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Jeudi 26 juin 2008
Par Fanny Deulin


Assistons-nous à une nouvelle opération pour imposer au Parti Socialiste des choix venus de l’extérieur ? Comme pour Ségolène Royal à la présidentielle de 2007, nous assistons à présent à une montée de mayonnaise médiatique en faveur de Martine Aubry pour le poste de Secrétaire nationale du Parti Socialiste ?

En effet des articles dithyrambiques sur Martine Aubry fleurissent dans le journal Le Monde depuis le mois de mai dernier. Michel Noblecourt la présente comme une des revenants de la « dream-dream », « cette marque de fabrique du gouvernement de Lionel Jospin en 1997 ». Elle et Dominique Strauss-Kahn, actuellement directeur du FMI, « ont repris le sentier de la guerre pour empêcher, à tout prix, l’usurpatrice [Ségolène Royal] de s’emparer du PS et de s’imposer en candidate naturelle pour 2012 » (1).

Jean-Michel Normand titre même : « Martine Aubry veut incarner la “troisième voie” au PS ». Et il précise : « Avec Martine Aubry, les partisans de la “troisième voie”, ont peut-être trouvé la figure susceptible d’incarner le « ni Ségolène Royal, ni Bertrand Delanoë” »(2). L’article fonde « l’état de grâce » actuel et l’ « envergure nationale » de Martine Aubry sur son « éclatante réélection à Lille ».

Cette « éclatante réélection » est une arnaque qui a la vie dure ! Puisque Martine Aubry sait très bien qu’elle a été élue avec 56% d’abstention, soit 28,4% des inscrits, et que « les quartiers populaires n’ont pas été séduits par l’alliance locale des gauches et de la droite ex-UDF : 61 % d’abstention à Lille-Moulins, 58% à Lille-Sud, 56,7 % à Fives, 55,5 % à Wazemmes, 54,5 % à Faubourg de Béthune, 52,2 % à Bois Blancs… Ni les gages à Amar Lasfar et sa Ligue Islamique du Nord, ni l’affichage ostensible de candidats issus de « la diversité multiculturelle » comme dit Martine Aubry, n’ont fait baisser l’abstention » (3).

Le Monde qui n’a pas roulé ces dernières années pour la République laïque et l’Enseignement public laïque, verrait-il bien Martine Aubry à la tête du Parti Socialiste parce que défenseuse de la « laïcité ouverte » ?

Effectivement Martine Aubry a fait passer, à Lille, le « socialisme » de la laïcité républicaine au communautarisme ethnique et religieux.

Quelques preuves :

- Ne s’est-elle pas opposée à la loi du 15 mars 2005 interdisant les signes religieux ostensibles à l’Ecole, de la maternelle au Bac ?

- N’est-elle pas célèbre pour sa piscine à créneaux horaires pour les femmes voilées ?

- N’a-t-elle pas favorisé la création du lycée musulman dans la mosquée de Lille sud où Asmar Lasfar (UOIF) est le recteur ?

- N’a-t-elle pas aidé Mohammed Béchari (4) à la création de l’Institut privé musulman « Avicenne », faculté théologique et institut de sciences humaines ? La Voix du Nord écrivait alors qu’une part du financement venait du Qatar dont était proche Mohammed Béchari. « Comme par hasard, ajoutait La Voix du Nord, l’ambassadeur en France de ce pays du Golfe était à Lille en janvier à l’invitation de Béchari pour le repas de l’Aïd. A ses côtés ? Martine Aubry et Amar Lasfar… »(5). Selon La Voix du Nord, le projet a séduit Martine Aubry qui « l’accompagne positivement, précise-t-on au cabinet du maire. La ville y voit une volonté de dialogue, de brassage, favorisant le vivre ensemble, un projet laïque… » (6). Curieuse laïcité !

- Ne laisse-t-elle pas se développer des activités non-mixtes pour les jeunes dans des Centres sociaux municipaux de Lille ?

- N’a-t-elle pas déclaré que la faculté catholique de Lille était le plus beau fleuron universitaire de Lille ? Il est vrai qu’elle est arrivée à Lille en faisant « une liste de synthèse avec Pierre Mauroy et le doyen de l’Institut catholique. » (7)

- N’a-t-elle pas créé, en 1993, avec des grands patrons chrétiens la « Fondation agir contre l’exclusion » (FACE) ?(7).

- N’a-t-elle pas laisser la municipalité de Lille suspendre la crémation de l’athée Amar Bergham que ses trois enfants majeurs allaient entreprendre avec l’autorisation du Tribunal de Douai ? Cédant ainsi aux injonctions religieuses :

- d’Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille-sud (UOIF), pour qui « seule une autorité judiciaire musulmane dans un pays musulman doit définir et vérifier les causes de l’apostasie (abandon d’une religion) d’une personne »( 8 )

- et de la veuve défendue par maître Xavier Labbée, « conseil de la seconde épouse du défunt qui était en instance de divorce avec celui-ci », lequel Maître Labbée considérait que « La question de la religion n’a rein à voir dans le dossier, c’est le problème de la dernière volonté » ( 8 ).

Mais ce Maître Labbée n’est-ce pas lui qui vient de plaider l’annulation d’un mariage “pour erreur sur les qualités essentielles” de la mariée, car elle avait menti sur sa virginité ?(9) S’est-il fait une spécialité d’introduire subrepticement la charia à coup de jurisprudence dans le droit de la République laïque ?

Est-ce tout cela la « troisième voie » que Martine Aubry veut incarner pour le PS en devenant sa Secrétaire nationale ?

