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16 avril 2007 1 16 /04 /avril /2007 13:01
AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE ET DU SOCIALISME

La chute du mur de Berlin en 1989 nous a fait entrer dans une ère nouvelle. Le XXe siècle s’est arrêté là.

La désagrégation du camp socialiste, qui s’est achevée avec l’effondrement du système soviétique, a bouleversé l’ordre international en abandonnant aux seuls Etats-Unis d’Amérique l’ambition impériale. Leur projet, dans sa version absolutiste, suppose de briser tous les obstacles à la mondialisation financière. Il prétend laisser l’individu seul face au marché.

Dans cet ordre nouveau, rien ne doit échapper à la marchandisation, dès lors qu’une source de profit existe ou surgit : la santé, la culture, l’éducation, le transport, l’énergie, l’eau, les moyens de communication… Pas un domaine ne doit lui être étranger. Sous le manteau de l’individu roi, libéré de toutes contraintes, on assiste, en vérité, à un grand bond en arrière.

Une régression historique sur tous les fronts :

Régression sociale assise sur la pression continue exercée sur les revenus du travail –ce que la technocratie libérale baptise « coût du travail »- au profit de ceux du capital. D’où un « moins disant généralisé » qui fait de la rentabilité du capital financier un impératif catégorique et qui émousse les instruments collectifs d’intervention économique.

Régression démocratique quand se distille l’idée selon laquelle les peuples sont désarmés face à un ordre capitaliste présenté comme naturel et que les citoyens se sentent impuissants dans la tentative d’influer par l’action collective.

Régression de la paix quand les peuples sont lancés dans une concurrence malsaine et des régions entières de la planète mises à feu et à sang au nom du contrôle des ressources énergétiques et de celui des richesses naturelles.

Régression écologique enfin, quand la priorité donnée à la libre circulation des marchandises et aux délocalisations des activités (quel qu’en soit le coût polluant), vise à accélérer la mise en place de productions méprisantes du danger qu’elles font courir à l’espèce humaine et à la planète victime du réchauffement climatique et de l’épuisement de ressources naturelles vitales.

Avec la dislocation du bloc soviétique ce phénomène s’est accéléré faute de projet alternatif à lui opposer. Il a fallu en effet prendre acte, non seulement de l’échec du projet transformateur qui prétendait exister à l’est de l’Europe, mais aussi de la responsabilité dans cet échec du socialisme bureaucratique d’état. Ce fut, c’est encore un ébranlement pour l’idée socialiste, elle-même. La puissance états-unienne s’est ainsi vue renforcée et s’est alors sentie investie de la mission de propager, au moyen du marché, ce qu’elle considère comme ses valeurs civilisatrices.

Depuis lors, l’emprise de la finance internationale est totale et à l’échelle de toute la planète comme le montrent la montée en puissance de l’Inde et la Chine dans le concert du capitalisme mondialisé. Dans ce contexte, le fait religieux lui-même, est devenu un acteur, un partenaire et une caution de l’Empire, mais aussi, d’une certaine manière, une forme de protestation contre ce dernier comblant de façon confuse et régressive le vide laissé par l’échec communiste.

Partout la loi de la jungle se substitue à l’idée du bien commun, la charité se doit de remplacer la solidarité. Cette main mise se veut commerciale, politique, sociale, idéologique et culturelle. En cela, elle ignore aussi bien l’individu que le bien commun. Elle combat l’égalité, elle refuse les solidarités. Là où la politique était un processus qui devait permettre aux citoyens de décider des modalités du Contrat Social, le capitalisme mondialisé cherche aujourd’hui à briser tout cadre destiné à permettre l’exercice d’une pensée critique et d’une action collective.

Dans ce nouvel ordre mondial, l’Europe aurait pu, aurait dû se poser en rempart. Son ambition initiale de rapprocher des peuples pour en finir avec les guerres intracontinentales était plus que légitime. Sa réalisation et sa concrétisation dans l’Europe de Maastricht en ont fait, au contraire, le véritable cheval de Troie de la mondialisation libérale qui a bien des égards s’avère plus extrémiste encore que son modèle étasunien.

C’est cela que les Français ont repoussé avec force le 29 mai 2005 en votant Non au Traité Constitutionnel Européen. Ils ont ainsi rejeté une harmonisation sociale et fiscale par le plus petit dénominateur commun. Ils ont refusé la casse des services publics qui sont les outils du bien commun. Ils ont contesté la concurrence libre et non faussée en tant que loi de fer dans des espaces qui doivent échapper à la logique du marché. Ils ont signifié au pouvoir économique et à la Banque Centrale Européenne leur refus de la construction d’une Europe de la finance. Ils ont enfin affirmé l’incontournable de leurs prérogatives démocratiques et de la maîtrise de leur destin.

