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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 16:55


Par Guylain Chevrier


Nous assistons depuis près de quinze jours à propos de l’anniversaire des 20 ans de la chute du mur de Berlin dit le « mur de la honte », de façon continue et vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur radios et chaînes de télévision, à une orgie de propagande qui dépasse en la matière les pires excès du monde communiste ! On justifie cet état de fait en nous expliquant qu’il s’agit là de l’événement du XXe siècle qui a donné tout son sens au mot « liberté »… On a remis en scène pour l’occasion la fin du mur en faisant tomber des dominos en carton après avoir réuni une foule de circonstance pleine d’illusions dans un tel contexte de fabrication de l’événement qui ne permettait à personne de passer au travers, tentant de reproduire l’euphorie de début novembre 1989, gaspillant pour l’occasion quelques millions d’Euros !

Le mur n’est pas tombé entre les deux Allemagnes !

Cela n’aurait été que du positif… Mais lorsque le mur est tombé, ceux qui se trouvaient portés par une véritable euphorie assez compréhensible après tout ce temps à attendre un communisme à visage humain qui n’est pas venu, ce qui leur apparaissait comme la plus grande des libertés, ne s’imaginaient certainement pas devoir, au lendemain de cet événement historique, repasser leurs diplômes obtenus côté Est, y compris les médecins les plus reconnus pour pouvoir continuer d’exercer. Comme le dit un témoin de cette réalité vécue : « on s’est senti méprisé, comme s’il fallait prouver que l’on savait lire… ». Ceux venus de l’Est étaient en réalité suspects et considérés comme des parias, ce qui n’a pas complètement changé d’ailleurs derrière les apparences du déguisement et du maquillage de l’image aseptisée qui prétend écrire l’histoire en direct !

Un témoignage sur France-Infos d’un ouvrier français, à l’époque étudiant en Allemagne, continue de nous dire autre chose que ce déferlement de fausses bonnes intentions, qui explique que les Berlinois de l’Ouest au bout de deux ou trois jours de flots incessants d’Allemands de l’Est, commençaient à faire des pétitions pour remonter le mur…

Ceux de l’Allemagne de l’Est d’hier connaissent aujourd’hui un taux de chômage record en Europe, ont perdu les services publics gratuits remplacés par des entreprises fonctionnant sur le modèle libéral où tous se paie ! Un détail sur lequel ils n’avaient pas anticipé et qu’on ne vante pas dans ce contexte.

On présente, dans cette orgie de mauvaise foi, la chute du mur comme le commencement d’un monde meilleur sous le drapeau du capitalisme qui s’identifierait avec la démocratie et nos libertés fondamentales. Il suffit d’un peu de mémoire pour se rappeler pourtant que ces acquis ont tous été le fait de conquêtes à coup de révolutions contre les injustices et les inégalités précisément de ce système !

On détruit tous les monuments référents des Allemands de l’Est et qui constituent leur mémoire pour faire bonne mesure… On remplace les noms des rues, on démonte les statues, on va jusqu’à détruire le Palais de la République qui était aussi l’endroit où on se mariait où on organisait des fêtes populaires, monument qui fait marqueur par delà son architecture peu reluisante… On se conduit comme s’il fallait tout effacer du passé, à la façon de vainqueurs sans complexes écrasant sans retenue ce qui a existé avant eux et croyant par là exorciser tout retour de bâton. Au rythme où vont les choses aujourd’hui en matière de fracture sociale entre ceux de l’Est et de l’Ouest, ce dernier a bien au contraire toutes les chances de faire retour, ce qui d’ailleurs est à souhaiter pour redonner un peu de morale à l’histoire !

Tout ça pour faire de l’Europe capitaliste le modèle irrépressible de l’histoire. Il y a des murs qu’on ne voit pas mais qui ont la peau dure, qu’on veut nous faire oublier avec le reste que l’on foule au pied. On veut faire passer sous silence les injustices de ce système qui prétend être propriétaire de la liberté et qui ne fait qu’en usurper le sens en l’aliénant à un monde où tout doit avoir son prix, partagé entre une minorité de plus en plus riche et des peuples de plus en plus pauvres, de plus en plus spoliés, expropriés de ce qu’ils créent, de ces moyens nécessaires à satisfaire l’ensemble des besoins humains de la planète !