La Maire de Lille a bien tenté de se refaire une « virginité féministe » en proclamant scandaleux le jugement du Tribunal de Lille annulant un mariage pour cause de non-virginité de la mariée (9). Mais avec une telle politique aussi anti-laïque incitant à l’enfermement des femmes musulmanes sous le voile et les tenues du Moyen Orient dans l’espace public, qui peut croire que Martine Aubry est du côté de l’émancipation des femmes ?

Non, Martine Aubry, je ne souhaite pas que vous deveniez la Secrétaire nationale du Parti Socialiste, car je ne veux pas que vous appliquiez à la France votre « laïcité ouverte à l’ethnique et au religieux » que vous pratiquez à Lille. Parce que je ne souhaite pas que l’on règle les problèmes sociaux dans les quartiers avec les imams, les prêtres, les pasteurs, les rabins.

J’espère que les militantes et militants du Parti socialiste entendront la supplique d’une femme émancipée et qui veut que ses filles le demeurent.

Riposte Laïque

_______

(1)-Michel Noblecourt, Le Monde, « Les revenants de la “dream team”, 24 mai 2008.

(2)-Jean-Michel Normand , Le Monde, « Martine Aubry veut incarner la “troisième voie” au PS, 1er juin 2008.

(3)- Cf. Fanny Deulin, « Martine Aubry réélue… mais avec 56,6 % d’abstention ! », Riposte Laïque, 19 mars 2008, sur le site http://www.ripostelaique.com/Martine-Aubry-reelue-mais-avec-56.html

(4)- président de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), proche du roi du Maroc, selon La Voix du Nord, 22 mars 2006.

(5)-La Voix du Nord, 22 mars 2006, page 3.

(6)- La Voix du Nord, 9 septembre 2006.

(7)-Biographie de Martine Aubry : http://decrypt.politique.free.fr/partis/

( 8 )- La Voix du Nord, 2 juin 2005.

(9) cf. Fanny Deulin, « Jugement de Lille / Le tribunal juge en imam, c’est aussi de votre faute, Martine Aubry et Nicolas Sarkozy ! ». Cf. sur le site de Riposte Laïque http://www.ripostelaique.com/Le-tribunal-juge-en-imam-c-est.html

par le Citoyen Thimèle publié dans : République et Laïcité communauté : Les blogs républicains
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Dimanche 20 avril 2008


Par Guylain Chevrier


Le 9 avril dernier, à l’initiative du Président de la République, un comité de réflexion sur le Préambule de la Constitution a été créé par décret. Il est chargé, conformément à ce qu’expose la lettre présidentielle annexée à celui-ci, d’étudier dans quelle mesure, les droits fondamentaux reconnus par la Constitution doivent être complétés par des principes nouveaux. Le comité peut entendre ou consulter toute personne de son choix. Mme Simone Veil, ancien membre du Conseil constitutionnel, ancien ministre d’Etat, a été nommée présidente du comité ainsi institué, sorte de caution morale à cette démarche. Il remettra son rapport au Président de la République avant le 30 juin 2008.

Lors de la conférence du 8 janvier dernier au cours de laquelle il avait présenté ses vœux à la presse, le Président Sarkozy avait affirmé son intention de « réformer » le préambule de la Constitution de 1958 afin d’intégrer de nouveaux droits, affirmant qu’il apporterait en 2008 un changement « en profondeur » en France, dans le prolongement de ce qu’il nomme « la politique de civilisation ». Dans la lettre annexée au décret, le Président Sarkozy interroge : « Doit-on permettre au législateur de mieux garantir l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités, en dehors même de la sphère politique ? Y a-t-il des principes directeurs sur lesquels il conviendrait de fonder, au-delà de l’évolution des techniques, notre approche des problèmes liés à la bioéthique ? Faut-il rendre possibles de nouvelles politiques d’intégration valorisant davantage la diversité de la société française pour favoriser le respect effectif du principe d’égalité ? » Il évoque « l’ancrage européen de la République » ou encore que, « la Charte européenne des droits fondamentaux, doit en outre être pris en considération. »…

Que cherche donc Sarkozy à travers ce qui semble à la fois un éloge de l’égalité et de la diversité, sorte de paradoxe dont il a le secret ? L’égalité homme-femme réduite à la logique de la parité Lorsqu’il nous parle de garantir l’égalité homme-femme, pour enchaîner la justification de l’introduction du principe de diversité dans le Préambule de la Constitution qui pourrait être réécrit, il y a une manœuvre qui s’attaque en réalité d’emblée au principe d’égalité.

Il nous parle de mieux garantir l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités, en dehors même de la sphère politique, en fait d’égalité il fait directement référence à l’élargissement d’une logique de la parité à d’autres secteurs de la vie nationale, comme l’entreprise… Parler d ‘égalité en en fondant la démarche sur la parité, c’est réduire cette première à une mise en concurrence des sexes, au lieu de promouvoir un projet commun aux hommes et aux femmes et non un combat d’un genre contre l’autre.

La dynamique de l’égalité entre hommes et femmes qui a été un facteur important de libération pour toute la société et d’amélioration de la condition du grand nombre, est remplacé par la mise en concurrence des genres qui vise au remplacement des hommes par des femmes dans les mêmes carrières, et il y a fort à parier que cela ne changera rien au système, mieux, cela le justifiera un peu plus comme le seul qui vaille.

