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MEMOIRE NATIONALE

Mardi 8 mai 2007 2 08 05 2007 01:00
La Seconde Guerre mondiale se termine officiellement en Europe le 8 mai 1945, à 23h01, au lendemain de la capitulation sans condition de l'Allemagne nazie.

A partir de la bataille d'El-Alamein (23 octobre 1942), les armées allemandes subissent défaite sur défaite et reculent sur tous les fronts. Le 25 avril 1945, les troupes soviétiques et anglo-américaines font leur jonction au milieu de l'Allemagne, sur l'Elbe, à Torgau.

Hitler, terré dans son  bunker de Berlin, avec son dernier carré de fidèles, se suicide le 30 avril. Il revient à son successeur, l'amiral Dönitz de demander la cessation des combats aux puissances alliées, les Anglo-Saxons et les Soviétiques.

Karl Dönitz envoie le général Alfred Jodl, chef d'état-major de la Wehrmacht, à Reims, au quartier général des forces alliées du général Dwight Eisenhower.
Il signe dans la nuit du 7 au 8 mai, à 2h 41, la capitulation sans condition de l'Allemagne.

Côté vainqueurs, l'acte de capitulation est signé par le général Walter Bodell-Smith, chef d'état-major du général Eisenhower, commandant suprême des Alliés, et le général soviétique Ivan Sousloparov. Le général français François Sevez, chef d'état-major du général de Gaulle, est invité à le contresigner à la fin de la cérémonie en qualité de simple témoin.

La cessation des combats est fixée au lendemain 8 mai, à 23h 01 (mais certaines troupes allemandes résisteront au-delà de cette date, notamment dans les places fortes de Saint-Nazaire et de Dunkerque).

Pour Staline, l'allié soviétique, il ne suffit pas que la capitulation ait été signée à Reims, dans la zone occupée par les Anglo-Saxons. Il faut aussi qu'elle soit ratifiée à Berlin, au coeur du IIIe Reich, et accessoirement dans la zone d'occupation soviétique. Cette formalité est accomplie le lendemain 8 mai 1945, à 15 heures, au quartier général des forces soviétiques du maréchal Joukov, dans le quartier de Karlshorst. Contrairement à la veille, la France, représentée par le Maréchal de Lattre de Tassigny, signe la capitulation en qualité de vainqueur. "Ach! Les Français sont là aussi ! Il ne manquait plus que ça !" ne manquera pas d'ajouter le Maréchal Wilhelm Keitel, le signataire allemand de la capitulation.

Après cela, les chefs d'État et de gouvernement alliés, dont le général de Gaulle, peuvent annoncer simultanément sur les radios la cessation officielle des hostilités en Europe. Aux États-Unis, l'annonce de la victoire revient au président Harry Truman, son prédécesseur Franklin Roosevelt étant mort d'épuisement et de maladie le mois précédent, le 14 avril 1945.

Commémorer le 8 mai, ce n'est pas seulement commémorer la fin d'une guerre terrible mais c'est aussi commémorer l'écrasement du nazisme, l'idéologie la plus barbare que l'humanité ait pu connaître.


d'après Herodote.net
Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : MEMOIRE NATIONALE
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Dimanche 10 juin 2007 7 10 06 2007 00:54

Le matin du 10 juin 1944, des chenillettes chargées de soldats allemands s'arrêtent à Oradour-sur-Glane.

Cette bourgade paisible, proche de Limoges, compte au total 1200 habitants.

La compagnie qui vient d'y pénétrer appartient à la division SS Das Reich du général Lammerding.

Les Allemands ont été attaqués dans les jours précédents par les maquisards qui veulent freiner leur remontée vers la Normandie où les Alliés viennent de débarquer.

Le général Lammerding ordonne à la compagnie de détruire Oradour-sur-Glane en guise de représailles.

La compagnie SS compte environ 120 hommes qui se sont déjà illustrés en Russie dans l'extermination des populations civiles.

En début d'après-midi, le bourg est cerné et la population rassemblée sur le champ de foire sous le prétexte d'une vérification d'identité, sans oublier les enfants des écoles.

Les SS agissent dans le calme et la population s'exécute sans broncher.

Les hommes sont séparés des femmes et des enfants. Ils sont divisés en six groupes. Chaque groupe est conduit sous bonne garde vers une grange.

