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Protection Sociale et Santé

Samedi 13 janvier 2007 6 13 01 2007 01:49

Par Jacques Nikonoff


L'initiative de l'association les Enfants de Don Quichotte pour le logement des Sans domiciles fixes, largement relayée par les médias, a mis sur le devant de la scène la notion de " droit opposable " au logement. La période des fêtes de Noël, comme lors du tsunami en 2005, est favorable aux élans du coeur, à la solidarité et à la compassion. Comment rester indifférent au spectacle navrant et révoltant de centaines d'être humains réduits à se terrer dans des habitats de fortune dans les rues décorées de nos villes ? Précisément au moment où 2006 est présentée comme une " année en or " pour la finance mondiale.


Il serait donc question de mettre en oeuvre un droit " opposable " au logement ; de quoi s'agit-il ?

En France le droit au logement, comme d'autres droits, existe depuis longtemps. Sur le papier. Car il est nécessaire d'opérer une distinction entre les droits sociaux. Certains ne sont que de l'encre sur du papier. Ils peuvent certes figurer dans des textes de loi (par exemple le droit à l'emploi qui figure même dans la Constitution), mais ils sont considérés comme des droits indicatifs ou " programmatiques ". Ils ne sont qu'une simple orientation, un cap que se donne l'Etat. Ils ne sont associés à aucune obligation de résultat de la part de l'Etat et n'accordent aucune garantie aux citoyens.

D'autres droits sociaux sont dits " opposables ". Le droit " opposable " permet en effet à tout citoyen de faire condamner par la justice toute autorité politique qui ne respecte pas la loi, et d'obtenir réparation quand un droit n'est pas respecté.

Le droit " opposable ", pour se matérialiser, repose sur trois conditions

  • Désigner une autorité politique responsable . Ce doit être en général l'Etat. C'est ce dernier en effet, pour reprendre une expression tombée en désuétude, qui est en charge de la " bienfaisance nationale ". Pour ne prendre qu'un exemple, voici l'appel du 22 mai 1794 de la Convention en faveur d'une pension de retraite universelle : " Là où le coeur des citoyens palpite pour une patrie, les vagissements de l'enfant abandonné appellent cette même patrie à son secours ; homme, il sollicite du travail ; infirme, il implore la bienfaisance nationale ; vieux, il a droit au repos, aux égards et aux secours publics ; ils doivent embrasser les générations qui commencent et celles qui finissent. (...) Eh bien ! Que la République française donne la première le grand exemple de cette justice. (...) Dans une démocratie qui s'organise, tout doit tendre à élever chaque citoyen au-dessus du premier besoin, par le travail, s'il est valide ; par l'éducation, s'il est enfant ; et par le secours s'il est invalide ou dans la vieillesse. "
  • Doter cette autorité des moyens et prérogatives nécessaires . Pour être effectif, le droit au logement par exemple induit un " devoir de loger ". Pour le droit à l'emploi, l'Etat aurait l'obligation de proposer des emplois ; pour le droit aux soins, il doit organiser l'accès aux soins pour tous, etc. Le droit n'est plus un simple objectif indicatif pour les politiques publiques, la puissance publique est contrainte par une obligation de résultat sous peine de sanction. Tout citoyen en difficulté pour accéder ou se maintenir dans le logement bénéficiera par conséquent d'une aide qui lui permettra effectivement d'être logé ou relogé.
  • Ouvrir des voies de recours pour le citoyen . Le droit est garantit par des voies de recours auprès d'une autorité politique responsable. Elles sont d'abord amiables puis en dernier ressort juridictionnelles.

Aujourd'hui seuls deux droits fondamentaux sont déjà opposables : le droit à la scolarité et celui à la protection de la santé

Une éducation doit être garantie aux enfants jusqu'à l'âge de 16 ans, les responsabilités respectives de l'Etat et des collectivités territoriales étant clairement établies. Si l'inscription scolaire d'un enfant pose un problème, il existe des voies de recours, y compris devant le tribunal administratif. En clair si vos enfants ne sont pas pris à l'école, vous pouvez porter plainte et vous êtes sûr de gagner...