L’avantage de cette logique pour l’architecte qui est à l’œuvre ici, est de proposer une égalité par la mise en concurrence des sexes s’identifiant avec la mise en concurrence des individus, dans un système libéral qui s’en régal. Une promotion des femmes se faisant sur ce mode ne risque en rien d’être porteuse d’une promotion de l’égalité pour tous. On relèvera ici que la logique de l’égalité à laquelle se réfère les propos du Président Sarkozy relève en réalité d’une logique de la parité qui ouvre la porte au principe de diversité, car c’est la différence entre hommes et femmes qui est ici cultivée, les genres implicitement considérés comme des communautés distinctes et concurrentes, au lieu de l’interchangeabilité des droits qui fondent l’égalité et avec elle la communauté de la nation.

Le principe de diversité contre l’égalité et les Droits de l’homme

Il s’en suit une promotion du principe de diversité qui, sous prétexte de prendre en compte des évolutions de la société, telle que le développement qu’à connu l’immigration en France depuis la seconde moitié du vingtième siècle, entend donner une reconnaissance aux différences de cultures et de religions, constitutionnalisant le principe des communautés, et piétinant par la même le principe d’égalité.

Sous couvert de faire justice à des minorités culturelles ou religieuses en les rendant visibles à travers une reconnaissance en droits, on s’attaque aux droits inaliénables de l’individu tels qu’énoncer dans la Déclaration des Droits de l’homme et du Citoyen, avec lesquelles cette logique très sarkozienne entre ouvertement en conflit.

C’est pour Sarkozy, donner un signe de bonne volonté aux chantres des revendications communautaristes, c’est aussi par là-même, à la fois, avancer dans le sens d’une France formatée sur le modèle anglo-saxon de la juxtaposition de communautés en lieu et place du peuple, de sa souveraineté politique, et développer une logique clientéliste de la politique qui fasse de la démocratie un instrument de gouvernement et de confiscation du pouvoir. C’est à un essor des communautarismes à quoi incite l’affirmation de ce principe de diversité parallèlement aux Droits de l’homme. C’est une façon d’encourager un islam, qui est au premier plan de la dynamique communautaire en France, à refuser d’évoluer, de s’adapter à la condition moderne de l’individu et de ses libertés, de « s’historiciser ».

C’est induire le risque que demain, le respect de ce principe constitutionnel de diversité puisse voir des tribunaux condamner pour discrimination ceux qui défendront l’égalité contre les pratiques communautaires parfois moyenâgeuses. Mais lorsque l’on sait que la liberté de conscience, qui se réfère au choix d’avoir une croyance ou pas, n’est rien sans la liberté de pensée mise ici à mal dans sa nature même, il y a fort à craindre que ce soit à terme la démocratie elle-même qui se trouve en péril derrière les faux-semblants de nouvelles libertés privatives se rapportant à la reconnaissance d’un droit à la diversité. On imagine comment la liberté d’expression peut être mise en péril dans cette évolution, le poids d’une censure et d’une autocensure assassinant le droit à la critique.

Une adaptation de notre Constitution à une mondialisation contre les peuples

Mais finalement, cette évolution voulue du préambule de notre constitution est en parfaite cohérence avec d’autres évolutions auxquelles on entend qu’elle d’adosse. La remis en cause de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat par la reconnaissance du financement public des lieux de culte sous prétexte d’égalité de traitement entre les religions, la mise en conformité de la France avec une Constitution européenne récemment adoptée par un passage en force qui contient la Charte des droits fondamentaux mettant le droit des minorités sur le même plan que les Droits de l’homme, la nouvelle Déclaration universelle des droits de l’homme en train d’être concoctée par l’ONU qui consacre une conception des droits de l’homme inscrite dans la logique des minorités ethniques et des cultures, des droits de dieu valant pour droits de l’homme. Autant d’aspects qui nient l’idée de nation dans le cadre desquelles les peuples ont leurs repères et peuvent se défendre, dont il est question de faire table rase au nom du principe de diversité pour faire place net au marché comme continent-monde piétinant les droits et les acquis universels des hommes.

La laïcité, à porter au-dessus de toutes les différences ce bien commun de l’interchangeabilité des droits, de la citoyenneté, des libertés communes, protège la démocratie contre les intérêts partisans des corps intermédiaires tels que les religions ou les communautés ethniques, et en même temps protègent celles-ci dans leurs libertés contre l’hégémonie de l’une sur les autres. Il y a tout à craindre que, une fois que cette diversité aurait battu en brèche la République en s’unissant contre elle, elle s’entredéchire dans un combat fratricide pour notre société, justifiant d’un côté jusqu’au pire des Etats policiers, et de l’autre, une séparation d’isolement des communautés parquées dans des quartiers, laissant libre cours au tribalisme et à l’intégrisme, livrant les femmes aux pires soumissions, et la fraternité passée au pilori.

C’est une guerre déclarée ici au peuple qui se prépare, qui ne sera nullement sollicité pour donner son avis dans ce changement de sens de notre constitution, de notre République, dont la moindre virgule devrait donner lieu à un référendum. On ne laissera pas le loisir à quiconque d’autres que ceux qui, à droite comme à gauche, sont pour la même mondialisation, de définir comment doit s’écrire le monde selon Monsieur Profit.