Lorsque les hommes sont enfermés dans les granges bourrées de foin et de paille, les SS lancent des grenades à l'intérieur.
Les femmes et les enfants sont quant à eux enfermés dans l'église et des SS y déposent une caisse d'explosifs et de la paille. Le feu ravage bientôt l'édifice comme il a ravagé les granges.

Leur forfait accompli, les SS pillent le village et achèvent de l'incendier.

Au total, ils laissent 642 victimes. Parmi elles 246 femmes et 207 enfants, dont 6 de moins de 6 mois, brûlés dans l'église.


Oradour-sur-Glane est devenu en Europe occidentale le symbole de la barbarie nazie.



Source: Herodote.net


Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : MEMOIRE NATIONALE
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Vendredi 27 juillet 2007 5 27 07 2007 18:20



Le dimanche 27 juillet 1214, dans les plaines des Flandres, à Bouvines, les troupes du roi de France Philippe Auguste écrasent celles d'une coalition regroupant l'empereur germanique Otton IV, des comtes de Flandre et de Boulogne, soutenues par le roi d'Angleterre, Jean sans Peur. Cette victoire de modestes miliciens des villes, exaltés par une foi patriotique nouvelle, contre une armée de professionnels équipés et préparés à la guerre est considérée pour beaucoup comme l'acte de naissance de la nation française.

La France naissait à peine. Elle était en train de devenir autre chose que le simple butin des Mérovingiens et que la simple province des Carolingiens. Les Capétiens, et en premier lieu le roi Philippe Auguste, s'évertuaient à lui donner une âme. Celui-ci décida ainsi de ne plus se nommer « roi des Francs », mais désormais « roi de France ». Ce changement de titulature va affirmer toute son ambition, celle d'être le maître d'un peuple, et non d'un simple domaine royal partagé entre grands vassaux.

En cette année 1214, le royaume de France est menacé. Jean sans Terre, roi d'Angleterre, a décidé une bonne fois pour toute d'en finir avec ce petit royaume orgueilleux qui aspire à s'agrandir à ses dépens. Il réussi en effet à monter une coalition avec Renaud de Dammartin, le comte de Boulogne, le comte Guillaume Ier de Hollande, Ferrand, fils cadet du roi de Portugal et comte de Flandre et surtout Othon IV, empereur romain germanique. La plupart des seigneurs installés entre l'Escaut et le Rhin se joindront à cette coalition. L'année précédente, alors que Philippe Auguste guerroyait déjà contre Ferrand de Flandre, les Anglais avaient anéanti la flotte française dans le port de Damme (31 mai 1213). Les coalisés envisagent un plan d'invasion d'envergure dans lequel les troupes anglaises de Jean sans Terre attaqueront par La Rochelle et Othon et ses alliés par le Nord.

Pourtant un véritable miracle se produit. Le 2 juillet, le prince Louis, futur Louis VIII, défait l'armée anglaise à la bataille de la Roche-aux-Moines, près d'Angers.

A la nouvelle de cette victoire, Philippe Auguste décide de prendre l'initiative sur le front nord avec le reste de son armée, avant que les renforts lorrains et allemands ne rejoignent les troupes de l'empereur.

Ces coalisés, forts de 80 000 hommes au total, écrasent numériquement les forces du roi de France, estimés à à peine 25 000. De Tournai où il s'est établi, Philippe Auguste décide prudemment de faire retraite vers Lille. Il entame son mouvement le 27 juillet au matin.

Informé de cette nouvelle, l'empereur décide alors de l'attaquer sans attendre, ne se souciant guère que ce jour soit un dimanche, interdit à toute action de guerre par la Paix de Dieu. Il se porte sur l'arrière-garde de l'armée française qui commence à traverser la rivière de la Marcq, sur le pont de Bouvines. A la vue de l’ennemi, Philippe Auguste rappelle sans délai les troupes qui ont déjà franchi le pont. L'armée française se déploie alors face aux coalisés. La bataille s'engage à la manière féodale, dans un corps à corps indescriptible où chacun cherche son ennemi pour le tuer ou le capturer.

Les Français sortent finalement, et contre toute attente, vainqueurs de cette bataille, qui fit 1000 tués de chaque côté et près de 9000 prisonniers du côté des coalisés.