Le droit à la protection de la santé ne permet pas d'imaginer un refus d'accorder des soins de la part d'un hôpital. D'autant qu'il existe l'obligation d'assistance à personnes en danger, appliquée notamment grâce au " caractère universel, obligatoire et solidaire de l'assurance maladie " (article L. 111-2-1 du Code de la Sécurité sociale).


Qu'adviendrait-il si le droit à la scolarité et celui à la protection de la santé n'étaient pas opposables ?

Tous les enfants de moins de seize ans seraient-ils scolarisés ? On peut en douter car certains d'entre eux, selon des critères opaques, feraient l'objet d'un refus d'inscription sous des prétextes variés : nombre insuffisants d'écoles ou de classes construites ; manques d'enseignants ; budgets trop faibles... En vérité, c'est l'établissement de l'instruction publique laïque, gratuite et obligatoire qui a contribué à la construction des écoles, et non l'inverse. De même, c'est le droit au logement opposable qui contribuera à la construction suffisante de logements sociaux.

En matière de santé, le schéma américain se mettrait vite en place : sur le brancard et aux urgences, la première démarche de l'hôpital faite auprès des patients serait de leur demander leur carte de crédit...


Quels sont les autres droits qui devraient devenir " opposables " ?

Il paraitrait logique et conforme à l'esprit des Lumières, poursuivi dans le programme du Conseil national de la Résistance, de commencer par les droits établis dans le préambule de la Constitution de 1946, partie intégrante de la Constitution de 1958 actuellement en vigueur :

Le droit à l'égalité entre les hommes et les femmes : " La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme. "

Le droit à l'emploi : " Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi. "

Le droit au respect : " Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances. "

Le droit de participation à la gestion des entreprises : "Tout travailleur participe, par l'intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu'à la gestion des entreprises."

Le droit au service public : "Tout bien, toute entreprise, dont l'exploitation a ou acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité."

Le droit au revenu : "Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence."

Le droit à la formation professionnelle et à la culture : "La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture."


Le fanatisme de marché contre les droits opposables

Malgré le grand nombre de droits inscrits dans les textes juridiques, pourquoi si peu sont opposables et restent lettre morte ? Les obstacles sont d'ordre idéologique, politique et culturel, et liés à une certaine conception de la propriété et de la concurrence.

Le logement, pour reprendre cet exemple, est aujourd'hui un marché. Pour les libéraux la catastrophe guette car un droit opposable au logement reviendrait à permettre à toute personne dépourvue d'un logement d'en occuper un, même si elle se trouve dans l'incapacité d'en payer le prix de marché. La charge du logement serait alors transférée sur les contribuables, comme tout financement de droits opposables. Toute tentative de faire appliquer le droit au logement ne pourrait donc qu'encourager la construction massive de logements sociaux par la puissance publique, augmentant les dépenses sociales de la nation et provoquant une concurrence déloyale avec le secteur privé. Le logement social, en outre, en proposant des loyers inférieurs à ceux résultant de la confrontation de l'offre et de la demande sur un marché " libre ", engendrera mécaniquement une baisse du prix des loyers dans le secteur privé. Horreur ! La sphère publique dominera la sphère privée.


De beaux débats en perspective lors de la campagne électorale

C'est certainement sur le terrain des droits opposables que la campagne électorale qui débute sera la plus intéressante. Car le droit opposable condense à lui seul toute la question libérale. Il pose d'abord le problème de la finalité de l'économie. Avec des droits opposables qu'il faut financer, l'économie est remise à sa place qui est de produire des richesses permettant de répondre aux besoins de la population. On produira biens et services pour permettre l'application du droit au logement, aux soins, à l'éducation, etc. C'est l'orientation générale de l'économie qui est changée, les activités productives seront par nature économes en énergie et en pollutions.

Ensuite, l'autre mérite du droit opposable est d'entrer dans le détail. Nulle vague promesse électorale n'est possible. Il faut être concret et débattre des moyens de réaliser le droit. C'est le retour de la politique contre la marche au hasard de l'économie de casino.

