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8 avril 2007 7 08 /04 /avril /2007 23:42

Par Jean-Michel Hureau


D’abord, plutôt que de parler de Marie-George Buffet, il conviendrait mieux de parler d’un programme pour une Alternative au libéralisme. Car c’est bien de programme dont il s’agit et non de personnalité, comme le veut la tradition de la Ve République. Encore que celle de la candidate est loin d’être à son désavantage étant donné la dignité dont elle fait preuve, son respect des autres, pas toujours partagé d’ailleurs, la clairvoyance et la clarté qui l’anime dans ses réponses. Le programme d’un(e) candidat(e) est souvent long, pour ne pas dire fastidieux, à lire et à analyser pour un grand nombre d’électeurs. Ceux-ci ont-ils alors recours aux grands titres de la presse écrite ou, plus simple encore, le bon vieux journal télévisé de 20 heures pour se croire informés.

Je vous propose donc, à ma façon, une déclinaison simplifiée, et par conséquent incomplète, de ce que représente la candidature de Marie-George Buffet pour l’avenir de la France et donc de nous tous. Elle se résumerait, en fait, à la question de savoir si la politique doit diriger l’économie ou l’inverse.

Les « principaux candidats », de par leur posture libérale, optent immanquablement pour la deuxième solution, la conséquence en étant qu’en tout état de cause et quel(le) que soit l’élu(e), cela ne changera pas grand chose sinon, un peu plus de police et de répression pour l’un, un peu plus de démagogie et de boulettes pour l’autre ou un peu plus d’égarrements en tout genre pour le dernier. Puisque tous parlent de République, de drapeau tricolore et autres annexes, revenons aux valeurs de la République, avec les vingt-quatre lettres de son triptyque, dans le programme de Marie-George Buffet.

- L, comme légitimité : la désignation d’une candidature unitaire fut difficile et n’a pas pu aboutir. Il n’en reste pas moins que Marie-George Buffet fut élue par la majorité des Collectifs, quoi qu’on en dise et quoi qu’on en pense, et son programme est exclusivement celui des 125 propositions élaborées par les dits-collectifs..

- I, comme impôts : c’est la nécessité incontournable de chiffrer les mesures à prendre. Refonte de l’impôt sur le revenu avec un maximum de 55%, triplement de l’impôt sur la fortune pour les patrimoines supérieurs à 1,2 millions d’euros, abaissement de la TVA (l’impôt le plus injuste puisqu’il touche indistinctement tous les revenus) et suppression pour les produits de première nécessité, modulation de l’impôt sur les société en fonction de l’usage fait des bénéfices.

- B, comme budget : directement lié au précédent en fonction du PIB, éducation nationale (7%), logement (2%), jeunesse et sport (1%), culture (1%), doublement du budget de la formation professionnelle.

- E, comme éducation : abrogation de la loi Robien, recrutement de 150 000 enseignants et de 45 000 personnes d’encadrement sur cinq ans, scolarisation obligatoire jusqu’à 18 ans, suppression de l’apprentissage à 14 ans.

- Retraite et santé : abrogation de la loi Fillon. Retraite à soixante ans à taux plein avec 37,5 annuités. Aucune retraite inférieure au SMIC. Développement du système de retraite par répartition. Abrogation de la réforme Douste-Blazy. Recrutement de 9 300 médecins et de 40 000 infirmières par an.

- T, comme travail : abrogation du CNE, le CDI sera la norme d’emploi, taux et durée d’indemnisation du chômage revalorisés, interdiction de l’emploi de stagiaires en remplacement des salariés, recours à l’intérim interdit, refondation de l’ANPE.

- E, comme Europe : nouveau TCE, adopté par référendum dans tous les pays, comportant une charte des droits fondamentaux, refus de libéralisation des services publics [1].

- E, comme environnement : économie d’énergie, impôts sur les profits pétroliers pour financer la lutte anti-pollution, application du protocole de Kyoto, référendum sur le nucléaire, développement des énergies renouvelables.

- G, comme généralisation : vote à la proportionnelle, respect de la parité, diminution de la durée des mandats, interdiction des cumuls, droit de vote et d’éligibilité des étrangers sous conditions d’années de résidence (trois ans pour les locales, dix ans pour les nationales).

- A, comme agriculture : réforme de la PAC basée sur la souveraineté alimentaire, moratoire sur la production d’OGM en plein champ.