Pour Philippe Auguste, sorti vainqueur de la journée, la bataille s'avère un immense succès militaire. Elle est aussi une victoire politique et dynastique majeure, et, selon l'expression de Jean Favier, « l'une des batailles décisives et symboliques de l'histoire de France ».

Othon s'enfuit et perd sa couronne. Le Saint Empire romain germanique éclate en morceaux. Ferrand de Portugal passa quinze ans en prison au Louvre. Dépossédé de la Normandie, du Maine, de l'Anjou de la Touraine et de la Bretagne depuis 1206, Jean Sans Terre cesse les hostilités contre la France, et regagne l'Angleterre. Pour sauver sa couronne, Jean sans Terre est contraint d'accorder à ses barons la Grande Charte (1215). Du côté français, la dynastie capétienne sort renforcée tandis que les récentes acquisitions de Philippe Auguste sur Jean sans Terre sont consolidées. Contrairement à ce dernier, Philippe Auguste n'a plus aucun compte à rendre à ses barons. Il est le maître absolu du royaume de France, l'incarnation même du peuple, de ce peuple patriote qui a combattu à ses côtés en ce jour.

Victoire du roi de France, cette victoire est avant tout celle d'un peuple qui prend, face au péril, conscience de son unité, de son identité commune. Ce jour de dimanche est celui, dit Max Gallo, de « l'irruption éclatante de la nation ». Les peuples de France, que rien ne prédisposaient pourtant à s’entendre, laissent place à un peuple de France. Les chroniqueurs, extasiés par la force de la victoire, exaltent les « fils de France » «  à la bouillante saveur » qui « n'hésitent jamais à braver toute sorte de danger ».

Le retour de Philippe Auguste à Paris est ainsi triomphal. Pour la première fois, la foule des anonymes, aussi diverse que nombreuse, fête la victoire qu'elle considère comme leur. Ce qui se passe à ce moment est étincelant. La nation montre là ses premiers jours d'une déroutante auto-proclamation.

Les chroniqueurs ont font leur choux gras, non sans abuser d'extase :

« Dans tout le royaume, on n'entend partout qu'un applaudissement ; toute condition, toute fortune, toute profession, tout sexe, tout âge chantent les mêmes rythmes d'allégresse... Les innombrables danses des gens du peuple, les chants suaves des clercs, les sanctuaires parés au-dedans comme au-dehors, les rues, les maisons, les routes, dans tous les villages et dans toutes les villes, tendues de courtines et d'écoles de soie, tapissées de fleurs, d'herbe et de feuillage vert... Ceci se passa sur la route jusqu'à ce qu'on fût arrivé à Paris. Les bourgeois parisiens et par-dessus tout la multitude des étudiants, le clergé et le peuple allaient au-devant du roi, chantant des hymnes et des cantiques... Durant toute la nuit, les cierges ne cessent de briller dans les mains de tout le monde, chassant les ténèbres, de telle sorte que la nuit, se trouvant subitement transformée en jour et resplendissant de tant d'éclats et de lumières, dit aux étoiles et à la lune : Je ne vous dois rien ! Tant l'amour du roi portait les peuples à se livrer aux transports de leur joie dans tous les villages... »

Ce mouvement magnifié va renforcer durablement le pouvoir royal. Il fait ainsi naître les premières tentatives de centralisation, qui seront indissociablement lié jusqu’à aujourd’hui à la recherche de l'unité nationale. La bataille de Bouvines, décrite par Georges Duby comme un des événements fondateurs et constitutifs de la nation française et du sentiment d'appartenance à la France, fut ignoré et laissé à la marge de l’Histoire de France jusqu’au début du 20e siècle, quand la IIIe République décida de remettre sa symbolique nationale au goût du jour. Le 27 juillet 1914, il était ainsi prévu de célébrer en grande pompe le 700e anniversaire de cette victoire. C'est une autre guerre, bien plus terrible, qui l'en empêchera...

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Mardi 14 août 2007 2 14 08 2007 17:41


Sont regroupés ci-dessus les quelques articles (*) ayant traits - plus strictement - à notre mémoire nationale, ainsi que des conseils de lectures.


