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12 novembre 2007 1 12 /11 /novembre /2007 01:20

20070907.FIG000000281-17399-1.jpgLes propositions du comité Balladur pour « rééquilibrer les pouvoirs » et « rendre la Ve République plus démocratique » ont été dévoilées fin octobre… dans une quasi-indifférence. Elles auraient pourtant mérités une vague d’indignation sans pareille de la part de tous les démocrates et républicains. Il ne s’agit pas en effet d’une réformette institutionnelle de plus. On assiste là à un véritable changement de régime.

 

D’un régime gaullien semi-présidentiel, on se dirige aujourd’hui vers un régime ultra-présidentiel sans équivalent en démocratie, si ce n’est celle de Russie... Derrière des dizaines et des dizaines de propositions feignant de renforcer les pouvoirs du Parlement et des citoyens se cachent en effet une révolution institutionnelle gravissime. Une constitutionnaliste, Marie-Anne Cohendet, le soulignait : « 70 propositions sont là pour masquer 7 mots assassins » : « Il (le Président) définit la politique de la nation ».

 

Ces sept mots consistent à modifier ensemble les articles 5 et 20 de la Constitution pour que ce soit le président qui définisse la politique de la nation et non plus le gouvernement. Ces quelques mots suffisent alors à détruire le lien essentiel qui existe en démocratie entre le pouvoir et la responsabilité. Ainsi, celui qui aurait désormais à mener la politique de la nation n’aurait plus de compte à rendre à personne. Drôle de rééquilibrage des pouvoirs !

 

Non content d’échapper au contrôle du Parlement, son droit de dissolution, incontestable arme d’intimidation, est conservé et, pire, est proposé de tenir le même jour le second tour de l’élection présidentielle et le premier tour de l’élection législative. L’élection des députés sera ainsi subordonnée et confondue à celle du Président, laissant la part belle à l’image sur les idées.

 

Clou du spectacle, est proposé que le Président de la République rende compte de son action devant la représentation nationale… sans le moindre vote sanction. Ni plus ni moins qu’un instrument digne des lits de justice de l’Ancien Régime, au bénéfice exclusif du Président.

 

Aussi, l’élection présidentielle, d’une importance absolue, sera encore bien plus fermée qu’actuellement. Serait ainsi substituée au système des parrainages une présélection des candidats par un collège de 100 000 élus, clairement destiné à limiter l’élection à une simple confrontation entre les « représentants des principaux courants politiques ». « Petits » courants, « petits » candidats, dehors donc ! A l’autocratie s’ajouterait donc ici le rétablissement d’un suffrage censitaire.

 

Le projet camouflé de la prochaine réforme des institutions est incontestablement l’avènement d’un régime césaro-autoritaire. Accepter cela, sans même demander l’avis aux français, serait une indéniable catastrophe pour notre démocratie déjà fortement malmenée par le diktat maastrichtien.

 

Là aussi, sur une question aussi déterminante, il faut exiger un référendum !

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Editoriaux
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11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 01:17
t-EAte--1.jpgParis, automne 1940. La France est vaincue. Philippe Pétain rencontre Hitler à Montoire. La défaite prend un visage, celui d'un Paris occupé où déambule l'occupant, et où les panneaux de signalisation des grands lieux de la capitale sont rédigés en allemand. L'ennemi est là. Ce n'est plus celui des communiqués officiels de la drôle de guerre, ni celui d'une propagande abstraite. Il est présent physiquement même s'il se veut discret et "Korrect". Son dispositif d'oppression et de pillage se met en place avec la complicité de Vichy : censure, interdiction, saisies, installation d'un "institut allemand" qui donne la ligne ; épuration raciale et politique à l'initiative de l'État français ; attaques de la République, mise en cause de ses valeurs par les idéologues du nazisme et de la Révolution Nationale. Que faire ? Le choc de l'exode et de la défaite imprègne les esprits, le nazisme semble triompher partout. C'est dans ce cadre que se situe la première grande action de Résistance. Quelles en sont les origines, le déroulement, les conséquences?