- L, comme logement : construction en cinq ans de 600 000 logements, création d’un service décentralisé du logement et de l’habitat, application de la loi SRU (20% de logements sociaux par commune), interdictions des saisies, expulsions, coupures d’eau, de gaz, d’électricité.

- I, comme immigration : régularisation des sans-papiers, respect du droit d’asile, suppression des zones de rétention, lutte contre toutes les discriminations.

- T, comme taxes : sur les activités commerciales liées au téléchargement, sur les profits des entreprises du secteur culturel, sur la publicité à la télévision, sur les transactions financières.

- E, comme épargne : mise en place d’un système public d’épargne, suppression des stock-options.

- F, comme famille : droit au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels, loi contre les violences faites aux femmes, contraception remboursée à 100 %, droit à l’IVG, garantie des droits des femmes migrantes.

- R, comme réforme fiscale : outre l’IR, l’ISF et la TVA, refonte des cotisations sociales étendues aux profits financiers et baisses de la CSG et de la CRDS.

- A, comme augmentation : le SMIC à 1500 euros brut, fin du gel des salaires, revalorisation de 10 % du salaire des fonctionnaires.

- T, comme triplement de l’ISF pour les patrimoines supérieurs à 1,2 millions d’euros, doublement au delà de 750 000 euros.

- E, comme élection et démocratie : Président de la République élu au suffrage indirect pour cinq ans, suppression du Sénat, suppression du 49-3, création d’un référendum d’initiative populaire.

- R, comme recherche : doublement du financement, exonération de la TVA pour les établissements publics.

- N, comme nation : sans être explicitée, cette idée se retrouve dans le développement et la rénovation de tous les Services Publics, l’arrêt des privatisations, les renationalisations et le recrutement d’agents de l’État.

- I, comme inscription : droit à l’information dans la Constitution.

- T, comme traitement de la justice et de la sécurité : abrogation des lois Perben et Sarkozy, peines de prison accompagnées de réinsertion.

- E, comme expérience : ministre de la Jeunesse et des Sports, elle s’est attaquée efficacement au dopage, au suivi des athlètes de haut niveau, elle a tenté d’imposer le double contrôle sanguin et urinaire (véto des USA) et s’est attaquée également au problème de la délinquance en banlieue. Les athlètes et les enseignants d’EPS n’ont pas oublié son passage remarqué et brillant à ce ministère.

Il ne s’agit pas ici, bien entendu d’une liste exhaustive. Son programme comporte bien d’autres mesures dans les différents domaines exposés, et en particulier en matière de politique étrangère et de défense. Je n’ai fait que m’attacher à ce qui me semblait toucher au plus immédiat de notre quotidien.

Les mesures proposées et parfaitement réalisables ouvrent une autre voie que celle sur laquelle ceux qui se relaient au pouvoir depuis des décennies avec la complicité des media tentent de nous masquer.

Ouvrons les yeux et soutenons ce véritable programme républicain en vingt-quatre lettres :

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ

 

Revue Républicaine

________________

[1] Notons à ce sujet qu’elle est la seule candidate à avoir dénoncer la réunion de Madrid du 26 janvier 2007, et que d’autres candidats voudraient bien nous faire avaler ce TCE plus ou moins allégé sous forme parlementaire, ou référendaire mais à leur façon. La fête du cinquantenaire de la naissance de l’UE à Berlin le dimanche 25 mars n’a fait que confirmer ces craintes.

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Published by le Citoyen Thimèle - dans Elections 2007
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7 avril 2007 6 07 /04 /avril /2007 22:28
Mercredi, nous "fêtions" les 20 ans de la privatisation de TF1. C'est en effet le 4 avril 1987 que la CNCL, ­ l'ancêtre du CSA, ­ attribuait TF1, privatisée par le premier ministre de l'époque, Jacques Chirac, au groupe de travaux publics Bouygues. En contrepartie, cette dernière versait à l'Etat un beau petit chèque de 3 milliards de francs et promettait surtout monts et merveilles : des programmes de qualité, la valorisation de la culture (le "mieux-disant culturel"), la défense de la création française et l'honnêteté de l'information !

20 ans plus tard, il ne faut pas être expert pour constater que les acquéreurs de la chaîne n'ont pas respecté leurs engagements. La seule chose qui a animé les patrons de cette chaîne pendant 20 ans, c'est le profit, rien que le profit . Et cela a marché puisqu'en 20 ans, TF1 a multiplié par 6 son chiffre d'affaires et est devenue la première chaîne de télévision d'Europe !