- Documents :

* Bouvines, ou la naissance d'une nation
* 11 novembre 1918, fin de la Grande Guerre
* Oradour
* 8 mai 1945, la capitulation nazie
* Les Poilus, simples héros des tranchées
* 11 novembre 1918 : témoignages
nouveau

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- Lectures conseillées :

* Max Gallo, L'âme de la France : une histoire de la Nation des origines à nos jours, Fayard, 2007 (voir la fiche)



(*) Vous pouvez en retrouver bien d'autres dans la rubrique "Culture et Mémoire Républicaine".

Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : MEMOIRE NATIONALE
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Dimanche 11 novembre 2007 7 11 11 2007 02:45

Le lundi 11 novembre 1918, à 11 heures, dans toute la France, les cloches sonnent à la volée. Au front, les clairons bondissent sur les parapets et sonnent le «Cessez-le-Feu», «Levez-vous», «Au Drapeau». La «Marseillaise» jaillit à pleins poumons des tranchées. Même soulagement en face, dans le camp allemand.

Pour la première fois depuis quatre ans, Français et Allemands peuvent se regarder sans s'entretuer. Un armistice a été conclu le matin entre les Alliés et l'Allemagne, dernière des Puissances Centrales à rendre les armes. Il laisse derrière lui huit millions de morts et six millions de mutilés.

Les survivants ont perdu la foi dans les valeurs morales et spirituelles qui ont fait la grandeur et l'unité de l'Europe. Mais ils veulent croire que cette guerre qui s'achève restera la dernière de l'Histoire, la «der des der»...

Dès l'échec de leur contre-offensive de juillet 1918, les Allemands comprennent qu'ils n'ont plus aucun espoir d'arracher la victoire, alors même que les troupes américaines, potentiellement fortes de quatre millions d'hommes, arrivaient en renfort des Anglais et des Français.

Le 3 octobre, convaincu de l'inéluctabilité de la défaite, l'empereur Guillaume II nomme chancelier le prince Max de Bade, un modéré dont il espère qu'il saura obtenir des conditions de paix convenables de la part des Alliés.

Pendant ce temps, l'Allemagne bascule dans l'anarchie et la guerre civile. Le 3 novembre, dans le port de Kiel, les marins de la flotte de guerre refusent d'aller à nouveau au combat. Ils se mutinent et entraînent les ouvriers de la ville. La contagion révolutionnaire se répand à Hanovre, Cologne, Brunswick, Munich, ...

Entre temps, l'un après l'autre, les alliés de l'Allemagne cessent les combats et signent des armistices (l'armistice est un arrêt des combats dans l'attente d'un traité de paix en bonne et due forme).

Le 9 novembre au matin, la contagion révolutionnaire gagne Berlin. Le prince Max de Bade téléphone à l'empereur, à Spa. «Votre abdication est devenue nécessaire pour sauver l'Allemagne de la guerre civile», lui dit-il.  Comme ses propres généraux plaident aussi en faveur de l'abdication, Guillaume II s'y résout et part en exil.

Les militaires s'étant défaussés, c'est à un civil, Matthias Erzberger, que revient la pénible tâche de négocier l'armistice.

En France, la demande d'armistice fait débat. Le président de la République Raymond Poincaré et le général Philippe Pétain voudraient profiter de l'avantage militaire pour chasser les Allemands de Belgique, envahir l'Allemagne elle-même et signifier à celle-ci l'étendue de sa défaite.

Mais le généralissime des troupes alliées, Ferdinand Foch, et le chef du gouvernement, Georges Clemenceau, ne croient pas l'armée française capable de se battre encore longtemps et souhaitent en finir au plus vite.

L'armistice est signé dans le wagon spécial du généralissime Foch, au carrefour de Rethondes, au milieu de la forêt de Compiègne, le 11 novembre à 5h15 du matin.

La délégation allemande est conduite par Matthias Erzberger, le général von Winterfeldt et le capitaine de vaisseau Vanselow. Lui font face dans le wagon l'amiral Sir Rosslyn Wemyss, Premier Lord de l'Amirauté britannique, et le maréchal Ferdinand Foch. Le général Maxime Weygand assiste les deux plénipotentiaires alliés.

Les Allemands se voient soumettre des «conditions » sans aucune marge de négociation :
– Ils doivent livrer l'essentiel de leur armement, de leur aviation et de leur flotte de guerre.
– Leur armée est sommée d'évacuer sous 30 jours la rive gauche du Rhin (en Allemagne même !) ainsi que trois têtes de pont sur la rive droite, Coblence, Cologne et Mayence.