Cette perspective a été esquissée dans la Charte antilibérale et dans le Manifeste d'Attac. Il faut maintenant lui donner l'ampleur et le souffle requis par la situation.

www.avenirdattac.net

Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Protection Sociale et Santé
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Dimanche 8 juin 2008 7 08 06 2008 07:57

Pour la première fois de son histoire, le Conseil national de l'Ordre des médecins vient de s'associer publiquement aux quatre grands syndicats de médecins libéraux français (CSMF, MG-France, SML, FMF) dans un texte commun titré "Maintenir des services de santé de proximité et protéger le secteur de la Santé des appétits des financiers ". Ce communiqué sans précédent historique dénonce le " diktat de la Commission Européenne exigeant de la France qu'elle laisse des capitaux, de toute nature, prendre la maîtrise des sociétés d'exercice (SEL) constituées entre professionnels de santé libéraux." 


Interrogé par l'AFP, le Dr Martial Olivier-Koehret, président du syndicat MG-France, a déclaré que "pour qu'on ait une position commune il faut qu'on soit très inquiets: ça n'est jamais arrivé ".

Dogmatisme européen

Avec son dogmatisme habituel, la Commission européenne considère la santé comme un service comme les autres. Elle exige donc qu'il soit ouvert à la concurrence et elle impose à la France de modifier sa loi sur les "sociétés d'exercice libéral" (SEL) pour ouvrir leur capital aux financiers qui veulent les acquérir.

Actuellement, les SEL doivent être possédées en majorité (75 à 100%) par des professionnels, afin de préserver l'indépendance et la qualité de leur exercice. Ce que veut Bruxelles, c'est faire sauter ce verrou qui interdit à des non-professionnels de la santé de dépasser 25% du capital. Et c'est ce qui provoque la réprobation unanime des médecins, pharmaciens, dentistes, mais aussi sages-femmes et kinésithérapeutes français.

La tactique du salami

Comme à l'accoutumée, Bruxelles utilise également la "tactique du salami" pour parvenir à ses fins. Comment ? En pratiquant des coups de force sournois et petit à petit, pour imposer de façon progressive et peu visible une politique rejetée par une écrasante majorité de Français.

C'est ainsi que, dans un premier temps, les exigences de la Commission européenne ne concernent que les laboratoires d'analyses constitués en SEL, qui se voient donc sommés d'ouvrir leurs capitaux à des non professionnels de la santé.

Mais les autres professions de la santé ne perdent rien pour attendre : ce qui est en train d'arriver aux biologistes va arriver aux pharmaciens. Puis ce sera le tour des médecins en SEL. Enfin, cela s'étendra à l'activité de l'ensemble des médecins français.

Mise en garde solennelle

Dans leur communiqué du 3 juin 2008, le Conseil de l'Ordre des médecins et les syndicats de médecins libéraux " demandent au Gouvernement et au Parlement de maintenir la réglementation qui, jusqu'à présent, a garanti la qualité des soins et l'indépendance professionnelle. "

L'ensemble des représentants du corps médical assortit cette demande d'une mise en garde solennelle : "La santé ne doit pas devenir une marchandise livrée aux spéculations financières avec des processus de concentration et une recherche de rentabilité immédiate incompatibles avec la proximité que les médecins offrent aujourd'hui aux patients. [...] La position de la Commission européenne met aujourd'hui brutalement en cause la reconnaissance de la spécificité du secteur de la santé " .

La logique de l'Europe : ponctionner notre production de richesses pour mieux servir les fonds de pension anglo-saxons.

Ce que ne dit pas le communiqué conjoint de tous les organismes représentatifs du monde médical, c'est que l'ouverture du capital des SEL à des non-professionnels de la santé se fera pour l'essentiel au bénéfice des fonds de pension anglo-saxons et notamment américains.

