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"Il n'y a que la force de l'Etat qui fasse la liberté de ses membres." Jean-Jacques Rousseau

 
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Jeudi 25 mai 2006 4 25 05 2006 01:11

"Tous les hommes politiques se disent républicains. Mais, dans le même temps, ils vident la République de tout contenu politique au nom d’une prétendue modernité. Par ailleurs, on caricature le modèle républicain, le rendant responsable de tous les maux passés et présents. Les principes républicains sont-ils responsables des injustices sociales d’aujourd’hui ou des crimes d’hier tels que la colonisation ? Non, c’est bien plutôt la trahison systématique de ces principes qui explique ces drames. La mondialisation remet-elle en cause la citoyenneté, la souveraineté populaire ? Non c’est, à l’inverse, un projet politique de disparition de toute souveraineté populaire qui tire prétexte de la mondialisation pour se légitimer. Réaffirmer les principes républicains est un instrument de lutte contre la mondialisation qui restreint les libertés, contre les inégalités qui s’accroissent. Ce mémento, qui revient sur l’histoire et la définition contemporaine des grands principes, s’adresse à tous, en particulier à ceux pour qui l’idéal républicain est toujours un combat."

André Bellon, Inès Fauconnier, Jérémy Mercier, Henri Pena-ruiz, Mémento du républicain, Paris, édition des Mille-et-une-nuits, 2006.

Un livre que je vous conseille absolument. Toutes les réponses aux questions que vous pouvez vous poser sur la République et ses valeurs, chers à ce blog, s'y trouvent. Ce livre expose aussi les raisons vitales pour lesquels il faut encore et toujours se battre pour cet idéal républicain. N'hésitez donc pas à l'acheter, il ne coûte d'ailleurs que 2,50 € !
Par le Citoyen Thimèle - Publié dans : Livres à lire
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Samedi 2 décembre 2006 6 02 12 2006 23:22
"Il faut bien que quelqu’un monte sur le ring et dise : « Je suis fier d’être français. » Qu’il réponde à ceux qui condamnent la France pour ce qu’elle fut, ce qu’elle est, ce qu’elle sera : une criminelle devenue vieillerie décadente. Or nos princes, qui devraient la défendre, au lieu de pratiquer la boxe à la française, s’inspirent des lutteurs de sumo ! Comment ne pas chanceler dans ces conditions ? Et les procureurs de frapper fort. Ils exigent que la France reconnaisse qu’elle les opprime, qu’elle les torture, qu’elle les massacre. Seule coupable ! Pas de héros dans ce pays ! Renversons les statues, déchirons les légendes. Célébrons Trafalgar et Waterloo, et renions Austerlitz ! Ils veulent que la France s’agenouille, baisse la tête, avoue, fasse repentance, reconnaisse ses crimes et, tondue, en robe de bure, se laisse couvrir d’insultes, de crachats, heureuse qu’on ne la « nique » qu’en chanson et qu’on ne la brûle que symboliquement chaque nuit ! Il est temps de redresser la tête, de hausser la voix, de monter sur le ring... et de boxer à la française !"


Max Gallo, Fier d'être français, Paris, éd. Fayard, 2006

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Samedi 2 décembre 2006 6 02 12 2006 23:34
"Certains hommes croient en un dieu, d'autres en plusieurs; d'autres encore sont athées ou agnostiques. Tous ont à vivre ensemble. Cette vie commune, selon la première Déclaration des droits de l'homme, doit assurer à chacun et la liberté de conscience, qui exclut toute contrainte religieuse ou idéologique, et l'égalité de droit, incompatible avec la valorisation privilégiée d'une croyance. La puissance publique promeut le bien commun. Elle devra donc être neutre sur le plan confessionnel et développer, par l'instruction, l'exercice autonome du jugement afin que tous apprennent à vivre leurs convictions sans fanatisme ni intolérance.
Ainsi comprise, la laïcité n'est pas de l'ordre d'une option spirituelle particulière, mais constitue une condition de possibilité fondamentale de la vie publique. On ne saurait en conséquence la renégocier sans cesse, notamment au gré des fluctuations du paysage religieux et des rapports de forces qui les sous-tendent."