L'armistice est conclu pour 36 jours mais sera régulièrement renouvelé jusqu'au traité de paix du 28 juin 1919.

La demande d'armistice étant venue des représentants civils et non militaires de l'Allemagne, ces derniers échappent à l'infâmie de la défaite. À Berlin, les représentants de la jeune République accueillent les combattants en ces termes : «Soldats qui revenez invaincus,…»

Dans les mois qui suivent l'armistice, les généraux Ludendorff  et Hindenburg attribuent avec aplomb la défaite militaire à un «coup de poignard dans le dos» de la part des politiciens et des bourgeois cosmopolites. L'expression est reprise avec ferveur par les Allemands meurtris et humiliés. Elle va faire le lit des partis ultranationalistes, dont le parti nazi.




D'après Herodote.net

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Lundi 17 mars 2008 1 17 03 2008 18:25

ALeqM5j9d-en-PjAcijuz7bnUgP0X3-XQQ.jpg Alors que Lazare Ponticelli, le dernier poilu vient de disparaître ce mercredi 12 mars, l'enfer des tranchées, symbole de la Grande guerre, reste difficilement imaginable: les combats sporadiques, les gazages, les pilonnages toujours plus violents, les attaques au lance-flammes mais surtout la peur, omniprésente. "Ce que nous avons fait, c'est plus qu'on ne pouvait demander à des hommes et nous l'avons fait", écrira l'académicien Maurice Genevoix, alors étudiant précipité dans la guerre de tranchées. Longtemps, ceux qui survécurent à l'enfer des tranchées eurent du mal à en parler. Certains, atrocement mutilés, sombrèrent même dans la folie. Retour sur la terrible, mais néanmoins héroïque vie des Poilus de la Grande guerre.

Si l'Allemagne a déclaré la guerre à la France le 3 août 1914, ce n'est qu'à la fin du mois de septembre que les soldats des deux pays ont commencé à s'affronter dans les tranchées. Après l'offensive allemande de l'été 1914, les Français ripostent, mais ils n'arrivent pas à repousser leurs ennemis à plus de trois kilomètres de Reims. Les Allemands creusent des tranchées, parfois trois ou quatre les unes derrière les autres, empêchant les Français d'avancer. Ceux-ci font alors de même, et aucun des adversaires n'arrive à percer.

"Il y avait 700km de front continu des Vosges à la mer du Nord, avec des tranchées d'une taille en général juste suffisante pour qu'un homme debout puisse être à l'abri et se déplacer assez facilement", explique François Cochet, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Metz, auteur de plusieurs ouvrages sur la guerre 14-18. "A partir de novembre 1914, plus personne ne bouge, le front est figé, jusqu'au printemps 1918 où les Allemands perceront, mais ils seront épuisés", précise-t-il.

undefined Pour les "poilus", une nouvelle lutte débute, qui va durer quatre ans, dans des conditions d'hygiène souvent déplorables. Les poilus, baptisés ainsi parce qu'ils ne pouvaient ni se laver, ni se raser, restaient un mois dans les tranchées avant d'être relevés et envoyés à l'arrière où il pouvaient manger chaud, à leur faim et dormir au sec.

Pendant ces quatre ans, huit millions de Français seront mobilisés, dont quatre millions qui appartiendront à des unités combattantes. Une grande partie d'entre eux feront un séjour dans les tranchées, ainsi que des soldats britanniques, canadiens, australiens, néo-zélandais, russes, italiens, africains ou américains.

Ce n'est pas la première fois que des armées s'affrontent dans des tranchées. C'est la reprise d'un vieux procédé déjà utilisé à l'époque de Louis XIV, puis notamment pendant la guerre de Mandchourie (1904-1905) destinée à se protéger contre l'artillerie adverse. Mais cette fois, l'attente sera longue. Chaque soldat appartenant à une unité combattante a passé plusieurs mois dans les tranchées. Souvent, ils y restaient trois ou quatre jours, puis bénéficiait du même temps de repos, avant d'y retourner. Mais ils pouvaient parfois y passer 15 jours, explique François Cochet, dans des conditions d'hygiène inexistantes, en restant tout le temps habillé.