Des gestes individuels, des regroupements manifestent une variété de réactions : certains strictement nationalistes et/ou patriotiques (refus de l'occupant et de considérer la défaite comme définitive) ; d'autres intègrent la dimension républicaine et antifasciste (dénonciation des idéologies nazies et de la Révolution Nationale, de la perte des libertés, de la répression.). Un vent de fronde souffle au quartier Latin et dans les lycées. Depuis la réouverture de la Sorbonne, lancers d'oeufs pourris, inscriptions, papillons et tracts laissés dans les livres ou les fichiers (des bibliothèques), manifestations de petits groupes exhibant fièrement deux cannes à pêche (de Gaulle), des bagarres dans les cafés, lancer de tracts par des jeunes communistes le 31 juillet dans le grand amphithéâtre ; répondent à la présence allemande jusque dans l'université, et dénoncent la propagande de Vichy contre l'esprit critique et scientifique, l'humanisme et la laïcité. L'enseignement de professeurs à l'encontre des nouveaux dogmes, continue de transmettre ces valeurs (Gadrat et Favreau à Louis-le-Grand; Maublanc et François à Henri IV; Angrand à Carnot ; Decourdemanche à Rollin; Husson à Pasteur; Lablénie à Janson-de-Sailly; Charmoillaux à Versailles). Des intellectuels communistes (Danielle Casanova, Georges Politzer, Jacques Solomon, Pierre Villon) impulsent la naissance du journal clandestin "l'Université Libre " , tandis que l'union des étudiants et des lycées communistes (U.E.L.C.) reconstituée diffuse, sous le manteau, "La Relève". D'autres groupes se forment comme "Maintenir " autour de l'étudiant Claude Bellanger. Certaines organisations étudiantes restées légales ou tolérées (corporation de Lettres ou de Droit, Union Nationale des Étudiants) deviennent des foyers de rencontre pour tous ceux qui participent de cette mobilisation sourde. Deux événements concomitants vont libérer brusquement cette énergie potentielle: l'arrestation du professeur Langevin et l'interdiction des célébrations traditionnelles de la fête nationale du 11 Novembre.


L'annonce de l'arrestation par la Gestapo, le 30 octobre, du professeur Langevin (professeur au Collège de France, physicien mondialement connu, figure du Front Populaire) entraîne une riposte publique immédiate. Un comité de soutien large se constitue. Un tract clandestin de l'U.E.L.C. appelle à une manifestation le 8 novembre. Un autre, tiré sur la ronéo du centre d'entraide (Claude Bellanger), rédigé par François Lescure (président de l'U.N.E.) et Roger Marais (Corporation Lettres) lance le même appel, complété par un autre à manifester le 11 novembre à l'université et dans les grandes écoles. Dans le même temps, les médias aux ordres martèlent l'interdiction faite par l'occupant et par Vichy de célébrer la fête nationale marquant la victoire sur l'Allemagne en 1918. La manifestation pour la libération de Langevin a lieu dans un quartier Latin. en état de siège. Fort de ce résultat, le soir même, lors d'une réunion du groupe "Maintenir ", à laquelle ils ont été invitée, François Lescure et Roger Marais rédigent le tract d'appel à la manifestation du 11 novembre à l'Arc de Triomphe, texte qu'ils ronéotypent, à nouveau, au centre d'entraide. Dès le lendemain, il est largement diffusé dans les établissements secondaires et supérieurs de la capitale.

Dans le même temps, le 10 au soir, sur les ondes de la B.B.C., Maurice Schumann, porte-parole de la France Libre, conclut son message par un appel pour le 11 novembre à tous les français à "sur les tombes de vos martyrs, renouvelez le serment de vivre et de mourir pour la France". Cette même volonté de manifester ce 11 novembre est aussi présente chez de nombreux étudiants et surtout lycéens le plus souvent de tradition nationaliste. Tract, appel de la B.B.C., bouche à oreille, concourent à une mobilisation qui voit ainsi converger pour la première fois des individus et des groupes venus d'horizons divers. Par petits groupes, en chantant la Marseillaise, en criant "Vive de Gaulle", ou en lançant des slogans hostiles à l'occupant et à Pétain, ce sont des milliers de jeunes qui montent à l'Étoile le soir du 11 novembre 1940. Appuyant la police française, les troupes nazies chargent. La répression est violente. Le nombre des blessés est inconnu. On dénombre plus de cent arrestations. L'Université est fermée, le recteur Roussy est révoqué. Les responsables des organisations étudiantes sont convoqués par le directeur de l'Institut Allemand qui, menaçant, leur reproche de compromettre l'œuvre de collaboration de Pétain. Le 11 novembre au matin, sur les Champs-Elysées, les membres du groupe du Musée de l'Homme fleurissent la statue de Georges Clémenceau. Toute la journée, des grèves importantes paralysent les bassins miniers du Nord et du Pas-de-Calais. A Rouen, à Dijon, à Nantes, des gestes de jeunes font aussi événement. Enfin, coïncidence symbolique, Vichy révoque ce jour le préfet républicain Jean Moulin.

La manifestation du 11 novembre, à Paris, surgie de l'université parisienne est la première grande action à résonance nationale de la Résistance française. De ce jour, pour un grand nombre de français, la collaboration apparaît pour ce qu'elle est : synonyme de répression et de complicité avec l'occupant. C'est un signal pour engager d'autres combats.


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