple, sert trop souvent à financer les cultes, bafouant ainsi la loi de 1905 et préparant d’éventuelles généralisations antilaïques. Il est grand temps de se réveiller. Les termes hypocrites de toilettage, de laïcité ouverte-positive-inclusive, permettent de noyer le poisson, de fragiliser un peu plus la laïcité. Ceux qui sont décidés à en finir avec ce qu’ils s’obstinent à appeler «l’exception française» n’ont que ce vocabulaire à la bouche. Ce n’est pas être figé ou passéiste que de rappeler la force régulatrice des principes, et dire aux politiques que «trop c’est trop». Toute concession est manifestement interprétée comme une faiblesse, une brèche à élargir. Et qu’on ne parle pas de sectarisme à propos de ceux qui soulignent le danger de telles concessions !

Il est vrai que la nouvelle habitude de l’idéologie dominante est de traiter de conservateurs ceux qui défendent les droits sociaux ou l’émancipation laïque. Ce n’est pas sans émotion que je me souviens du témoignage de Fadela Amara devant la commission Stasi. Oh, chère Fadela, vous nous aviez touchés en disant votre conviction que la laïcité est émancipatrice, notamment pour les femmes, et qu’il est du devoir de la République de la promouvoir. Comment pouvez-vous accepter aujourd’hui que le plan banlieues, au nom de l’urgence sociale, porte atteinte à la laïcité qui vous est chère ? Votre engagement de naguère était clair et net : laïcité et justice sociale allaient de pair. Cela interdisait à la fois la mise à mal des services publics et la mise en cause de la laïcité. Je ne peux imaginer que la vaillante fondatrice de Ni putes ni soumises se réjouisse, en son âme et conscience, de la démarche antilaïque du gouvernement.

Devant la gravité de la situation, le mouvement laïque semble retrouver le chemin de l’unité. La protestation monte et s’amplifie. Mais il est important qu’elle s’exprime sur des bases claires. Égalité de traitement des croyants et des athées, finalisation de la puissance publique par le bien de tous, sont indissociables de la liberté de conscience. Et chacun peut bien comprendre, aujourd’hui, qu’il n’y a pas à tenir la laïcité pour secondaire au regard de la justice sociale, ou l’inverse, mais que toutes deux sont solidaires.

Le Président de la République et le gouvernement n’ont pas été mandatés pour bafouer le principe constitutionnel de laïcité. Ils doivent se souvenir qu’il n’y a pas si longtemps, un million de personnes étaient descendues dans la rue pour le rappeler à qui de droit.

Libération, 9 avril

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Vendredi 25 avril 2008 5 25 04 2008 18:45

Nous, parents, élèves et étudiants, enseignants, citoyens, nous appelons à renforcer le mouvement populaire d’opposition à la suppression de 11 200 postes dans l’Éducation Nationale, annoncée par le ministre Xavier Darcos.

En effet, on ne peut justifier cette suppression en disant que l’encadrement moyen en France est de 10,5 élèves par enseignant : il existe des classes à effectifs réduits, des dédoublements, des groupes de soutien. Faut-il les supprimer ? Peut-on par ailleurs étudier et enseigner efficacement dans des classes surchargées ? Encore une fois, ce seront les élèves les plus en difficulté, scolairement et souvent socialement, qui en feront les frais.

Et on ne peut pas répondre que ces suppressions de postes seront compensées en heures supplémentaires. Outre que, dans l’Éducation Nationale, les heures supplémentaires sont mal payées et qu’on entend donc obtenir des enseignants qu’ils travaillent plus pour gagner moins, les enseignants ont besoin de temps libre pour préparer efficacement leurs cours et corriger leurs copies.

En fait, on sait que cette réduction est destinée à être suivie d’autres réductions dans les années à venir, qui enlèveront à l’enseignement public encore de son efficacité. Quand le quantitatif devient aussi désastreux, il ne peut que nuire à cette qualité que le ministre prétend viser.
On sait aussi que ces coupes sombres doivent aller de pair avec un nouveau dégraissage dans les horaires d’enseignement. En témoigne déjà la réforme des lycées professionnels dont les élèves, très souvent en difficulté, n’auront que trois ans au lieu de quatre pour préparer un bac pro, sans avoir à mi-parcours l’acquis d’un BEP. Cela en découragera un grand nombre et dévalorisera le bac pro : ainsi le ministre, prétendant élever le niveau des qualifications, travaille à le faire baisser.

En témoignent aussi les projets annoncés de réforme du lycée général et technique, avec réduction d’horaires et coupes sombres sur les options, dans la continuité aggravée des décennies passées.

Le ministre affecte par ailleurs de vouloir ramener l'école à sa fonction d'instruction, avec des programmes clairs, simples, axés sur des contenus consistants et laissant liberté pédagogique aux enseignants. C’est ce que nous réclamons depuis longtemps. Mais que valent ces effets d’annonce quand les moyens sont encore diminués ?

On ne peut pas devenir plus savant avec moins d’heures d’enseignement. Ainsi la suppression des heures du samedi matin dans le primaire est scandaleuse. Elles seront, nous dit-on, remplacées par des heures de soutien, c'est-à-dire pour remédier aux dégâts précisément causés par la réduction des heures !

Par exemple, à l’heure actuelle un élève sortant du collège a reçu depuis le début de sa scolarité 800 heures de français de moins qu'en 1976. Il importe de revenir à des horaires substantiels, notamment dans les disciplines fondamentales, mais aussi dans toutes les disciplines à vocation générale qui concourent à former l’homme et le citoyen. Ces horaires d’enseignement, (comprenant les travaux dirigés faits en classe sous la conduite du professeur), ainsi que des horaires supplémentaires de soutien et d’étude, sont particulièrement nécessaires pour préserver le droit à l’instruction de ceux qui ne sont pas aidés par leurs familles ou portés par leur milieu.

