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12 avril 2007 4 12 /04 /avril /2007 22:01

Par Jacques Cotta


A quelques jours des élections présidentielles, la critique de la droite, notamment de la part d’intellectuels, d’universitaires ou de militants de gauche, va bon train. Une critique d’autant plus nécessaire que Nicolas Sarkozy annonce son intention de provoquer un véritable chambardement des relations sociales qui existent encore dans notre pays. Sur le plan économique, social ou même sociétal, il annonce une détermination qui tourne le dos à la gestion traditionnelle de la vie républicaine que les gouvernements de droite, comme de gauche, ont assumée depuis plus de vingt ans.

Mais le rattachement de cette critique à un souci électoral immédiat est-il fait pour la crédibiliser ? Toute tentative de relier mécaniquement la critique « sarkozienne » à un vote « royaliste » ne ferait que montrer mépris pour le peuple et les militants auxquels elle s’adresse, et incapacité de se projeter dans l’avenir pour tenter de reconstruire une pensée républicaine et sociale indispensable à la refondation d’une organisation réellement socialiste. Car tel est l’enjeu de la période à venir, quel que soit le résultat des élections présidentielles.

Nous pouvons constater que Nicolas Sarkozy est en mesure de gagner les élections présidentielles. Ne faudrait-il pas s’interroger alors pour l’avenir sur les raisons d’une telle situation alors que le gouvernement dont il fut ministre de l’intérieur a connu défaites sur défaites sous le coup de la volonté et de la mobilisation populaire ?

Nicolas Sarkozy s’appuie grandement sur un héritage et des conditions politiques qui le dépassent et qui ne peuvent être tenues sous silence. Sa capacité à vouloir aller jusqu’au bout dans la mise en place d’une société de la jungle dans laquelle les individus seront livrés à la compétition généralisée est à rechercher dans l’absence totale de politique alternative de gauche qui sur l’essentiel rejoint les valeurs sarkoziennes. Au cœur se trouve une menace généralisée contre les valeurs de la démocratie mises en causes de toute part.

Il était fréquent pour illustrer cet aspect de mettre en avant le vote du 29 mai 2005 qui illustre le peu de cas fait de la souveraineté populaire et de la démocratie par les responsables de l’UMP, comme par les responsables du PS, qui ensemble appellent à remettre ça pour imposer au peuple un nouveau traité européen. Le peuple a mal voté, faute de le dissoudre, il revotera jusqu’à ce qu’il rentre dans l’ordre européen. Tel est sur le fond le consensus entre la droite et la gauche.

Mais il y a plus. Dernièrement Ségolène Royal a proposé à la stupeur générale un « contrat première chance », une sorte de CPE revu et corrigé, de l’aveu même des jeunes socialistes qui s’interrogent sur les raisons de telles déclarations suicidaires. Du coup, à gauche, tous ceux qui attendent quelques postes de députés, de maires, ou de conseillers municipaux à l’issue d’accords électoraux avec le PS emboîtent le pas de la candidate socialiste. Ainsi, Marie George Buffet a affirmé samedi 7 avril sur Canal+ qu’elle était en faveur d’un "nouveau CDI" (contrat à durée indéterminée). Avec cet aveu qui en dit long et réalise la jonction non seulement avec Ségolène Royal, mais aussi avec... Nicolas Sarkozy : « Aujourd’hui, on ne restera pas toute sa vie dans la même entreprise. Il faut une mobilité choisie, construite par des périodes d’emploi et de formation" a donc déclaré la candidate communiste.

On assiste donc de la part de Ségolène Royal et de Marie Georges Buffet, avant d’autres sans doute :

1-À la remise en cause de la souveraineté populaire qui s’était exprimé contre le CPE par millions, non dans les urnes comme le 29 mai mais dans la rue.

2-A la jonction avec un pan entier de la politique de Nicolas Sarkozy qui part, conformément aux directives européennes et aux différents traités depuis Maastricht, de la destruction des métiers et des statuts pour prôner la formation tout au long de la vie... Déjà les organisations syndicales telles la CFDT, mais aussi la CGT, sont prêtes à discuter. Les responsables politiques de la gauche viennent donc à leur tour d’indiquer leur disponibilité.

3-A la destruction de ce qui reste de solidarité dans notre pays en faisant des jeunes une masse de manœuvre corvéable à merci, au nom d’une future embauche éventuelle... mais on connaît la chanson.

Voila comment pour être exacte et crédible la critique de la droite Sarkozienne exige que la racine soit dégagée jusqu’à la gauche royaliste et ses différentes ramifications électorales. Il serait en effet assez minable, car générateur d’impuissance pour l’avenir, de rester au stade d’une critique instrumentalisée pour appeler à voter pour le moins pire dès le premier tour, comme le fait d’ailleurs la candidate elle-même au nom du vote utile. En un mot, la critique de Sarkozy pour appeler à voter Royal censée être un moindre mal présenterait au moins un triple inconvénient :

1-Interdire la discussion nécessaire sur le bilan de la gauche pour tenter de tracer une perspective programmatique et organisationnelle pour l’avenir.