Henri Pena-Ruiz, Qu'est-ce que la laïcité ?, Gallimard, Paris, 2003
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Vendredi 27 avril 2007 5 27 04 2007 00:28
"Qui connaît encore l'histoire de la France ? On ne la raconte plus et on ne l'enseigne que par lambeaux. On l'accable bien souvent, sans entendre sa voix.
Max Gallo retisse cette trame millénaire qui a donné naissance à la nation française. Il suit les mouvements d'une immense fresque : des premiers hommes qui ont habité et peuplé de leurs songes les grottes du Périgord jusqu'à ce début de XXIe siècle. Il ne dissimule rien, ni la gloire ni le désastre, ni le rayonnement des Lumières ni les rapines et les saccages des armées conquérantes. Mais son récit va au-delà du portrait des grands acteurs et du déroulement des événements. Il montre comment, génération après génération, depuis la préhistoire jusqu'à nos jours, se sont constituées sur notre sol des manières d'être, de penser et de croire, d'éprouver, d'agir et de réagir, d'approuver et de se révolter, qui ont composé, touche après touche, l'âme de la France.
Celle-ci est au cœur de ce livre. Max Gallo éclaire, par l'histoire, nos comportements, nos faillites, nos redressements et, en racontant la genèse de l'âme de la France, il dévoile notre présent. On ne peut changer la France qu'en ne trahissant pas son âme. Selon Renan, "tous les siècles d'une nation sont les feuillets d'un même livre". Ce livre, Max Gallo l'a écrit."

 

Max Gallo, L'âme de la France : une histoire de la Nation des origines à nos jours, Fayard, 2007

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Samedi 28 avril 2007 6 28 04 2007 00:43
"Le communautarisme ? Naguère absent de notre vocabulaire et de nos préoccupations premières, il s'est en quelques années emparé du terrain et a colonisé bien des esprits.
Nous voici, en guise de «progrès», promis à la juxtaposition ethnique, religieuse ou sexuelle. Des minorités victimaires aux «lois mémorielles», de la discrimination positive aux «minorités visibles», du politiquement correct à la pénalisation des débats, de l'importation du conflit israélo-palestinien aux ethno-régionalismes, quel déferlement !
Certains imaginent le phénomène soluble dans la République. C'est exactement le contraire qui est en train de se passer. Le chantage exercé par des entrepreneurs communautaires non représentatifs rencontre la complaisance médiatique et bénéficie du soutien de maint responsable.
Une partie de nos élites, jouant les apprentis sorciers, croit avoir trouvé la martingale pour durer: on gomme le peuple souverain, on gère la division et la concurrence communautaire…
Le présent essai apporte la démonstration magistrale d'une collusion entre petites lâchetés, grand cynisme et abandon résolu de tout projet égalitaire. Et dessine les contours d'une – très urgente – contre-attaque républicaine.

Julien Landfried est le cofondateur et directeur de l'Observatoire du communautarisme (www.communautarisme.net), qui publie depuis 2003 des analyses de chercheurs et d'intellectuels sur le communautarisme, la laïcité, les discriminations et le racisme."

Julien Landfried, Contre le communautarisme, Paris, Armand Colin, 2007
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Mercredi 2 mai 2007 3 02 05 2007 23:39

"Alors que le projet de constitution européenne a été rejeté par près de 55 % des Français, on est fondé à s’interroger sur les raisons de ce refus. L’une des explications ne serait-elle pas la crainte de voir le projet républicain français, en dépit de sa vocation universelle, se dissoudre dans un ensemble qui lui serait irrémédiablement étranger, voire hostile ? Il est classique, en effet, d’opposer l’exception française aux conceptions sociétales du reste de l’Europe et du monde. L’idée laïque, notamment, serait incompréhensible aux autres pays.

C’est cette exception républicaine française que ce livre entend interroger. N’existe-t-il pas, ailleurs en Europe et dans le monde, des traditions et des forces politiques, minoritaires peut-être, mais entretenant avec l’idée de république des liens suffisamment forts pour qu’un dialogue fructueux puisse être établi entre elles et ceux qui, en France, se revendiquent des valeurs de la République ?

La réponse à cette question est bien évidemment lourde de conséquences politiques, surtout dans la perspective de l’élection présidentielle à venir. La politique de la France dans la construction européenne et dans la politique internationale peut en être profondément changée.

Sur ce sujet neuf et important, cet ouvrage en deux volumes mobilise les compétences d’une équipe internationale, recrutée parmi les meilleurs spécialistes de la question républicaine dans les pays concernés."