Le concept de diversité au service du règne sans partage des riches

Sur le modèle économique qui lui est cher, et qu’il exposait aussi lors de la conférence du 8 janvier, il promettait d’introduire « plus d’équité » dans le système économique, entendant faire profiter également les salariés des succès des entreprises, de promouvoir un capitalisme « d’entrepreneurs », un « capitalisme familial »… En réalité, il s’agit bien dans le lignage de ce capitalisme ultra individualiste tout azimut, de cultivé toutes les formes de divisions, sous couvert de diversité, appliquant le fameux principe, diviser pour régner. On voit encore ici comment le capitalisme a étroitement partie liée avec le communautarisme, comment la laïcité est son ennemi mortel. Car seul un peuple qui n’en est plus un, parce que brisé en communautés de droits concurrentes, au non d’un principe de diversité qui enterre l’égalité, est supportable pour ceux qui entendent reproduire les conditions d’une société où l’enrichissement de quelques-uns uns se fait sur l’appauvrissement du grand nombre, où se creuse le fossé entre riches et pauvres.

Monsieur Sarkozy attribue à une politique de civilisation d’on ne sait d’où sortie dans l’histoire, et dont il serait le continuateur, les acquis de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la laïcité, le droit du travail, les congés payés, les services publics…Non ! Ce furent des conquêtes acquises de hautes luttes contre ceux avec lesquels il se trouve en filiation, rien qui ne vint sans que des révolutions poussent dans le sens de plus d’égalité sociale et politique, sans quoi nous ne serions même pas sous le drapeau de la République !

Aux armes citoyens !

En réalité, ce qui nous est présenté comme une adaptation moderne à des évolutions de notre société à travers cette promotion du concept de diversité est une fin en règle de la laïcité, un grand retour aux corps intermédiaires que la Révolution française avait balayé avec l’établissement de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. C’est à une « marche arrière toute » de l’histoire à quoi nous invite en réalité ici le Président Sarkozy en livrant ainsi la société française au communautarisme dans un seul but, assurer la division du peuple pour déposséder les hommes de leur volonté commune et par la-même, de leur liberté d’écrire ensemble leur destin. Aux armes citoyens !

par le Citoyen Thimèle publié dans : République et Laïcité communauté : Les blogs républicains
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Jeudi 27 mars 2008


Par Pierre Baracca


Enquête par sondage de l’Ifop pour La Croix, réalisée les 6-7 mars 2008, à partir d’un échantillon représentatif d’une population de 15 ans et plus (méthode des quotas).

C’est une enquête qui bouscule de nombreux discours médiatisés convenus. N’en déplaise au Président Sarkozy et à ceux qui à gauche ont oublié la République laïque, les Français ne les suivent pas pour liquider la laïcité avec la notion-piège de « laïcité ouverte » ou « apaisée » ou « positive ». L’enquête réalisée par l’Ifop et publiée par « La Croix » le 21 mars 2008 montre que la laïcité est l’une des valeurs républicaines les plus importantes pour les Français. Et même 77 % d’entre eux disent que « les autorités religieuses ne devraient pas prendre position publiquement sur les grands enjeux de société ». La laïcité est donc un choix politique fondamental des Français.

Ce qui interpelle dans cette enquête, c’est qu’elle tord le cou à des préjugés. L’enquête empirique casse des représentations toutes faites, comme on dit en sociologie. D’abord du côté des « jeunes ».

La laïcité : un principe républicain prisé des jeunes

Parmi les cinq principes républicains soumis à l’ensemble des sondés, la laïcité est classée en 2ème position avec 30%, derrière le suffrage universel (41%) et devant la liberté syndicale (12%), la liberté d’association (9%), la libre constitution des partis politiques (8%). Et la laïcité est le seul principe à progresser depuis 2003 : son score passe de 25% à 30%, soit 5 points de plus.

Dans ce classement, la surprise vient des jeunes. Ce sont les « 15-24 ans » qui attachent le plus d’importance à ce principe de laïcité : 35%, alors que le taux est de 27% pour les « 25-34 ans » et de 30% pour les « 35 ans et plus ». La laïcité n’est donc pas un principe obsolète de vieux qu’il conviendrait de jeter à la poubelle pour s’adresser aux jeunes, pour faire « Jeune » (jeunisme). Au contraire !

Cette tendance est confirmée ailleurs dans l’enquête. Si 71% des Français disent vouloir maintenir la loi de 1905 telle qu’elle est, cette aspiration est encore plus forte chez les « moins de 35 ans » : 77% contre 68% chez les « 35 ans et plus ». La demande de laïcité progresse donc chez les jeunes.

A la question « La religion relève de la vie privée et les autorités religieuses ne devraient pas prendre position sur les grands enjeux de société », ce sont encore les « 15-34 ans » qui sont le plus d’accord (80%). Mais les « 35 ans et plus » partagent aussi fortement cet avis : 76%.

C’est clair : pour les Français la religion relève de la vie privée et la vie en société doit être régie par la République laïque.

Si 87% des Français répondent positivement à la proposition « Les religions peuvent créer des tensions au sein de la société », les « moins de 35 ans » l’affirment encore davantage avec un taux de 90%.

Au vu de ces résultats, les Français, et les jeunes en particulier, sont acquis à la République laïque et rejettent massivement l’emprise des appareils religieux (les Eglises) sur la vie sociale et le politique. On peut considérer qu’ils refusent tout projet politique d’une théocratie. Ils exigent en somme le primat du politique sur le religieux. Revendiquer l’extension à l’Université de la loi du 15 mars 2004 contre les signes religieux est donc en phase avec les choix des « jeunes ».

En somme, il faut cesser de confondre la majorité de la jeunesse française avec la poignée de jeunes qui s’agitent très médiatiquement autour des thèses des « Indigènes de la République », de Tariq Ramadan et des jeunes filles voilées de l’islamisme politique ou autour des thèses anti-IVG des intégristes catholiques. Pas étonnant qu’il y ait des discordances entre des leaders politiques et leur électorat.