La porte de Brandebourg passe pour le symbole de l’Allemagne réunifiée, et n’est un symbole d’unité que dans les mots. C’est toute l’Allemagne qui se serait retrouvée le 9 novembre 1989 et aujourd’hui ce serait toute l’Europe… Cette Europe du Traité de Lisbonne fondée sur l’ultralibéralisme ce serait vraiment la liberté ? C’est ce que la propagande qui confectionne l’idéologie dominante veut nous faire accepter pour nous faire participer à notre propre perte !

Le seul mur qui resterait à abattre serait celui des discriminations selon Sarkozy et Merkel, de faire que le « Nord » dit riche partage avec le « Sud »pauvre… Dans cette idée on peut voir combien il y a ici une imposture d’une énormité qui dépasse l’entendement, visant à diviser les individus et à les opposer, une diversion qui doit éloigner toute analyse de classe de la situation actuelle alors que l’événement premier de celle-ci se trouve être précisément une crise structurelle du capitalisme pourrissant tout par la spéculation et le profit à tout prix, qui touche tous les peuples et qui remet en cause les idées reçues de cette propagande pro-européenne et anticommuniste primaire. Il n’y a rien de plus immoral que ce qu’on nous fait subir là ! La somme des égoïsmes ne constituera jamais la base d’un modèle de société conduisant au bonheur.

Ce que l’on veut tuer, c’est l’espoir d’un monde meilleur qui est l’envers du capitalisme !

C’est en réalité l’idée d’un monde meilleur qu’on veut tuer, c’est cette idée d’un monde fait pour tous et fondé sur le principe d’égalité, qui allie l’ambition du bien commun et la valorisation de l’individu qui met la peur au ventre du capitalisme. C’est ce que n’a pas su faire ce socialisme réel qui est tombé à l’Est de lui-même à avoir vendu son âme à une forme de domination qui ne valait pas mieux que celle que le capitalisme nous propose !

L’idéal qui était au fondement de la Révolution d’octobre n’a rien perdu de son actualité. S’il faut briser l’idée que le capitalisme est la condition de la démocratie et de nos libertés, il reste au communisme à s’en approprier les valeurs, à s’extirper du dogmatisme, pour devenir un projet tangible et devenir autre que ce qu’il a pu être comme l’un des ingrédients d’un nouveau grand projet humaniste, à mille lieux du marché et de l’ex-Allemagne de l’Est. Il reste aussi à inventer le parti politique qui sera susceptible d’élaborer ce projet et de le défendre.

Avec les Robert Hue et autres gogos, on ne peut plus compter de ce point de vue en France sur le PCF qui a cru bon, depuis la chute du mur, de jeter le marxisme avec l’eau du bain du communisme réel. Il est tristement devenu plus réformiste que révolutionnaire à ne plus exister conjoncturellement que comme force d’appoint d’un PS libéral, tout en laissant le champ libre aux trotskistes du NPA envers le dogmatisme desquels le capitalisme n’a rien à craindre ! Tout est à reprendre, mais rien n’est plus enthousiasment que d’envisager l’impossible lorsqu’il constitue le seul avenir tangible ! Dans l’ordre de la libération des possibilités de l’homme, il faut changer le cours de l’histoire !

Le capitalisme s’oppose à la libération du potentiel humain, aux possibilités de l’homme qui méritent bien mieux que ce système inique incapable de faire face aux véritables défis de notre temps. C’est la chape de plomb de sa propagande et le cynisme qu’il génère qui constituent le véritable mur à abattre ! Il y a donc encore du coté de l’histoire bien des possibles à explorer pour que l’humanité n’ait pas seulement du sens, mais sauve tout simplement sa peau, à condition de voir grand en changeant de trajectoire sans laisser personne en chemin, par delà le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest !

 

Riposte Laïque

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Economie & Social
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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 22:22

Nous pénétrons aujourd'hui en pleine "modernité socialo-carpentrasienne". L'adjointe du maire Francis Adolphe, Mme Laurence BOSSERAI, Adjointe déléguée à l'enseignement et à la petite enfance exerçant la profession de professeur agrégée (!) a décidé de dénommer la crèche Emile Zola pour cause de "misérabilisme lié à l'auteur qui démoraliserait les enfants" (!) et de renommer cette crèche "berlingot".