Le premier volume revient sur la place de l’idée républicaine dans l’histoire et la pensée politique universelles et sur son positionnement central dans nombre de pays européens.

Le second volume interroge plus précisément la situation de l’idée républicaine dans le « nouveau monde », en Afrique et dans le monde musulman. On y découvrira que, contrairement aux présupposés trop rapidement formulés, elle y est souvent riche et porteuse d’avenir.

Ont contribué à cet ouvrage sous la direction de Paul Baquiast et Emmanuel Dupuy : Didier Billon, Marc Chevrier, Barthélmy Courmont, Catherine Croisier, Abdou Fall, Kacem Fazelly, Moncef Marzouki, Tarik Mira, Michel Perez, Alain Rajaonarison, Mohamed Troudi.

 

Paul Baquiast et Emmanuel Dupuy (dir), La République universelle, vol. I : L’Idée républicaine en Europe - XVIIIe-XXIe siècles, et vol. II : L’Idée républicaine dans la monde - XVIIIe-XXIe siècles, Paris, éd. L’Harmattan, 2007.

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Lundi 2 juillet 2007 1 02 07 2007 01:55
"Ce n'est pas Dieu qui a créé l'être humain, mais l'homme qui a inventé Dieu.

Adam, Eve, les miracles, les anges à plumes, le paradis, l'enfer... Tout cela n'existe pas.

Les religions ne sont que d'immenses sectes qui utilisent notre peur de la mort et de la souffrance pour exister.

Elles génèrent l'ignorance et sont dangereuses :

- Des millions de personnes sont victimes de leur intolérance (femmes, homosexuels(les), non-croyants, scientifiques, intellectuels...).

- Elles sont à l'origine de presque toutes les guerres et de nombreuses actions terroristes qui mettent toute l'humanité en danger.

Je ne suis pas un spécialiste des religions.
Je ne suis pas un historien.
Je ne suis pas un scientifique.

Je pense simplement être doté de bon sens, et convaincu que l'avenir de l'être humain passe avant tout par la tolérance, la liberté des femmes et la confiance en la science... donc par l'athéisme."

Salvatore Pertutti, Le livre Athée, 2007
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Dimanche 19 août 2007 7 19 08 2007 03:58
Le citoyen Simon Archipenko, président de l'association Voltaire République, est l'auteur d'un essai politique pour le moins décapant.

Engagé dans la vie de la cité depuis des décennies, ce militant patriote, laïque et républicain brosse un portrait sans concession de la société actuelle. L'obscurantisme est dénoncé comme il se devrait. La bien-pensance libérale et compassionnelle bo-boïsante en prend pour son grade.

Dans une société cadenassée par le politiquement correct, voilà un ouvrage qui tombe à point nommé. Ici, pas de langue de bois, pas d'autocensure, pas de mollesse dans les propos. Mais une totale liberté de ton qui surprendra, choquera même les plus habitués aux discours creux de l'intelligentsia.

Mais l'esprit libre qui écrit ces lignes n'a pas pour ambition de nous endormir, ou plutôt de nous laisser dans cette douce obscurité qu'on nous fabrique. Au contraire, c'est un féroce appel au réveil des consciences. Pour se remettre à vraiment penser par nous-même, ciment de toute humanité.

"Et si on rallumait les Lumières ?" nous suggère-t-il avec insistance. Après avoir lu cet essai, difficile de ne pas le vouloir.

Simon Archipenko, Eclats républicains, Editions Montchalin, 2007

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Vendredi 7 décembre 2007 5 07 12 2007 13:32

"Il paraît que je suis un con. Un sale con, même. Dans mon pauvre bled de l’Oklahoma, on se méfie de moi. Je vis seul avec ma mère à la périphérie, entre le centre et les bicoques des Indiens, au bord de la route. Voilà. Qu’est-ce que je fous dans ce désert, déjà ? Je ne sais plus trop au juste. La guerre bien sûr, mais laquelle et pourquoi ? Vaut mieux pas se poser de questions. Ou alors pas celles-là. Le sergent nous a dit de creuser des tranchées et d’attendre. Attendre quoi ? La fin des vents de sable. Les ordres. L’ennemi ? Il est rare le bougnac ces temps-ci. Alors basé au Koweit avec des tas de cons comme moi on nous disait de redouter le bougnac, surtout les petits et les femmes. Sous leurs jupes noires elles pouvaient cacher des armes ! Hein ! Saloperies !