On peut certes espérer que de meilleurs programmes et des pédagogies plus efficaces centrées sur les contenus disciplinaires améliorent à terme le niveau des élèves, sous réserve que les moyens nécessaires soient mis en œuvre Mais en attendant qu’ils produisent leurs effets, il est nécessaire de panser les plaies pour ceux qui sont déjà engagés dans le cursus scolaire : les cours, les heures dédoublées, les options, le soutien leur sont doublement indispensables.

Moins que jamais, par conséquent, il ne peut être question de procéder à des coupes sombres dans l’Éducation Nationale. Celles qu’on nous annonce ne sont qu’une étape, après d’autres, dans le processus de marchandisation de l’éducation prévu par l’Accord Général sur le Commerce des Services : il s’agit de vider le service public d’enseignement de son contenu, renvoyant les élèves dont les parents en ont les moyens vers des officines de cours complémentaires (financées à 50 % par l’État via les réductions d’impôt !) ou vers des établissements privés.


Par le Secteur Ecole de l'UFAL

Premiers signataires: Bernard TEPER (Président de l'Ufal), Marie PERRET (Secrétaire nationale de l'Ufal - responsable du secteur école de l'Ufal), Catherine KINTZLER (Philosophe), l'association Sauver Les Lettres et Jean-Marie KINTZLER (professeur de philosophie honoraire)


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Mercredi 16 juillet 2008 3 16 07 2008 14:36


Par Antoine Prost

Une catastrophe est en marche, plus grave que les nouveaux programmes de l’école primaire ou les suppressions de postes qu’on dénonce dans la presse ou dans la rue. Il sera facile, en effet, de revenir sur ces mesures.

La suppression de deux heures de classe dans l’enseignement primaire et la semaine de quatre jours risquent au contraire d’être irréversibles. Et personne ne dit rien ou presque. Le forfait s’accomplit dans l’indifférence générale. Munich s’était accompagné d’un « lâche soulagement ». Ce lâche consentement, lui aussi, annonce une débâcle.

Les comparaisons internationales nous montrent en mauvaise position et 10 % à 15 % des élèves qui entrent en 6e sont incapables de suivre. Et qu’est-ce qu’on fait ? On réduit la durée de l’enseignement ! A qui fera-t-on croire qu’il est possible d’apprendre mieux et plus en travaillant moins ? Même le ministre n’a pas osé dire du bien de cette mesure que lui a imposée - dit-on - un président qui n’a décidément pas besoin de réfléchir pour décider.

M. Darcos s’est borné à dire que nous restions « bien au-dessus de la moyenne des pays qui obtiennent les meilleures performances ». Mais s’ils réussissent, c’est parce qu’ils répartissent les heures de classe dans toute la semaine. Vingt-quatre heures sur six jours sont beaucoup plus efficaces que sur quatre : tout le monde le sait. Du professeur Debré au docteur Hubert Montagner, les médecins ont répété que six heures de classe pour des enfants de moins de 8 ans, c’est trop pour être efficace.

Avec trente-six semaines de quatre jours, l’Ascension, le lundi de Pentecôte, le 1er et le 8 mai, le 11 novembre, cela fera moins de 140 jours de classe par an. Il y en a 210 au Japon, 200 en Italie et au Danemark, 188 en Finlande, 190 en Grande-Bretagne. Et l’on se plaint du niveau des petits Français ? Il n’y a qu’une chose vraiment importante en éducation : c’est le travail des élèves. Sur quel miracle, sur quelle potion magique, M. Darcos compte-t-il pour compenser les amputations qu’il décrète ?

Tout le monde le sait, mais personne ne dit rien. Où sont les défenseurs du niveau, si prompts à dénoncer toute innovation pédagogique ? La vague promesse d’un retour aux bonnes vieilles méthodes les rassure : elles ont fait leurs preuves, disent-ils. Mais à raison de trente heures par semaine, sans compter les heures supplémentaires prodiguées à la veille du certificat d’études. Croient-ils par hasard qu’elles seront aussi efficaces à raison de vingt-quatre heures ?

Avec un cinquième de temps en moins, il leur faudrait un an de plus. Et qu’on ne nous raconte pas qu’on va se concentrer sur les « fondamentaux », alors qu’on ajoute encore des matières. Et les parents d’élèves ? Ce sont les premiers intéressés. Trop contents de disposer du samedi matin, ils se sont bornés à des protestations de principe. Mais on pouvait leur donner cette matinée en prenant celle du mercredi ; un tribunal administratif vient de statuer que c’était compatible avec le catéchisme.

On pouvait aussi généraliser ce qui avait été accepté dans les départements qui avaient adopté la semaine de quatre jours : raccourcir un peu les vacances. Pas du tout : on supprime ces journées supplémentaires. Les princes qui nous gouvernent ne sont pas mesquins… La preuve ? Cette mesure ne rapporte rien au budget ; c’est pur cadeau.

Et les enseignants ? Rendons-leur cette justice : ils n’ont rien demandé. Les institutrices sont les premières inquiètes. Elles qui font travailler les élèves - car la classe n’est pas un cours -, elles mesurent mieux que quiconque l’impossibilité de faire plus avec moins et elles savent qu’on les rendra responsables, demain, des échecs de l’école. Mais comment refuser un cadeau pareil ? Et pourtant, cette mesure compromet, plus que bien d’autres qui provoquent des grèves, l’enseignement de haut niveau et la qualité du service public que les syndicats prétendent défendre.

Le résultat de ces lâchetés et de ces hypocrisies est connu d’avance : le nombre des élèves incapables de suivre en 6e va augmenter. Je dénie à quiconque ne proteste pas aujourd’hui de toutes ses forces contre cette mesure le droit d’ouvrir demain la bouche pour déplorer cet échec majeur.