2-Porter une réponse que tous s’accordent à trouver totalement erronée. S’il s’agit de tout faire pour battre Sarkozy, il semble en effet qu’il vaudrait mieux qu’il soit opposé au second tour non à la « diva des médias » mais plutôt à François Bayrou le responsable de l’UDF, homme de droite certes, mais dont le programme n’est pas loin du tout de celui de la candidate socialiste.

3-Enfin vouloir culpabiliser qui voterait pour celui qui serait le plus proche de ses convictions au nom du vote qui « servirait à quelque chose », notamment après le 29 mais 2005, pour Schivardi dont le mérite est au nom du respect de la souveraineté populaire d’exiger la rupture avec la construction européenne de Maastricht, des différents traités et des directives qui s’opposent aux peuples au profit du seul capital financier.

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Elections 2007
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11 avril 2007 3 11 /04 /avril /2007 22:24

Par Patrick Trannoy


Villepinte, le 11 février 2007 : Ségolène Royal dénonce l’État « colbertiste, jacobin, centralisé à l’excès ». Dans un discours placé sous la contrainte de la dette, elle égrène des propositions plus ou moins bien inspirées, plus ou moins en phase avec le NON populaire du 29 mai 2005. Un NON qui, à l’évidence, était un vote d’exigence démocratique face à l’oligarchie libérale, donc un vote en faveur du retour du Politique, (on pourrait dire de « l’État » !) ; un NON qui, manifestement, portait l’exigence d’un État protecteur et interventionniste (on pourrait dire « colbertiste »), l’exigence d’un État garant de l’égalité des citoyens et des territoires (on pourrait dire « centralisé »), l’exigence d’un État fort, souverain, garant de l’intérêt général, face à l’Europe libérale, face aux baronnies de la régression sociale, et aux lobbies de l’argent, nouvelles féodalités (on pourrait donc dire « jacobin »)...

Une phrase de trop. Une phrase clé ? Toujours est-il que, comme beaucoup de socialistes, comme beaucoup de républicains de progrès, je me suis vraiment demandé si, le 22 avril 2007, je pouvais voter contre « l’État colbertiste, jacobin, centralisé », c’est-à-dire contre la République, contre l’intervention publique, et, finalement, contre la gauche.

D’autres annonces ont conforté mon inquiétude, comme la volonté de la candidate du PS d’accorder l’autonomie aux universités, si contradictoire avec le principe d’égalité qu’elle porte volontiers en bandoulière ; certaines positions m’ont interpellé, comme sa décision de renoncer à certains efforts de défense (ainsi le deuxième porte-avions nucléaire, que Jean-Pierre Chevènement appelle désormais à construire avec la Grande-Bretagne, alors que le même ironisait naguère sur cette proposition de Paul Quilès, en se demandant, compte tenu de l’orientation atlantiste de la politique étrangère britannique, si la moitié du porte-avions suivrait les États-Unis dans leurs entreprises de guerre, quand l’autre moitié resterait dans les eaux territoriales françaises !).

J’en étais là de mes réflexions lorsque la presse prétendit m’offrir LA solution à mes hésitations. Un troisième homme ; j’ai toujours été sensible à l’idée que l’élection présidentielle n’est pas jouée d’avance, et que la démocratie a son mot à dire. Un centriste ; là ça se gâtait, mais celui-ci, nous disait-on, était prêt à gouverner avec la gauche. Un homme de lettres, un terrien, en phase, donc, avec la France, sa culture, son histoire, son modèle. François Bayrou.

L’homme est intéressant, le « paysan béarnais » abondamment photographié avec ses chevaux ne saurait avoir mauvais fond. On se souvient tous de son « quand on pense tous la même chose, on ne pense plus rien », qui résonnait comme un « merde à Chirac, merde à Juppé ». Voilà qui suscite d’emblée la sympathie de tout homme de gauche ! Et mon hebdomadaire préféré, Marianne, m’injecte chaque semaine une dose de sérum pro-Bayrou censé finir par laisser des traces.

J’ai donc écouté attentivement François Bayrou, et j’ai lu son programme. J’invite d’ailleurs tous ceux qui sont tentés de voter pour lui à en faire autant avant de passer dans l’isoloir !

Sur l’Europe, François Bayrou promet un « texte clair et lisible », élaboré « dans la transparence ». Sur son contenu, vous ne saurez rien. Les politiques monétaire et commerciale de l’Union Européenne, qui causent les délocalisations, le nivellement mondial par le bas, le chômage de masse, seront-elles remises en cause, comme s’y engage, pour sa part Ségolène Royal ? Pas un mot là-dessus ! Mais l’ombre tutélaire de Valéry Giscard d’Estaing, ( si, si, rappelez-vous, le centriste d’avant Bayrou), laisse augurer du pire.