Trous d'obus aménagés et reliés par des fossés creusés par les soldats, les tranchées étaient le théâtre de l'horreur, de l'attente de la mort. Malgré la peur, les poux, les rats, la boue et le froid, elles étaient aussi un monde de camaraderie, d'une solidarité sans faille entre soldats d'une même unité qui trouvaient le réconfort dans les plaisanteries, les chansons ou les lettres écrites à leurs familles.

"Les soldats dorment peu. A tour de rôle, ils sont sentinelles. En première ligne, ils sont parfois à moins de 50 mètres de l'ennemi, seulement séparés par un no man's land. Ils s'entendent parler et chanter la nuit. Il y a a eu des cas de fraternisation avec l'ennemi".

French_87th_Regiment_Cote_34_Verdun_1916.jpg Mais dans la plupart des cas, la situation est dure à vivre. Quotidiennement, ils essuient des tirs de l'ennemi, mais les combats directs sont exceptionnels. Ils sortent essentiellement de nuit pour récupérer les cadavres. "La plupart étaient enterrés dans des fosses communes à l'arrière du front, parfois les corps étaient brûlés", souligne Pierre Miquel. "Quelquefois, les corps des Français et des Allemands étaient mélangés".

L'historien Pierre Miquel, auteur de plusieurs ouvrages sur la Première Guerre mondiale publiés aux éditions Tallandier et Fayard, raconte même qu'avec certains cadavres qu'on ne pouvait pas évacuer, et en l'absence de toilettes adéquates, des nuées de mouches étaient attirées par les odeurs pestilentielles.

Les soldats se reposent rarement. Quand ils ne sont pas en surveillance, ils creusent des tranchées, fument, parlent, lisent les lettres de leurs familles ou mangent. Le ravitaillement en vivres est difficile, assuré par des hommes de troupe qui doivent parcourir souvent plusieurs kilomètres. La nourriture est constituée notamment de pain, de pommes de terre, de ratatouille, ou encore de boeuf en conserve. undefined

Le traumatisme psychologique qu'ont subi les soldats, qui risquent chaque jour de mourir, a été mal mesuré à l'époque. La psychiatrie s'est d'ailleurs développée après la guerre. On a parlé alors du "choc de l'obus", une crainte à laquelle s'ajoutait la proximité constante des cadavres dans le no man's land. A l'époque, la médecine militaire craignait beaucoup les simulateurs. Les dépressifs étaient assimilés à des lâches.

Plus de deux millions de Français ont été blessés pendant la guerre. Parmi les morts, 900.000 corps ont été retrouvés et 400.000 ont été portés disparus.


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Vidéo hommage





Le dernier poilu



 

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Mardi 11 novembre 2008 2 11 11 2008 02:10


Extraits du discours prononcé par Georges Clemenceau, Président du Conseil, à la Chambre des Députés, le 11 novembre 1918.


"Le feu a cessé ce matin sur tout le front à onze heures...
...Messieurs, je cherche vainement ce qu'en une pareille heure, après cette lecture devant la Chambre des représentants français, je pourrais ajouter...
Pour moi, la convention d'armistice lue, il me semble qu'à cette heure, en cette heure terrible, grande et magnifique, mon devoir est accompli.
Un mot seulement. Au nom du peuple français, au nom du Gouvernement de la République française, j'envoie le salut de la France une et indivisible à l'Alsace et à la Lorraine retrouvées.
...Et puis, honneur à nos grands morts, qui nous ont fait cette victoire. Par eux, nous pouvons dire qu'avant tout armistice, la France a été libérée par la puissance des armes...
...Quant aux survivants, vers qui, dès ce jour, nous tendons la main et que nous accueillerons, quand ils passeront sur nos boulevards, en route vers l'Arc de Triomphe, qu'ils soient salués d'avance ! Nous les attendons pour la grande oeuvre de reconstruction sociale. Grâce à eux, la France, hier soldat de Dieu, aujourd'hui soldat de l'humanité, sera toujours le soldat de l'idéal !"