Ceux qui se prétendent démocrates et défenseurs du service public et ne dénoncent pas aujourd’hui cette entreprise de déconstruction sont des menteurs. Les parents informés des classes moyennes et supérieures sauront compenser, par des recours divers et payants, mais fiscalement avantageux, les insuffisances organisées de l’école publique. Les milieux populaires, eux, feront les frais de cette amputation.

Il ne faut pas se payer de mots. J’attends qu’on m’explique comment des programmes plus copieux contribuent au resserrement sur les fondamentaux, et comment on apprend plus et mieux en travaillant moins.

DLR !

Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Education - Communauté : Les blogs républicains
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Dimanche 31 août 2008 7 31 08 2008 03:10

Par Caroline Fourest


Les partisans de l’école privée peuvent se réjouir. Tous ceux qui préfèrent la séparation de l’école et de l’État à la séparation de l’Église et de l’État, qu’ils soient ultracatholiques ou ultralibéraux, ou ultra-les deux, peuvent savourer leur victoire. La guerre scolaire est presque terminée. Et ils ont gagné.

Le ver était dans le fruit depuis l’accommodement Debré de 1959, lorsque l’État a permis à l’école privée d’avoir le beurre et l’argent du beurre : le pouvoir de concurrencer l’école publique par la sélection et le soutien financier de l’État pour le faire. L’avancée de la démocratisation scolaire a rendu cette concurrence de plus en plus déloyale. Avec un objectif de 80 % au bac, des enfants venant de milieux sociaux défavorisés et des classes surchargées, l’école publique s’est mise à ramer. Pour sauver le niveau, il aurait fallu augmenter le taux d’encadrement et faire baisser le nombre d’élèves par classe. Notamment dans les ZEP. Mais les budgets n’ont pas été à la hauteur des promesses. Au lieu de concentrer ses moyens au service de l’école publique, l’État a gaspillé sa marge de manoeuvre en augmentant les crédits alloués à l’école privée. Les vannes sont grandes ouvertes depuis 2004, date à laquelle les collectivités locales ont obtenu le droit de financer sans limites les établissements privés. Les régions de gauche ne sont pas en reste. Alors qu’il existe toujours plus de 500 communes sans école publique, l’État et les collectivités financent quasiment à parité la scolarisation d’un élève dans le privé et dans le public. Cela s’appelle déshabiller le public pour mieux habiller le privé.

Pendant ce temps, l’école publique coule. Loin de lui porter secours, l’actuel gouvernement instrumentalise certaines critiques constructives pour en faire le procès idéologique, ce qui semble justifier de la regarder se noyer. L’Etat pourrait profiter du tassement de certaines classes d’âge pour faire baisser le nombre d’élèves par classe, mais il préfère baisser le nombre de professeurs. Résultat, les classes resteront surchargées. Notamment dans les quartiers populaires, où les proviseurs disent pourtant manquer de personnel encadrant. En guise de réponse, le « plan banlieue » prévoit de financer la création de 50 classes confiées à l’école privée, essentiellement catholique. « Jamais l’État n’avait autant organisé la concurrence de son propre service public », commente Eddy Khaldi, syndicaliste et enseignant. Il s’apprête à publier un livre qui devrait agiter la rentrée,
Main basse sur l’école publique, cosigné avec Muriel Fitoussi (Demopolis). Fouillé et documenté, il retrace de façon parfois glaçante la montée en puissance du lobbying en faveur de l’école privée ; lequel est parvenu à placer des alliés au plus haut niveau des rectorats, de l’État, et même de l’éducation nationale, grâce à des réseaux comme Enseignement et liberté, Créateurs d’écoles ou SOS Éducation. À l’image de deux directeurs de cabinet du ministre de l’Éducation nationale sous Édouard Balladur, Guy Bourgeois et Xavier Darcos.

Conformément à la stratégie définie par Créateurs d’école, dont il fut l’un des membres fondateurs, l’actuel ministre de l’Éducation nationale ne veut pas de guerre frontale avec l’école publique, mais une « révolution de velours ». Juste assez de velours pour éviter une contre-offensive syndicale. Et ce qu’il faut de détermination pour faire avancer sa révolution, ou plutôt sa contre-révolution. Les grèves ne devraient plus être un problème grâce au service minimum, mis en place après un sondage privé décrétant que les Français y sont plutôt favorables... Une enquête opportunément commandée et financée par SOS Education. Avec ce joker, le ministre a les coudées libres. Mais, de toute façon, le plus dur est fait : la suppression de 11 000 postes de professeur dès cette année, 44 000 en quatre ans si ça continue à ce rythme, l’autonomisation des universités, la multiplication des partenariats privé-public, la déréglementation de la carte scolaire... Tout est passé comme une lettre à la poste. Y compris cette confidence d’Emmanuelle Mignon, conseillère du président de la République, rapportée par un journaliste en 2004 : « Je suis pour une privatisation totale de l’éducation nationale. » Pourquoi se gêner ?

Dans les cénacles de l’école privée, on prépare déjà la suite : le « chèque éducation », grâce auquel chaque élève recevra directement l’aide de l’État pour choisir de s’inscrire dans le privé ou dans le public. Une idée empruntée au modèle anglo-saxon, qui a fait les beaux jours des écoles privées religieuses. Est-ce bien rassurant pour la cohésion sociale et le vivre-ensemble ? Jusqu’ici, l’école confessionnelle sous contrat donne le sentiment de vouloir privilégier l’enseignement au prosélytisme. Mais les temps changent. L’Église, qui confie de plus en plus ses missions éducatives à des courants comme l’Opus Dei ou la Légion du christ, milite pour accentuer le « caractère propre », c’est-à-dire le caractère catholique, de ses écoles. Les autres religions ne sont pas en reste. À quoi ressemblera le vivre-ensemble quand un nombre grandissant d’élèves français aura fait ses classes dans des écoles tenues par l’Opus Dei, les Frères musulmans ou les loubavitchs ? C’est à cela que devraient penser ceux qui, à droite comme à gauche, dénoncent volontiers le repli communautaire, mais n’ont aucun courage quand il s’agit de gouverner. Au mépris de cette évidence : l’État n’a pas les moyens de favoriser la privatisation et la confessionnalisation de l’enseignement au détriment de son école.



