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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:12



Par Luc Rosenzweig


À première vue, la réforme des collectivités territoriales présentée en cette fin octobre par Nicolas Sarkozy semble frappée au coin du bon sens : pour la première fois depuis la création de la Ve République, on essaie de mettre un peu d’ordre et de rationalité dans l’empilement séculaire des structures de la démocratie locale. Communes, intercommunalités, cantons, communautés urbaines, départements, régions, tout cela avait un urgent besoin d’être simplifié et adapté à l’évolution démographique et sociologique de notre beau pays.


La méthode pour faire avancer le schmilblick était aussi respectable qu’habile : on envoie tout d’abord un chevau-léger, en l’occurrence Jacques Attali, à l’assaut des conservatismes provinciaux. L’ancien conseiller de François Mitterrand, missionné par l’Elysée pour imaginer des réformes permettant de relancer la croissance économique, propose, entre autres, la suppression des départements.


Tollé dans les campagnes, car ce rejeton administratif de la Révolution française est plutôt aimé par le peuple, surtout celui qui vit hors des grandes villes, comme on a pu le constater lors de la modification des immatriculations des automobiles. Le conseiller général est un élu de proximité, qui cajole les petits maires et pratique la bobologie sociale avec les électeurs de son canton.


Pour calmer le jeu, on réunit une commission de “sages”, présidée par Edouard Balladur, à laquelle participent d’éminents membres de l’opposition socialiste, Pierre Mauroy et André Vallini. Ses travaux aboutissent à la formulation de vingt propositions dont les plus importantes – suppression de la taxe professionnelle et création de “conseillers territoriaux” remplaçant les actuels conseillers régionaux et généraux pour siéger tout à la fois à l’assemblée départementale et régionale – sont reprises par Nicolas Sarkozy. C’est la “fusion douce” des départements et des régions.


Présentée ainsi, et moyennant quelques ajustements pour amadouer les sénateurs et les notables locaux, cette réforme aurait pu faire l’objet d’un consensus dépassant les clivages politiques, car elle répond aux préoccupations des élus locaux de toutes tendances. Elle pourrait mettre fin à l’enchevêtrement des structures, aux conflits de compétences et aux coûts inutiles engendrés par la multiplication des syndicats intercommunaux et de leurs exécutifs pléthoriques.


Mais on l’aura peut-être déjà remarqué, Nicolas Sarkozy n’est pas un homme qui recherche systématiquement l’harmonie générale, dans une République apaisée où les décisions importantes pour l’avenir de la nation sont élaborées dans un esprit de coopération avec ceux qui pensent autrement.


Il a donc fallu qu’il introduise dans la belle construction signée Balladur et Mauroy un élément qui déclenche une castagne de grande ampleur avec les socialistes : l’élection au scrutin uninominal à un tour, en 2014, de 80 % des conseillers territoriaux, les 20 % restants étant élus au scrutin de liste départemental.


Et alors, qu’est ce que ça change ? Eh bien, beaucoup de choses, car ce mode de scrutin, qui est celui des élections législatives au Royaume Uni, assure l’élection dès le premier tour du candidat ayant obtenu le plus de voix dans sa circonscription, même s’il n’a pas atteint la majorité absolue. Il favorise donc la famille politique qui est parvenue à rassembler au sein d’un même parti le plus large éventail des sensibilités existant en son sein. Le système “au premier tour on se compte, au second on se rassemble”, alpha et oméga de la stratégie politique hexagonale, est balayé. C’est avant les élections qu’il faut se rassembler et non pas dans de chaleureuses retrouvailles d’entre deux tours. Dans la conjoncture politique actuelle, ce mode de scrutin favorise indubitablement la droite de gouvernement. Nicolas Sarkozy a rassemblé presque toute la droite au sein de l’UMP ou dans son orbite, alors que la gauche a beaucoup plus de mal à réunir toutes ses composantes dans un cartel électoral, surtout depuis la montée en puissance des Verts. De plus, la réduction de moitié des élus locaux provoque un assèchement notable du vivier où le PS recrute une bonne partie de ses militants…


Le coup tactique est habile, mais est-il pour autant de nature à purifier les mœurs politiques de notre pays, où le fair-play est encore insuffisamment pratiqué, comme on a pu le constater à l’occasion du procès Clearstream ? Ce mode de scrutin fonctionne à la satisfaction des Britanniques, car le bipartisme est profondément ancré dans le pays depuis très longtemps : conservateurs et travaillistes rassemblent au sein de leurs formations respectives toutes les nuances de la droite et de la gauche.


Il suppose aussi que le combat électoral se fasse à la loyale, sans manœuvres ni coup tordus : ce n’est pas en Angleterre que l’on verrait, par exemple, les conservateurs susciter en sous-main un candidat prétendument de gauche pour piquer des voix aux travaillistes, ou vice-versa. En revanche, pour qui connait un peu les pratiques politiques de notre belle démocratie, il n’est pas exclu que de subtils marchandages, manœuvres de coulisses, passages de rhubarbe et de séné viennent donner à ces élections un délicieux fumet de magouille généralisée.