Jean Safon, soldat


"Le 11 novembre à 8 heures, nous faisions la pause à Nesle (Somme) et le colonel était à côté de nous quand un cycliste lui porte un pli en disant : "L'armistice est signé." Après confirmation par la dépêche officielle, le colonel nous fit arrêter et nous indiqua les clauses principales de l'armistice. Puis il nous fit défiler avec la clique et le drapeau, mais à mesure que nous le dépassions, tout le monde se mettait à chahuter, ce qu'il comprenait fort bien : nous étions vainqueurs. Mais nous n'avons même pas eu un quart de vin ce jour-là dans le village où nous avons été cantonnés."


Capitaine Stern

"Ça y est ! L'Armistice est signée. Nous l'avons d'abord appris par les Boches ma foi, avec leur radio. Il était 9 h 1/2 ce matin environ. Quant aux avis officiels, ils ne nous sont parvenus qu'à 14 heures.
j'espère qu'on a fait plus vite pour en aviser le front et que l'on a arrêté la tuerie même avant onze heures - heure officielle !
Quant à la DSA, elle ne m'a qu'attrapé parce que soi-disant à Troyes on avait arrêté le travail à 15 h ! ...
Je me doutais de ces dispositions stupides de l'esprit de ces petits potentats, aussi n'avais-je rien fait ici, faute d'ordres. Demain on travaille comme d'habitude. Je m'évertue à stimuler mes gens à les faire travailler malgré l'énervement. J'y réussis et j'en suis fort aise.
Ce soir, on leur a fait une représentation au théâtre - pas trop mauvaise ma foi, de cinéma et de concert.
Bref, je pense surtout que maintenant on va causer de paix et de retour, que l'heure approche vraiment où l'on retrouvera les siens -et qu'enfin l'on ne tue plus - fini les as et les héros, les lauriers et les Palmes ont été nombreuses et la gloire revient vraiment à "notre France !"
Vive la France, Vivent nos chers Poilus ! Quelle joie ce doit être en première ligne et combien je regrette mon 207e où ce doit être fête -oh combien !
Ma petite femme chérie, finie la guerre - à bientôt notre amour repris au jour le jour.
Notre Lili entre nous, et tous trois heureux, bien heureux. Dieu nous a sauvegardés, qu'il nous donne maintenant, dans la paix la modeste tranquillité de notre chez nous par la santé d'abord et le bon travail ensuite qui me permettra d'être un bon mari et un bon papa !
Nous allons retrouver nos prisonniers ; Géo, Georges, tous seront là en un beau jour prochain dans lequel s'effacera le cauchemar de cette atroce guerre ! Merci Mon Dieu ! Et que mon cher Papa doit être heureux là-haut, nous tendant nos chers petiots trop tôt enlevés à notre tendresse, je le vois à ma vieille maman, sa soeur, mes chéries, mon frangin, à nous tous qui nous aimons tant - je le vois s'encadrant des deux pauvres petites têtes frêles - nous dire : c'est pour toutes les larmes que vous avez versées et tant de chagrin sincère dont vous êtes inconsolables que Dieu n'a pas voulu vous toucher plus - et vous aurez encore du bonheur bien longtemps.
La Guerre est finie, vive la Paix pour l'éternité et vive mon chez moi !"

André Pestourie, soldat


"Sur ce qui était l'immense champ de bataille, silence complet, silence inconnu depuis plus de quatre ans. Il y a quelques minutes, des hommes s'entretuaient encore, sans se connaître. Il ne suffisait que d'un seul mot pour arrêter le sang de couler : l'Armistice

Mon Dieu ! pourquoi le monde est si cruel pour ne pas arrêter cette tuerie avant que 10 millions d'hommes soient tombés ? Dans les deux camps, ces innombrables soldats, ennemis depuis quatre ans, aujourd'hui debout sur le parapet, ne cherchent plus à se descendre.

Une grande joie règne au 60e. On se serre les mains, on s'embrasse, Les officiers sont là avec leurs hommes ; c'est la grande familiarité. L'amitié entre tous, c'est bien la meilleure discipline. En quittant le bataillon de marche pour venir en renfort au 60e, le.commandant nous a dit :

- Les Boches, il ne faut pas en avoir peur ; on leur rentre dedans !

En effet, on est y est bien rentré dedans, mais je ne peux pas dire que je n'ai jamais eu peur.