Le Monde
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Mercredi 3 septembre 2008 3 03 09 2008 16:18


Par Guylain Chevrier


Ça y est, la réforme nouvelle de l’école est arrivée et dès aujourd’hui, jour de rentrée scolaire pour tous, elle entre dans la vie. De quoi s’agit-il ? Face au constat que 15% des élèves quittent aujourd’hui l’école avec de graves lacunes dans la maîtrise de la lecture, de l’écriture et du calcul, il est question de recentrer le rôle de cette grande dame de la République sur des fondamentaux à l’école primaire, par un renforcement des horaires de français et de mathématiques.

On entend en même temps réduire le nombre d’heures hebdomadaires en passant à la semaine de quatre jour, perdant deux heures d’enseignement plus ou moins transférées vers des cours de soutien à des élèves en difficulté. S’il y a un volume d’heures hebdomadaires imposé pour ces deux matières, pour les autres disciplines de culture générale, seul un volume d’heures annuel est fixé dont l’organisation est laissée à l’appréciation de l’enseignant. On sait que c’est ici que des heures seront prises, si les objectifs sur les deux matières considérées comme principales tardent à être atteints.

Du CP au CM2 on est censé insister sur l’histoire des arts et la pratique artistique, la découverte du monde, l’histoire-géographie et l’instruction civique et morale. Dans ces dernières disciplines, lorsqu’on examine les textes officiels qui définissent les contenus de l’enseignement (Projet de programmes de l’école primaire – 29 avril 2008- www.education.gouv.fr), on a une belle surprise, c’est l’exigence très haute du niveau demandé avec un rétrécissement des heures en même temps que l’on supprime des milliers de postes d’enseignants. Autrement dit, avec moins d’heures on doit en savoir plus, dans un contexte de classes en général surchargées.

On connaît l’impact d’une telle situation dans les quartiers populaires où on aurait plutôt besoin de travail en groupes restreints pour faire progresser tout le monde relativement dans un même rythme et pour toutes les matières. C’est tout le sens de cette réforme sans doute que ce tour de passe-passe, visant essentiellement les réductions budgétaires, c’est-à-dire finalement, le désengagement de l’Etat vis-à-vis de l’école.

Des enseignants promis aux heures supplémentaires dont on dénature la fonction

Le soutien scolaire deviendrait massif grâce aux heures supplémentaires des enseignants. En réalité, les milliers d’emplois d’enseignants supprimés doivent être compensés par des heures supplémentaires pour ceux qui sont encore en poste, on distribuera même une prime de cinq cents euros à ceux qui accepteront de rentrer dans ce système. On marche sur la tête, mais pas sans le savoir, car ce que l’on cherche, c’est à faire que, dans l’école elle-même, ses enseignants deviennent des « employés » comme les autres, appliquant à ceux-ci un fonctionnement, une morale, transférant du privé vers le public et dénaturant l’esprit même de la mission confiée à l’école.

Cette mission doit se réaliser dans la sérénité d’une vocation et non réduite à n’être qu’un emploi comme un autre pour un salaire, avec des élèves ramenés à n’être plus que des objectifs dans une culture de résultat qui à l’arrivée continuera de creuser les écarts et d’appauvrir la qualité de l’enseignement, pour faire fuir de l’école publique ceux qui en ont les moyens.

Pour protester contre la politique budgétaire et éducative du gouvernement, les trois principaux syndicats d’enseignants appellent à une grève unitaire dans les écoles primaires le jeudi 15 septembre. Ce fameux socle commun de connaissances et de compétences qui est au cœur de cette réforme fait débat, mais côté laïcité, il n’est pas certain que les syndicats d’enseignants mène bien un combat pour la défense de l’école. Ici pourtant, on aurait pu s’attendre à des réactions, car les contenus des programmes méritent toute l’attention, ils sont truffés d’une idéologie directement inspirée par une conception individualiste et libérale de la société qui n’a rien à voir avec nos valeurs républicaines, et pour tout dire, qui est traversé par un politiquement correct, il est vrai, qui n’appartient pas seulement à la droite, loin s’en faut.

Une conception de l’histoire qui entend laisser notre peuple sans défense

Tout d’abord, le programme d’histoire-géographie ambitieux dans son volume, est présenté comme devant s’attacher à faire que l’élève ait mémorisé quelques dates, personnages et événements de l’histoire, « notamment de la bataille d’Alésia, de la guerre de Cent Ans, du couronnement de Charlemagne ou de la chute du mur de Berlin », de quoi faire de futurs Nobel ! Si à travers cette démarche on dit revenir à une histoire chronologique, elle n’a rien à voir avec une histoire des processus, mettant la prise de conscience de l’homme comme agent de son histoire au centre de l’enjeu de chacun de ses moments, qui pourtant fonde la citoyenneté, cette forme de conscience commune d’un bien commun établi par les hommes eux-mêmes, qui renvoie directement à la démocratie comme système de construction de l’avenir sous la décision de tous.

Cette histoire chronologique fait la part belle à l’événementiel et aux grands personnages de l’histoire tout en faisant l’impasse sur une histoire sociale qui permette aux élèves de prendre conscience de ce qui fut acquis et comment, pour le défendre ensemble et se respecter d’autant mieux. Un peuple sans mémoire demeure de ce point de vue un peuple sans défense, et c’est bien cette mémoire là que l’on entend obscurcir, laisser à la marge, ce qui est non seulement le cas pour l’école primaire mais plus généralement pour l’enseignement de l’histoire jusqu’au secondaire.