Sur les Services Publics ? Le mot ne figure même pas dans le glossaire du programme Bayrou. C’est dire l’importance qu’il leur accorde ! Il parle avec, des trémolos dans la voix, des postiers, si indispensables à certaines populations, notamment âgées et rurales. Mais au Parlement Européen, les députés centristes votent systématiquement toutes les libéralisations !

Sur la fiscalité ? Après l’harmonisation fiscale et sociale européenne (dont Bayrou se garde bien de dire dans quel sens il veut la faire !), la deuxième proposition est l’abaissement du taux de l’impôt sur la fortune !

Sur la laïcité ? François Bayrou s’en fait aujourd’hui le champion. Il était pourtant contre la loi sur les signes manifestant ostensiblement une appartenance religieuse. S’il appelle aujourd’hui à la rédaction d’un code, il se garde d’en donner le contenu. Sera-t-il négocié avec les Églises ? On peut le penser, puisque Bayrou déclare « la laïcité n’est pas l’ennemi de la conviction religieuse, mais la prise en compte de toutes ». Devant la commission Stasi, il avait déclaré « la laïcité dit : “il y a du sacré” ». Non ! La laïcité n’est ni l’ennemi de la conviction religieuse, ni la prise en compte de toutes : c’est la séparation entre la sphère privée et la sphère publique, dans laquelle la religion, le « sacré » n’ont pas droit de cité !

En clair, Bayrou a été sincère au moins à un moment : lorsqu’il a rappelé, chez sa copine Christine Okrent, dans France Europe Express, le 18 février 2007, qu’il se sent l’héritier « de Valéry Giscard d’Estaing et Raymond Barre". Ça sent le progrès social à plein nez !

Vous avez déjà voté Giscard en 1974 et 1981, Barre en 1988, et j’ajouterais volontiers Balladur en 1995 ? Alors, oui, Bayrou est le candidat qu’il vous faut  ! D’ailleurs, l’éphémère candidat “d’alternative libérale” ne s’y est pas trompé, et appelle à voter Bayrou, tout comme le partisan du “moins d’impôts - moins d’États - moins de solidarité”, l’inénarrable patron de “Contribuables Associés”, Nicolas Miguet !

Et quand Bayrou propose de transcender les clivages, de quoi parle-t-il ? De faire mener la politique de la droite par ceux qui, à gauche, en sont les plus proches : DSK, Kouchner et quelques autres. La fine fleur de la pensée unique rassemblée dans le giron du giscardisme, voilà l’axe stratégique de François Bayrou ! Ca rappelle un autre consensus : celui de l’Europe libérale, oligarchique et atlantiste, symbolisée par Jacques Delors, dont Bayrou déclare qu’il en aurait bien fait son premier Ministre, s’il avait été plus jeune.

On est loin du retour du “Tiers État” dans la décision politique, de cette révolution républicaine à laquelle voudrait faire croire le sympathique candidat béarnais. Sous le verbiage, l’orléanisme et la démocratie chrétienne n’ont rien perdu de leur identité profonde.

Alors, j’entends dire que, face à Sarkozy, Bayrou aurait plus de chance de l’emporter que Ségolène Royal. Certes. Tout candidat de droite qui réussit le subterfuge de faire aussi voter la gauche en sa faveur obtient mécaniquement un bon résultat ! Mais si François Bayrou est président de la République, n’aurons-nous pas une version, certes moins inquiétante dans la forme, mais à peine édulcorée sur le fond, de la politique de Nicolas Sarkozy ?

Il est clair que, pour faire barrage à Sarkozy, à sa vision communautariste, atlantiste et libérale de la société, on ne saurait composer avec lui. On ne saurait composer avec sa doctrine. On ne saurait lui laisser le champ libre aux élections législatives, ce qui ne manquerait pas de se passer si l’on élisait François Bayrou, le Président sans majorité alternative, qui devra gouverner avec l’U.M.P..

Dans ces conditions, le seul vote républicain et social fondé en raison, c’est le vote Royal. L’heure est au rassemblement de la gauche derrière celle qui est en situation de dernier rempart à la droite. Madame Royal elle-même serait bien inspirée, dans les moins de quinze jours qu’il lui reste, d’aider le peuple de gauche et tous les républicains sincères à s’en rendre compte, et de mobiliser son camp !

À cet égard, elle pourrait utilement revenir aux sources du NON populaire du 29 mai 2005, qui a rassemblé 55 % de Français, plutôt que de se perdre, parfois, dans des discours libéraux-girondins, qui risquent de faire préférer à certains l’original centriste à la copie sociale-libérale.


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Published by le Citoyen Thimèle - dans Combat Républicain
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