Malgré tout, l’Europe peut encore se poser en alternative à ce modèle unipolaire du monde. La résistance à la croisade impérialiste en Irak en a donné l’indice fort. À cette occasion, la France et l’Allemagne, en refusant l’enrôlement sous la bannière étoilée, ont dit leurs capacités de non-alignement. Cette proximité devrait être porteuse d’une politique de coopération renforcée entre nos deux pays pour refonder une Europe répondant aux aspirations de ses peuples.

Pour se construire, l’Europe doit s’appuyer sur ses meilleures traditions humanistes, sociales et républicaines. Elle doit harmoniser par le haut ses règles sociales, fiscales et environnementales et protéger tous les acquis nationaux en faisant du principe de non régression une base incontournable. Elle doit promouvoir une politique active de coopération et d’aide au développement avec les pays du Sud.

Utile aux peuples qui la composent, vecteur de progrès social, de démocratie et d’un nouvel ordre international, cette Europe là gagnerait enfin la légitimité populaire contrairement au grand marché européen que l’on essaie de nous vendre pour idéal commun.

Il s’agit d’un long combat qui n’est pas contradictoire avec le combat national mais qui, au contraire, en est la résultante. Car les Etats-Nations restent encore le cadre de résistance collectif le plus opérant à la mondialisation libérale. C’est en effet parce qu’ils sont encore le cadre le plus pertinent d’expression de la souveraineté populaire, seule garante d’une démocratie effective, qu’ils indisposent à ce point ceux qui veulent l’uniformisation et la modélisation de l’homme, son assujettissement au marché roi. En eux et par eux peut encore renaître un projet à vocation universaliste et internationaliste.

En rendant le politique au peuple, en s’appuyant sur l’héritage des Lumières, de la grande révolution de 1789 et de figures historiques comme celle de Jaurès, il est plus que temps de réaffirmer la vitalité du modèle républicain. Celui-ci, loin d’être dépassé, est au contraire d’une extrême pertinence, et le sera plus encore dans les années à venir. Car la République, si elle est garante des valeurs fondamentales de démocratie, de laïcité et de bien commun, ne peut s’entendre comme une proclamation gravée dans le marbre. Le contenu du projet républicain est bel et bien inachevé, en évolution permanente, et se doit d’être porteur de la transformation des structures sociales, politiques et économiques. Selon l’heureuse formule de Jaurès, « le socialisme, c’est la République poussée jusqu’au bout ».

En ce sens, nous sommes incontestablement socialistes lorsque nous réaffirmons et faisons nôtre le triptyque républicain « Liberté, Egalité, Fraternité », soulignant ainsi la place centrale que doit y occuper la valeur égalitaire. Le modèle républicain est plus que jamais nécessaire dans une période où les changements sont multiples. Face aux risques encourus, la protection dont peut se revendiquer chaque individu ne pourra être effective sans une prise en charge collective. Nul ne peut aujourd’hui se construire en opposition aux autres et prétendre simultanément œuvrer pour le bien commun. C’est le pacte républicain qui lie les citoyens entre eux et doit être le moteur qui permettra à chacun de progresser en assurant la promotion et l’émancipation de tous.

Tant sur l’analyse de la situation que sur les perspectives politiques, les adhérents du MARS et de la Gauche Républicaine se sont souvent retrouvés, ces derniers mois, côte à côte sur le même chemin. Face à l’émiettement des républicains de gauche, qui tient au moins autant aux expériences récentes qu’au détournement des valeurs républicaines par certains courants, nous avons jugé qu’il était plus que temps, pour nous, d’unir nos forces pour porter nos idéaux.

Républicains, nous affirmons donc notre ancrage à gauche parce que la distinction droite-gauche reflète encore, même de façon plus confuse qu’autrefois, des intérêts de classe. Notre combat s’appuie en effets sur deux axes : celui de la démocratie (qui ne saurait se réduire au seul exercice du droit de vote) à travers la réaffirmation de la souveraineté populaire et celui de l’égalité sociale.

La République ne se situe pas « au-delà de la gauche et de la droite ». Cet épisode de la Présidentielle 2002 fut une erreur. La gauche républicaine y a perdu pour longtemps l’occasion de refonder la gauche autour d’elle, tout au moins une gauche de transformation.

Porter plus haut une vision de gauche de la république, c’est ne pas renoncer à changer le monde, bien au contraire. La république, en effet, est insoluble dans le libéralisme et dans toutes ses politiques d’accompagnement. Notre axe stratégique est de changer toute la gauche, de proposer un projet alternatif à vocation majoritaire ce qui implique de changer le rapport de force à gauche au détriment des sociaux libéraux.

Ce choix implique une refondation de la gauche afin qu’émerge dans les années à venir un grand mouvement politique rassemblant toute la gauche de transformation. Ce mouvement nous devons en être l’une des forces initiatrices. Il ne se créera certes pas autour d’un regroupement des seuls républicains, mais nous pouvons, de façon ouverte, y porter toutes nos idées car nous demeurons persuadés que le projet alternatif dont la gauche a besoin devra s’appuyer sur les fondements d’une république démocratique et sociale.