La finalité de chaque programme diffusé n'a ainsi jamais rien été d'autre que de faire de l'audimat. C'est ce que Patrick Le Lay finira par avouer en 2004 : "Le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola [...] à vendre son produit. Or pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible."

En effet, personne ne put voir en Morandini, Dechavanne, Lagaf', Arthur ou encore Cauet des apôtres du développement mental, ni des basses émissions tel que Tout est possible, Coucou c'est nous, L'île de la tentation, Star Academy ou Greg Le Millionnaire !

Pour le "mieux-disant culturel", TF1 s'en est totalement et évidemment délaissé. Pour aperçevoir quelques traces de culture sur cette chaîne, il vous faudra en effet faire l'effort de rester éveiller jusqu'à trois heures du matin !

Pour ce qui en est de la défense de la création française, on peut toujours aller voir ailleurs ! La chaîne est littéralement envahie de séries et de fictions américaines, diffusées en boucle ! Il faut dire que cela coûte peu, et fait gagner beaucoup d'argent !

Et pour l'honnêteté de l'information, on peut toujours rêver ! Il n'y a plus information ni honnêteté sur cette chaîne. Il n'y a plus non plus de pluralisme d'opinion. Tout est désinformation, tout est propagande. La chaîne, par son pouvoir, sait user d'une propagande implacable pour imposer ses intérêts. Comme l'a affirmé Patrick Le Lay, ce n'est pas une télévision qu'il a acheté, c'est un instrument de pouvoir. Ainsi, la chaîne n'hésita pas en 2001-2002 à diffuser la peur sur ses écrans pour faire élire Chirac. Pour 2007, TF1 a choisi clairement son camp en la personne de Nicolas Sarkozy, qui n'est d'ailleurs rien d'autre que le meilleur ami du patron, Martin Bouygues.

Par la recherche du profit à tout prix, TF1 a été la promotrice d'un abrutissement généralisé, de la perte d'esprit critique et de culture. Pendant 20 ans, les gouvernements se sont rendus coupable d'un laisser-faire coupable. Les médias ont toujours formé une vitrine de nos sociétés. De ce fait, quand les français regardent la télévision, ils regardent leur société, et beaucoup, surtout les plus jeunes, y voit l'exposition de ses valeurs, de ses principes, de sa morale. Or, quand TF1, comme d'autres médias, diffuse des valeurs d'inculture, de l'apparence-reine, du chacun pour soi, du consumérisme, eh bien ce sont ces valeurs-là qui sont inculquées à ces jeunes !

Les médias ne forment pas le quatrième pouvoir, ils forment le premier, délaissé de plus en plus par les religions. Ces médias "font" l'opinion. Les valeurs qu'elles inculquent deviennent aux yeux de beaucoup des valeurs de référence, et c'est là le danger à laisser de tel média prédominer ainsi. Et TF1 n'est pas n'importe quelle chaîne : un tiers des français qui regardent la télévision la regarde régulièrement !
Va-t-on continuer à faire de ceux-ci de simples consommateurs abrutisés, ou au contraire leur rendre leur statut de citoyen, doué de culture et d'esprit critique ?! Va-t-on laisser une chaîne de télévision mener ce pays à la décadence morale et intellectuelle pour l'intérêt de quelques-uns ?!

Non seulement les acquéreurs de TF1 n'ont pas respectés leurs engagements de 1987, mais ils ont fait de cette chaîne une véritable machine à broyer les consciences citoyennes. Il est ainsi justice, mais aussi de nécessité publique de renationaliser TF1 ! Dans la suite logique des événements, il nous faudra reformer un véritable service public de l'audiovisuel, où la télévision redeviendra un bien commun à tous. Une télévision au service de l'information, du divertissement, de la culture et de l'intelligence, faite par tous et pour tous !

Plus globalement, il faut libérer les médias des dominations économiques. L'énorme pouvoir qu'ils possèdent ne doit plus rester aux mains de quelques-uns. Plus que jamais, les citoyens doivent se réapproprier les médias, et leur rendre leurs vraies fonctions, démocratiques, sociales et culturelles. Ils doivent cesser d'être instrumentalisé pour les vélléités de domination de quelques-uns, et devenir enfin le haut-lieu de la liberté !
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Published by le Citoyen Thimèle - dans Editoriaux
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