Que sont partis faire les Américains en Irak ? Comment peut-on s’engager dans une telle guerre ? Avec quels désirs secrets ? Quels buts ? Pour défendre quelle cause ?

À MORT L’IRAK raconte à la première personne la guerre d’un soldat qui quitte son Oklahoma natal pour la première fois. L’anti-héros de ce roman vrai est en phase avec les mensonges de son président et l’idéologie de son pays. Au milieu d’une guerre coloniale, ce soldat, libéré des contraintes de la vie civile, donne libre court à ses désirs les plus sordides. Il traîne avec lui ses secrets et ses pulsions... C’est un criminel de guerre. Ordinaire.

Denis Gorteau est enseignant et collabore au site www.que-faire.info. Alain Chevalérias est journaliste et consultant au centre de recherche sur le terrorisme depuis le 11 septembre 2001 (www.recherches-sur-terrorisme.com)"


Denis Gorteau, A mort l'Irak, Yvelinédition, 2006


En ces temps où la guerre d'Irak ne fait plus la une des médias et à l'heure où on s'apprêterait à remettre le couvert avec cette fois l'Iran, voici un livre à lire et à faire lire pour se rappeler au "bon souvenir" de cette sale guerre mené par le clan néo-conservateur américain. Une guerre dont les irakiens doivent subir encore et encore les désastreuses conséquences, dont le soldat narrateur de ce roman résume à lui tout seul l'immoralité et l'irresponsabilité manifeste.


Passer commande :
http://yvelinedition.neuf.fr/BDC-Gorteau.PDF ou via l'auteur...
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Mercredi 19 décembre 2007 3 19 12 2007 00:00
undefined "Dès les premières années du XIXe siècle, la Révolution française a suscité des débats passionnés parmi les historiens et les intellectuels, français comme étrangers : quel sens historique fallait-il donner à cet événement politique extraordinaire ? Dans quelle mesure a-t-il transformé le visage de l’Europe ? Quelles en furent les origines intellectuelles, économiques, sociales ? La Révolution avait-elle ouvert un horizon d’émancipation pour la France et les peuples du monde ou, au contraire, annonçait-elle les catastrophes politiques du XXe siècle ?
À l’occasion du bicentenaire en 1989, alors que les controverses sur l’héritage de la Révolution faisaient rage, notamment autour des travaux d’inspiration marxiste d’Albert Soboul puis de Michel Vovelle et de ceux, d’inspiration libérale, autour de François Furet, Eric J. Hobsbawm est revenu sur toutes les lectures et interprétations qui s’étaient succédé depuis deux siècles. Il montre ici que les historiens écrivent l’histoire à l’aune de leur expérience du présent. Formulant une critique roborative de ceux qui veulent rompre avec l’héritage révolutionnaire, Hobsbawm réaffirme que la Révolution a transformé le monde de façon définitive et qu’elle continuera de le faire évoluer.
Aux armes, historiens, mélange stimulant d’historiographie et d’analyse politique rédigé par l’un des plus éminents historiens du XXe siècle, constitue un outil indispensable à qui souhaite comprendre les enjeux d’une Révolution dont l’écho nous parvient encore."


Eric J. Hobsbawn, Aux armes, historiens, Deux siècles d'histoire de la Révolution française, La Découverte, 2007



-Critique de Léa Giret (Marianne2.fr) :


" Français, ne malmenez pas votre Révolution !"

En 1989, l'historien Eric Hobsbawn publiait un ouvrage sur l'héritage inouï qu'a laissé la Révolution française.


Tout comme il est irrépressible de décrire l'autre à travers le prisme de ses propres schémas mentaux, l'interprétation du passé pourrait n'être induite que par la situation politique et idéologique dans laquelle se trouve l'individu qui en est l'auteur : c'est le propos d'Eric Hobsbawm dans son livre sur la Révolution française, Aux armes historiens, Deux siècles de la Révolution française.

Le livre, paru pour la première fois en langue anglaise en marge du bicentenaire de la Révolution, est singulier à plusieurs égards. Tout d'abord, Eric Hobsbawm s'inscrit en faux par rapport aux historiens « révisionnistes » qui, à l'instar de François Furet, jugent la Révolution française comme une « péripétie cruelle ». Alors que la période du bicentenaire était dominée par les historiens qui n'appréciaient guère la révolution et son héritage, l'auteur estime au contraire que la Révolution a transformé le visage de l'Europe de façon définitive : les références innombrables à cet épisode par des acteurs fort différents des XIXème et XXème siècles justifient qu'on le tienne pour acquis.