Voilà l’axe stratégique qui guide depuis leur création en 2003, le Mars et la Gauche Républicaine. Voilà ce qui nous a décidés à être parmi les initiateurs du « non de gauche » au Traité Constitutionnel. Voilà le chemin que nous avons choisi. Voilà ce qui fonde notre engagement.

Au nom de la République et du socialisme.


Paris, le 24 Mars 2007

"MARS-GAUCHE REPUBLICAINE" 4 Allée Nungesser et Coli 94550 CHEVILLY-LARUE

Email de contact : contact@mars-gr.org

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Vie politique
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16 avril 2007 1 16 /04 /avril /2007 02:59

Je publie ci-dessous un appel de républicains gaullistes à voter pour François Bayrou. Bien que je ne le soutiens pas, il mérite sa lecture.


Les 55 % de Français qui ont voté non au projet de constitution européenne ne sauraient se satisfaire d’une situation où les trois candidats en mesure de l’emporter à la prochaine élection présidentielle se trouvent dans le camp du « oui ». Encore moins les gaullistes et les républicains que nous sommes.

Comment ne pas voir dans cette situation paradoxale un succès de la nouvelle oligarchie des médias et de la finance, alliée à des forces internationales décidées à faire disparaître l’« exception française » ?

Comment ne pas y voir surtout la prise en otage de l’élection présidentielle par les grands partis, à l’inverse de ce qu’avait voulu le fondateur de la Ve République ?

Mais la politique ne consiste pas, au moment d’une grande échéance nationale, à se retirer sur l’Aventin. Désireux de peser malgré tout sur la future élection, nous avons décidé de voter et d’appeler à voter pour François Bayrou. Sa culture politique d’origine est certes très différente de la nôtre. Mais l’histoire n’est-elle pas une est une recomposition permanente des sensibilités en fonction des événements et des enjeux ?

Les convictions européennes de François Bayrou, ne sont pas davantage les nôtres. Nous ne pensons pas pour notre part qu’il puisse y avoir de vraie démocratie hors du cadre national. Et même si l’on approuve le principe de politiques européennes communes, nous pensons que celles qui sont effectivement conduites aujourd’hui à l’initiative de la Commission de Bruxelles et de la BCE : euro fort, libre échange généralisé, refus des politique industrielles, destruction du service public, centralisme normatif, sont désastreuses pour les peuples d’Europe.

Même s’il n’existe pas de différence de fond entre les trois « grands candidats » quant au projet européen, nous pensons cependant que François Bayrou a, mieux que les autres, perçu l’ampleur de l’exaspération populaire qui s’exprime aujourd’hui et la profondeur de la crise de confiance qui sépare le peuple de France de ses élites politiques.

Son engagement de ne prendre aucune initiative européenne sans la soumettre à référendum montre qu’il a compris qu’il ne saurait être d’Europe qui vaille sans adhésion populaire légitimée par le suffrage universel.

De même, François Bayrou s’est déclaré opposé à l’abandon du siège de la France au Conseil de sécurité au profit de l’Union européenne : c’est une position que nous approuvons ; sans le droit de veto de la France à l’ONU, la France n’aurait pu peser comme elle l’a fait face à la guerre d’Irak.

Son projet d’introduire une dose de proportionnelle aux élections législatives et de rétablir l’indépendance des grands médias est par ailleurs conforme à l’esprit de nos institutions.

La présence de François Bayrou au second tour, après le référendum de 2005, apparaîtrait, dans la crise que traverse notre pays, comme un salutaire électrochoc.

L’intéressé, sur la lancée de la campagne qu’il a mené jusqu’ici, doit cependant aller clairement à la rencontre des millions de Français qui ont rejeté en 2005 une certaine Europe : celle de la technocratie, de l’ultralibéralisme et de la désindustrialisation.

Ne s’appuyant pas sur une formation politique de premier plan, prenant à parti le système et proclamant son intention de rassembler les Français par-delà la droite et la gauche, François Bayrou s’inscrit dans la logique de l’élection du président de la République au suffrage universel.

Tous ceux qui ne veulent pas enfermer le débat politique français dans la fausse bipolarité UMP/PS, ni ne souhaitent un nouveau et stérile 21 avril, auront à cœur de favoriser son succès.

Signataires : Elizabeth ALTSCHULL, enseignante, essayiste ; Guy BOIS, historien ; François GAUDU, professeur de droit ; Roland HUREAUX, haut fonctionnaire, essayiste ; Claude ROCHET, professeur de gestion.

Contact, signatures : fgauealt@easynet.fr

 

Revue Républicaine

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Elections 2007
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