Laïcité : quand des leaders politiques divergent avec leur électorat…

Cette enquête met en évidence que les choix anti-laïques de certains leaders politiques divergent avec leur électorat. En effet les gens proches de la gauche et de la droite classent tous la laïcité comme 2ème principe républicain.

C’est le cas des personnes proches de l’UMP qui retiennent « la laïcité » à hauteur de 26%, soit seulement à 4 points sous la moyenne des Français. La liquidation de la loi de 1905 par la « laïcité positive », martelée par le président Sarkozy, n’est donc pas conforme aux valeurs de ces électeurs. Est-ce une des raisons de l’abstention de l’électorat UMP aux municipales ? Et de son désamour avec les orientations anti-laïques de N. Sarkozy ? D’autant que 85% de l’électorat UMP considèrent que « les religions peuvent créer des tensions au sein de la société ».

A gauche, certaines fractions des états-majors auraient intérêt à s’interroger aussi sur leur coupure avec leur électorat.

Si ce sont les proches du PS qui défendent le plus (80%) « la loi de 1905 telle qu’elle est », les dérives anti-laïques de certains leaders socialistes entrent probablement en compte dans l’abstention de l’électorat socialiste aux municipales. Les horaires de piscines réservés aux femmes voilées (comme à Lille) et les injonctions religieuses dans les cantines scolaires municipales (comme à Lyon) ne peuvent pas être un schéma de pensée facilement accepté par les électeurs socialistes.

Les proches du PC défendent à 74% la « loi de 1905 telle qu’elle est ». Seulement 9% sont pour la « réformer » : ils sont d’ailleurs les moins nombreux, gauche et droite confondues, à demander la réforme de la loi de 1905. Ils sont donc défavorables à la « laïcité ouverte » défendue par la ligne politique de Marie-Georges Buffet. Les anti-laïques seraient-ils donc sur-représentés au sein de l’appareil du PCF ? D’autant que 69% de cet électorat approuvent la proposition « La religion relève de la vie privée et les autorités religieuses ne devraient pas se positionner sur les grands enjeux de société ». Ceux des députés communistes qui ont refusé de voter la loi du 15 mars 2004 contre les signes religieux à l’Ecole, ne reflètent pas l’énorme majorité de l’électorat communiste. Pas plus que les maires communistes finançant des mosquées.

C’est encore plus flagrant à l’extrême-gauche ! 78% de leurs proches veulent maintenir la « loi de 1905 telle qu’elle est » et seulement 16% veulent la « réformer » : on peut dire qu’ils sont donc en désaccord avec les thèses islamo-gauchistes, d’autant qu’ils sont ceux des Français qui accordent le plus grand score à la laïcité parmi les cinq principes républicains : 48%, soit 11 points de plus que la moyenne de la gauche et 18 points de plus que la moyenne des Français. Le discours anti-républicain et anti-laïque d’un Olivier Besancenot, d’un José Bové, de certaines directions syndicales constitue probablement un obstacle à un développement populaire du courant anti-libéral et anti-capitaliste en France.

L’électorat des « Verts » se situe à 64% pour défendre la loi de 1905 contre 72% pour le MoDem. Avec 25% il figure parmi les plus perméables « pour réformer la loi de 1905 », soit un score semblable à celui du MoDem (24%) et de l’UMP (26%).

Quelques autres préjugés qui sautent…

► Femmes-Hommes :

Y a-t-il un effet « Sexe, Genre » ? Sur la question de la laïcité, la différence entre les femmes et les hommes est insignifiante : 72% des hommes et 70% des femmes veulent garder la « loi de 1905 telle qu’elle est ». Cette tendance à la similitude de pensée traduit donc une émancipation croissante des femmes par rapport à l’influence religieuse du passé sur leur socialisation. C’est un total démenti au projet politique anti-féministe des islamistes en France ! Ce que ne reflètent pas les propos de nombreux journalistes ou animateurs des médias écrits ou parlés.

► Catégories socio-professionnelles :

On les aurait classés « Bobos » ou « Réacs », or ce sont les « Professions libérales-Cadres supérieurs » qui sont les plus favorables en France à la « loi de 1905 telle qu’elle est » : 77% (selon l’Ifop, le 82% des « Artisans-commerçants » repose sur un effectif interrogé trop petit). Puis viennent les « Professions intermédiaires » (74%), les « Ouvriers » (67%) et les « Employés » (58%). Les retraités (toutes catégories confondues) se situent à 73%, soit deux points au-dessus de la moyenne des Français.

► Les catholiques et les autres…

Les catholiques français : des « intégristes ? Nenni ! Une forte majorité des catholiques (69%) veut conserver la « loi de 1905 telle qu’elle est », ne se différenciant guère ainsi des « Sans religion » (70%). L’enquête montre que 61% des « Autres religions » ont la même attitude, mais ne précise pas les différences selon le protestantisme, le judaïsme et l’islam.

En somme, cela invite à la nuance et à ne pas confondre laïcité et anti-cléricalisme, ce qui peut être destructeur de l’adhésion massive actuelle à la laïcité en France. D’autant que simultanément 79% des interrogés sont favorables à la proposition « La laïcité doit consister à respecter toutes les croyances et ne doit pas considérer les religions comme un danger, mais comme un atout pour la société », même si dans le même temps 87% tempèrent la formulation de la question en disant que « les religions peuvent créer des tensions au sein de la société ».

► Effet de la taille des communes ?