L'historien a privilégié dans sa démarche la réception et l'interprétation de la Révolution plutôt que l'histoire factuelle. Il démontre savamment que la période révolutionnaire a été utilisée par des groupes, à chaque période de l'histoire, pour servir un dessein politique ou idéologique parfois éloigné des problématiques de la fin du siècle des Lumières. Ainsi les bourgeois de la période post-révolutionnaire tiennent la Révolution jusqu'à la restauration pour « bourgeoise » ou « libérale » : il s'agissait pour cette catégorie sociale montante de trouver une caution à son triomphe. Mais Eric Hobsbawm est formel : « leur analyse en termes de classes et de lutte des classes aurait surpris les observateurs de 1789 ».

De la même manière et dans un tout autre contexte, les anti-fascistes se sont réappropriés les thèmes de la Révolution pour marquer leur opposition farouche aux fascistes qui rejetaient violemment 1789. Et Jean Renoir, fervent anti-fasciste, d'être financé par les syndicats français pour tourner en 1938… La Marseillaise. Les exemples donnés par l'auteur sont nombreux et démontrent à chaque fois le poids de l'idéologie dans la vision de la période révolutionnaire tout au long des XIXème et XXème siècles.

Bien à l'inverse des révisionnistes et autre sceptiques, l'auteur rappelle les références considérables en France et dans le monde au processus révolutionnaire. Tous ceux qui ont proposé des révolutions ayant pour but de modifier l'ordre social s'en sont réclamés, depuis les communards de 1871 jusqu'aux bolchéviks de 1917. En 1848, Marx s'exprimait ainsi : « Le jacobin de 1793 est devenu le communiste d'aujourd'hui ». Plus généralement, le monde doit à la Révolution des concepts aussi fondamentaux que le libéralisme, la bourgeoisie, la démocratie et la dictature.

La postface de l'ouvrage, écrite en 2007 pour la parution en français, dresse un bilan mitigé du débat historique sur la Révolution française depuis 1989. Car si d'une part la « révolution furétienne » avec son déni de la portée historique de l'événement a eu tendance à être abandonnée, la recherche historique sur la Révolution française s'est également considérablement réduite dans le pays des Lumières. Cela vaut à l'auteur une injonction finale : « Peut-être le temps est-il venu pour les Français de prêter à nouveau l'oreille aux échos universels de La Marseillaise et de les entendre aussi fortement que dans le reste du monde. » Il ne dit pas si pour cela, le prix à payer est de passer…pour un vilain patriote.

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______________________


  - Extraits de Aux armes, historiens



Une référence symbolique incontestable


Des premiers soubresauts de l'année 1789 aux lendemains de la Première Guerre mondiale, la Révolution française a dominé non seulement l'histoire, mais également la langue et le symbolisme des politiques occidentales. Il faudrait ajouter aussi les politiques menées par les élites des pays qui forment ce qu'on appelle le tiers monde, et qui ont cru répondre aux espoirs de modernisation de leurs peuples en suivant l'exemple des États européens les plus développés. Ainsi, pendant près d'un siècle et demi, le drapeau tricolore français a servi de modèle dans toutes les parties du monde, pour les bannières de la majorité des États nouvellement indépendants ou unifiés : en lieu et place du bleu, blanc, rouge, l'Allemagne a choisi le noir, le rouge et l'or (et plus tard le noir, le blanc et le rouge) ; l'Italie de l'Unité s'est, quant à elle, parée de vert, de blanc et de rouge. À la fin des années 1920, vingt-deux pays s'étaient choisis des drapeaux constitués de trois bandes de couleurs, verticales ou horizontales ; et deux autres présentaient des blocs de trois couleurs avec du rouge, du blanc et du bleu, suggérant également l'influence française. En comparaison, les étendards rappelant la « bannière étoilée » américaine étaient vraiment peu nombreux ; même dans des versions extrêmement réduites – une seule étoile dans le coin supérieur gauche –, on compterait au maximum cinq drapeaux, dont trois pour des États virtuellement créés par les États-Unis (Libéria, Panama et Cuba). Même en Amérique latine, les drapeaux dénotant une influence tricolore surpassaient en nombre ceux témoignant d'une influence nord-américaine. Le rayonnement international comparativement modeste de la Révolution américaine – à l'exception évidente de son influence sur la Révolution française – doit retenir l'attention. En tant que modèle de transformation des systèmes politiques et sociaux, elle a, pour ainsi dire, été absorbée et remplacée par la Révolution française. Cela s'explique en partie par le fait que, dans les sociétés européennes, les réformateurs ou les révolutionnaires ont pu se reconnaître plus directement dans l'Ancien Régime français que dans les colons, libres et propriétaires d'esclaves, de l'Amérique du Nord. En outre, bien plus que la Révolution américaine, la Révolution française s'est elle-même considérée comme un phénomène global, un modèle pionnier de la destinée du monde. Enfin, sans même parler de son caractère dramatique, elle se distingue des nombreuses révolutions de la fin du XVIIIe siècle, non seulement par son échelle et – du point de vue du système d'état – sa centralité, mais aussi, dès le départ, par sa dimension consciemment oecuménique.