L’adjointe à la petite enfance explique , sans rire « c’est une question de perception mais Zola évoquait le déterminisme social ».

Ce fait participe pleinement du débat sur l'identité de la France.

Un petit rappel:

Émile Zola naît Italien à Paris de Francesco Zola et d’Émilie Aubert. Son père, ingénieur de travaux publics, ancien officier subalterne italien, meurt en 1847 après avoir été responsable de la construction du canal Zola à Aix-en-Provence, lieu pas très éloigné de Carpentras.
Dès sa  jeunesse, Émile Zola accumule les lectures  et considère  l'écriture comme sa véritable vocation. En sixième, il rédige déjà un roman sur les croisades.
Adulte, c'est au travers de ses interventions dans la presse politique que l'engagement de Zola est le plus marquant.  Zola entre au nouvel hebdomadaire républicain La Tribune, où il pratique ses talents de polémiste par l'écriture de fines satires anti-impériales (Napoléon III règne depuis 1852).
Courageux, Zola s'attaque avec dureté aux ténors de l'Assemblée. Il vilipende une Chambre peureuse, réactionnaire, « admirablement manipulée par Thiers» (le fusilleur de la commune). Il tombe deux fois sous le coup de la loi, et est mis en état d'arrestation en mars 1871.
Il défend aussi activement les communards graciés par la loi d'amnistie, en évoquant les parias de la Révolution de 1848 dans Le Ventre de Paris et en soutenant notamment Jules Vallès afin qu'il puisse publier ses propres textes. Ce seront les derniers articles politiques de Zola, puisqu'il a entrepris le cycle des Rougon-Macquart qui va l'occuper pendant vingt-deux années.
Le romancier intervient dans l'affaire Dreyfus à la fin de l'année 1897. Les campagnes de haine antisémite incitent Émile Zola à s'engager en faveur des juifs. Son premier article est publié dès le lendemain dans Le Figaro. Il est suivi de Le Syndicat le 1er décembre et de Procès-verbal le 5 décembre. Il le conclut par la phrase prophétique, restée célèbre : « La vérité est en marche et rien ne l'arrêtera ». Le véritable traître en lieu et place d'Alfred Dreyfus, le commandant Esterhazy, est dénoncé puis jugé par un Conseil de guerre à Paris le 10 janvier 1898. Il est acquitté le lendemain. Après la condamnation d'un innocent, c'est l'acquittement du coupable, ce qui amène Zola à la réaction.
Émile Zola avait préparé depuis plusieurs semaines un résumé de l’affaire Dreyfus. Le Figaro ayant refusé ses derniers articles afin de conserver son lectorat le plus conservateur, l’écrivain se tourne vers L’Aurore. Il termine la rédaction de l’article dans les quarante-huit heures suivant le verdict. Initialement nommé « Lettre à M. Félix Faure, Président de la République », Ernest Vaughan (le directeur de L'Aurore) et Clemenceau lui trouvent un autre titre, plus ramassé et percutant : « J'Accuse...! »  Cet article est la première synthèse de l’affaire Dreyfus, que le public découvre enfin dans sa globalité. Le retentissement de l’article est considérable en France comme dans le monde.  La réaction du gouvernement ne se fait pas attendre, en assignant Émile Zola pour diffamation.

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Et voici qu'une adjointe PS par ailleurs enseignante (professeure agrégée; diantre!) trouve une identité culturelle dans...  le berlingot. La France depuis la Révolution française repose sur le socle de sa construction politique sur laquelle l'auteur de Germinal à sa part de construction, identitaire comme de nombreux métèques (dont l'auteur de ces lignes).

Peut-être sera-t-il loisible à Mme BOSSERAI lors de congés mérités et payés par les conquêtes ouvrières dont elle doit par ailleurs se réclamer lors des coktails branchés, de lire la geste des Rougon-Macquart. Occasionnellement et sans misérabilisme, pourra-t-elle également se pencher sur le misérabilisme hugolien, accessoirement celui de Voltaire et bien entendu sur le programme du Conseil national de la résistance.

Si Zola évoque le déterminisme social, comme l'évoque la lignée des Lumières, le crétinisme déterminant se rapporte à ceux qui, année après année s'éloignent de la République au profit du... berlingot.

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