En d'autres termes, la logique qui découle de la politique de l'Europe, sur cette question des métiers de la santé comme sur bien d'autres sujets, c'est d'exiger toujours plus de rentabilité en France, pour pouvoir servir des dividendes toujours plus élevés aux actionnaires et aux retraités…américains. Il ne s'agit rien moins que d'un pillage organisé et déguisé de façon présentable.

Rappelons ici que, si les fonds d'investissement américains sont à ce point pléthoriques qu'ils peuvent virtuellement tout acheter, c'est parce que l'ensemble de la société américaine est fondée sur un hyper-endettement à côté duquel l'endettement de la France est dérisoire.

Conclusion : pour la santé comme pour tout le reste, une seule solution : sortir de l'Union européenne au plus vite

Naturellement, le prétendu " gouvernement français " a fait savoir, sur ce sujet de la santé comme sur tous les autres, qu'il obéirait à Bruxelles. C'est logique puisque notre " gouvernement " ne gouverne plus rien du tout. Il n'est que l'exécuteur des directives européennes.

Interrogé sur le communiqué historique de l'Ordre des Médecins et de tous les syndicats de médecins libéraux, le ministère de la Santé a donc botté en touche, en indiquant seulement avoir quémandé à la Commission européenne un " délai supplémentaire pour finaliser avec les professionnels la réforme déjà en cours. La France a pris l'engagement de répondre aux griefs de la Commission, en adoptant une loi d'ici fin 2008-début 2009".

Dans l'ensemble du secteur de la santé, comme dans celui de l'industrie, de l'agriculture, des pêches, des professions libérales, des hôteliers-restaurateurs, et l'on en passe, les esprits ont commencé à évoluer. Toutes les catégories sociales commencent à comprendre que la prétendue " construction européenne ", c'est la destruction de la France, de notre démocratie, de notre modèle social et même de notre modèle de santé. Il est désormais grand temps d'arrêter les frais et de sortir de l'Union européenne, conformément à l'article 49A du nouveau traité de Lisbonne.

Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Protection Sociale et Santé - Communauté : Les blogs républicains
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Dimanche 29 juin 2008 7 29 06 2008 14:40

Interview de Bernard Teper, coordinateur du Collectif national contre les franchises médicales et président de l'Ufal (Union des familles laïques), sur le déremboursement des ALD.
Par Sibylle Laurent pour le Nouvel Obs.


Frédéric van Roekeghem, directeur de l'assurance maladie a proposé dans la presse une réduction du taux de prise en charge de certains médicaments des patients souffrant d'affections longue durée. L'annonce a été démentie par le gouvernement. Est-ce un ballon d'essai ou une mesure réellement envisagée ?

Un peu des deux. Bien évidemment, nous sommes habitués de la part du gouvernement à des coups de sonde, puis à une réadaptation des mesures en fonction des réactions. C'est peut-être cela. Mais il est clair pour nous que le gouvernement a pour objectif de "marchander", de privatiser le système de remboursement des soins du système de santé. C'est une proposition cohérente avec la politique néo-libérale menée depuis quelques années.
Cette proposition sur les affections longue durée (ALD) est terrible. Le seul endroit où il y a le principe de solidarité entre les assurés sociaux est la Sécurité sociale. Commencer à dire : "nous allons diminuer les remboursements", c'est supprimer ce principe de solidarité. C'est avoir une gestion de comptable, faire un choix par le risque. La solidarité, cela veut dire que chacun doit bénéficier de la Sécurité sociale en fonction de ses besoins, et y contribuer en fonction de ses moyens.

Depuis quelques années, la tendance semble en effet aller vers un déremboursement et une moins bonne prise en charge des patients. Allons-nous vers un système à deux vitesses, où seuls ceux qui ont une mutuelle pourront faire face aux dépenses de santé ?