Un déficit entre autres, pour l’intégration de ceux qui venus d’ailleurs, ont tant besoin de se construire des repères communs, qui dans certaines banlieues montrent l’état de leur coupure avec notre société à n’avoir pas trouvé le lien avec elle, jusqu’au communautarisme qui continue de faire des dégâts, comme le développement du voile et de la burqa le montrent, contre cette union des hommes qui fait la force du nombre facteur de progrès.

Une morale de la liberté qui oppose les individus au lieu de les unir

Dans le domaine de l’instruction civique et morale on entend enseigner des principes du type « La liberté de l’un s’arrête où commence celle d’autrui » ou encore « Ne pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu’il me fasse », tout ici n’étant traité que sous une forme de relations inter-individuelles qui en dit long sur la conception individualiste de cet enseignement. La liberté n’est pas abordée comme liberté commune, les droits de chacun comme bien commun à défendre ensemble, mais essentiellement individuelle, à travers ces maximes d’un autre âge.

« Le véritable moteur de la motivation des élèves réside dans l’estime de soi que donnent l’apprentissage maîtrisé et l’exercice réussi » nous dit-on encore. Non ! ce n’est pas la seule réussite individuelle qui peut aller tirer cette motivation, car cela se saurait. C’est du sentiment d’appartenir à une entité qui fait union à laquelle forme l’école, qui s’intéresse à chacun pour ce qu’il représente pour lui-même comme élément d’un tout dont il est indissociable et irremplaçable comme futur citoyen, que chacun peut se sentir compter avec les autres, exister.

C’est le point de départ à l’appréhension de l’appartenance à un peuple qui n’a pas honte d’être une nation, mais de le revendiquer à travers l’apprentissage de son passé dont le fil conducteur sont les valeurs d’une République qui a su dépasser les contradictions de l’histoire en intégrant au lieu d’exclure, portant haut encore, malgré les reculs, les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. La France est unique en son genre comme modèle social, mais aussi comme patrimoine politique en raison des luttes sociales qui l’ont façonné, des idées des penseurs des lumières qui continuent de nourrir l’imagination des hommes qui veulent voir autre chose que le CAC 40 comme horizon indépassable.

Des élèves futurs acteurs de l’histoire pour donner du sens à l’école

Dans cet enseignement on fait la part belle à l’Europe qui est presque partout en référence, indiquant par là à l’élève de primaire déjà, comme une impossibilité de penser le destin commun sans elle et donc en dehors du modèle libéral. On fait aussi la part belle à une écologie culpabilisante où les risques sont mis en avant sous le signe de cette idée que l’homme est un danger pour l’homme, que régresser c’est durer, participant de tuer dans l’œuf l’idée que l’homme est capable de maîtriser sa vie et d’imposer collectivement ses choix en s’émancipant de la condition inégale qu’on lui impose, de savoir progresser tout en sachant préserver son environnement.

On notera au passage à ce propos, la dernière déclaration convergente du très libéral maire de Paris, Bertrand Delanoë, s’expliquant sur sa candidature au poste de premier secrétaire du PS, pour dire qu’aujourd’hui l’écologie est devenue une question aussi importante que la justice sociale bien dérangeante en réalité pour sa tendance, qui entend refondre l’identité socialiste au centre (sic !). Par tous les bouts, il semble que l’homme doive se soumettre, avoir peur de lui-même, ne croire qu’en lui au sens restreint de l’individualité, chemin du renoncement aux grands desseins collectifs émancipateurs qui le font agent de son histoire.

C’est de la compréhension d’un sens de l’histoire qui concerne tous les élèves, où ils aient le sentiment de pouvoir agir sur elle et non d’apprendre à s’en dessaisir, que peut grandir chez eux un intérêt pour l’enseignement et même un enthousiasme qui fait tant défaut, par manque de sens face à un monde injuste où c’est le plus riche ou le plus fort qui est toujours censé gagné, dont la logique se présente comme la fin de l’histoire. On voit bien ici la contradiction, elle est totale, c’est le monde qui est à changer, l’école est un enjeu dans le cadre de ce projet, rien de moins, mais les enseignants ont leur rôle dans la révélation de l’école qu’il nous faudrait pour voir le monde autrement.

Notre société connaît une profonde crise de sens, dont la crise de notre représentation politique est un marqueur et un Nicolas Sarkozy Président de la République un anachronisme révélateur, vis-à-vis de quoi cette réforme ne peut faire longtemps illusion. Au fond, ce n’est pas l’école qui prendra en charge ce qu’on lui intime de réussir ici alors que la société qu’elle a autour d’elle se dégrade, s’appauvrit, matériellement mais aussi moralement, alors que du sommet de l’Etat on dilue la nation dans l’Europe libérale et la mondialisation capitaliste, que l’on encourage le communautarisme comme monnaie d’échange du contrôle social, que l’on prône la discrimination positive au lieu de l’égalité, où la promotion individuelle est montrée comme le modèle de la réussite, où les désirs de l’individu deviennent le seul étalon de la liberté derrière une politique des droits revendiquée par de multiples sous-groupes sociaux contre le collectif…

L’exemple du peuple et de la République contre les dérives de l’histoire-mémoire

"L’esclavage et la traite des noirs seront enseignés en classes de primaire" lâchait Nicolas Sarkozy en mai dernier. En dehors de la mise en scène qui a consisté à faire apparaître les choses ici comme venant du président lui-même pour lui attribuer la paternité de cet élan d’intérêt pour l’histoire-mémoire, on remarquera qu’une fois encore on traite cette question sous l’angle du victimage et de la culpabilisation collective, en voulant faire partager à chaque élève la douleur de ceux qui connurent ce triste sort au lieu de faire partager l’œuvre formidable de la République qui a d’abord aboli l’esclavage et la Traite dès la Révolution française donnant l’exemple à tous, puis après que Napoléon l’ait rétabli le fait que la seconde République devait définitivement l’abolir.