L'inspiratrice des révolutionnaires au XIXème

Pour d'évidentes raisons, le modèle français a particulièrement inspiré et influencé ceux qui ont proposé de mettre en oeuvre des révolutions, et notamment des révolutions ayant pour objet la transformation fondamentale de l'ordre social (les « révolutions sociales »). Dans les pays industriels, c'est à partir des années 1830, ou au plus tard, des années 1840, que la référence à la Révolution s'est installée au coeur des mouvements sociaux de la classe ouvrière, du moins dans les organisations qui prétendaient parler au nom de celle-ci. En France, après 1830, l'idéologie et le langage de la Révolution se sont diffusés dans les régions et dans les couches de la population qui étaient restées à l'écart de la période révolutionnaire initiale, c'est-à-dire principalement dans les campagnes. Ce processus a été admirablement décrit et analysé par Maurice Agulhon pour une partie de la Provence dans La République au village. Hors de France, les paysans sont dans l'ensemble restés hostiles aux idéologies portées par les citadins. Et même s'ils pouvaient les comprendre, c'est par une terminologie différente qu'ils ont justifié leurs propres mouvements de contestation.

Jusque tard dans la seconde moitié du XIXe siècle, les gouvernements, les classes dirigeantes et les idéologues de la gauche se sont accordés habituellement – avec satisfaction ou résignation – pour dire que les paysans étaient conservateurs. Cette sous-estimation du potentiel radical des agriculteurs par la gauche est tout à fait notable dans les révolutions de 1848 – comme en témoigne leur historiographie encore longtemps après la Seconde Guerre mondiale –, même si, dans le sillage de 1848, Friedrich Engels ne considérait pas comme totalement utopique, semble-t-il, une deuxième édition de la guerre des Paysans qu'il appelait de ses voeux, tout en en écrivant une histoire populaire. Il avait bien sûr assisté à l'action des révolutionnaires armés dans le sud-ouest de l'Allemagne, une partie du pays où, comme les historiens sont en train de le réaliser, 1848 fut essentiellement un mouvement agraire, peut-être le plus important de la sorte depuis la guerre des Paysans au XVIe siècle. Néanmoins, même pour les paysans révolutionnaires, la Révolution française était déjà lointaine. À ce titre, il est tout à fait révélateur de rappeler que ce n'est pas dans la langue des Jacobins que le jeune Georg Büchner, auteur de l'étonnante Mort de Danton, s'est adressé à la paysannerie de la Hesse, sa région natale, mais dans la langue de la Bible
luthérienne.