Cette proposition marque en tout cas une nouvelle étape dans la politique de démantèlement de la sécurité sociale : il y a clairement une accélération.
Dans sa déclaration, le directeur de la Cnam (Caisse nationale d'assurance maladie) dit ouvertement qu'il est pour la diminution des remboursements de la Sécu et pour l'augmentation des remboursements par des complémentaires de santé.
Ce qu'il faut savoir, c'est que dans les complémentaires de santé, il y a les grandes firmes multinationales de l'assurance. Celles-ci possèdent 24% de parts de marché des complémentaires de santé. L'augmentation du chiffre d'affaire de ces firmes est de plus de 80% sur les six dernières années. Il n'y a pas ici de problème d'argent.
En fait, en transférant les remboursements de la Sécurité sociale vers les complémentaires, le gouvernement va vers la privatisation de la santé. Et surtout, nous rentrons dans une spirale d'augmentation des inégalités sociales et un nouveau modèle social.
A la Libération, les ordonnances du 4 et du 19 octobre 1945 ont dessiné le modèle du système de santé : il n'y a pas de concurrence dans la santé. C'était un consensus français. Ceux qui étaient plus riches contribuaient pour les plus pauvres ; les plus jeunes pour les plus vieux.
Le gouvernement est en train de tuer la solidarité et de favoriser les grandes cliniques et les firmes multinationales. Derrière cela, il y a une médecine "à 5 vitesses". Selon les revenus que l'on a, on a accès aux soins ou pas : les cliniques privées choisissent leurs clients en fonction de leur solvabilité. Il faut absolument changer de logique et revenir sur la base d'un financement solidaire.

L'Assurance maladie veut stabiliser ses comptes. Elle a donc besoin besoin d'argent. Où peut-elle en trouver ? Qui en pâtirait ?

La solution est très simple. Il suffit pour cela de prendre les comptes de l'Insee ou ceux de la Commission européenne. La Sécurité sociale est assise sur les revenus du travail. Une fraction de ces revenus constitue les cotisations sociales. Le problème, celui qui crée le trou de la Sécu, est la modification méthodique de répartition des richesses depuis 25 ans. La richesse produite en un an sur un pays peut se répartir d'un côté en revenu du travail et en cotisations sociales, et de l'autre en profits. En 25 ans, la part des revenus et des cotisations sociales a baissé de près de 10 points de PIB (Produit intérieur brut, ndlr) et la part des profits a augmenté de 9,3 points de PIB, selon les chiffres de la Commission européenne. 9,3% du PIB, c'est 170 milliards d'euros par an. Le trou de la Sécu, lui, est de 9,8 milliards d'euros en 2007. Les chiffres sont éloquents.
Frédéric van Roekeghem et le gouvernement sont dans une fuite en avant : ils baissent les rentrées financières de la Sécu, notamment les cotisations patronales, ce qui augmente le trou de la Sécu. A côté de cela, ils disent qu'il faut limiter les dépenses. C'est un cercle vicieux. C'est une opération à court terme, mais qui va aggraver les dépenses à moyen terme.
Mais quand on voit qu'une des priorités du gouvernement est de mettre en place un bouclier fiscal de 15 milliards d'euros, c'est un modèle de société qui est remis en cause, un souhait de société qui change.


UFAL Info

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Samedi 22 novembre 2008 6 22 11 2008 23:32


"L’hôpital public a subi plusieurs attaques: pénurie de personnel médical conséquence d’un numerus clausus trop restrictif poursuivi pendant deux décennies, manque d’infirmières aggravé par les conditions d’application de la loi des 35 heures aux hôpitaux, sous financement délibéré par la tarification dite à l’activité sous évaluant lourdement les activités de l’hôpital public, limitation abusive de l’enveloppe budgétaire nationale. Résultat : 29 des 31 Centres Hospitalo-Universitaires (CHU) ont un compte d’exploitation négatif, le déficit programmé des hôpitaux dépasse, comme prévu, les 350 millions d’euros. Le retour à l’équilibre nécessiterait d’après la Fédération Hospitalière de France la suppression de 20 000 emplois. Pendant ce temps, la Générale de Santé, qui possède 180 cliniques privées, a versé 420 millions d’euros à ses actionnaires. Le secteur des cliniques privées à but lucratif se développe et se restructure sous l’emprise des fonds d’investissements internationaux, exigeant des taux de rentabilité financière entre 15 et 20 %.