Cette histoire-mémoire qui ne fait pas la part des responsabilités en faisant passer le peuple de France pour un peuple qui aurait encore quelque chose à régler avec cette histoire là, dont il n’a jamais connu les fruits mais les coups des mêmes exploiteurs, est ignoble. On devrait bien proposer d’élever un monument aux millions d’ouvriers morts pendant la période de la révolution industriel de la pauvreté et de la maltraitance social sous la férule du grand patronat d’alors. On voit bien le problème, une école qui intègre devrait montrer comment les contradictions de l’histoire ont été dépassées par le haut, par effet émancipation des dominations et le plus souvent par l’entremise du peuple offrant sa poitrine au milieu des barricades, inspirant par ses combats et les idées qu’il a porté dans notre histoire la modernité de nos institutions, des Droits de l’homme et du citoyen à la République laïque et sociale.

Le combat pour l’école laïque, un beau dessein pour tous les enseignants

« Donner à chaque enfant les clés du savoir et les repères de la société dans laquelle il grandit est la première des exigences de la République et l’unique ambition de l’école primaire » peut-on lire en ouverture du préambule qui présente cette réforme. On a vu déjà combien cette affirmation pouvait être d’emblée contestée, mieux, c’est l’école laïque qui avec cette réforme continue de reculer et donc la République elle-même.

Ce combat pour l’école laïque, c’est-à-dire pour une école dont la mission soit de cultiver le sens de l’intérêt général placé au-dessus des intérêts particuliers, des différences pour mieux qu’elles s’acceptent entre elles, seul capable de faire se respecter les individus en raison de ce qu’ils mettent comme valeurs en commun, la liberté, l’égalité et la fraternité, est un beau combat pour les enseignants face au projet d’une société libérale qui serait une addition de fractions gérées sous le régime de la tolérance et du clientélisme, entérinant la fin de toute idée de peuple. Vive l’école laïque et républicaine de demain qui n’a d’avenir que le peuple ou qui disparaîtra.

Riposte Laïque

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Mardi 28 octobre 2008 2 28 10 2008 00:00

Par Jean-Michel LÉOST, Président de la Société des agrégés


Le Bureau de la Société des agrégés de l’Université, réuni le 11 octobre 2008, a examiné le projet de réforme du lycée à la lumière des documents officiels existants (la « feuille de route » intitulée Points de convergence sur les principes directeurs de la réforme du lycée et le Point de situation publié le 17 juillet) et d’après les informations obtenues lors d’une audience auprès du Recteur Jean-Paul de Gaudemar, le 1er octobre.

La Société des agrégés condamne le projet de réforme du lycée, tel qu’il est actuellement connu. Elle estime qu’il ne contient aucun élément positif et qu’il contribuerait à accentuer la décadence de l’enseignement secondaire, initiée par la loi Jospin de 1989 et la réforme Allègre de 1999.

La Société des agrégés dénonce dans ce projet une diminution importante des horaires disciplinaires qui privera les élèves d’enseignements fondamentaux et d’options formatrices. De plus, l’avenir des enseignements technologiques est laissé en suspens.

L’organisation en modules semestriels, qui concernerait obligatoirement les enseignements complémentaires et sans doute les enseignements communs, aurait de nombreux effets pervers : émiettement des enseignements, concurrence entre les disciplines avec un risque de démagogie, parcours d’initiés ou soumis aux effets de la mode, transformation de l’élève en usager consommateur, appauvrissement culturel, sans compter la complication des emplois du temps, l’anonymat engendré par le système, l’absence de repères pour les élèves et pour leur famille...

Le Ministère affirme vouloir mieux préparer les élèves à l’enseignement supérieur, oubliant que l’échec dans l’enseignement supérieur provient principalement des carences disciplinaires de beaucoup d’élèves et de la diminution des exigences. Il pratique ainsi une fuite en avant qui contraindra l’enseignement supérieur à pallier davantage encore les défaillances du lycée et aboutira à une dévalorisation des diplômes.

En prétendant que chaque élève pourra choisir un parcours adapté, le Ministère semble vouloir donner l’illusion de « la réussite pour tous les élèves », alors que cette organisation accentuera les inégalités entre les établissements et entre les élèves. En effet, les familles les mieux informées, appartenant aux milieux socialement et culturellement favorisées, inscriront leurs enfants dans les établissements les plus performants ou trouveront ailleurs un supplément de savoir et de culture. L’autonomie accrue des établissements, loin d’être un facteur de progrès, permettra à l’État de fuir ses responsabilités, pourtant rappelées par la Constitution, en matière d’enseignement.

Enfin, le baccalauréat subira nécessairement les effets de cette réforme. La structure modulaire conduira à une extension du contrôle continu et à la fin du baccalauréat national. La Société des agrégés dénonce plus généralement dans ce projet de réforme la perversion des valeurs républicaines. L’école doit former des citoyens libres et éclairés. Elle doit donc dispenser à tous, quelles que soient leurs origines, le savoir qui permet d’être un homme libre, capable de jugement critique, et qui donne l’aptitude à un métier. Le projet de réforme du lycée est un projet technocratique et sans âme qui va à l’encontre de ces valeurs.

La Société des agrégés estime donc que ce projet, tel qu’il est actuellement conçu, est totalement inacceptable. Elle appelle tous les professeurs et tous les parents à le rejeter. Elle demande au Ministre de l’Éducation nationale de rompre avec les inspirateurs de cette réforme, de résister à une vision purement comptable de l’enseignement et de ne pas participer à la destruction de l’école de la République.

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Samedi 1 novembre 2008 6 01 11 2008 22:38


Par Frédérik Brandi

Film phénomène, inattendue Palme d’Or au dernier festival de Cannes, "Entre les murs" rencontre un vrai succès public. Est-ce à dire que la question scolaire passionne les foules ? Ou peut-être l’explication réside-t-elle dans le battage médiatique exceptionnel et un peu suspect dont le film, réalisé par Laurent Cantet d’après le roman de François Bégaudeau, a bénéficié. Qu’il nous soit permis de confesser notre perplexité de spectateur et de citoyen devant un tel objet cinématographique, le plus triste et le plus profondément désespérant du moment.