« L’agglomération parisienne » dit à 63% vouloir conserver la « loi de 1905 telle qu’elle est », soit 6 points de moins que les « Communes rurales (69%), 10 points de moins que les « Communes urbaines de province », mais aussi 8 points de moins que la moyenne française, 14 points de moins que les « Professions libérales-Cadres supérieurs », 15 points de moins que l’extrême-gauche. Quelles hypothèses d’explication avancer ? A creuser par d’autres enquêtes.

Finalement, que conclure ?

Que les Français assument tenacement leur histoire politico-religieuse depuis les ruptures successives des rois de France avec les Papes (gallicanisme ou primat du politique sur le religieux), depuis l’Edit de Nantes avec Henri IV, depuis la philosophie des Lumières et la Révolution de 1789, depuis les grands combats républicains du XIXe siècle pour la république, la laïcité, l’Ecole publique obligatoire, donc gratuite, donc laïque. On peut ajouter que le débat et la loi du 15 mars 2004 interdisant les signes religieux ostensibles à l’Ecole ont probablement contribué à refaire prendre conscience que les libertés ne sont pas naturelles, mais qu’elles dépendent de cette conquête qu’est la République laïque.

En effet « les façons de pensée, d’agir, de se comporter », comme disait le sociologue Emile Durkheim, et même la liberté de choisir sa religion ou de ne pas en avoir ne sont possibles que dans une République laïque. Comme les Français en ont hélas la preuve quotidiennement avec la vision des massacres liés aux guerres inter-religieuses en Orient, au Moyen Orient, en Inde, au Pakistan, en Afrique. Comme le prouvent aussi les exigences obscurantistes croissantes des islamistes en Europe, au Canada, etc. L’attachement des Français à la laïcité procèdent de tout cela : il est une valeur politique incontournable que le Président Sarkozy ne doit pas perdre de vue, même si les institutions européennes l’aident dans cette opération de liquidation du pacte de la République laïque en France.

Riposte Laïque

par le Citoyen Thimèle publié dans : République et Laïcité communauté : Les blogs républicains
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Samedi 23 février 2008
arton868772-337f8.jpgPar Jean-Luc Mélenchon

Et maintenant les sectes ! Sarkozy meilleur ami des gourous et autres mages ! Je crois vraiment que quelque chose ne tourne plus rond au sommet de l’Etat. Il est impossible qu’une conseillère élyséenne si haut gradée, directrice de cabinet tout de même, ait lancé ce ballon d’essai sur les sectes et l’idée de banaliser la secte des « scientologues » sans y avoir été autorisée, si ce n’est par un ordre formel à tout le moins par une ambiance très contagieuse et permissive dans le domaine des délires religieux. Cette fois ci nous sommes au-delà des provocations habituelles de la « droite décomplexée » que prétendait incarner Nicolas Sarkozy.

GLAUQUE
Même des gens de droite sans complexe ont du bondir en découvrant les propos de la directrice de cabinet du président de la République.  Nous sommes aussi au-delà de l’abandon de la laïcité républicaine au profit de la « laïcité positive » chère à Benoit XVI et à la mouvance cléricale. Déjà nombreux parmi les gens d’église et davantage encore parmi les croyants avaient marqué une froideur significative après les prêches présidentiels. Peu nombreux sont ceux qui ont applaudi à l’idée de ré-ouvrir le débat de 1905… A présent nous sommes dans un autre monde. Comme dirait madame Weil, notre « sang s’est glacé » en lisant les propos de madame Mignon. Dénoncer le travail des parlementaires sur l’identification des sectes, proposer leur banalisation au nom de la liberté de conscience c’est un tout particulièrement glauque et inquiétant. On ne pourra pas invoquer le dérapage. Trop de signes convergent pour signaler une véritable offensive. D’abord les discours de prédicateur du président de la République. Je n’y reviens pas. Son obsessionnelle hostilité contre le siècle et la philosophie des lumières. Son copinage avec le scientologue Tom Cruise. Son addiction aux délibérations de l’administration Bush qui classe tous les ans la France au rang des pays qui font des persécutions religieuses en raison du sort que notre République réserve aux sectes. Ensuite les déclarations réitérées de la ministre de l’intérieur aussi bien sur la loi de 1905 que sur la nécessité de reconsidérer la répression des sectes en France. Enfin la décision de supprimer la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les sectes (Milviludes) qui était précisément chargée de surveiller et évaluer l’activité sectaire. Cette mission interministérielle avait déjà subit ses premières attaques lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur. Pour signifier qu’une page allait être tournée, il en avait changé le nom, devenu très populaire dans les milieux vigilants sur ce dossier, Il l’avait surtout privée de l’aide des renseignements généraux qui accomplissait pour elle un travail décisif de surveillance des organisations sectaires. Cette réforme avait aussi permis d’évincer l’un de ses responsables, Arnaud Palisson, qui avait soutenu une thèse de droit pénal portant sur les dérives et infractions de la scientologie. Depuis prévaut une ambiance bien particulière que dénonce l’Union nationale des associations pour la défense des familles et de l’individu victimes des sectes, l’UNADFI : « force est de constater que le lobbying des mouvements sectaires a porté ses fruits et que le principe de laïcité est bafoué à tous les niveaux de l’Etat, tant politiques, administratifs que judiciaires. Non lieux, relaxes, harcèlements judiciaires à l’encontre des associations de défenses, des victimes, des témoins, des députés… rendent toute action de réparation impossible » Ce point mérite toute notre attention. La réalité du danger des pratiques sectaires est avérée par les témoignages des évadés , les drames constatés et les décisions de justice qui les ont souvent condamnés. De cela, madame Mignon ni monsieur Sarkozy, ne disent mot. Pas plus qu’ils n’ont une parole pour les victimes et les familles de victimes. Pourtant peuvent-ils ignorer leur existence ? Non, bien sur. Ils connaissent leur sujet. Ils savent qu’il n’a rien d’abstrait. Tout cela vient donc de loin et de propos délibéré.