Dans l'après-midi de cette journée glorieuse et historique, la musique du 60e donne un concert sur la place de Tourteron. La plus grande partie du régiment est là. Le premier morceau qu'elle nous fait entendre : « Ils n'auront pas l'Alsace et la Lorraine ». C'est bien de circonstance : ces deux provinces vont redevenir françaises. Je pense à mon instituteur de Chavagnac qui nous a si souvent parlé de ce beau coin de France ; son rêve est réalisé. Bravo Monsieur Delmont !

En terminant, c'est le chant de la « Marseillaise » qui est accompagné par tous les poilus. Les musiciens sont applaudis à tout rompre.

Nous ne pouvons pas arroser cet immense bonheur. C'est dommage ! Depuis que nous courons après les Boches, aucun ravitaillement ne nous parvient en dehors de notre roulante. Nous l'arroserons plus tard. Nos vivres journaliers sont assez limités et peu variés, mais avec la gloire du moment nous ne sommes plus au ravitaillement. C'est le bonheur complet. Déjà nous pensons et nous voyons l'espoir en l'avenir, à la vie de famille, le travail réel et encourageant, enfin la joie de vivre !"


La lettre d'Emilie, 15 ans

Le 12 novembre 1918,

"Ma petite maman bien-aimée,

Un pâle soleil s'est levé hier parmi la neige mouvante des nuages. Je dis qu'il était pâle, et pourtant, n'était-ce pas le plus brillant qui ait apparu depuis bientôt cinq ans ? Le soleil de novembre éclairait un beau jour de gloire, le jour que depuis longtemps nous avions rêvé. Les chauds et vivifiants rayons ont inondé le monde entier de joie et d'allégresse. Cette joie nous fut révélée par la cloche du lycée. Ce ne fut plus le glas de la mobilisation, ni le tintement mêlé au long et sinistre miaulement des sirènes qui nous appelaient à chercher un refuge dans les caves au moment des alertes, mais ce fut un long et gai carillon qui nous rappela que nous vivions un moment si solennel, nous invitant à nous recueillir. Cette cloche a plongé bien des familles dans une joie délirante car c'était le signal de la délivrance tant demandée de leurs chers prisonniers ou de leurs chers poilus. Mais elle en a plongé bien d'autres dans une incommensurable tristesse car beaucoup attendront en vain le retour de leurs bien chers disparus. Moi en particulier, je fus hier bien peinée car la pensée de mon héroïque papa m'a suivie partout. Lui qui fut enlevé si jeune et si fort laissant derrière lui une jeune tige si frêle n'ayant plus que comme tuteur une pauvre maman si affligée.

Lui, mon papa, avec ses frères, héros obscurs dont les noms ne seront jamais écris sur les feuillets du livre d'or, ont du tressaillir dans leurs tombeaux à la nouvelle de cette suspension d'armes. Leurs morts sont vengées !! et nous devons être fiers d'eux car eux ont été fiers de faire de leurs corps une barrière infranchissable, un solide rempart contre lequel venaient se heurter les terribles engins boches. Eux n'ont pas faibli, et bien nous, à notre tour, il faut avoir assez de courage pour ne pas faiblir et contenir la peine, le chagrin qui nous étreint. Oui, un puissant chagrin s'était emparé de moi, mais après avoir réfléchi et médité, je retrouvai de la gaîté car j'ai un grand et bon frère que nous allons retrouver sain et sauf.

Ce cauchemar, ce mot prononcé par tous, la "guerre", on ne l'entendra donc plus. Cette hantise qui faisait saigner le coeur de tant de mères, d'épouses, de soeurs, de fiancées, est donc disparue et ne reparaîtra plus ? O mon Dieu, c'est donc bien vrai, on ne s'entretue plus ? O merci mon Dieu ! Hier à onze heures, avez-vous envoyé une pensée aux derniers soldats qui s'effondrèrent au dernier coup de feu, y avez-vous pensé ? Cette heure fut terrible pour tous. Mais, ô mon Seigneur, vous les mettrez tous dans ce lieu de délices, le Paradis si envié de tous les bons chrétiens. Pour eux, je vous dis sincèrement merci.

Ma petite maman, tu vas, en lisant cette lettre, te demander si je suis folle, mais pardonne-moi, car ne pouvant être auprès de toi pour te confier tout ce que je pense, il faut que je le fasse par lettre.

Au revoir ma petite maman chérie, et accepte mes plus tendres baisers.

Emilie."




Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : MEMOIRE NATIONALE
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