Les qualités formelles du film, marqué par une certaine désinvolture dans la construction des plans et le traitement de l’image, ne peuvent à elles seules retenir l’attention, alors que les motivations du cinéaste, qui ne tranche pas entre la réalité et la fiction ou plutôt joue constamment sur les deux tableaux, demeurent obscures. D’une part le dispositif choisi, tournage dans le collège même, utilisation d’acteurs non professionnels - les "vrais" professeurs, les "vrais" élèves, etc. - accrédite l’option d’une approche documentaire montrant l’école telle qu’elle est. Mais d’autre part, les situations et les comportements sont parfois tellement outrés ou aberrants qu’on peine à y croire.

Dès le départ, la posture du prof de français (interprété par l’auteur) face à une classe d’adorables imbéciles incultes et grossiers est proprement invraisemblable. L’irresponsabilité de ce type, qui compte déjà quatre années de présence - on n’ose dire d’exercice - dans le même établissement, est sans limite, dans la mesure où, alors que sa pratique de dialogue permanent, d’égal à égal avec les élèves, a des résultats visibles et calamiteux, il la poursuit comme si de rien n’était. Il évolue dans un registre où, plus que la démagogie, c’est la rivalité sous-jacente qu’il entretient avec les enfants qui est la plus choquante, toujours au même niveau qu’eux, à la limite de provocation, avec l’effet boomerang qu’on peut imaginer. Et quand l’emblématique "pétasse" - in french in the script... - in fine, toute seule comme une grande, découvre et assimile La République de Platon alors que tout au long de l’année elle a été incapable de lire ou de formuler une phrase correcte, ça ne ressemble plus à de la fiction mais à une pure guignolade. Enfin, la scène du conseil de classe, où l’attitude des déléguées, indifférentes au sort de leurs camarades, rigolardes, bruyantes et insolentes, laisse les adultes sans aucune réaction, nous ramène, gags en moins, en plein âge d’or du navet comico-scolaire, quand les "Sous-doués" et leurs nombreux copains "passaient le bac" avant de "partir en vacances"...

Même la question de l’immigration, fondamentale dans le contexte de ce collège parisien réputé "difficile", n’est pas traitée en tant que telle mais présentée comme une simple donnée dont il ne faudrait surtout pas discuter les causes et les conséquences. Sommant le spectateur de s’en tenir au règlementaire "enrichissement mutuel des différences", le film interdit toute réflexion sur un phénomène pourtant aux avant-postes de la domination capitaliste. Car si l’immigration massive est une chance, c’est d’abord pour le grand patronat européen qui se constitue ainsi un nouveau sous-prolétariat bien utile au moment de désamorcer les velléités populaires de revendications sociales. Mais Laurent Cantet semble avoir renoncé à toute vision de la lutte des classes telle qu’elle s’exprimait dans ses premiers films, pour mieux s’abandonner à un conformisme faussement humaniste et sourd à la réalité. Le scénario se permet même de présenter l’hypothèse du retour d’un élève malien dans son pays d’origine comme une épouvantable menace, sans voir la perversité raciste et la mentalité coloniale qui se cachent derrière ces indignations des bonnes âmes immigrationnistes eurocentrées, incapables d’appréhender d’autres aires culturelles comme aussi respectables et souhaitables que leur cocon marchand, démocratique et bourgeois.

Dès lors, ce que les médias complaisants présentent comme "un laboratoire laïque de démocratie et de pédagogie citoyenne" ne serait-il pas plutôt un brûlot antirépublicain dissimulé derrière un écran de naïveté confinant à la candeur ? Devant l’incapacité du monde enseignant et la situation d’apocalypse décrites par le film, l’État sarkozyste aurait tort de modérer ses appétits de suppressions de postes au ministère de l’éducation autrefois "nationale". En effet, l’école publique menant si brutalement au désastre, quelle raison y aurait-il pour résister aux exigences des "politiques d’ajustement" réclamées tôt ou tard par la commission de Bruxelles ? De plus, le choc cinématographique aidant, c’est même avec l’assentiment du peuple ainsi préparé qu’on pourrait précipiter la privatisation d’un service public apparaissant comme déjà mort.

Toutefois, un vrai moment de cinéma surgit, peu avant la fin. Dernier jour de l’année scolaire, le prof démago et faiseur de catastrophes demande à ses élèves de citer une chose, une seule, qu’ils auraient retenue des divers enseignements. Il s’en suit évidemment une succession de bouffonneries plus ou moins drôles et constamment navrantes, puis tout le monde s’en va. Ne reste qu’une élève, la plus silencieuse, la moins pénible de la classe. Elle se lève, s’approche de Bégaudeau (qui, lui, est déjà passé à autre chose) et lui balance avec une douce fermeté, une colère froide mâtinée de terreur intérieure, qu’elle n’a rien appris, rien compris à ce qui se passait entre ces murs. Jeu juste, effet dramatique, c’est un moment fort, poignant, qui aurait pu ouvrir les portes d’un final vertigineux et donner un sens au film. Mais non, tout est vite désamorcé par le brave prof qui rassure notre héroïne désespérée, on apprend que, comme les autres, elle passe dans la classe supérieure - en fin de 4ème elle ne sait pas lire, mais rien n’a d’importance... - et tout finit balle au pied, sous le soleil et dans la bonne humeur.

Finalement, le film exhibe, sans prendre parti ni pour ni contre, sans choisir entre le constat et la dénonciation, sans dire si c’est un fantasme ou un avertissement, une école qui ne serait apte à former - avec un certain succès - que des footballeurs, des putes, des trafiquants, des caïds et des flics, beau bouillon de culture dessinant la matrice d’une société aussi fasciste qu’ultra-concurrentielle au service de laquelle les jeunes protagonistes de l’histoire, que seule réunit leur haine de la France et leur rejet des valeurs de la République, pourront s’engager avec ardeur, avec la bénédiction et la protection d’autorités elles aussi "mondialisées".