UNE QUESTION EUROPEENNE
Dans la mesure où c’est à propos du « toilettage » de la loi de 1905 que surgit l’idée de modifier le sort fait aux sectes, on constate que nous avions raison de nous émouvoir en entendant le discours de Latran. Il est donc devenu évident à présent que nous devons nous préparer à faire face à une offensive. Par conséquent le mieux est de préparer notre propre action. D’abord en informant largement. En éduquant. Ensuite en préparant une mobilisation de masse. Je pense que le mois de juin pourrait être une bonne fenêtre de tir. C’est la période où  commencera la présidence française de l’Union européenne. Nous aurions plus de facilité à obtenir une rétractation du président et l’abandon de la révision de la loi de 1905. Mais surtout nous enverrions un signal fort en Europe où se joue en ce moment le retour des églises sur la scène politique et la reconnaissance des sectes. Peu de média s’intéressent à cette question. Pourtant en Espagne et en Italie, l’église fait un retour en force dans les joutes politiques. En Espagne elle appelle à présent à voter contre les socialistes aux élections législatives. Elle avait déjà fortement appuyé la manifestation en défense de la « famille traditionnelle » à Madrid. Et sans que nul n’en dise ni ne s’en étonne, un message vidéo du pape avait été diffusé à cette occasion ! Un signal européen est donc nécessaire de bien des façons, notamment parce que cette partie entre les églises et les Etats se joue à cette échelle depuis que le traité européen institutionnalise le dialogue avec les églises. L’église catholique mène sa bataille à cette échelle.  Dans ce contexte il est déplorable que la voix de la laïcité, qu’est traditionnellement celle la France, soit dorénavant confisquée par tel président ! N’a-t-il pas publiquement déploré l’abandon de la référence aux racines chrétiennes de l’Europe dans feu le traité constitutionnel ? Enfin, ma note sur ce blog à propos de la discussion au Sénat sur les risques que court la laïcité dans le cadre des dispositifs européens est là pour démontrer les mécanismes qui peuvent agir contre la laïcité républicaine. Cette note me vaut une série d’éditoriaux sur un site de la secte scientologue qui prétend me faire dire que je serais un adversaire des droits de l’homme. Rien de moins. Il est temps de réagir à gauche et dans la mouvance laïque au sens très large qui est plus ample que les catégories du  champ politique. Pour cela il faut d’abord abandonner cette sorte de paresse militante qui laisse faire, réagit mollement et multiplie les concessions oratoires par peur d’être stigmatisé comme « sectaire » ou « laïquard » tandis qu’avancent de tous côtés les fourriers tenaces de l’obscurantisme que les générations précédentes avaient fait reculer au prix de tant d’efforts.


par le Citoyen Thimèle publié dans : République et Laïcité communauté : Les blogs républicains
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Vendredi 22 février 2008

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Tribune commune d'André BELLON
, Bruno STREIFF, Caroline FOUREST, Catherine KINTZLER, Henri PEÑA-RUIZ, Jean RIEDINGER, Jean-Claude MILNER et Jean-Paul SCOT


La laïcité est en péril. Ce n’est plus, cette fois, le résultat d’attaques détournées, mais une remise en cause violente et globale. Le président de la République, déjà inspirateur de la commission Machelon, mène l’offensive avec la plus grande brutalité. Nul procès d’intention de notre part, mais de simples constats :

- Proclamer la supériorité de la religion sur les autres types de convictions, c’est détruire la laïcité. On bafoue ainsi l’égalité de traitement des citoyens. Aux uns, la reconnaissance publique de leurs convictions, avec les éventuels privilèges financiers que cela entraîne. Aux autres l’assignation de leurs convictions à la seule sphère privée. Une telle discrimination renie la devise républicaine.

- Affirmer une telle hiérarchie est inacceptable de la part d’un président de la République dans l’exercice de ses fonctions. Nul n’a donné mandat au Président pour fixer une norme en matière de conviction personnelle. La laïcité n’est pas le seul modèle politique dans lequel la liberté de conscience est assurée. Mais elle se distingue des autres Etats de droit par le silence auquel doit se tenir la puissance publique sur les différents types de conviction. Elle seule garantit ainsi un égal respect à tous. En rompant ce silence, le président de la République introduit une inégalité morale entre les citoyens et enfreint la Constitution qui fait de la France une République laïque.

- Prétendre que l’instituteur ne peut éclairer la distinction du bien et du mal comme le fait le pasteur ou le curé, c’est disqualifier l’autonomie de jugement dont l’école laïque assure la promotion. Une telle autonomie a évidemment un sens moral et civique autant qu’intellectuel. Elle est gage de lucidité – et n’a donc rien à envier à la direction de conscience religieuse. Insinuer que la République est muette sur les valeurs est tout aussi inacceptable. Son souci de promouvoir la liberté, l’égalité et la fraternité ne passe certes pas par un catéchisme. Mais elle fait le pari de la conscience éclairée pour développer ces valeurs. Miser sur l’autonomie des personnes en la fondant sur la maîtrise du savoir et s’interdire tout endoctrinement, tel est l’honneur de la république laïque et des enseignants qui la font vivre dans les écoles.