Le bipartisme n’est pas dans les gènes des Français, pas plus à droite qu’à gauche. Dans la période que nous vivons, la gauche apparaît plus fractionnée qu’une droite tenue d’une main ferme à partir de l’Elysée. Mais, comme dirait Claude François, “ça s’en va et ça revient…”, et il n’est pas sûr que le coup de vice électoral de Nicolas Sarkozy ne lui revienne pas, un jour, dans les gencives.

 

Causeur.fr

 

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 20:23

Par Elie Arié


L’épisode de la victoire électorale de David Douillet est l’occasion d’une réflexion
dépassant l’« écume des jours ». Elle est survenue dans un contexte Internet très particulier : les messages des internautes de droite sur le site du Figaro avaient laissé espérer ici, à beaucoup, que les « affaires » Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy entraîneraient une défaite de l’ UMP.
 
Or, qu’a-t-on constaté ? Qu’un judoka parfaitement inconnu en politique, mais bénéficiant de l’investiture UMP (comme « une chèvre à Neuilly », selon l’expression d’Arnaud Montebourg), a battu le candidat socialiste « classique » avec un score supérieur à celui qu’avait réalisé l’UMP en 2007.
Ceci illustre une illusion dont nous avons tous tendance à être victimes: le « buzz » Internet, qui n’est le fait que d’un pourcentage infime de Français, se concentre sur l’aspect superficiel et immédiat de l’actualité, et masque les phénomènes politiques profonds, et, en particulier, celui-ci : la France n’est pas un pays de gauche,  ne l’a jamais été, et l’est aujourd’hui moins que jamais.

La France moderne s’est construite sur la Révolution de 1789
, qui, en dehors de la brève parenthèse robespierriste, fut une révolution de la bourgeoisie sur la noblesse, débouchant sur le Directoire et l’ Empire; elle en est restée, depuis, le pays par excellence, au point que le mot «bourgeois» n’existe qu’en français : si nous sommes les seuls à en comprendre le sens, fût-il péjoratif (on a le droit de ne pas s’aimer), c’est parce qu’il nous renvoie à la majorité d’entre nous.

Un pays où 50% des ménages sont dispensés de l’impôt sur le revenu, un pays où le thème de la lutte contre les impôts reste si populaire ne peut être qualifié comme viscéralement « de gauche » ; il lui manque cette conscience, si répandue dans les pays scandinaves, selon laquelle payer des impôts élevés est une condition nécessaire si on souhaite vivre dans une société plus juste et plus égalitaire.

Bien sûr, la France a eu une gauche très puissante…mais qui n’a jamais été majoritaire ; Karl Marx considérait que la Commune fut le premier et un des rares moments de l’ Histoire de prise de conscience de classe du prolétariat : mais la Commune de Paris n’a eu lieu…qu’à Paris ( ceux qui usent avec mépris du terme de « parisianisme » devraient parfois y réfléchir…).Quant à mai 1968, la parfaite adaptation, par la suite, de ses leaders au libéralisme économique a bien prouvé qu’il s’agissait, avant tout, d’un mouvement libertaire.

La gauche n’a été au pouvoir, en France, que pendant quelques mois en 1936, et deux ans en 1981 ; on aurait du mal à qualifier de « gauche » la IIIè République colonialiste, le gouvernement socialiste de la guerre d’Algérie de 1956-58, la victoire de François Mitterrand de 1988 sur le programme assez peu progressiste du «ni nationalisations ni privatisations», la victoire en 1997  du Parti Socialiste déjà enfermé dans la logique maastrichienne de la « concurrence libre et non faussée » au nom de laquelle le gouvernement Jospin fut celui qui a le plus privatisé depuis la Libération ; bien sûr, chacun de ces passages au pouvoir fut l’occasion d’avancées sociales et «sociétales» considérables (suffrage universel pour les hommes, enseignement primaire gratuit et obligatoire, laïcité, allongement des congés payés, abolition de la peine de mort, RMI, CMU, etc.),  mais toutes parfaitement compatibles avec une société « bourgeoise », et réalisées, pour certaines d’entre elles, par la droite dans d’autres pays –et même en France (troisième semaine de congés payés, IVG, contraception, divorce par consentement mutuel, majorité à 18 ans).

Par contre, ce qui caractérise la France, et que l’on confond abusivement avec « la gauche », ce sont ses valeurs républicaines au nom desquelles « droite et gauche » ont su transcender leurs propres camps pour s’unir sur l’essentiel : ce fut le cas de la Révolution de 1789, de la IIIè République, du Conseil National de la Résistance et de son programme auquel beaucoup de gens de « droite » ont participé, des mesures prises par le gouvernement de Gaulle à la Libération et d’une bonne partie du « gaullisme » au pouvoir de 1958 à 1969, combattu à l’époque par la gauche et dont elle a aujourd’hui la nostalgie ; ce sont ces valeurs républicaines « au-delà de la droite et de la gauche » que Chevènement a tenté de préserver dans un baroud d’honneur en 2002, et qui n’ont recueilli les voix que de 5% des Français. Et c’est cette spécificité républicaine française qu’on ne peut réduire à la seule « gauche » qui est aujourd’hui menacée par la dilution des pouvoirs des Etats dans l’ Union Européenne, par les mythes passéistes écologiques de la décroissance, par la montée des communautarismes, par la remise en cause de la laïcité, etc.

Une page essentielle de l’ Histoire de France est en train de se tourner, mais c’est celle de la République, pas celle de « la gauche ».

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