Certes, les hôpitaux doivent améliorer leur organisation et leur efficience, mais les réformes en cours et une partie des mesures préconisées par le rapport du sénateur Larcher, vont entraîner une privatisation progressive de l’hôpital public. Bientôt, les médecins et chirurgiens et même les directeurs d’hôpitaux pourront être embauchés sous contrats privés avec intéressement aux bénéfices selon une logique contraire à l’éthique du service public. La prochaine étape sera le changement de statut des hôpitaux pour permettre plus facilement des licenciements, considérés comme une variable de régulation financière. Telle est la logique de « l’hôpital entreprise » et de la marchandisation de la santé. Parallèlement, cette course à la rentabilité entraînera la suppression d’activités médicales jugées peu ou pas rentables, le développement des cliniques privées à but lucratif et la généralisation des dépassements d’honoraires.

Du paiement à l’activité de l’hôpital au paiement à l’acte des chirurgiens et des médecins, du paiement à l’acte aux dépassements d’honoraires, des dépassements d’honoraires à l’entrée des assurances dans le système de soins, voilà l’enchaînement dans lequel nous sommes rentrés. Le système de santé français, basé sur la solidarité, permettant à chacun d’être soigné pour l’essentiel selon ses besoins et pas selon ses moyens, va laisser place à un système mixte où la part de la solidarité sera réduite tandis qu’augmentera la part des financements personnels assurés par la souscription à des assurances privées. Chacun sera alors soigné en fonction de ses moyens. Ce sera la santé, non pas à deux vitesses, mais à dix vitesses ! La carte Bleue remplacera la carte Vitale !
Pour assurer la sauvegarde de l’hôpital public, nous demandons :

1- De renoncer à l’objectif d’un mode de financement identique entre le secteur public et le secteur privé à but lucratif (la soi-disant « convergence public/privé ») qui ne peut se faire qu’au détriment des activités jugées non rentables. Ni les missions, ni la structure des coûts des deux secteurs ne sont comparables. L’objectif annuel de financement des hôpitaux fixé par le gouvernement doit être séparé entre les deux secteurs, hôpitaux publics et établissements privés à but non lucratif d’une part et établissements privés à but lucratif d’autre part.

2- De mettre en place une couverture territoriale sanitaire afin d’assurer l’égalité d’accès à des soins de qualité à tarifs correctement remboursés.

3- D’interdire l’augmentation de la part du privé à but lucratif dans le système hospitalier et la réalisation de monopoles territoriaux des cliniques privées.

4- De décréter un moratoire sur l’extension de la tarification à l’activité (T2A), à des disciplines telle que la psychiatrie (la T2A ne prend en compte que la quantité des soins mais ni leur pertinence ni leur qualité).

5- De définir pour les pathologies chroniques des forfaits de prise en charge ambulatoire au lieu du paiement à l’acte ou d’hospitalisation de jour.

6- De créer une institution indépendante chargée d’une révision transparente des tarifs de la T2A .

7- De porter le financement des missions de service public à 50% du budget hospitalier comme le réclame la Fédération Hospitalière de France.

8- De maintenir, à l’opposé de la conception « hôpital-entreprise », un équilibre entre la direction administrative, la direction médicale et la direction en soins infirmiers travaillant de concert.

9- De garantir le maintien des services et unités de soins où les équipes médicales et paramédicales assurent la continuité et la qualité des soins dont ils assument la responsabilité. Les regroupements de services en départements ou pôles doivent se faire sur la base de projets médicaux cohérents et non sur une simple base de gestion.

10- De ne pas introduire dans les hôpitaux le paiement à l’acte et l’intéressement aux bénéfices qui provoqueront des conflits d’intérêts préjudiciables aux usagers et à l’harmonie du travail d’équipe.

Nous lançons un appel aux professionnels de santé et à l’ensemble des usagers pour qu’ils demandent avec nous que soit organisé un large débat public sur l’avenir de l’hôpital, et que les hôpitaux ne soient pas financièrement étranglés avant d’être progressivement privatisés, sans que les citoyens aient eu à en décider."




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