- Brouiller la distinction entre culturel et cultuel afin de rétablir le financement public des religions, c’est détruire la laïcité. Outre ses résonances communautaristes contraires à l’universalisme républicain, l’amalgame entre culture et religion est un prétexte. Il est conçu pour contourner la loi qui réserve le financement public à ce qui est d’intérêt commun. La culture a une portée universelle, le culte une portée particulière. Payé par tous, l’impôt doit être dépensé pour tous. Le détournement des fonds publics ainsi envisagé est d’autant plus inacceptable que dans le même temps les missions de service public de l’Etat sont remises en cause par une privatisation croissante. Va-t-on sacrifier ce qui est d’intérêt universel sur l’autel du particulier ?

Face à une offensive sans précédent depuis longtemps, la plus large mobilisation pour la laïcité est à l’ordre du jour. L’enjeu est de taille : assurer la coexistence sereine de personnes issues des traditions les plus diverses en émancipant la loi commune de tout particularisme. Avant toute chose une parfaite clarté sur les objectifs s’impose. Bien sûr, il faut réaffirmer la liberté de conscience, premier des principes laïques. Mais celle-ci doit aller de pair avec l’égalité de traitement des convictions, second principe rendu possible par la neutralité de la République et la loi qui sépare l’Etat des autorités religieuses. Selon le troisième principe, les institutions publiques ne doivent pas avoir d’autre but que l’intérêt de tous. Le moment est venu de réaffirmer ces trois principes et de les défendre comme un tout face aux empiètements dont la laïcité ne cesse de faire l’objet. Et de rappeler fermement que ces empiètements ne sauraient faire jurisprudence.

Non à toute réécriture de la loi du 9 décembre 1905 ! Non à son contournement insidieux par quelque voie réglementaire que ce soit ! Non au tarissement de l’action publique à finalité universelle ! Non à la généralisation des entorses multiformes à la laïcité !

Le mouvement laïque saura s’unir pour empêcher toute régression de la laïcité, qui signerait une régression de la République elle-même.

par le Citoyen Thimèle publié dans : République et Laïcité communauté : Les blogs républicains
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Lundi 11 février 2008
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Les organisations et personnalités signataires rappellent solennellement que, selon l’article 1er de la Constitution, la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Ces quatre termes indissociables définissent des principes qui s’imposent à tous, au premier rang desquels le Président de la République. Or, les déclarations récentes de Monsieur Sarkozy, mêlant ses convictions personnelles et sa fonction présidentielle, portent atteinte à la laïcité de la République.
La mise en cause de ce principe constitutionnel indispensable à la paix civile est inacceptable. Depuis 1905, grâce à la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, la République assure à chaque citoyen la liberté de conscience, garantit sa liberté de croire ou de ne pas croire et de pratiquer le culte de son choix, de n’en pratiquer aucun ou de pouvoir en changer. Elle permet ainsi de vivre ensemble, dans le respect de chacun, quels que soient ses origines, ses choix philosophiques  ou ses convictions religieuses.
Dans notre République et notre société multiculturelle, la diversité doit être richesse et non source de conflit. Pour cela, la laïcité, assurant l’égalité en droit des citoyens dans le respect des lois de la République, permet à la fois l’expression du pluralisme des convictions et la recherche de valeurs communes pour construire une communauté de destin.
Dans un monde aujourd’hui global et de plus en plus complexe, où se multiplient les voies d’accès à l’information et aux connaissances, et où explose la médiatisation  des événements et de la pluralité des représentations du monde, seule la laïcité permet l’émancipation de tous en favorisant le libre accès au savoir et à la culture et le discernement de chacun pour un libre choix de vie, par une démarche rationnelle et critique faisant toute  leur  place au doute, à l’imagination et à la créativité.
C’est pourquoi, les organisations et personnalités signataires s’opposeront à toute tentative qui mettrait, de fait, en cause la laïcité par une modification du contenu de la loi de 1905. A l’heure où nos concitoyens éprouvent des difficultés et des inquiétudes croissantes, elles les appellent à promouvoir la laïcité comme une exigence partagée avec la ferme volonté de bâtir ensemble une société où la justice sociale assurera, quotidiennement, pour toutes et pour tous, la liberté, l’égalité et la fraternité. 

Signer la pétition


Organisations appelantes :

- ALEFPA Association laïque pour l’éducation, la formation, la prévention et l’autonomie
- Amicale des Partenaires de l'Education, de la Recherche et de la Formation
- ANACEJ
- ANATEEP
- ANIMAFAC
- Associations Régionales des Oeuvres Educatives de l'Education Nationale - AROEVEN
- Autonomes de solidarité laïque
- CAEDEL- Europe et Laïcité
- CCECOMCEN
- Centre d'Entraînement au Méthodes d'Education Active - CEMEA
- Centres musicaux ruraux
- COFAC
- Comité Laïcité  République
- Conseil National des Associations Familiales Laïques - CNAFAL
- Comité National d'Action Laïque - CNAL
 - CRAP- Cahiers Pédagogiques
- Eclaireuses et Eclaireurs De France
- EGALE
- Fédération APAJH
- Fédération des Conseils de Parents d'Elèves - FCPE
- Fédération des Délégués Départementaux de l'Education nationale
- Fédération Générale des Pupilles de l'Enseignement Public
- Fédération Léo Lagrange
- Fédération des oeuvres educatives et de vacances de l'éducation nationale - FOEVEN
- Francas
- Institut de Formation, de Recherche et de Promotion - IFOREP