Comité Valmy

Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Education - Communauté : Les blogs républicains
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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 11 2008 00:47


Un homme est mort…

Un enseignant intègre accusé d’avoir donné un coup de poing à un élève, dénoncé, arrêté et placé en garde à vue tel un criminel, vilipendé dans les média, abandonné par ceux qui étaient censés le défendre : sa hiérarchie comme les syndicats de l’Education Nationale… D’autant plus seul que sa situation personnelle était difficile. Il ne l’a pas supporté. Il s’est pendu discrètement, sans un mot, pour ne pas gêner.

Le 24/10/08, un mois après, l’élève avouait qu’il avait menti et que l’enseignant ne l’avait jamais frappé.

« C’est un gâchis immense dans l’Education Nationale qui se répète trop souvent. On n’a pas tiré les leçons du procès d’Outreau » a dénoncé l’avocat du père de l’enseignant qui vient de se porter partie civile.

Gâchis immense aussi dans le fonctionnement même de notre société où l’on assiste à un renversement des valeurs essentielles.

Car, en cette affaire, il s’est trouvé un conseiller principal d’Education, un proviseur de collège, pour ne pas entendre l’enseignant et laisser s’opérer une dénonciation calomnieuse sans protéger un travailleur en situation de vulnérabilité : était-ce de l’incompétence, de la simple soumission au principe fondamental de la fonction publique : « pas de vagues », de la complaisance envers la hiérarchie, adepte de ce principe ? Etait-ce tout simplement un foi aveugle en la parole de l’enfant, prioritaire avait fait écrire Madame Royal dans une circulaire lors de son rapide passage au secrétariat d’Etat à l’Education ?

Il s’est trouvé une administration générale de l’EN incapable de protéger un fonctionnaire qui la servait rigoureusement, peut-être parce que, en plus de « vouloir ouvrir le parapluie » qui la couvre par habitude, elle est une tenante de la théorie de « l’élève au centre », de celle du renversement de la preuve où c’est à l’enseignant de prouver qu’il ne frappe pas les élèves.

Il s’est trouve des responsables syndicaux nationaux pour se taire afin d’éviter de porter sur la place publique leur permanence à « caresser les élèves dans le sens du poil » afin de mieux s’en servir, au nom, bien sûr, de l’affirmation inepte que « l’élève est un citoyen », selon le mot de l’ineffable Jack Lang.

Il s’est trouvé un médecin pour écrire un certificat médical de complaisance à partir de la fausse déclaration du gamin, ce qui témoigne, pour le moins, d’une légèreté coupable ou d’une complaisance alimentaire.

Il s’est trouvé des représentants de l’ordre pour considérer ce fonctionnaire ordinaire comme un délinquant à punir par anticipation en le plaçant en garde à vue afin de mieux le culpabiliser, signe d’une haine pour toute forme de culture plutôt que respect d’une loi prise au pied de la lettre, l’enseignant supposé coupable n’aurait sûrement pas pris la fuite.

Il s’est trouvé un procureur de la République pour affirmer, toute honte bue, que le suicide du professeur n’était pas à relier nécessairement à cette accusation.

A ce niveau de lâcheté, d’incompétence, de perversion intellectuelle, on ne voudrait ici que citer cette parole de Platon dans sa « République » : « Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus, au-dessus d’eux, l’autorité de rien et de personne, alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie. »

Mais il faut ajouter ici deux informations qui recoupent et prolongent l’évènement ci-dessus rapporté et qui renforcent les termes utilisés de lâcheté et de perversion des valeurs …

L’enseignante poignardée en plein cours par un élève le 16/12/05 a attaqué l’Etat en sa représentation du Rectorat de Versailles parce qu’elle avait écrit à sa hiérarchie qu’elle se sentait en danger dans sa classe, et ce bien avant l’agression subie, sans que cette hiérarchie ne prenne la moindre mesure. Ah, si l’élève s’était plaint que son enseignante le menaçait, l’insultait ou le frappait, on peut être sûr que l’Administration et les Associations de Parents d’Elèves seraient montées au créneau ! Le Tribunal Administratif, saisi, rendra sa décision dans un mois, le commissaire du gouvernement, qui dit le droit, étant allé dans le sens de la requérante.

Le jeudi 23/10, à Pézénas (34), une institutrice a été agressée avec une violence inouïe par une mère d’élève, dans l’école même, sous prétexte que l’enseignante avait interdit à sa fille de se rendre aux toilettes. On croit d’autant plus rêver que, là encore, c’était une allégation imaginée.

Passons sur le fait qu’aujourd’hui, n’importe qui, sous n’importe quel prétexte, se permet de porter atteinte à la dignité et à l’intégrité d’un enseignant : c’est là le résultat le plus évident de l’adage gaucho-socialo-verts-pédagocrates : « il faut faire entrer la société dans l’Ecole », et de son corollaire : « il faut donner du pouvoir aux parents et aux enfants ». Mais remarquons que deux jours après l’agression, l’auteur des coups, identifiée, n’était ni interpellée, ni entendue par la Gendarmerie ( « Le Midi Libre » en ligne du 25/10/08). Et, à ce jour, on n’en sait pas plus !!!

Irons-nous jusqu’à croire que c’est parce qu’elle habite un « quartier sensible » qui regroupe une population traditionnellement nomade et récemment sédentarisée ? Ou tout simplement parce qu’une institutrice frappée au point d’avoir 9 jours d’arrêt de travail ne pèse rien devant une gamine (ou un gamin) qui inventerait une gifle ou un coup de poing reçu, ce qui imposerait illico presto une garde à vue punitive ?


Empédoclatès

« du bon usage de la raison »

Riposte Laïque

Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Education - Communauté : Les blogs républicains
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