L'appropriation du discours révolutionnaire


De leur côté, les travailleurs urbains ou les ouvriers de l'industrie n'ont eu aucune difficulté à adopter la langue et le symbolisme de la révolution jacobine, que l'extrême gauche française avait spécifiquement adaptés à leur situation – notamment après 1830 – en identifiant le peuple au prolétariat. En 1830, les ouvriers français, tout en devenant conscients de leur existence en tant que mouvement de classe contre les autorités libérales, qui, elles aussi, faisaient appel à la rhétorique révolutionnaire, l'avaient ajustée à leurs propres besoins. À l'époque, ce processus d'appropriation du discours révolutionnaire ne concernait pas seulement la France. Les mouvements socialistes allemands et autrichiens, mus probablement par l'identification de leurs leaders avec la révolution de 1848 – les travailleurs autrichiens ont commémoré le souvenir des victimes de mars 1848 (Märzgefallene) avant de célébrer le 1er mai –, insistaient ouvertement sur l'inscription de leur mouvement dans la continuité de la Grande Révolution. La Marseillaise (selon différentes adaptations) était alors l'hymne de la social-démocratie allemande, tandis que, à l'occasion du défilé du 1er mai 1890, les badges des sociaux-démocrates autrichiens arboraient le bonnet phrygien et le slogan « Égalité, liberté, fraternité ». Il n'y a rien de surprenant à cela. Après tout, l'idéologie et le langage de la révolution sociale étaient venus de France, n'atteignant l'Europe centrale qu'à l'occasion du retour au pays de ces radicaux allemands, voyageurs au long cours, ou à la faveur des départs des émigrés politiques allemands, des touristes du Paris d'avant 1848 et à travers les publications parfois très bien informées et très influentes rapportées dans ses bagages, par Lorenz von Stein notamment. Le temps que se développent les importants mouvements ouvriers de l'Europe continentale, la Révolution française comme tradition de transformation politique active et insurrectionnelle avait, de fait, été réduite à sa composante populaire et prolétaire. Ainsi, la commune de Paris de 1871 rattachait les jacobins à la tradition révolutionnaire prolétarienne, en particulier à travers la nécrologie analytique éloquente qu'en proposait Marx.

L'ultime point de comparaison

La Révolution française survivait autant à travers 1793-1794 qu'à travers 1789. Cette relation intrinsèque semblait tellement évidente qu'elle n'inquiétait pas les observateurs. Bien que très court en apparence et vaincu rapidement dans la plupart des nombreux pays qu'il avait ébranlés, le mouvement de 1848 démontrait que le processus révolutionnaire n'était pas mort. En France, les libéraux, qui avaient espéré que 1830 y mît un terme définitif, s'adonnaient aux déclarations les plus pessimistes. « J'ignore quand finira ce long voyage », s'exclamait Tocqueville avec indignation dans les années 1850. « Je suis fatigué de prendre successivement pour le rivage des vapeurs trompeuses, et je me demande souvent si cette terre ferme que nous cherchons depuis si longtemps existe en effet, ou si notre destinée n'est pas plutôt de battre éternellement la mer ! ». Dans les années 1870, Jakob Burckhardt ouvrait son cours sur la Révolution française en utilisant la même métaphore : « Nous savons que la tempête qui a atteint l'humanité en 1789 nous emmène toujours vers le futur. » Dans ces conditions, la Révolution française en est venue à servir des intérêts divers. Pour ceux qui voulaient transformer la société, elle fournissait une inspiration, une rhétorique, un vocabulaire, un modèle et un point de comparaison. Pour ceux qui n'en avaient ni le besoin ni l'envie, les trois premières références étaient moins essentielles (sauf en France), bien qu'il faille admettre qu'une grande part du vocabulaire politique de tous les États occidentaux du XIXe siècle a trouvé son origine dans la Révolution et a souvent été directement emprunté ou adapté du français, à l'exemple du champ lexical associé au mot « nation ». C'est donc avant tout comme point de comparaison qu'on considérait la Révolution, parce qu'il est simplement plus fréquent d'en avoir peur que de la désirer. Comme nous allons le voir, pour la grande majorité de la nouvelle gauche prolétaire et socialiste européenne, la pertinence opérationnelle de 1789-1799 est devenue, à la différence de sa pertinence idéologique, de plus en plus vague. À l'inverse, les gouvernements et les classes dirigeantes n'ont cessé de réaffirmer les risques de subversion et de rébellion chez des hommes et des femmes qui, comme ils étaient bien placés pour le savoir, avaient de nombreuses raisons d'être insatisfaits. Les révolutions du passé servaient donc de points de comparaison incontestables. En 1914, à la veille de ce qui sera la Première Guerre mondiale, le ministre britannique John Morley se demandait si le climat du pays, qui traversait alors une période d'agitation sociopolitique considérable, n'était pas semblable à celle qui avait précédé 1848. Quand une révolution éclatait, elle était immédiatement rapprochée de ses devancières, à la fois par ceux qui l'attendaient et par ceux qui voulaient à tout prix l'éviter. Plus l'événement était imposant, plus la comparaison avec 1789 s'imposa
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